Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à France Info le 13 août 2014, sur la situation des chrétiens d'Irak, le projet de loi antiterroriste visant à éviter le basculement de ressortissants français dans des groupes djihadistes, l'enquête sur le vol de cinquante kilos de cocaïne à la Police judiciaire de Paris, les violences intervenues en marge du match de football entre Bastia et Marseille et l'opération Tranquillité Vacances. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à France Info le 13 août 2014, sur la situation des chrétiens d'Irak, le projet de loi antiterroriste visant à éviter le basculement de ressortissants français dans des groupes djihadistes, l'enquête sur le vol de cinquante kilos de cocaïne à la Police judiciaire de Paris, les violences intervenues en marge du match de football entre Bastia et Marseille et l'opération Tranquillité Vacances.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : MATHILDE MUNOS
L'invité de France Info est le Ministre de l'Intérieur Bernard CAZENEUVE, bonjour.

MONSIEUR LE MINISTRE DE L'INTERIEUR BERNARD CAZENEUVE
Bonjour.

MATHILDE MUNOS
La France a commencé à accueillir des réfugiés Irakiens. Onze personnes ont pu bénéficier d'un visa d'asile. Est-ce qu'il y a beaucoup de demandes ?

BERNARD CAZENEUVE
Oui, il y a des demandes. Il y a des demandes et la volonté qui est la nôtre a été réaffirmée avec Laurent FABIUS, à l'occasion de la rencontre que nous avons eue avec les représentants des Chrétiens d'Irak il y a de cela une dizaine de jours au Quai d'Orsay. La position de la France est la suivante : nous souhaitons, bien entendu, que ces minorités qui vivent en Irak puissent continuer à y vivre, d'où le déploiement très fort d'initiatives destinées à faire en sorte que l'aide humanitaire soit déployée et que les initiatives diplomatiques se multiplient pour que cela soit possible.

MATHILDE MUNOS
Cela veut dire que vous vous êtes fixé une limite ?

BERNARD CAZENEUVE
Non, il n'y a pas de limite. Il y a simplement la volonté de faire en sorte que ce message passe. Parce que si nous organisions le départ de toutes les minorités, ce serait une manière de dire que l'Etat islamique en Irak et au Levant est chez lui là où il fait la guerre et engage ses percussions. Ce n'est pas notre position. Notre position est de faire en sorte qu'il puisse y avoir des initiatives humanitaires et diplomatiques qui permettent à ces minorités de vivre en Irak. Mais bien entendu, nous sommes aussi soucieux de faire en sorte que ceux qui sont persécutés puissent trouver l'asile en France.

MATHILDE MUNOS
Est-ce que vous avez un ordre de grandeur ? Est-ce que le Consulat à Erbil ou l'Ambassade à Bagdad vous font remonter ces demandes ?

BERNARD CAZENEUVE
Il y a plusieurs centaines de demandes aujourd'hui. Mais notre objectif est de faire en sorte que nous puissions répondre dans les circonstances que je viens de vous indiquer et avec les objectifs que je viens de vous dire. C'est-à-dire faire en sorte que ces minorités puissent vivre en Irak et que les conditions d'accueil en France soient réunies pour des familles qui ont des liens avec la France, pour des familles qui sont persécutées. Notre consulat à Erbil est en train de faire le travail qui permette de rendre cet accueil possible lorsqu'il est incontournable.

MATHILDE MUNOS
De l'autre côté, côté combattants, est-ce que vous savez si des Français sont partis combattre en Irak comme il y en a en Syrie ?

BERNARD CAZENEUVE
Vous savez que j'ai mis en place un plan de lutte contre le terrorisme et le basculement de nos ressortissants dans des groupes djihadistes en Syrie. Il y a aujourd'hui près de neuf cents Français qui sont concernés par ce phénomène, soit qu'ils sont sur le théâtre des opérations en Syrie ou en Irak, soit qu'ils sont sur le chemin de la Syrie. Il y en a vraisemblablement en Irak parce que l'Etat islamique en Irak et au Levant qui a recruté ces jeunes ressortissants, les conduit sur le théâtre de toutes les opérations de combat où l'Etat islamique est engagé. Il y a donc vraisemblablement des ressortissants européens en Irak aujourd'hui.

