Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 24 juillet 2014, sur la gestion des manifestations pro-palestiniennes, le rappel de la position de la France en faveur de la paix au Proche-Orient, la préparation du budget pour 2015 et la réforme territoriale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 24 juillet 2014, sur la gestion des manifestations pro-palestiniennes, le rappel de la position de la France en faveur de la paix au Proche-Orient, la préparation du budget pour 2015 et la réforme territoriale.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, CORBE Philippe.

FRANCE. Premier ministre;

ti : PHILIPPE CORBE
Est-ce que vous diriez que la manifestation pro-palestinienne hier après-midi à Paris s'est déroulée dans le calme ?

MANUEL VALLS
Elle s'est déroulée dans le calme, grâce, bien sûr, à la prise de responsabilité des organisateurs, mais aussi à un dispositif policier de très grande ampleur, puisque 1170 policiers et gendarmes étaient mobilisés, c'est-à-dire 1 policier, ou 1 gendarme, pour 15 manifestants, mais il fallait prendre ces mesures pour assurer la sécurité de la manifestation et empêcher tout débordement.

PHILIPPE CORBE
Est-ce qu'il y a eu des interpellations en marge de cette manifestation ?

MANUEL VALLS
Il y a eu des interpellations, oui, en marge de cette manifestation, et dans la soirée il semblerait qu'un certain nombre d'individus se soient livrés à des actes ou à des propos antisémites, cela est inadmissible, et donc le gouvernement sera d'une très grande fermeté à l'égard de tous ceux qui profèrent des mots, ce qui a été le cas malheureusement encore ces derniers jours…

PHILIPPE CORBE
On a entendu des « mort aux Juifs » hier.

MANUEL VALLS
Ça veut dire que c'est insupportable, ce sont des actes qui doivent être condamnés par la justice. L'antisémitisme ce n'est pas une opinion, c'est un délit condamné par la loi, et l'Etat, les forces de l'ordre, la justice, poursuivront tous ceux et toutes celles qui s'en prennent ainsi, pas seulement à la communauté juive, mais à ce qu'est profondément la France.

PHILIPPE CORBE
Puisque la manifestation s'est déroulée dans le calme, celle de samedi sera autorisée ?

MANUEL VALLS
Nous verrons bien. Nous agissons au cas par cas, nous avons une gestion pragmatique, au cas par cas. Quand la sécurité est garantie, quand les organisateurs prennent un certain nombre d'engagements, quand la négociation a lieu entre les préfets et les organisateurs, ce fut le cas pour la manifestation d'hier, elles sont bien évidemment autorisées, puisque manifester est un droit. Manifester pour la paix au Proche-Orient, manifester son indignation, sa colère par rapport aux événements et à ce que subissent les populations civiles palestiniennes, manifester parce qu'on considère que les Israéliens vivent la peur au ventre à cause des centaines de roquettes qui s'abattent sur eux, manifester pour le sort des chrétiens d'Orient, manifester pour crier son horreur face aux 170.000 personnes qui sont mortes en Syrie depuis 3 ans, il y a beaucoup de raisons de manifester, mais cela doit se faire dans le calme.

PHILIPPE CORBE
Vous avez encore un doute sur l'organisation de la manifestation de samedi ?

MANUEL VALLS
Je crois que ce sont ceux qui ont organisé la manifestation interdite de samedi dernier…

PHILIPPE CORBE
De Barbès.

MANUEL VALLS
Donc le préfet de police va regarder ça de très près. S'il n'y a pas de garantie, si nous craignons ce qui a conduit à l'interdiction de deux manifestations, sur les 66 qui ont eu lieu ces derniers jours, alors là aussi le gouvernement prendra ses responsabilités et ce type de manifestation sera interdite.

PHILIPPE CORBE
Et ces organisateurs des manifestations du week-end dernier étaient présents hier dans le défilé autorisé.

MANUEL VALLS
Oui, mais en tout cas ce ne sont pas eux qui ont organisé cette manifestation. Ce sont les violences, et notamment les violences antisémites, du dimanche 13 juillet, à Paris, parce qu'il faut toujours rappeler les faits, on a crié « mort aux Juifs », on a voulu s'en prendre à des synagogues dans le 4ème et dans le 12ème arrondissements, ce sont ces violences qui ont provoqué l'interdiction, et pas l'interdiction qui a provoqué la violence, comme certains bons esprits voudraient nous le faire croire.

