Interview de Mme Geneviève Fioraso, secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et à la recherche, à Radio France internationale le 21 août 2014, sur la politique gouvernementale, la lutte contre le chômage, le niveau de vie des étudiants et le lancement du satellite Galiléo. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Geneviève Fioraso, secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et à la recherche, à Radio France internationale le 21 août 2014, sur la politique gouvernementale, la lutte contre le chômage, le niveau de vie des étudiants et le lancement du satellite Galiléo.

Personnalité, fonction : FIORASO Geneviève.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et à la recherche

ti : VINCENT SOURIAU
Bonjour Geneviève FIORASO.

GENEVIEVE FIORASO
Bonjour.

VINCENT SOURIAU
« Il n'y aura pas de zigzag ou de godille dans la politique du gouvernement », c'est ce qu'a dit le président de la République hier dans un entretien au journal « Le Monde. » vous l'avez lu cet entretien, Geneviève FIORASO, il vous a rassurée ?

GENEVIEVE FIORASO
Oui, mais il a complètement confirmé la politique et la stratégie du président de la République et de tout le gouvernement. Effectivement, je crois qu'il y a un problème de confiance aujourd'hui en Europe, globalement, confiance dans nos atouts, et c'est la ministre de la Recherche qui parle, et cet été a été un été qui a prouvé qu'on avait de nombreux atouts dans le domaine de la recherche, donc dans la projection vers l'avenir, donc il faut reprendre confiance globalement, et la confiance ça veut dire aussi la constance dans les engagements. Tous les acteurs du milieu économique, mais aussi du milieu de la recherche, mais aussi du milieu de, de… tous les secteurs d'activité, vous diront que rien n'est pire que de ne pas savoir, ne pas connaître les décisions ou les orientations qui vont être décidées dans les années, dans les mois, dans les années qui viennent.

VINCENT SOURIAU
Aujourd'hui il y a 8 personnes sur 10, en France, qui ne font pas confiance au gouvernement pour rétablir la situation économique. Donc, vous dites « confiance », mais elle n'est pas partagée par tous visiblement.

GENEVIEVE FIORASO
Je dis confiance et constance, mais ça ne veut pas dire qu'il ne faille pas expliquer les choses et davantage les expliquer. Et vous remarquerez que le président de la République s'exprime davantage, et plus souvent, qu'il ne le faisait jusqu'à présent, et je crois que c'était tout à fait utile. Donc cette interview, extrêmement détaillée, extrêmement précise, permet de remettre en cohérence l'ensemble de la politique que nous menons.

VINCENT SOURIAU
« Circulez, il n'y a rien à voir », c'est comme ça que la gauche du PS résume les propos de François HOLLANDE, ce n'est pas tout à fait la même analyse que la vôtre.

GENEVIEVE FIORASO
La gauche du PS, c'est quoi la gauche du PS ?

VINCENT SOURIAU
La gauche du PS ce sont des courants qui font partie du Parti socialiste, qui seront à La Rochelle, et qui se sont fait entendre ces derniers mois, les frondeurs notamment, ce sont des députés socialistes, ils sont une centaine tout de même.

GENEVIEVE FIORASO
On n'a pas une centaine dans les votes.

VINCENT SOURIAU
Mais ils ont signé des tribunes.

GENEVIEVE FIORASO
Dans les votes qui se sont exprimés, ce que l'on a vu c'est des petites dizaines, on est en dessous de 50, et le projet de loi rectificatif a été voté avec une large majorité. Je crois qu'il faut bien comprendre qu'on gagnera ensemble, ou on perdra ensemble, mais quand je dis « on », ce n'est pas le Parti socialiste, c'est la France. C'est le projet que l'on a de réformes, de réformes structurelles, de remise en mouvement, avec un pays qui était dans un état extrêmement dégradé, 750.000 emplois industriels, l'économie, l'industrie, on ne la redresse pas comme ça, aussi facilement. Une dette qui a doublé dans les deux derniers quinquennats, on ne retrouve pas des comptes publics sains aussi facilement que cela. Donc ça réclame du temps. Je crois que, vous parliez du manque de confiance des Français, moi je parlerai plutôt d'une impatience, et c'est pour ça que le président de la République a eu raison de dire fermement qu'il fallait « accélérer les choses. » Je crois que s'il y a un message à retenir de son interview, qui encore une fois remettait en cohérence l'ensemble de la politique, c'est bien ça, c'est l'accélération. On n'a pas le temps. Ailleurs, les pays émergents bougent, le monde bouge, l'Europe est un peu à la traîne, et il faut absolument remettre en mouvement l'Europe, et, au sein de l'Europe, la France, d'où aussi l'action à mener en Europe, avec les 300 milliards d'euros d'investissement public, d'investissement de l'Europe, dans des grands projets structurels, que porte Jean-Claude JUNCKER, mais qu'il faut maintenant mettre en oeuvre. Il ne s'agit pas d'avoir des procédures qui prennent encore beaucoup de temps. Il faut, je crois, être pragmatique et être extrêmement opérationnel.