MATHILDE MUNOS
Le fait que la France intervienne dans ce conflit pour le moment de manière humanitaire en apportant de l'aide et en accueillant certains réfugiés, est-ce que ça en fait une cible particulière pour les djihadistes ? Est-ce qu'il y a des risques pour la France ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais tous les pays qui sont attachés aux principes de liberté, qui se battent pour les droits de l'homme…

MATHILDE MUNOS
Mais pour le moment, tout le monde n'intervient pas en Irak.

BERNARD CAZENEUVE
Oui. D'accord, mais tous ces pays sont la cible et on doit, face à un phénomène aussi barbare que celui auquel on est confronté, agir avec des principes, avec des valeurs et une détermination. C'est le sens de l'action conduite par la France sous l'impulsion du président de la République avec l'action très forte et très remarquable conduite par Laurent FABIUS depuis plusieurs jours déjà.

MATHILDE MUNOS
Est-ce que vous-même ou d'autres collègues du gouvernement avez fait l'objet de menaces ?

BERNARD CAZENEUVE
Je fais, comme beaucoup de Ministres de l'Intérieur qui mènent des actions contre des groupes terroristes et contre des formes de racisme, l'objet de menaces mais ça n'est pas de nature à m'impressionner.

MATHILDE MUNOS
Il y aurait également une dizaine de Français partis faire la guerre en Ukraine. On a même réussi sur France Info à en appeler un ces derniers jours ; il s'agit là d'une dizaine de personnes. Tous ces Français qui partent faire la guerre, ça vous interpelle ? ça vous inquiète ? Comment l'expliquez-vous ?

BERNARD CAZENEUVE
Je me suis beaucoup posé cette question, notamment lorsque j'ai mis en place le plan de lutte contre le basculement de nos ressortissants et de jeunes ressortissants dans des groupes djihadistes. Il y a là, pour ceux qui partent dans les groupes djihadistes, une forme d'influence exercée par une propagande qui est bien huilée et qui est orchestrée par des groupes djihadistes notamment sur internet. Le gouvernement de Bachar el-ASSAD massacre des opposants : il y a donc une part de certains d'entre eux qui sont bernés par un discours dévoyé d'idéal. Il y a aussi une violence, une violence qui s'est inscrite depuis longtemps, une radicalisation à laquelle ils se sont laissés aller ou dans laquelle ils ont été pris en prison. Tous ces phénomènes-là expliquent le basculement, la radicalisation et la violence.

MATHILDE MUNOS
Pour lutter contre cela, vous avez un projet de loi antiterroriste qui sera d'ailleurs l'un des textes de la rentrée.

BERNARD CAZENEUVE
Oui, absolument, mais pas seulement un projet de loi. Il y a aussi des actions de prévention qui sont extrêmement importantes et qui nous conduisent dans chaque département à mobiliser, autour des familles qui sentent qu'un de leurs enfants va basculer, de multiples moyens de la part des collectivités locales et de l'Etat pour éviter ce basculement.

MATHILDE MUNOS
Bernard CAZENEUVE, j'aimerais qu'on fasse le point sur deux affaires qui sont en cours en France. D'abord ce vol de cinquante kilos de cocaïne à la Police judiciaire de Paris. Est-ce qu'il y a du nouveau ? est-ce que la drogue a été retrouvée ?

BERNARD CAZENEUVE
Aujourd'hui l'enquête est en cours. Je ne me prononcerai pas sur le contenu de cette enquête parce que je suis soucieux de son bon déroulement et de son aboutissement. Ce que j'ai constaté dans cette affaire, c'est qu'une minorité de gens, de tous petits groupes de personnes, s'est laissé aller à des actes qui sont inqualifiables et inadmissibles. J'ai d'ailleurs suspendu le policier qui est aujourd'hui suspecté. Le comportement de ce policier ne peut pas porter atteinte à la réputation de la police dans son ensemble. L'enquête a été très rapidement enclenchée, la personne a été rapidement identifiée et elle est aujourd'hui incarcérée. Par ailleurs, j'ai lancé à travers un audit de l'IGPN une enquête qui est destinée à faire en sorte que l'on puisse réorganiser ce service.

