Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à RTL le 25 juillet 2014, sur le crash de l'avion d'Air Algérie au Mali. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à RTL le 25 juillet 2014, sur le crash de l'avion d'Air Algérie au Mali.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : Philippe Corbé
Bonjour Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve
Bonjour.

Philippe Corbé
Bienvenue dans cette édition spéciale de « RTL Matin. » Vous serez tout à l'heure à l'Elysée pour cette réunion de crise dans 1 heure, la communiqué de la présidence de la République est tombé un peu avant 3H00 du matin, l'épave de l'avion d'AIR ALGERIE a été localisée au Mali dans la région de Gossi à proximité de la frontière avec le Burkina-Faso. Ce sont les soldats français de l'opération Serval qui ont retrouvé, qui ont localisé la zone où se trouvait cette épave.

Bernard Cazeneuve
La priorité était de retrouver cette épave, c'était le sens du discours du président de la République aux ministres présents hier à la réunion de 17H00 à l'Elysée, c'était les instructions qu'il avait données, et c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, il a souhaité, à la fois pour contrôler, diriger les opérations, pour être aux côtés des familles samedi, annuler son déplacement à La Réunion et à Mayotte. Donc la priorité c'était de retrouver l'épave. C'est la raison pour laquelle des moyens significatifs ont été mobilisés, des moyens français, mais aussi des moyens d'autres pays qui nous ont accompagnés…

Philippe Corbé
Des drones notamment, nous disait Pierre Julien tout à l'heure.

Bernard Cazeneuve
et donc il y a eu un C130, des hélicoptères, des drones, et ces moyens, mobilisés par l'Armée française, ont permis d'identifier l'épave dans la nuit.

Philippe Corbé
Alors, je note dans le communiqué publié par l'Elysée au milieu de la nuit, le communiqué fait état de l'épave et parle d'un état désintégré. Est-ce que vous savez ce que veut dire ce mot, état désintégré ?

Bernard Cazeneuve
L'avion s'est abîmé au moment où il s'est écrasé…

Philippe Corbé
Donc il n'a pas explosé en vol ?

Bernard Cazeneuve
En tous les cas ça ne correspond pas à l'hypothèse la plus probable, mais, encore une fois, comme l'a dit Laurent Fabius hier, nous pensons que cet avion s'est abîmé pour des raisons qui tenaient aux conditions météorologiques, mais aucune hypothèse ne peut être écartée aussi longtemps que l'enquête n'a pas donné tous ses résultats. Mais l'hypothèse la plus probable est effectivement celle-ci.

Philippe Corbé
C'est un élément intéressant que vous apportez Bernard Cazeneuve parce qu'on avait l'impression, hier soir, que l'hypothèse météo n'était pas forcément privilégiée par rapport à l'hypothèse terroriste, et on entend, on vous entend Bernard Cazeneuve ce matin sur RTL, vous dites bien que l'hypothèse météo est l'hypothèse numéro 1 ?

Bernard Cazeneuve
Je dis exactement ce qu'a dit Laurent Fabius hier à la télévision, parce qu'il faut être extrêmement précis, quelques minutes avant que l'on perde le contact avec l'avion il a été signalé que cet avion changerait de direction pour des raisons météorologiques. Maintenant il y a une enquête, elle se déploie, et elle fera connaître ses résultats.

Philippe Corbé
Et justement, en attendant ces résultats, les hypothèses, vous le disiez, toutes les hypothèses sont à évoquer, et notamment l'hypothèse terroriste. Est-ce que la France avait recueilli ces derniers jours, ces dernières semaines, ces derniers mois, des informations, qui indices, qui montreraient que la France et les Français, les ressortissants français, pourraient être des cibles dans cette zone d'Afrique de l'Ouest ?

Bernard Cazeneuve
Non, mais on sait quelle est la situation en Afrique de l'Ouest, il y a des groupes terroristes qui agissent, des groupes terroristes qui sont d'ailleurs nombreux, qui sont dans la zone, mais pas seulement, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai décidé de mettre un plan de lutte contre le terrorisme en place, qui a été présenté en Conseil des ministres et voté à l'unanimité par les membres de la Commission des lois à l'Assemblée nationale, donc on sait qu'il y a des groupes, qui agissent, avec la férocité que l'on a vue, à plusieurs reprises, et face auxquels nous sommes dans une extrême vigilance.

Philippe Corbé
Mais il n'y a pas eu d'informations nouvelles, ces derniers mois, qui auraient peut-être fait monter le degré de risque terroriste ?

Bernard Cazeneuve
Nous savons que ces groupes qui sont des groupes qui sont hostiles aux intérêts occidentaux, qui sont hostiles à un très grand nombre de pays de l'Union européenne, et qui manifestent d'ailleurs cette hostilité en envoyant un certain nombre de nos ressortissants, en les recrutant, pour aller faire le Jihad en Syrie, qui sont présents dans cette zone. Donc, aujourd'hui, nous sommes dans une vigilance maximale face à ces groupes, et j'ai déjà eu l'occasion de dire à plusieurs reprises que nous sommes dans 100 % de précautions, pour essayer de maîtriser ces risques, mais que 100 % de précautions ne fait pas nécessairement le risque zéro.

