Interview de M. Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat et à la simplification, à Radio France Internationale le 4 septembre 2014, sur la suspension de la livraison de frégates à la Russie, les relations entre le gouvernement et sa majorité et la politique budgétaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat et à la simplification, à Radio France Internationale le 4 septembre 2014, sur la suspension de la livraison de frégates à la Russie, les relations entre le gouvernement et sa majorité et la politique budgétaire.

Personnalité, fonction : MANDON Thierry, RIVIERE Frédéric.

FRANCE. Secrétaire d'Etat de la réforme de l'Etat et de la simplification;

ti : FREDERIC RIVIERE
La France renonce pour l'instant à livrer le premier Mistral, navire de guerre, à la Russie, François HOLLANDE et Laurent FABIUS ont expliqué au cours de ces dernières semaines, de ces derniers mois, que la livraison ne serait pas remise en cause, que ça ne se faisait pas, qu'il y avait des règles internationales qu'il fallait respecter. Pourquoi ce revirement ?

THIERRY MANDON
C'est une suspension de livraison, les mots comptent, je pense que la France veut forcer à l'accord de paix aujourd'hui entre les Ukrainiens et de fait, les Russes qui ont de l'influence et voire plus, là-bas et que cette décision participe de cette volonté de créer les conditions de l'arrêt des combats.

FREDERIC RIVIERE
Mais vous croyez vraiment que cette mesure, cette suspension peut impressionner Vladimir POUTINE ? On n'a pas plus à perdre que lui dans cette décision ?

THIERRY MANDON
Une suspension ça peut être repris, impressionner POUTINE je ne pense pas, ça ne se joue pas à deux frégates près, il faut un peu plus. Je crois en revanche que… tous les signaux qui montrent qu'à un moment on est allé trop loin, on peut aller trop loin, on va trop loin, notamment côté russe, ce sont des signaux qu'il faut exprimer aujourd'hui.

FREDERIC RIVIERE
Est-ce que c'est vraiment une décision souveraine du président de la République ou est-ce qu'il a cédé aux pressions de l'OTAN ?

THIERRY MANDON
Non, il n'a pas cédé mais c'était une position pas facile, on pouvait difficilement en même temps condamner l'URSS et en même temps ne rien faire, donc c'est un point moyen qui vient juste au bon calendrier, d'ailleurs il est probable que dans les heures qui viennent enfin les choses s'apaisent en Ukraine.

FREDERIC RIVIERE
Si la décision devrait aller jusqu'au bout, c'est-à-dire un renoncement pur et simple à livrer ces deux frégates ; ça coûterait beaucoup d'argent à l'Etat français, c'est un contrat d'un milliard 200 millions d'euros, plus des pénalités, la France a les moyens ?

THIERRY MANDON
Les moyens, si on devait aller jusqu'au bout, ça veut dire que la tension avec la Russie non seulement ne s'apaise pas, mais que d'une certaine manière elle augmente et croyez-moi, pour la France, comme pour l'Europe, comme pour l'Europe, ça veut dire des changements de politique très profonds. Ça veut dire des changements de politiques énergétiques avec une indépendance énergétique qui doit être regagnée par rapport à la Russie, ça veut dire des contrats y compris militaire pour beaucoup de pays européens et donc tout le monde paierait, la France comme les autres.

FREDERIC RIVIERE
Le Premier ministre Manuel VALLS va engager la responsabilité de son gouvernement le 16 septembre prochain, il l'a fait savoir hier matin, est-ce que vous êtes serein sur le résultat de ce vote ?

THIERRY MANDON
Très serein sur le résultat et très content que ça vienne vite. Il y a eu beaucoup ces derniers jours de discussions sur la ligne politique du gouvernement, est-ce que finalement le nouveau gouvernement, celui qu'on appelle VALL 2 a changé d'orientation politique, est-ce que, ou est-ce que finalement il continue une politique qu'il mène depuis des mois ; ce débat de confiance sera l'occasion de clarifier ces choses-là, ces choses-là sont très simples, il n'y a pas de changement de cap, il n'y a pas de virage libéral du quinquennat mais il y a une volonté de poursuivre…

FREDERIC RIVIERE
Il n'y a pas des tabous qui tombent tout de même, par exemple quand on entend François REBSAMEN qui dit qu'il faut…

THIERRY MANDON
Non mais il y a des maladresses…

FREDERIC RIVIERE
…faire la chasse…

THIERRY MANDON
Il y a une théorie en politique qui s'appelle aujourd'hui la théorie des « nudge » qui vient d'Angleterre et des Etats-Unis, qui explique à juste titre qu'il faut passer des signaux au marché pour que le marché, les investisseurs aient confiance et que l'investissement reparte ce qui est le problème numéro un et presque le seul d'ailleurs de la faible croissance aujourd'hui en France. C'est ça qui s'est passé, alros il y a des maladresses, les déclarations de François REBSAMEN sur les chômeurs c'est une maladresse, lui-même d'ailleurs de fait en fin de journée en a convenu. Mais il y a des choses qui sont indispensables sur le travail du dimanche, des assouplissements sans révolutionner la loi, qui soient mutuellement utiles à l'économie et aux salariés, ça c'est bien. Sur les seuils de mon point de vue, on a raison de proposer aux partenaires sociaux de négocier, pas sur la représentation des salariés, il n'y a pas de sujet là-dessus, mais sur toutes les obligations fiscales réglementaires qui tombent, bref, il y a des réformes qui sont indispensables, c'est pas des tabous. D'ailleurs le vote de confiance permettra de clarifier le mandat exact donné à l'exécutif sur ces réformes.

