Interview de M. François Cuvillier, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à France Info le 25 juillet 2014, sur le crash du vol d'Air Algérie au Mali. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Cuvillier, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à France Info le 25 juillet 2014, sur le crash du vol d'Air Algérie au Mali.

Personnalité, fonction : CUVILLIER Frédéric.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche

ti : EDWIGE COUPEZ
Et nous revenons sur le crash de ce vol d'AIR ALGERIE au Mali, la France a confirmé dans la nuit que l'épave de l'appareil avait été localisée au Sud de Gao, au Mali, près de la frontière avec le Burkina-Faso. On ne sait pas en revanche pourquoi l'avion s'est écrasé. Bonjour Frédéric CUVILLIER.

FREDERIC CUVILLIER
Bonjour.

EDWIGE COUPEZ
Vous êtes le secrétaire d'Etat chargé des Transports. Les hypothèses sont nombreuses encore ce matin, aucune n'est exclue. Bernard CAZENEUVE, votre collègue à l'Intérieur, vient d'indiquer que l'hypothèse météo serait la plus probable, c'est ce que vous confirmez ?

FREDERIC CUVILLIER
Tout d'abord le fait d'avoir retrouvé l'épave rapidement, moins de 24 h 00, est un enjeu décisif, une réalité décisive pour la suite de l'enquête. Les constatations suite à une identification par le drone Reaper, puis par la suite 2 équipes héliportées a permis de constater des débris sur une zone concentrée, ce qui sont des éléments là encore décisifs pour la suite des investigations. A la fois des enquêteurs du Bureau Enquêtes Accidents et de la gendarmerie des transports aériens sont diligentés sur place. Quelles sont les causes…

EDWIGE COUPEZ
Est-ce qu'il y a déjà du monde sur place ?

FREDERIC CUVILLIER
Il y a une colonne d'une centaine de soldats qui sont des soldats de la force de l'opération Barkhane, 100 soldats, une trentaine de véhicules. Mais les conditions météorologiques rendent très difficile le fait de pouvoir parvenir jusque l'épave et l'avion. Donc les forces sont en train de progresser mais à ma connaissance, ils ne sont pas encore parvenus sur site.

EDWIGE COUPEZ
Vous parliez des causes possibles de ce crash, vous parliez des débris, l'épave a été décrite comme totalement désintégrée, ça pourrait indiquer quoi ?

FREDERIC CUVILLIER
Désintégrée vraisemblablement sur un périmètre assez ramassé, ce qui pourrait indiquer que l'avion s'est écrasé au sol… pourrait peut-être mais il faut être toujours extrêmement prudent considérer qu'il n'y aurait peut-être pas eu d'explosion en vol…

EDWIGE COUPEZ
Donc pas de tir de missile par exemple ?

FREDERIC CUVILLIER
Ça c'est exclu, dès les premières heures…

EDWIGE COUPEZ
Pas de bombe non plus en vol ?

FREDERIC CUVILLIER
Pour le reste, il faut… nous savons que les conditions météorologiques sont extrêmement dégradées, généralement bien sûr la météo n'amène pas des accidents de cette importance. Mais donc il peut y avoir une accumulation, une succession d'événements qui auraient amené à ce drame atroce.

EDWIGE COUPEZ
Difficile donc de dire encore si l'hypothèse météo est privilégiée ce matin…

FREDERIC CUVILLIER
Météo, elle est une réalité, le fait que l'équipage ait choisi de changer d'itinéraire, ce qui est assez classique, mais ce sont des zones extrêmement mouvementées, avec une météo très dégradée. Donc c'est bien sûr une réalité, y a-t-il eu dans le même temps un problème technique ou d'autres éléments explicatifs ? Nous le saurons très vite parce que la zone va être sécurisée par l'équipe et les soldats français, pour protéger tous les indices et permettre également de récupérer – dans les meilleurs délais – les boîtes noires. Il y a aussi un témoignage d'odeur très forte de kérosène, ce qui voudrait dire que le kérosène n'aurait pas été disloqué. Donc autant d'indices qui amèneront à préciser assez rapidement je crois les conditions de cet accident dramatique.

EDWIGE COUPEZ
Est-ce qu'on peut prendre en compte aussi des témoignages sur place de bergers, certains indiquent avoir vu l'avion en feu au moment du crash !

FREDERIC CUVILLIER
Oui, il faut toujours écouter mais être très prudent, notamment sur l'illustration. Un avion en feu, est-ce un moteur en feu, est-ce l'avion, est-ce également peut-être des lumières qui auraient été identifiées comme une boule de flamme ? Tout cela doit nous amener à beaucoup de prudence.

