Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à l'émission "Les 4 Vérités" à France 2 le 17 septembre 2014, sur la démission de l'ancien ministre du commerce extérieur Thomas Thévenoud et les perspectives de la rentrée parlementaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à l'émission "Les 4 Vérités" à France 2 le 17 septembre 2014, sur la démission de l'ancien ministre du commerce extérieur Thomas Thévenoud et les perspectives de la rentrée parlementaire.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement

ti : ROLAND SICARD
Les députés font aujourd'hui leur rentrée à l'Assemblée nationale, parmi eux un invité peut-être surprise, Thomas THEVENOUD, ancien ministre du Commerce extérieur, éphémère, qui a du démissionner parce qu'il ne payait pas ses impôts. Est-ce qu'il aurait du, aussi, démissionner de son poste de député ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, le Premier ministre a pris ses responsabilités, le Parti socialiste aussi, il appartient maintenant, effectivement, à ce député, de se déterminer et de faire ce choix. Je suis membre du gouvernement, chargé des Relations avec le Parlement, et je suis dans l'impossibilité de dicter la conduite.

ROLAND SICARD
Mais vous êtes en première ligne, vous êtes en première ligne.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bien sûr, nous sommes tous…

ROLAND SICARD
Donc, votre avis, est-c qu'il doit démissionner ou pas ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Encore une fois, en tant que chargé des Relations avec le Parlement, je ne peux pas le dire, c'est sa responsabilité.

ROLAND SICARD
Mais votre souhait ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Notre société… Je ne peux pas, je vous l'ai déjà dit, je peux vous le redire une autre fois, chargé de l'exécutif, si je devais dire à tel député de démissionner, je pense que vous seriez choqué, ce n'est pas mon rôle, donc je m'y tiens. Par contre, je suis comme vous, extrêmement choqué par cette situation, même si je constate que nous n'en connaissons pas toutes les circonstances. En tout cas, le Premier ministre et donc le gouvernement a pris ses responsabilités, le Parti socialiste aussi, et personne ne peut se substituer à la responsabilité de Thomas THEVENOUD. Nous sommes dans une société où les gens sont responsables de leur conduite, et donc vous pouvez, vous-même apprécier la conduite qui est la sienne, peut-être aussi vérifier les circonstances dans lesquelles tout cela est arrivé. En ce qui concerne le gouvernement de la France, en ce qui concerne le Parti socialiste, nous avons pris nos responsabilités.

ROLAND SICARD
Est-ce que Thomas THEVENOUD n'est pas un boulet, maintenant, pour le Parti socialiste ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, à l'évidence, il ne pouvait pas, et il en a tiré les conséquences, mais effectivement, pour nous aussi…

ROLAND SICARD
Il ne siègera plus au PS.

JEAN-MARIE LE GUEN
Il ne pouvait plus appartenir, aujourd'hui, parce qu'on ne connait pas, encore une fois, les circonstances de tout cela, mais il était évident qu'il devait se mettre sur le côté du Parti socialiste, du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.

ROLAND SICARD
C'est le cas, mais il est toujours député. Et ça, ça vous…

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est la constitution, voilà, c'est la constitution, c'est-à-dire que les gens sont indépendants des étiquettes sur lesquelles ils sont élus. Donc, peut-être vous pouvez vouloir que, en tant que membre du gouvernement, c'est moi qui décide qui doit être député ou pas, je pense que nous serions dans une autre situation. Donc, cette situation renvoie à la responsabilité de Thomas THEVENOUD, nous avons pris les nôtres.

ROLAND SICARD
Je prends les choses autrement. A sa place, vous feriez quoi ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que j'en aurais tiré effectivement les conséquences, mais à sa place, je n'imagine pas que je puisse être à sa place…

ROLAND SICARD
C'est-à-dire que vous auriez démissionné ?

JEAN-MARIE LE GUEN
… parce que je ne comprends pas, toujours, comment un député, à la fois au plan moral et au plan rationnel, peut être amené à essayer de se soustraite aux impôts, je ne le comprends pas. Sans doute que beaucoup de nos téléspectateurs imaginent qu'un député de ne pas faire sa déclaration d'impôts, qu'il a des relations. Vous le savez, parce que vous suivez l'actualité de près, et moi je le sais, ce n'est pas la vérité. Il n'y avait aucune chance qu'à un moment où à un autre assez proche, ce député ou un autre, n'ait pas un contrôle et que ce contrôle ne soit pas public. Nous avons notamment une Haute autorité de la transparence financière, à l'initiative de ce gouvernement, qui vérifie l'ensemble de ces points.