FREDERIC RIVIERE
Le ministre du Budget Michel SAPIN a fait savoir avant-hier que les 21 milliards d'euros d'économies budgétaires prévus pour 2015 ne pourraient probablement pas être tenus en raison, a-t-il dit, de la très faible inflation, est-ce que cette très faible inflation n'est pas la preuve qu'il fait travailler aussi sur une politique de la demande et pas seulement de l'offre comme le fait le gouvernement ?

THIERRY MANDON
A regarder les choses de près, sur ce qui est de la demande on se rend compte que la consommation continue à progresser, faiblement mais continue à progresser dans le pays. Ce qui est en panne c'est l'investissement public et privé et s'il y a des efforts à faire sur la demande et c'est un sujet véritable, c'est plutôt sur l'investissement, le soutient à l'investissement des entreprises et le soutien à l'investissement des acteurs publics, qu'il faut mettre l'accent.

FREDERIC RIVIERE
Et la dépense publique elle est compatible avec les économies budgétaires ?

THIERRY MANDON
La dépense publique elle est à 57 % aujourd'hui mais de mon point de vue… ce n'est pas parce qu'on a 57 % de dépenses publiques qu'on vit le mieux dans ce pays. Ce n'est pas parce qu'on a 57 % qu'il n'y a plus une inégalité donc, un travail fin sur la dépense publique, la réforme d'un certain nombre de politiques, je pense au logement, à la formation, à la santé, à l'école et peut-être au paquet un peu illisible des aides publiques aux entreprises, peut permettre d'avoir de meilleurs résultats.

FREDERIC RIVIERE
Alors la croissance ça devait aussi passer par la simplification, vous êtes secrétaire d'Etat chargé de la réforme et de la simplification, ce choc de simplification a été annoncé par le président de la République il y a bientôt un an et demi, 200 mesures destinées à faciliter la vie des entreprises et des citoyens en supprimant tout un tas de lourdeurs administratives avaient été annoncées, il semble que ce soit finalement lourd et compliqué à mettre en oeuvre la simplification.

THIERRY MANDON
Alors d'abord on a annoncé des mesures comme vous le rappelez, en avril dernier, 98 % d'entre elles seront mises en oeuvre avant la fin de l'année, certaines sont déjà votées, certaines sont déjà en oeuvre, la quasi-totalité à deux près seront mises en oeuvre avant la fin de l'année. Mais dans cette histoire du choc de simplification, le problème c'est le mot « choc ». En fait la simplification partout où on est allé l'observer, au Danemark, Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Angleterre, c'est des petits clics, c'est des petits clics y compris des petits clics psychologiques et c'est ces grands… ces séries de petits clics qui fera un grand choc, mais il faut plusieurs années pour ça. Les Anglais ont commencé il y a dix ans, ils n'ont pas terminé ; les Allemands huit ans, ils n'ont pas terminé et nous on a commencé il y a huit mois donc il faut attendre un tout petit peu.

FREDERIC RIVIERE
Il y a des résistances ?

THIERRY MANDON
Oui. Oui il y a des résistances…

FREDERIC RIVIERE
Où sont-elles ?

THIERRY MANDON
…culture administrative du pays et d'ailleurs c'est dans mes préoccupations de secrétaire d'Etat chargé de la Réforme de l'Etat, ça sera mon prochain chantier. A l'évidence notre administration doit apprendre à travailler beaucoup plus, beaucoup mieux avec les parties prenantes, les acteurs économiques, les particuliers et il y a aujourd'hui un choc des cultures voilà, alors on a des ateliers pour essayer de raboter de tout ça, de faire en sorte que ça se passe bien mais c'est ça le frein.

FREDERIC RIVIERE
Oui, il est difficile de ne pas dire un mot du livre de Valérie TRIERWEILER qui sort aujourd'hui, elle brosse un portrait assez terrible de François HOLLANDE, vous ne l'avez sans doute pas lu puisqu'il sort aujourd'hui mais vous en avez lu ou entendu les quelques extraits qui sont déjà sortis. Qu'est-ce que ça vous inspire ce bouquin ?

THIERRY MANDON
D'abord je me fiche de ce que pense madame TRIERWEILER qui fait beaucoup de mal à la vie publique en faisant ce livre, qui fait beaucoup de mal au métier de journaliste, qui finalement nous, semble nous produire à une sorte de marivaudage de supermarché dont on se serait bien passé.

FREDERIC RIVIERE
Est-ce que vous pensez que François HOLLANDE doit répondre à tout ce qui est dit avec des expressions comme « les sans dents », ceux qui n'ont pas dents pour qualifier les pauvres, est-ce qu'il doit répondre ?

THIERRY MANDON
Ce qu'il fait depuis des années dans la vie publique plaide pour lui, il suffit d'aller à Tulles, il suffit aller en Corrèze, il suffit de regarder un certain nombre de décisions qu'il a prises dans ce quinquennat pour les plus fragiles pour se rendre compte que tout ça est une triste farce.

FREDERIC RIVIERE
Une vengeance ?

THIERRY MANDON
On ne va pas commenter ce triste, encore une fois, ouvrage.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 septembre 2014

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