EDWIGE COUPEZ
Vous parliez de problèmes techniques, l'avion était en bon état ?

FREDERIC CUVILLIER
Oui, il avait été contrôlé d'ailleurs mardi dernier à Marseille, lors d'une escale, et il avait fait l'objet d'un contrôle plus approfondi il y a moins d'un mois. La compagnie est honorablement connue, l'avion avait été donc contrôlé, il n'y a a priori pas de raison de pouvoir douter à ce niveau.

EDWIGE COUPEZ
Est-ce qu'on a des doutes sur la formation des pilotes par exemple ?

FREDERIC CUVILLIER
Vous savez…

EDWIGE COUPEZ
Pour mettre en cause ?

FREDERIC CUVILLIER
Les pilotes sont formés, il y a des règles, elles sont internationales, des exigences bien évidemment de chacune des compagnies. La compagnie est une compagnie sérieuse, donc à ce stade il n'y aucune raison de pouvoir remettre en cause les pilotes. Nous verrons pour la suite.

EDWIGE COUPEZ
Différentes hypothèses donc, on le disait, météo, panne, problème technique, acte terroriste c'est aussi envisagé ? L'aéroport de Ouagadougou est l'un des aéroports dit à risque en Afrique. Quels sont les moyens de contrôle, de sûreté sur place ?

FREDERIC CUVILLIER
Il est clair que nous accompagnons – notamment en Afrique – la formation des personnels sur les zones aéroportuaires, et qu'il faut toujours améliorer la sécurité. Pour autant, rien ne nous permet aujourd'hui et à cet instant d'affirmer, même d'apporter crédit au fait qu'il aurait pu y avoir une bombe à bord, nous n'en savons rien. Ce que nous savons, c'est que la zone a été identifiée, que l'avion est disloqué sur une zone relativement concentrée, ces indices sur les odeurs de kérosène. Mais très rapidement, les équipes seront sur place.

EDWIGE COUPEZ
116 passagers se trouvaient à bord avec les membres d'équipage, 51 français. Une nouvelle réunion de crise est prévue ce matin à l'Elysée autour du président François HOLLANDE, vous y serez. Qu'est-ce qui doit être décidé ?

FREDERIC CUVILLIER
Tout d'abord ce drame est extrêmement douloureux pour toutes les nations, 16 nationalités, bien sûr pour nos compatriotes, leurs familles. J'ai eu à connaître des suites du vol Rio/Paris – et notamment avec les associations d'aide aux victimes, la FENVAC, j'ai eu à connaître d'autres drames dans d'autres types de transport, Brétigny notamment. Et il est important que nous puissions mettre en place très vite l'accompagnement, le suivi des familles, des proches. Nous avions mis en place, suite à Brétigny, un certain nombre de dispositifs d'accompagnement, je pense que très rapidement il faudra que nous puissions les activer, ce sera d'ailleurs l'objet de mes propositions dans quelques minutes auprès du président de la République.

EDWIGE COUPEZ
Et c'est un peu particulier comme cas là puisque les familles sont dispersées, les passagers ne devaient pas arriver tous au même endroit !

FREDERIC CUVILLIER
Oui, pour autant ce sont autant de situations personnelles, individuelles. Il faut accompagner, il faut aider, il faut alléger… non la souffrance mais ce qui peut accompagner la situation avec des difficultés, elles sont de tous ordres : financières, juridiques, administratives. Il faut donner les bons conseils, accompagner… les gens sont souvent… d'abord pas préparés bien sûr, mais perdus face à ce drame qui les rattrape.

EDWIGE COUPEZ
Les familles vont être regroupées, dit-on, vous savez déjà où ?

FREDERIC CUVILLIER
Samedi matin, nous rencontrerons les familles pour…

EDWIGE COUPEZ
A Paris ?

FREDERIC CUVILLIER
Pour pouvoir… à Paris, pour pouvoir apporter toutes les informations en notre possession. Le président de la République a été extrêmement clair sur sa volonté d'accompagner les familles et de leur donner tous les éléments ; et puis par ailleurs pour pouvoir leur présenter les dispositifs que nous mettrons à leur disposition. C'est un drame terrible et pour des années, et donc il faut que nous puissions accompagner cette nouvelle vie parce que les victimes… leurs proches devront vivre avec cette réalité-là. Elle est douloureuse, autant être à leur côté.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 juillet 2014

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