Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à BFM Business le 19 septembre 2014, sur la politique d'économies budgétaires et de réduction des déficits publics et la suppression de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à BFM Business le 19 septembre 2014, sur la politique d'économies budgétaires et de réduction des déficits publics et la suppression de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, SOUMIER Stéphane.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : STÉPHANE SOUMIER
Jean-Marie LE GUEN est avec nous, bonjour Jean-Marie LE GUEN…

JEAN-MARIE LE GUEN, SECRÉTAIRE D'ETAT AUX RELATIONS AVEC LE PARLEMENT
Bonjour.

STÉPHANE SOUMIER
Donc ministre… alors je suis vraiment que vous soyez là, à double titre - je le disais tout à l'heure - à titre de ministre des Relations avec le Parlement, ministre, hein, des Relations avec le Parlement ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui ! Secrétaire d'Etat.

STÉPHANE SOUMIER
Secrétaire d'Etat !

JEAN-MARIE LE GUEN
Bon ! Mais on dit ministre, alors voyez.

STÉPHANE SOUMIER
Avec les Relations avec le Parlement et puis vous êtes l'aile, alors je ne sais pas comment vous l'appeliez d'ailleurs de votre côté la Nouvelle gauche, la Deuxième gauche, la…

JEAN-MARIE LE GUEN
La Réformiste !

STÉPHANE SOUMIER
Réformiste, on pourrait presque dire Libérale si ce n'était pas un gros mot, c'est moins un gros mot d'ailleurs aujourd'hui…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non ! Non, pour moi ce n'est pas un gros mot - d'abord parce que je respecte les idées politiques respectables - la seule chose c'est que je ne suis pas libéral au sens où on l'entend dans le vocabulaire anglo-saxon, enfin dans le vocabulaire français venu de l'anglo-saxon, parce que les anglo-saxons libéral vous savez c'est très à gauche, donc… Voilà ! Non ! Je suis - je pense que l'Etat a un rôle à jouer de façon importante – je ne suis pas pour… je ne suis pas troisième voie social libéral, Blairiste, tout ça… ça ne correspond pas du tout à ce que je crois. Par contre ce que je crois à l'économie de marché, je crois à la nécessité des efforts, je crois à la nécessité de la compétitivité, mais l'Etat a un rôle à jouer.

STÉPHANE SOUMIER
Est-ce qu'on a fait le choix du déficit ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non ! Mais on a fait le choix d'abord de la compétitivité avant et parce que on veut lutter durablement contre les déficits, c'est-à-dire si aujourd'hui nous étions dans une politique où alors que la croissance est évidemment moins là qu'attendue - c'est le moins qu'on puisse dire - au plan européen, pas au plan français, seulement même, la France est dans la moyenne européenne, si nous faisions… si, pour réagir à cette baisse de recettes en termes de flux, nous augmentions les impôts, eh bien nous aurions à la fois encore moins de croissance et sans doute aussi pas mieux en matière de déficit. Donc, aujourd'hui, nous pensons que c'est la croissance et donc la compétitivité qui permet de rétablir les comptes publics. Donc l'idée ce n'est pas de réduire à tout prix, soit la dépense publique au-delà de ce qui nous parait juste du point de vue du réglage micro-économique et de ce qui parait supportable au plan social, ce n'est pas donc d'aller au-delà, c'est de le faire à notre vitesse pour favoriser le retour de la croissance.

STÉPHANE SOUMIER
Bon ! On a l'impression que c'est quand même effectivement mettre un habillage très…, enfin qu'on peut entendre, sur une sorte de fatalité sur laquelle vous n'avez plus prise, c'est-à-dire que vous dites : on ne peut pas augmenter les impôts, on est tous d'accord, il y a aussi réduire la dépense publique quand même qui permet de réduire les déficits ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui ! Environ 50 milliards.

STÉPHANE SOUMIER
Oui ! Mais, à chaque fois…

JEAN-MARIE LE GUEN
Est-ce qu'on peut aller au-delà des 50 milliards ?

STÉPHANE SOUMIER
On est sur ces 50 milliards, mais à chaque fois on attend qu'ils soient quelque part documentés, vous savez comme on dit monsieur LE GUEN ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui ! Oui, mais ils sont documentés. Vous savez les 11 milliards sur les collectivités territoriales c'est de la dotation globale de fonctionnement en moins, les 21 milliards sur l'Etat - il y a un budget qui va être présenté en conseil des ministres dans 15 jours - eh bien il accroit…

STÉPHANE SOUMIER
Et, là, on aura des éléments précis, très précis ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ils sont là ! Ils ont là, tout à fait. Ce qui s'est évaporé de ces 50 milliards c'est à cause de la déflation, nous avions prévu un gain par un gel…

STÉPHANE SOUMIER
Absolument !

JEAN-MARIE LE GUEN
D'un certain nombre de prestations…

STÉPHANE SOUMIER
Absolument.