PHILIPPE CORBE
Puisque vous évoquez ce dimanche 13 juillet, certains affirment qu'il y a eu aussi des provocations de la Ligue de défense juive, qui est un groupe d'activistes juifs, est-ce que vous considérez que la question de ce groupe est posée aujourd'hui ?

MANUEL VALLS
Si ce groupe se livrait à des violences, évidemment il y aurait une réaction des autorités de l'Etat, mais que je sache, ce n'est pas cette organisation qui a crié « mort aux Juifs » et qui s'en est pris aux synagogues.

PHILIPPE CORBE
Non, mais il y a eu peut-être des provocations de certains manifestants.

MANUEL VALLS
Ce qu'il y a de plus grave, dans cette affaire, à Paris comme à Sarcelles, et c'est pour cela que ces manifestations ont été interdites par Bernard CAZENEUVE le ministre de l'Intérieur, c'est que les services de police savaient qu'il y avait des risques de dérapages. Le maire de Sarcelles a demandé l'interdiction de deux manifestations, une pour soutenir les Palestiniens, une autre en soutien à l'Etat d'Israël, parce que dans sa ville, où il y a beaucoup de communautés, on vit dans la concorde, il y avait ces risques, et il avait raison. Et donc, quand on interdit une manifestation c'est parce qu'il y a des risques, c'est rare dans notre pays, mais c'est parce qu'il y a des risques de dérapages, et malheureusement les faits l'ont démontré.

PHILIPPE CORBE
Vous savez, Manuel VALLS, ce que vous reproche une partie de la gauche, c'est une ligne peut-être trop indulgente vis-à-vis de l'Etat d'Israël, il y a eu en tout cas cette impression dans les premiers jours de l'intervention militaire à Gaza.

MANUEL VALLS
Je crois que c'est un faux procès, le camp de la France est celui de la paix, ça a toujours été la paix, c'est la ligne, d'ailleurs, quelle que soit la majorité en place de la France depuis des années.

PHILIPPE CORBE
Elle n'est pas plus pro-israélienne qu'il y a 10 ans par exemple ?

MANUEL VALLS
Non, la paix entre Israéliens et Palestiniens c'est la coexistence de deux Etats, côte à côte, vivant dans la sécurité, dans des frontières reconnues. Laurent FABIUS s'est rendu il y a quelques jours dans la région, au Caire, à Jérusalem, à Ramallah, il a rencontré le président de l'Autorité palestinienne, il s'est rendu à Amman en Jordanie. Nous tenons, nous sommes d'ailleurs l'un des rares pays à pouvoir le faire, le même discours, le cessez-le-feu immédiat, bien évidemment l'ouverture de corridors humanitaires pour secourir la population civile palestinienne, qui vit un drame, les images que nous voyons sont atroces, ces femmes, ces enfants, qui sont tués sous les bombardements israéliens, il n'y a pas d'autre solution qu'un cessez-le-feu immédiat et, bien évidemment, des négociations, car ce conflit dure depuis des années. Donc la ligne de la France est la même, elle est équilibrée, nous nous adressons à tous, dans les mêmes termes, et j'espère que les initiatives, notamment du secrétaire général des Nations Unies, réussiront à imposer un cessez-le-feu, c'est tout à fait indispensable.

PHILIPPE CORBE
Vous mettez sur un même pied les roquettes du Hamas qui tombent sur Israël et les bombardements israéliens à Gaza ?

MANUEL VALLS
Mais je ne peux pas rentrer dans ce débat. Comment ne pas être effrayé, indigné, face à ces morts, et encore une fois, à ces populations civiles. Je veux, en même temps, rappeler quelle est la responsabilité du Hamas, qui s'abrite derrière sa population, pour bombarder également, lancer des roquettes sur Israël. Mais ne rentrons pas précisément dans ce type de débat, dénonçons l'horreur de la guerre et demandons, essayons d'imposer, ce cessez-le-feu.

PHILIPPE CORBE
Manuel VALLS, des millions de Français ont entendu le président de la République le 14 juillet parler de nouvelles baisses de la fiscalité pour des centaines de milliers de nos concitoyens, ces catégories moyennes. On ne sait pas exactement qui sont ces catégories moyennes, est-ce que ce sont les Français qui gagnent 1,2 SMIC, 1,3 SMIC, 1,5 SMIC ?

