Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 23 juillet 2014, sur la gestion des manifestations de soutien aux Palestiniens et le débat parlementaire à propos de la réforme territoriale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 23 juillet 2014, sur la gestion des manifestations de soutien aux Palestiniens et le débat parlementaire à propos de la réforme territoriale.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, KARA Alexandre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : ALEXANDRE KARA
Merci d'être avec nous ce matin sur EUROPE 1. Alors ce soir il y aura une manifestation de soutien aux Palestiniens, un défilé à Paris, entre Denfert-Rochereau et les Invalides, c'est une véritable volteface du gouvernement. Pourquoi avoir autorisé cette manifestation ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Les conditions de cette manifestation ne sont pas du tout celles de la semaine dernière, et d'ailleurs, parce que nous avons fait la démonstration du caractère non préparé, dangereux, de la manifestation de la semaine dernière, aujourd'hui beaucoup d'organisations font un effort tout à fait particulier pour encadrer cette manifestation. Deuxièmement les pouvoirs publics, d'une façon un peu exceptionnelle, mettent des moyens tout à fait considérables pour éviter les dérapages. Donc, il y a un effort particulier, à un moment particulier. Les conditions n'étaient pas réunies la semaine dernière, et évidemment nous avons pris la bonne décision, celle qui évitait le plus gros des désordres et peut-être aussi des manifestations insupportables que l'on a vues par ailleurs.

ALEXANDRE KARA
Mais Jean-Marie LE GUEN, en changeant de pied comme ça, vous donnez finalement un peu le sentiment de céder à la violence et de dire, parce qu'il y a eu des violences le week-end dernier, on va autoriser finalement cette manifestation, parce qu'on ne sait pas où aller, on ne sait pas bien quoi faire.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, nous avons toujours dit que manifester est légitime, et d'ailleurs on comprend l'émotion qui existe aujourd'hui, nous tous, lorsque nous voyons les images de ce qui se passe au Proche-Orient, nous sommes confondus et nous voulons appeler très fortement à la paix. Mais en même temps, nous savons aussi, parce que nous ne sommes pas naïfs, qu'il y a, au-delà de ces manifestations, des gens qui ont la tentation d'exploiter cette émotion pour, d'une part orienter une partie de la population sur des slogans qui sont inacceptables en République, et évidemment on pense tout de suite, évidemment, aux expressions antisémites qui sont très présentes sur le Net, très présentes dans un certain nombre de cortèges de cette manifestation, et puis des désordres publics. Donc il était parfaitement légitime… lorsqu'on gère une situation d'ordre public, il faut accepter qu'on ne le fasse pas sur des principes, mais avec un pragmatisme, un jugement, et avec des informations. Et donc je suis un peu choqué, quelque part, que certains responsables politiques, à droite, et parfois à gauche, remettent en cause le professionnalisme et le savoir-faire des forces de l'ordre. On doit aborder la situation actuelle avec sérieux, ce n'est pas avec des conversations du café du commerce que l'on peut lutter efficacement pour l'ordre public et pour, évidemment, la lutte radicale contre toutes formes d'antisémitisme.

ALEXANDRE KARA
Eh bien justement, parlons de ceux qui critiquent à gauche. Ce soir dans le cortège il y aura une partie de la majorité, il y aura des élus Verts, il y aura aussi des socialistes, 31 députés socialistes. Est-ce que finalement ce n'est pas un aveu de faiblesse du gouvernement face à sa majorité, est-ce que vous ne donnez pas le sentiment de céder, finalement, à une poignée de députés ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, la position de ces députés, qui expriment une sensibilité, et peut-être parfois, je l'ai vu dans certaines expressions, une absence de compréhension de la gravité de ce qui se joue. Il y a, parfois, une certaine forme de légèreté. Mais je ne remets pas en cause leur bonne foi et leur volonté d'exprimer leur indignation et leur émotion devant ce qui se passe au Proche-Orient, donc voilà. Et puis ils tireront les propres conséquences de cette manifestation. J'espère que tout se passera bien, j'espère qu'il n'y aura pas de mots d'ordre qui sont des mots d'ordre antisémites, ou des paravents à l'antisémitisme, et j'espère qu'il n'y aura pas de violence.