JEAN-MARIE LE GUEN
A partir du moment où effectivement l'inflation normale n‘est pas là – et nous sommes donc en très faible inflation, pour ne pas parler de déflation – alors ces gains que nous attendions après avoir bloqué sont moins importants. Qu'est-ce que nous avons fait ? Nous avons dit : eh bien nous allons retrouver d'autres dépenses pour baisser à niveau et rester dans les 50 milliards. Donc, vous voyez, il y a un effort continu. Simplement nous n'irons pas au-delà, si on allait au-delà dans la baisse de la dépense publique ou dans les impôts, eh bien nous accroitrions la baisse de croissance, le frein à la croissance, nous voulons stimuler la croissance pour plus de recettes - pour plus de compétitivité bien sûr, plus d'emplois bien sûr – et donc plus de recettes et moins de déficit.

STÉPHANE SOUMIER
Sauf qu'il y a un truc…

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est un choix si vous voulez, c'est comme dans des machines un tout petit peu complexes, il faut qu'on sache exactement faire le bon réglage et le bon réglage, pour nous, c'est : pas plus de diminution de la dépense publique, accepter momentanément un déficit qui baisse moins que nous l'espérions pour avoir plus de croissance, plus de recettes.

STÉPHANE SOUMIER
Il y a un élément qui peut quand même un petit peu inquiéter, on a appelé ça ce matin le pacte « faustien » (phon), le président de la République à plusieurs reprises à signaler les taux d'intérêt historiquement bas de la dette française et, là, on se dit : mon Dieu ! Il est en train de se dire finalement profitons-en de ces taux d'intérêt historiquement bas. Est-ce que ce n'est pas un jeu très dangereux, monsieur LE GUEN ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non ! Ce n'est pas un jeu, parce que je vous ai expliqué les raisons.

STÉPHANE SOUMIER
Oui ! Oui, oui. Mais…

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est-à-dire qu'en raison des…

STÉPHANE SOUMIER
Mais derrière…

JEAN-MARIE LE GUEN
Il se trouve…

STÉPHANE SOUMIER
Tous ces taux d'intérêt…

JEAN-MARIE LE GUEN
Il se trouve… Non !

STÉPHANE SOUMIER
Et nous dire : servons-nous puisque la table est ouverte.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non ! Non. Il se trouve par ailleurs que les taux sont plus bas, ce qui facilite cette politique ou qui la moins coûteuse, mais ce n'est pas…

STÉPHANE SOUMIER
Ce n'est pas une incitation à en faire davantage ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non ! Non, je ne le crois pas. Et par ailleurs, si vous voulez bien, moi je suis très sensible à la dette publique et de ce point de vue j'ai toujours marqué la nécessité de la combattre et je ne crois pas aux politiques de laisser faire budgétaire qui tout d'un coup amèneraient de la croissance, je pense qu'un bon réglage est nécessaire, mais ce n'est pas un déversement de dette budgétaire qui amènera le retour de notre économie. Donc, cela dit, ne soyons pas toujours dans le dénigrement français. Le taux d'épargne des Français est tout à fait considérable, l'endettement d'un certain nombre d'autres pays est tout aussi important que le nôtre, la richesse de notre pays est réelle et, donc, la confiance que font aujourd'hui les investisseurs internationaux - qui viennent acheter de la dette française - ils le font pourquoi ? En partie parce qu'il y a un surplus d'argent dans le monde, ce qui d'ailleurs nous renvoie à l'idée de comment fonctionne le système capitaliste actuel si je peux me permettre, parce que ça fait interrogation… Bien ! Et puis, de l'autre côté, au pays des aveugles les borgnes sont rois. Alors, c'est vrai, nous sommes un peu borgnes mais au milieu des aveugles. Donc, au total, après avoir largement participé à l'idée qu'il fallait redresser notre pays et dénoncer un certain nombre d'insuffisances, je constate quand même que ce pays a de la puissance, qu'il a de la force et de la crédibilité sur les marchés.

STÉPHANE SOUMIER
Quoi que disent MOODY'S ce soir ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui ! Mais MOODY'S d'abord participe aussi à un mouvement, je ne sais pas ce que sera sa décision, mais bon on a déjà eu des décisions positives et souvent négatives il y a un certain nombre de mois, d'années, ça n'a pas changé fondamentalement les choses. Tout ça… Que dire sur le Japon, que dire sur la Grand Bretagne, dont on nous dit parfois que ce sont des pays d'exception et d'économie remarquable ? On pourrait prendre les pays les uns après les autres, vous le savez. Il y a un an à peu près les émergents c'était super… Bon ! Regardez où est le Brésil aujourd'hui ? Sa croissance, sa situation sociale, ses perspectives ; l'Inde, qui a du mal à sortir ; la Chine, que j'aime beaucoup et que je connais bien, connait quand même potentiellement des difficultés qui sont réelles ; la Russie, on n'en parle plus ; l'Afrique du Sud, non plus. Donc, on voit bien que… et Dieu sait s'il faut être dans les émergents - je ne dis pas ça pour le fait que nos entreprises y soient…

STÉPHANE SOUMIER
Oui ! Je comprends, chacun se bat avec ses armes, c'est ça que vous nous dites ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà ! Bon. L'économie des Etats-Unis, elle, a plutôt repris – justement en ayant une politique relativement contra-cyclique, c'est-à-dire qu'après la crise de 2008 ils ont laissé partir les déficits, ils ont mis beaucoup d'argent dans la machine, pour l'instant ça marche, on va voir comment les marchés vont réagir – et vous le savez mieux que quiconque – à la diminution de la masse budgétaire qu'a mis la Fed sur les marchés mondiaux, il y aura peut-être des petites tensions sur les marchés actions, sur…

STÉPHANE SOUMIER
Sur les taux d'intérêt ! Monsieur LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Sur les taux d'intérêt ! Bien sûr.

