Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur le crash du vol d'Air algérie AH5017 sur le sol malien, à Paris le 25 juillet 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur le crash du vol d'Air algérie AH5017 sur le sol malien, à Paris le 25 juillet 2014.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

ti :
Mesdames, Messieurs,


Après la disparition tragique du vol d'Air Algérie AH5017, qui assurait la liaison entre Ouagadougou et Alger, il est nécessaire, comme l'ont souhaité le président de la République et le Premier ministre, de faire le point sur les informations dont nous disposons et sur les actions engagées. Je le fais avec mes collègues Jean-Yves Le Drian et Frédéric Cuvillier. Je le ferai à chaque fois que nécessaire, dans la transparence.

Malheureusement, comme l'a indiqué le président de la République, il n'y a pas de survivant. Les restes de l'appareil ont été repérés cette nuit par les forces françaises, sur la base d'indications données par les autorités burkinabées et maliennes. Ils se trouvent dans la région de Gossi, au Mali, à 160 km au Sud de Gao, à quelques kilomètres au Nord de la frontière du Burkina Faso. Des moyens aériens français avaient été déployés dès le début de l'après-midi sur une vaste zone de recherche pour faire la lumière sur ce drame.

Les débris sont concentrés sur une surface d'environ 300 mètre sur 300 mètres. Ils sont nombreux, dans une zone de savane et de sable dont l'accès est difficile, en particulier à la saison des pluies.

Aussitôt que les débris de l'avion ont été repérés, un dispositif de sécurisation du site associant des forces maliennes et nos forces françaises présentes dans la région a été déployé. D'abord une trentaine d'hommes héliportés dans la nuit, puis 200 d'éléments terrestres (120 Français, 60 Maliens, 40 Néerlandais) qui sont désormais sur le site.

Jean-Yves Le Drian vous donnera dans un instant des détails sur ces aspects.

Sur les causes mêmes de l'accident, il est encore prématuré d'avancer une certitude. Ce que nous pouvons dire, c'est que d'importants orages étaient actifs dans la zone et que l'équipage avait signalé son intention de se dérouter pour raisons météo, avant la perte de contact avec l'appareil.

Une boîte noire, sur les deux que comportait l'appareil, a été retrouvée en fin de nuit.

Le président du Mali vient de nous demander notre coopération pour l'enquête ; bien évidemment, nous en sommes d'accord. L'enquête sera conduite en concertation étroite avec les autorités maliennes, burkinabées, algériennes et espagnoles, comme j'en suis convenu ce matin, notamment avec mes collègues Lamamra et Margallo.

Le Liban, le Burkina-Faso, le Canada, le Chili, le Luxembourg et la Roumanie, dont des ressortissants comptent parmi les victimes, nous ont adressé des demandes d'assistance qui seront bien sûr honorées. Nous tiendrons la totalité des pays concernés informés au fur et à mesure du déroulement des investigations, par nos ambassadeurs.

Une équipe du BEA (Bureau d'enquêtes et d'analyses) ainsi que des légistes de l'IRCGN (Institut de recherches criminelles de la Gendarmerie nationale) s'envolent aujourd'hui pour Bamako. Ils rejoindront dans les prochaines heures les lieux de la catastrophe.

Une enquête préliminaire pour homicide involontaire a été engagée hier par le Parquet de Paris.

Bref, tout est fait et sera fait pour que lumière soit faite le plus rapidement possible sur les causes du drame. Frédéric Cuvillier vous donnera dans un instant des précisions supplémentaire sur ces points.

Je rappelle le très lourd bilan : 118 personnes (112 passagers et les 6 membres de l'équipage), dont 54 Français, y compris les doubles-nationaux. Ce drame touche 21 familles françaises, ainsi que 14 autres nationalités.

Lorsque nous avons été informés de la catastrophe, nous avons immédiatement activé la cellule interministérielle du Centre de crise de ce ministère. Elle est chargée de coordonner l'ensemble des actions de l'État, de recueillir et de relayer auprès des familles toutes les informations.

Des cellules d'accueil en direction des familles des passagers dont la destination finale était la France ont été mises en place dans les aéroports de Paris CDG et Orly, Marseille, Lyon et Toulouse. Les préfectures des lieux de destination de nos compatriotes et de résidence de leurs familles ont été mises en alerte par le ministère de l'intérieur.

Nos ambassades sont mobilisées. La secrétaire d'État Fleur Pellerin est arrivée dans la nuit à Ouagadougou afin d'être en contact avec la communauté française et le gouvernement burkinabé. Elle se rend en ce moment sur les lieux de la catastrophe.

À l'heure où je m'exprime, la cellule de crise du MAEDI a traité plus de 5000 appels téléphoniques. Toutes les familles des victimes de la catastrophe ont été contactées personnellement. Elles ont été informées des derniers éléments dont nous disposons.

Une réunion d'information complète à destination de ces familles se tiendra demain en début d'après-midi ici même au Quai d'Orsay, en présence des familles, du président de la République, des ministres concernés ainsi que des représentants du Mali, du Burkina-Faso et de l'Algérie. Les responsables des associations de victimes seront également présentes.

Il ne faut pas se dissimuler que les conditions matérielles des recherches sur place sont difficiles.

Comme je vous le disais, une équipe de l'IRCGN s'envole aujourd'hui sur la zone du crash. Notre intention est d'acheminer le plus rapidement possible les dépouilles à Gao, où elles pourront être accueillies dans des conditions satisfaisantes, afin de procéder à une première identification avant leur rapatriement en France et dans les pays concernés.

Dans ces circonstances dramatiques, tout doit être fait pour que les dépouilles des victimes puissent être rendues le plus rapidement possible à leurs proches.

Le président de la République a tenu ce matin à l'Élysée une réunion en présence du Premier ministre et des ministres concernés. Le Premier ministre a rendu visite, ce matin, au Centre de crise. Une nouvelle réunion aura lieu demain matin à l'Élysée. Les familles sont contactées. Les recherches sur place ont commencé. La zone est sécurisée. Le gouvernement et les pouvoirs publics sont mobilisés pour que les investigations et actions débouchent le plus rapidement possible.

Dans cette épreuve, je veux de nouveau exprimer aux familles et aux proches des victimes la totale solidarité de la Nation.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 juillet 2014

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