Philippe Corbé
Est-ce qu'à ce stade, Monsieur Cazeneuve, Monsieur le ministre de l'Intérieur, est-ce qu'a ce stade vous envisagez l'hypothèse d'un renforcement du dispositif Vigipirate sur notre territoire ?

Bernard Cazeneuve
Mais il est déjà en place, ce dispositif…

Philippe Corbé
Au maximum ?

Bernard Cazeneuve
Il est déjà en place avec une réelle efficacité, une grande mobilisation de tous nos moyens de sécurité, et, encore une fois, je vous le redis, je suis dans une vigilance absolue. Si j'ai pris des dispositions très fermes concernant la lutte contre le terrorisme, concernant nos ressortissants qui s'engagent, ceux qui reviennent sur le territoire national, en faisant en sorte que tous les moyens du droit soient mobilisés, c'est bien parce que je considère, comme l'ensemble, d'ailleurs, des membres du gouvernement, en charge de ces questions, qu'il faut une vigilance absolue et une fermeté totale.

Philippe Corbé
Alors, Bernard Cazeneuve, est-ce que vous avez des informations plus précises ce matin sur les victimes françaises ? Il y a donc 51 Français, 51 ressortissants français, c'était des familles souvent, en fait il y a une vingtaine de familles. C'est bien cela ?

Bernard Cazeneuve
Il y a des membres, effectivement, de familles, avec plusieurs membres de la même famille dans l'avion, c'est effectivement le cas.

Philippe Corbé
On entendait tout à l'heure une famille du Cantal, il y en a une autre de la Creuse. Vous avez des informations sur les origines géographiques de ces familles françaises ?

Bernard Cazeneuve
Moi je ne souhaite pas donner d'information maintenant alors qu'il faut reconnaître les victimes, que nous accueillerons les familles demain, je pense qu'il faut être extrêmement précautionneux dans les informations qu'on donne, parce que des familles sont aujourd'hui dans une angoisse terrible, et dans une tristesse absolue…

Philippe Corbé
Elles ont toutes été prévenues ?

Bernard Cazeneuve
Et elles méritent, ces familles, beaucoup d'attention de notre part, et je veux d'ailleurs leur exprimer l'immense compassion du gouvernement, notre très grande solidarité, et c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, nous avons pris des dispositions pour pouvoir les accueillir. dispositions, d'ailleurs, qui ont été prises par mon ministère à travers la mobilisation de la structure interministérielle de crise qui est sous l'autorité du ministère de l'Intérieur et qui travaille en liaison avec la cellule de crise du ministère de l'Intérieur – du ministère des Affaires étrangères, pardon – cette cellule de crise du ministère de l'Intérieur a assuré, d'ores et déjà, l'accueil des familles qui se présentaient dans les cinq aéroports, en mettant en place des moyens médicaux, des moyens de soutien psychologique, et le président de la République a souhaité que nous puissions accueillir toutes les familles demain à Paris, dans des conditions qui seront déterminées pendant la réunion qui se tiendra à 9H00, de manière à ce que nous puissions donner les informations, témoigner de notre solidarité, de notre compassion, et assurer le soutien psychologique dont ces familles ont besoin face à l'épreuve terrible à laquelle elles sont confrontées.

Philippe Corbé
François Hollande, le président de la République, a annulé son déplacement dans l'Océan Indien, est-ce que ça veut dire que c'est lui, François Hollande, qui gère directement la crise en première ligne ?

Bernard Cazeneuve
Mais c'est un drame absolu, c'est une grande tragédie, donc que le président de la République soit présent pour donner les orientations, coordonner l'action des membres du gouvernement, aux côtés du Premier ministre, c'est tout à fait normal. En même temps, tous les ministres sont mobilisés, dans leurs compétences, il y a un gros travail qui est fait dans un cadre interministériel, et nous essayons de faire en sorte de pouvoir apporter les informations, des informations précises, d'où ma prudence ce matin, alors que nous venons d'identifier le lieu où cette épave se trouve, au moment où l'enquête se poursuit, au moment où des moyens français arriveront sur place pour procéder à toutes les identifications.

Philippe Corbé
Merci Bernard Cazeneuve d'être venu ce matin apporter ces éléments d'information dont vous disposez dans cette édition spéciale de « RTL Matin. » Je rappelle ce que vous disiez au début de cette interview, c'est-à-dire que l'hypothèse que vous privilégiez c'est donc l'hypothèse météo, mais que vous n'excluez aucune hypothèse…

Bernard Cazeneuve
Non, Monsieur Corbé, j'ai été précis, j'ai dit ce qu'a dit Laurent Fabius hier, c'est que les derniers éléments dont nous disposons c'est une communication radio des pilotes indiquant que pour des raisons de météorologie ils détournent leur route, maintenant, bien entendu, tant que l'enquête n'a pas fait connaître ses résultats, il faut être prudent et n'exclure aucune hypothèse.

Philippe Corbé
On le comprend, évidemment. Merci Monsieur le ministre de l'Intérieur, vous serez tout à l'heure à l'Elysée pour cette réunion de crise autour de François Hollande.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 1er août 2014

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