VINCENT SOURIAU
Parmi les mesures annoncées par le chef de l'Etat il y a la fusion de la prime pour l'emploi et du RSA, c'est une prestation unique à venir, dont les contours sont encore flous pour l'instant. Est-ce que vous savez, Geneviève FIORASO, si ce nouveau dispositif va s'appliquer aussi aux moins de 25 ans ?

GENEVIEVE FIORASO
Vous savez, moi j'ai été élue locale, j'ai vu à quel point les dispositions de reprise de l'emploi, de retour à l'emploi, pour les personnes qui bénéficiaient de… enfin, qui étaient attributaires, parce que bénéficier c'est un terme qui n'est pas très adapté, mais les personnes qui donc étaient allocataires des minima sociaux, à quel point le retour à l'emploi pouvait les désavantager, donc c'est une disposition qui est extrêmement utile. Pour les 18-25 ans il y a d'autres dispositifs qui sont spécifiques et qui ciblent les 18-25 ans, puisque vous savez que, en Europe, comme en France, ou en France comme en Europe, ce sont les jeunes et les seniors qui sont le plus touchés par le chômage, et 22 % de jeunes au chômage, moi ça me touche en tant que secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, et quand on sait qu'un jeune diplômé a 4,5 fois de chance de plus qu'un jeune non diplômé d'obtenir un emploi, on voit bien l'enjeu de l'enseignement supérieur.

VINCENT SOURIAU
Justement, la FAGE, la deuxième organisation étudiante, a poussé un cri d'alarme sur le sujet, les coûts augmentent de toutes parts pour les étudiants, c'est ce que dit la FAGE. Vous avez annoncé, avec Benoît HAMON, une revalorisation des bourses étudiantes, 13 millions d'euros cette année, la FAGE dit que ça ne suffit pas.

GENEVIEVE FIORASO
La FAGE ne dit pas tout à fait ça. L'inflation est à 0,5 %, donc…

VINCENT SOURIAU
Et le coût de la rentrée c'est +2 %, donc près de 4 fois l'inflation.

GENEVIEVE FIORASO
C'est +2 % selon une évaluation qui est celle d'une organisation étudiante, qui n'est pas la FAGE d'ailleurs, mais moi je regarde l'inflation, pas un panier un peu fictif, dont on ne connaît pas bien la composition, je regarde l'inflation. L'inflation est à 0,5 %, et nous avions obtenu un arbitrage favorable, dérogatoire, au blocage des prestations sociales, de revalorisation, dès le mois de juillet, de 0,7 % de l'ensemble des bourses. Mais, en plus, nous investissons 100 millions d'euros, dans cette rentrée, pour augmenter les aides sociales, enfin les bourses sur critères sociaux, pour les étudiants qui en ont le plus besoin. Ça va viser 77.500 étudiants, qui sont dans le bas de la classe moyenne, que Laurent WAUQUIEZ avait décidé de nommer des boursiers, mais qui en réalité ne payaient pas de droits d'inscription, ne payaient pas les droits de la Sécurité Sociale, mais, en revanche, ne percevaient rien. Ça va être 77.500 étudiants, après les 55.000 de l'an dernier, donc en tout 135.000 étudiants, qui pour la première fois vont toucher 1000 euros par an. Donc ça va nous permettre d'aider ceux qui aujourd'hui prennent le plus de risques pour mettre en péril leurs études parce qu'ils ont ce qu'on appelle des petits boulots, mais avec une amplitude horaire qui peut compromettre leurs études.