MANUEL VALLS
Mais dans la préparation de la loi de finances, c'est-à-dire du budget pour 2015, nous aurons l'occasion de préciser ces annonces, mais je veux rappeler à vos auditeurs que, déjà, à l'automne prochain, nous venons de le voter, le Parlement vient de le voter, il y aura une baisse significative, qui peut aller jusqu'à 700 euros, pour près de 3 millions de Français, que 1,7 million d'entre eux sortiront de l'impôt sur le revenu.

PHILIPPE CORBE
Mais ce que vous préparez, ce sont d'autres personnes ou les mêmes qui auront davantage de baisse d'impôt ?

MANUEL VALLS
Il faudra bien sûr confirmer, pour 2015, cette baisse des impôts, pour les mêmes, et puis nous travaillons aussi sur d'autres mesures. Tout doit être fait…

PHILIPPE CORBE
Des gens qui touchent davantage ?

MANUEL VALLS
C'est ce que nous sommes en train de préparer, mais les annonces concernant le budget, Monsieur CORBE, ce n'est pas ce matin, ce sera au mois d'août.

PHILIPPE CORBE
Donc, si je calcule un petit peu en visant large, puisque ça concerne 3 millions de Français aujourd'hui, ça concernera peut-être 4 ou 5 millions de Français.

MANUEL VALLS
Nous verrons bien, si vous m'invitez de nouveau je viendrai vous préciser cela.

PHILIPPE CORBE
Eh bien nous vous inviterons. Non, si je vous pose cette question c'est que vous êtes dans une situation budgétaire évidemment compliquée, et on a noté, dans les dernières déclarations du président de la République, une vision un peu plus pessimiste sur la situation économique. Pour faire simple, il annonçait l'éclaircie, et finalement il se demande peut-être s'il n'y a pas de nouveaux nuages qui arrivent, il disait même « la croissance pourrait s'affaiblir. »

MANUEL VALLS
Moi je suis ici pour faire passer un message de volontarisme. Le président de la République avait annoncé au début de l'année le Pacte de responsabilité et de solidarité, à la fois en faveur des entreprises, puisque nous baissons le coût du travail, près de 40 milliards d'euros vont, pendant 3 ans, se déployer pour soutenir les entreprises, parce que ce sont les entreprises qui créent la richesse et l'emploi, nous baissons aussi les impôts des Français aux revenus les plus modestes, mais nous préparons aussi une baisse des impôts pour les classes moyennes, nous baissons nos déficits, parce que c'est indispensable, nous ne pouvons pas vivre, comme le fait ce pays depuis des années, au-dessus de nos moyens, et puis en même temps nous réformons le pays. Le Parlement vient à la fois de voter le collectif budgétaire, le collectif social, qui met en oeuvre ce Pacte de responsabilité et de solidarité qui est là pour soutenir la compétitivité de nos entreprises, et, en même temps, l'Assemblée a voté hier en première lecture, l'une des plus grandes réformes, parce qu'il faut aussi réformer notre pays, à travers la nouvelle carte des régions. Donc, moi je porte ce mouvement. Mais je réponds à votre question.

PHILIPPE CORBE
Sur la croissance. Est-ce qu'on va faire les 0,3 % de croissance au deuxième trimestre, est-ce qu'on va faire 1 % sur l'année 2014 ?

MANUEL VALLS
Nous aurons ces chiffres au cours du mois d'août.

PHILIPPE CORBE
On comprend qu'on ne va pas les faire en fait !

MANUEL VALLS
Nous aurons ces chiffres au cours du mois d'août. Ce que nous constatons, et pas seulement en France, mais dans tous les pays de la zone euro, y compris en Allemagne, c'est que les effets d'une croissance trop faible – il y a de la croissance, il y aura de toute façon de la croissance – mais elle est beaucoup trop faible, qu'elle soit à 1 % c'est déjà, de toute façon, trop faible, et une inflation trop faible. Et, cela m'amène à vous dire que, au-delà des mesures que nous prenons, et que nous ne changerons pas, parce que le cap doit être maintenu, il n'y a rien de pire, pour les acteurs économiques et sociaux, qu'un zigzag permanent, donc le Pacte de responsabilité, les 50 milliards, vont progressivement se mettre en oeuvre pour soutenir notre économie. Mais il faut, aussi, que l'Union européenne prenne un certain nombre de dispositions, Jean-Claude JUNCKER, le nouveau président de la Commission, a annoncé un plan de 300 milliards d'euros de financement, d'investissements publics et privés, vous savez, je l'ai dit, que je considère que l'euro est aujourd'hui trop cher, trop fort, et qu'il faut, de toute façon, pour la mise en oeuvre du Pacte de stabilité, plus de flexibilité, plus de souplesse, l'Europe doit accompagner les politiques que mènent aujourd'hui les gouvernements dans chacun des pays.