STÉPHANE SOUMIER
Mais on en a parlé ensemble, c'est ce pacte faustien-là, ce petit quart de point…

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui ! Oui, oui.

STÉPHANE SOUMIER
Qui pourrait remonter, mais on n'en est pas là.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui ! Oui.

STÉPHANE SOUMIER
Un peu de politique quand même...

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui ! Oui.

STÉPHANE SOUMIER
La suppression de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu était-elle le prix à payer pour avoir la paix à l'Assemblée ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non ! Parce que c'est ce que nous avions dit, ce que le Premier ministre a dit et, vous savez, il y a eu cette fameuse mesure de baisse des cotisations salariales sur les petits salaires qui a été invalidée par le Conseil constitutionnel – je n'y reviens pas, il n'y pas matière à polémiquer – et, donc, nous mettons dans le plan…

STÉPHANE SOUMIER
Oui ! Mais enfin on passe du coût du travail à l'impôt sur le revenu quand même, c'est…

JEAN-MARIE LE GUEN
Il y a de la redistribution d'argent vers… vous avez raison, moi j'aurais préféré que ce soit le salaire bien sûr… Bon ! Là c'est de la redistribution avec moins d'impôt vers des couches sociales petites, moyennes, puisque ce sont des gens qui paient l'impôt sur le revenu - je rappelle que 50 % Français…

STÉPHANE SOUMIER
Oui ! Oui, absolument.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ne paient pas…

STÉPHANE SOUMIER
Absolument.

JEAN-MARIE LE GUEN
Et c'est 1/3 de ceux qui paient l'impôt sur le revenu, c'est-à-dire que vous êtes tous – les auditeurs le sont aussi – des mathématiciens, donc 50 % + 1/3 des autres 50 %, c'est-à-dire 65 % des Français qui vont bénéficier de cette diminution d'impôt directement ou indirectement et puis les 2/3 qui ne verront pas leurs impôts, le 1/3 supérieur…

STÉPHANE SOUMIER
Oui ! Elle était politique ma question, Jean-Marie LE GUEN, on a expliqué tout ça hier, mais elle était politique ma question, est-ce que ce n'est pas un geste justement…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non ! Non. D'ailleurs…

STÉPHANE SOUMIER
A ceux qui disaient…

JEAN-MARIE LE GUEN
D'ailleurs ceux qui critiquent…

STÉPHANE SOUMIER
Il faut redonner du pouvoir d'achat, il faut relancer par le pouvoir d'achat ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non ! Ceux qui critiquent, non ceux qui critiquaient le gouvernement, qui critiquent le gouvernement au sein de la gauche et du Parti Socialiste sont contre cette mesure, vous voyez, parce qu'ils sont plutôt fiscalophiles, donc…. Voilà !

STÉPHANE SOUMIER
… ça ne va pas vous donner un peu plus de calme à l'Assemblée ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non C'est parce que c'est notre politique, notre politique sociale - c'est-à-dire aider les couches moyennes - notre politique économique – maintenir un certain niveau de demandes dans ce pays parce que la consommation est un des moteurs... tant que l'investissement n'a pas repris c'est un des moteurs de l'économie – donc c'est à la fois un réglage et c'est aussi une nécessité politique et sociale mais pas une concession qui que ce soit.

STÉPHANE SOUMIER
Mais, vous l'avez dit...

JEAN-MARIE LE GUEN
Et d'ailleurs je peux vous dire, autant nous serons à l'écoute, autant il n'y aura pas de concession.

STÉPHANE SOUMIER
Ca veut dire que…

JEAN-MARIE LE GUEN
Le cadre est fixé !

STÉPHANE SOUMIER
Le 49.3 ne vous fait pas peur ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non !

STÉPHANE SOUMIER
Les armes dont disposent aujourd'hui les institutions…

JEAN-MARIE LE GUEN
On n'en aura absolument pas besoin, je vous le dis. Ca fait 6 mois que l'on m'interroge pour savoir si ce gouvernement aura besoin… il sera mis en minorité, etc., je vous le dis très sereinement : nous sommes majoritaires à l'Assemblée nationale par des procédures les plus normales et nous le resterons.

STÉPHANE SOUMIER
Bon. Jean-Marie LE GUEN, le ministre des Relations avec le Parlement, sur BFM BUSINESS ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 septembre 2014

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