VINCENT SOURIAU
Pourquoi parle-t-on d'une précarité grandissante chez les étudiants, pourquoi le prix de la rentrée augmente-t-il de cette manière chaque année ?

GENEVIEVE FIORASO
Chaque année on a la même annonce sur la précarité croissante des étudiants, vous le remarquerez.

VINCENT SOURIAU
Oui, donc ce que vous dites c'est que c'est faux ?

GENEVIEVE FIORASO
Non, je ne dis pas que c'est faux, mais quand je regarde certains chiffres, par exemple 30 % d'étudiants qui travailleraient à temps plein, moi je regarde les chiffres de l'Observatoire de la vie étudiante, qui disent que 13 % des étudiants travaillent trop, c'est-à-dire travaillent entre un mi-temps et un temps plein, 13 %. Ce sont ces 13 % d'étudiants qu'il nous faut aider. Avoir une activité en parallèle quand est… un petit boulot, de préférence dans une bibliothèque ou dans un endroit qui a une relation avec le travail d'étudiant, ce n'est pas forcément une mauvaise chose, mais travailler plus d'un mi-temps, là on compromet sérieusement les études. Donc c'est bien ce chiffre de 13 % qu'il faut regarder, il n'est pas en augmentation, il est même plutôt en léger recul, mais pour autant il faut s'y intéresser. Nous avons investi 458 millions d'euros pour les aides étudiantes en 3 ans, ça ne s'était jamais fait, et le précédent président de l'UNEF avait parlé « d'acte historique. » Donc, je ne dis pas que c'est forcément suffisant, mais nous sommes sur une tendance, quand même, à l'aide aux étudiants, et c'est une priorité.

VINCENT SOURIAU
Vous êtes aussi secrétaire d'Etat à la Recherche Geneviève FIORASO, tout à l'heure le satellite qui porte le dispositif Galileo sera enfin mis en orbite, en tout cas si le lancement se déroule bien à Kourou en Guyane. Qu'est-ce que ça représente pour l'Union européenne ce lancement ?

GENEVIEVE FIORASO
Ça représente une initiative européenne comme on aimerait voir se multiplier dans beaucoup de secteurs, parce que face à la concurrence du GPS américain - vous savez, pour toutes les données stratégiques qui sont fournies par le GPS - c'est lié aux satellites - nous dépendons des Etats-Unis. Quand on dépend d'une grande puissance, quelle qu'elle soit, ça veut dire qu'on est en seconde main, on n'a pas la maîtrise, donc ça veut dire qu'il y a aussi certaines informations stratégiques qui peuvent ne pas être disponibles. Donc j'allais dire, pour une fois que l'Europe s'est prise en main, et dans le domaine de l'espace elle s'est prise en main depuis longtemps, notamment grâce aux initiatives prises par un de mes prédécesseurs, Hubert CURIEN, il y a une véritable Europe de l'espace, avec une Agence Spatiale Européenne, mais aussi des initiatives de l'Union européenne, et ça, ça fait partie des initiatives de l'Union européenne, de se battre, en toute loyauté, et d'avoir un outil qui soit un outil compétiteur, du GPS. Donc c'est une excellente initiative. C'est vrai que ça a pris un peu de temps, ce n'est pas du fait de la France, il y a le Royaume-Uni…

VINCENT SOURIAU
Il y a eu aussi des dérapages budgétaires !

GENEVIEVE FIORASO
Non, surtout le Royaume-Uni et les Pays-Bas étaient très réticents, pensaient que ce n'était pas gênant de dépendre d'un outil américain. Nous avons obtenu, la France en particulier a beaucoup plaidé en faveur d'un outil européen, parce que c'est stratégique, ça donne des informations sur le climat, sur l'agriculture, sur l'état de pollution, des données stratégiques aussi dans le domaine militaire…

VINCENT SOURIAU
Pour les services de renseignements.

GENEVIEVE FIORASO
Pour la Défense, donc c'est extrêmement important. Donc félicitons-nous, même s'il y a eu un peu de retard. Il n'y a pas eu un dérapage si important que ça, pour tous les grands projets les coûts sont toujours minorés au départ, mais c'est un beau projet, et ça va marcher.

VINCENT SOURIAU
Merci beaucoup Geneviève FIORASO, je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur et à la Recherche. Merci d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 août 2014

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