ROLAND SICARD
Qui vous a d'ailleurs vous-même agrafé au mois de juin, en disant que vous n'aviez pas assez bien évalué votre patrimoine.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, je le ne le crois pas. Je ne crois pas. Non non… Eh bien il y a eu ce débat, ce débat il a eu lieu et j'ai…mon point de vue a été entendu, voilà. Donc, la Haute autorité est là pour vérifier les choses, et c'est bien normal, c'est nous qui avons mis en place cette Haute autorité, et donc il n'y a aucune chance pour qu'un parlementaire puisse échapper à cela. Donc je ne comprends pas comment il peut y avoir ce moment d'égarement qui nous choque profondément, je ne comprends pas ce moment d'égarement.

ROLAND SICARD
Mais, est-ce que vous comprenez un certain écoeurement des Français ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je le comprends tout à fait et je le partage. Beaucoup des électeurs ou des militants sont venus me voir ces derniers jours, en me disant : « Mais comment cela est possible ? », tout ça. Je le comprends parfaitement.

ROLAND SICARD
Alors, cette rentrée parlementaire, elle s'annonce difficile pour le gouvernement, Manuel VALLS, la semaine prochaine, engagera la responsabilité de son gouvernement, est-ce que vous pensez qu'il peut ne pas avoir la confiance ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ah ben évidemment, quand on la demande à une assemblée, encore une fois, il est possible que cela n'arrive pas. Je suis pour ma part assez serein, parce que je pense que, je constate comme vous, comme nos compatriotes, les difficultés de cette rentrée, les difficultés économiques et puis parfois les difficultés où nous-mêmes nous en rajoutons, on vient de parler d'un certain nombre d'évènements, il y en a eu d'autres. Tout cela est très difficile, mais nous savons aussi que c'est dans la constance, dans la force des convictions qui sont les nôtres, que nous saurons faire face.

ROLAND SICARD
Est-ce que vous…

JEAN-MARIE LE GUEN
Donc je suis assez serein sur la solidité, malgré toutes les difficultés de la majorité parlementaire.

ROLAND SICARD
Est-ce que vous pensez que les socialistes feront bloc ? Est-ce que toutes les voix socialistes iront vers Manuel VALLS ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, depuis plusieurs années…

ROLAND SICARD
Il y a l'affaire des frondeurs.

JEAN-MARIE LE GUEN
Depuis plusieurs années, un certain nombre de parlementaires ont pensé qu'ils pouvaient s'abstraire de ce sens du collectif. J'imagine que certains d'entre eux voudront continuer dans cette voie que je crois dangereuse, mais je suis certain qu'il y aura une très très large majorité de parlementaires socialistes qui voteront la confiance à Manuel VALLS, et qui celui-ci aura une majorité à l'intérieur de l'hémicycle, ce qui est important. Et je rappelle que Manuel VALLS n'était pas obligé de faire cette démarche, il a pensé, parce qu'il avait ce souci…

ROLAND SICARD
C'est une tradition.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, pas du tout, absolument pas, il y a plusieurs gouvernements qui ne l'ont jamais… Le gouvernement de Michel ROCARD, qui n'est pas un des gouvernements…

ROLAND SICARD
Mais la plupart le font.

JEAN-MARIE LE GUEN
… le gouvernement de Michel ROCARD n'avait jamais demandé, par exemple, non seulement après une déclaration de politique générale, qu'il y ait un vote de confiance. Donc, cette fois-ci, alors qu'il n'en était pas du tout obligé, ni au plan constitutionnel, ni même d'un certain point de vue dans les habitudes, il a souhaité le demander, c'est parce qu'il a un certain rapport à la responsabilité, qui est la marque de ce gouvernement. Vous me parlez d'un évènement, Manuel VALLS en a tiré les conséquences immédiates, il n'a pas attendu que la presse s'émeuve sur le cas de monsieur THEVENOUD, mais il a décidé, et là, au plan politique, il prend ses responsabilités, et il demande, pour gouverner ce pays une majorité à l'Assemblée nationale.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 septembre 2014

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