ALEXANDRE KARA
Vous savez très bien que ça sera très difficile de l'éviter, vous savez que généralement, surtout sur la fin des cortèges…

JEAN-MARIE LE GUEN
Je le crains, et c'est pour ça…

ALEXANDRE KARA
Il y a toujours des violences.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je le crains, je le crains, et c'est pour ça que, évidemment, je me félicite que, comme il le fait d'ailleurs depuis 74, le Parti socialiste, quelle que soit la sympathie, le partage d'indignation, n'ait jamais appelé à ce type de manifestation. Nous ne voulons pas, et nous ne pensons pas, qu'il faille aujourd'hui prendre parti, si ce n'est évidemment pour la paix. Et de ce point de vue, je dirai la chose suivante : c'est en étant républicain, ici, en France, que l'on défend la paix là-bas, parce que ce dont a besoin le Proche-Orient c'est effectivement de concepts qui peuvent se rapprocher de ce qu'essaye d'être la société française, la laïcité, l'ordre public, le respect, le combat contre toutes formes de racisme, de xénophobie, de faire en sorte qu'il n'y ait pas cette guerre de civilisations à laquelle un certain nombre de fanatiques veulent nous pousser.

ALEXANDRE KARA
Finalement, au lieu d'autoriser une manifestation au coup par coup, comme ça, est-ce qu'il ne faudrait pas plutôt une parole publique forte, est-ce qu'il ne faut pas que, tout simplement, le président de la République s'exprime sur le risque de désagrégation nationale ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il faut voir les choses avec sérieux et avec gravité, mais il ne faut pas les faire en exagération, c'est-à-dire qu'il faut véritablement avoir le rythme des prises de parole et en regardant la situation telle qu'elle est. Il y a des tensions, il y a – et on l'a vu avec l'affaire Dieudonné – parce que, j'allais dire dans cette actualité où on zappe beaucoup, on oublie que le gouvernement, et singulièrement, d'ailleurs, Manuel VALLS quand il était ministre de l'Intérieur, avait pointé du doigt, déjà, les risques de l'antisémitisme…

ALEXANDRE KARA
Oui, mais c'est maintenant. On peut refaire l'histoire, mais c'est maintenant.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais attendez, chaque chose… non non, chaque chose se voit dans sa cohérence et dans… Nous ne sommes pas dans une société française qui est au bord de l'explosion, il y a des problèmes, nous voulons les maîtriser, nous les dénonçons, le discours du Premier ministre dimanche dernier était très clair sur la volonté de la République de combattre l'antisémitisme, nous ne faiblirons en aucune façon.

ALEXANDRE KARA
On a entendu le message Jean-Marie LE GUEN. Sur un autre sujet, la réforme territoriale sera votée aujourd'hui en première lecture par les députés, alors c'est un texte inachevé qui sera probablement de nouveau mis en pièces par le Sénat dans 2 mois. Est-ce que, franchement, il y a de quoi pavoiser, est-ce que tout ça n'a pas été fait trop vite et dans l'improvisation ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, cette réforme on en parle depuis 20 ans, elle sera votée cet après-midi. Il y aura évidemment… c'est donc une étape décisive, il y aura… le débat parlementaire va continuer, j'espère que le Sénat ne restera pas toujours sur sa volonté de blocage et de refus un peu trop systématique, mais en tout état de cause cette réforme elle va être votée, largement à gauche, elle va être votée, ou appréciée en tout cas, par un certain nombre de parlementaires de droite, elle sera donc très largement acceptée. C'est un cap extraordinaire, Alexandre KARA, la France enfin se réforme, car c'est tout le bilan de cette session parlementaire depuis 3 mois. Nous avons voté deux collectifs budgétaires qui poussent et qui mettent en place véritablement le Pacte de responsabilité, 50 milliards de dépenses en moins, 40 milliards qui sont mis au service de nos entreprises pour créer de l'investissement et de l'emploi, ça n'a jamais été fait. On en a parlé, on l'a évoqué, certains le dénoncent dans l'opinion, mais aujourd'hui ça se fait.