PHILIPPE CORBE
C'est ce contexte très lourd qui fait dire à Martine AUBRY qu'il n'est pas trop tard pour réussir le quinquennat. En l'écoutant on se dit, que en creux, elle veut dire que le quinquennat pour l'instant n'est pas réussi ?

MANUEL VALLS
Oui, mais moi je ne polémique pas.

PHILIPPE CORBE
Elle polémique elle ?

MANUEL VALLS
Ni avec d'ailleurs l'opposition, et j'ai d'ailleurs eu hier l'occasion de saluer par exemple les propos très responsables d'Alain JUPPE, de Jean-Pierre RAFFARIN et de François FILLON condamnant bien sûr les actes antisémites et soutenant les décisions d'interdiction que nous avions prises, et je polémiquerais encore moins avec des personnalités de la majorité. Nous avons trouvé le pays dans une situation très difficile, je ne vous ferais pas le coup évidemment de l'héritage, mais dans la situation que nous connaissons, déficits publics, niveau de la dette, chômage très élevé…

PHILIPPE CORBE
Elle dit Martine AUBRY qu'il y a un problème de vision et de méthode aujourd'hui.

MANUEL VALLS
Je n'ai pas moi le temps de me perdre en conjectures et en petites phrases. Ce qui compte c'est le mouvement que nous avons déclenché. Je veux débloquer ce pays. La France a beaucoup d'atouts dans le domaine économique, de ses entreprises, nous avons des salariés formés, nous avons de grands services publics, et moi ce que je souhaite c'est réformer en profondeur, remettre le pays en mouvement. Au fond, lui redonner confiance en lui-même ; c'est le cap. Il y a un cap, il y a une vision, définis par le président de la République. Quand nous réorganisons les régions, tout le monde il y a quelques semaines, y compris sur votre antenne, disait « nous n'allions pas réussir cette réforme ». En quelques semaines, en quelques semaines, nous passons de 22 régions à 12 grâce au vote de l'Assemblée nationale hier.

PHILIPPE CORBE
A 12, A 13 !! Ca peut encore bouger à 12 ?

MANUEL VALLS
Nous sommes à 12 hexagonales, 13 avec la Corse. Ça n'avait jamais été fait. Ça avait été annoncé, ça avait été proposé par des missions, des commissions, ça n'avait jamais été fait.

PHILIPPE CORBE
Ça peut encore bouger ou pas ? Est-ce que la Bretagne pourrait être finalement rapprochée des Pays-de-Loire ?

MANUEL VALLS
Mais ça peut toujours bouger à partir du moment où le débat parlementaire va encore se poursuivre au mois d'octobre. Mais à la fin de l'année il y aura une carte définitive. Et ainsi nous enclenchons, et c'est ça avoir une vision pour son pays – ce que le président de la République a proposé – nous enclenchons un mouvement de réforme de nos territoires, à la fois pour être plus efficace, parce que nous avons besoin de régions plus fortes pour soutenir l'emploi, sur le plan économique, pour la formation des jeunes, avec l'intercommunalité, avec la disparition progressive des Conseils généraux ; mais nous ferons évoluer sans aucun doute également la loi parce que nous considérons qu'il faut garder des collectivités fortes pour les territoires ruraux, pour assurer la cohésion territoriale, nous en parlerons ce matin en réunion des ministres. Donc c'est un mouvement de réformes. C'est quoi avoir une vision pour la France ? C'est de faire en sorte qu'elle ne décroche pas sur le plan économique, qu'elle reprenne confiance en elle-même et qu'elle prépare l'avenir, et c'est ce que nous sommes en train de faire. Oui il y a une vision, il y a un cap et ce cap c'est le mouvement, c'est la réforme pour l'intérêt général, pour les Français. Et moi ce que je demande, d'ailleurs, aux socialistes c'est de soutenir cette politique, c'est de ne pas perdre du temps dans des polémiques et c'est de garantir l'intérêt général. C'est ce que les Français attendent de nous, c'est que nous nous comportions en responsables.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 juillet 2014

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