MATHILDE MUNOS
Vous avez déjà des retours ?

BERNARD CAZENEUVE
C'est en cours. Dès que cette enquête aura été à son terme, je prendrai bien entendu toutes les dispositions concernant l'organisation de ce service.

MATHILDE MUNOS
Autre dossier en cours, les violences qui ont eu lieu en marge du match de football entre Bastia et Marseille samedi soir. Il y a eu des affrontements entre des supporters corses et les forces de l'ordre. Il devait y avoir des interpellations dans les jours qui ont suivi.

BERNARD CAZENEUVE
Mais il y aura des interpellations.

MATHILDE MUNOS
Il y en a eues pour le moment ? pas encore ?

BERNARD CAZENEUVE
Il y en aura. Nous avons suffisamment d'éléments aujourd'hui qui sont en cours d'expertise de la part des services de police et de justice pour que je puisse vous dire qu'il y aura des interpellations. Ces actes ne resteront pas impunis. Il y a eu là une violence à l'égard des forces de l'ordre ; il y a eu des supporters fanatisés par la violence qui ont commis des actes qui doivent être punis et ils le seront.

MATHILDE MUNOS
Le gouvernement et vous entre autres – vous avez écrit un communiqué – appelle la Ligue de football à tirer toutes les conséquences de ces violences. Ça veut dire quoi concrètement “tirer les conséquences” ?

BERNARD CAZENEUVE
Ça veut dire d'abord qu'il y a des actions préventives à mener, une sensibilisation de l'ensemble des clubs à opérer, les valeurs du sport à rappeler. Puis moi, je souhaite aussi que nous engagions les procédures en lien avec les représentants du football pour que ces supporters fanatisés, ivres de violence, n'aient plus accès au stade lorsqu'il y a des matchs.

MATHILDE MUNOS
Mais les représentants du football, en l'occurrence le club de Bastia, explique qu'il a lui respecté à la lettre les mesures de sécurité qui avaient été déterminées par la préfecture.

BERNARD CAZENEUVE
Oui, mais il ne s'agit pas de désigner tel ou tel club et d'incriminer tel ou tel. Il s'agit de faire montre ensemble d'une responsabilité collective pour que cela ne se reproduise pas, que l'on fasse passer les messages, que l'on prenne les dispositions en matière de sécurité, que la Ligue rappelle aux clubs les dispositions qui doivent être prises de manière à ce qu'encore une fois nous soyons dans la responsabilité collective.

MATHILDE MUNOS
Bernard CAZENEUVE, vous allez consacrer votre journée à la prévention des cambriolages avec un déplacement dans l'Oise. Il y en a plus pendant l'été, pendant que les Français sont en vacances ?

BERNARD CAZENEUVE
Il y avait plus de cambriolages pendant l'été. Il y a toujours une tendance lorsque les résidences principales sont désertées à ce que les cambriolages augmentent. C'est la raison pour laquelle cette opération Tranquillité Vacances, qui consiste à signaler le départ de la résidence principale aux forces de police et de gendarmerie de manière à augmenter le nombre de rondes et les surveillances, permet de limiter le nombre de cambriolages.

MATHILDE MUNOS
Ça veut donc dire qu'il n'y a pas de vacances pour les forces de l'ordre. Les effectifs sont les mêmes pendant les vacances ?

BERNARD CAZENEUVE
Bien entendu. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle j'effectue en ce moment ces déplacements pour montrer aux forces de l'ordre et aux forces de sécurité le soutien que leur apporte leur ministre dans le travail qu'elles font pour assurer la sécurité des Français en tous coins du territoire.

MATHILDE MUNOS
Merci beaucoup Bernard CAZENEUVE, ministre de l'Intérieur et invité de France Info ce matin.

BERNARD CAZENEUVE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 août 2014

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