ALEXANDRE KARA
Jean-Marie LE GUEN, c'est sans doute, aussi, à la mesure de la crise économique que traverse la France aujourd'hui. Mais pour revenir à la réforme territoriale, par exemple la question de l'Ouest n'a pas été réglée. Est-ce que ça n'aurait pas été plus courageux, quand même, d'unir la Bretagne et les Pays-de-la-Loire ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je crois qu'il faut avoir à la fois du volontarisme et de l'humilité. Le volontarisme c'est celui qui consiste à faire passer de 22 à 13 régions, c'est celui qui persiste à mettre en place une réforme territoriale qui va, dans quelques mois, bouleverser complètement l'organisation pour plus d'efficacité des services publics et plus de proximité, nous en reparlerons. Mais, en même temps, il ne faut pas prétendre tout régler tout de suite. Nous avons un processus…

ALEXANDRE KARA
Peut-être aussi parce que Jean-Yves LE DRIAN est ministre et proche de François HOLLANDE.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ça n'a rien à voir avec…

ALEXANDRE KARA
Si, parce que vous n'avez pas peur de heurter Martine AUBRY.

JEAN-MARIE LE GUEN
Si je peux me permettre Alexandre KARA, ça c'est la lecture des responsables médiatiques. La réalité c'est que la Bretagne a une entité…

ALEXANDRE KARA
Ce n'est pas une lecture fausse en tout cas.

JEAN-MARIE LE GUEN
La Bretagne a une identité qu'il faut savoir prendre en compte et donc un certain nombre d'évolutions se feront, tranquillement, dans les 4 ou 5 ans qui viennent, et nous aurons réformé l'organisation territoriale de ce pays, ce qui n'a pas été fait, non seulement depuis 20 ans, mais, quelque part, sur quelque chose qui existe maintenant depuis des décennies et des siècles. Donc, la réforme, elle se fait, elle se fait sans volonté de briser, elle rassemble, elle dynamise et elle crée sa propre dynamique.

ALEXANDRE KARA
Jean-Marie LE GUEN, les déclarations d'intérêts des parlementaires seront rendues publiques demain, va-t-il y avoir, selon vos informations, des rappels à l'ordre ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, je n'en sais rien, je sais que c'est un progrès tout à fait extraordinaire, nous sommes, les parlementaires sont la seule profession, si on peut parler de profession, dont l'ensemble des revenus va être mis à nu, non seulement pour aujourd'hui, mais pour les 5 ans qui viennent de se passer, c'est d'ailleurs même, je crois, unique au monde, de ce point de vue, et c'est un progrès sans doute tout à fait considérable, à condition qu'on ne s'en serve pas pour faire de la démagogie et du populisme. Il y a des parlementaires qui ont des activités tout à fait connues par ailleurs, qui vont amener d'autres revenus, il y en a d'autres qui se consacrent exclusivement à leur mandat, eh bien voilà, acceptons aussi la diversité des situations et n'en tirons pas des conclusions hâtives.

ALEXANDRE KARA
Jean-Marie LE GUEN, vous-même vous avez été épinglé par cette Haute autorité pour avoir sous-évalué vos biens immobiliers, semble-t-il, est-ce que c'est ça le populisme, la démagogie ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais vous le savez, la Haute autorité l'a dit elle-même, je n'ai pas sous-évalué, nous avons eu un débat sur l'évaluation des biens, comme si je vous disais quelle est la valeur aujourd'hui de l'ensemble de votre patrimoine, peut-être que vous ne seriez pas immédiatement d'accord avec ce que pourrait dire une tiers personne, eh bien voilà ! On a eu ce débat, ce débat a eu lieu, en toute transparence, il est aujourd'hui tout à fait conclu.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 juillet 2014

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