Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, dans "Le Progrès" du 3 septembre 2014, sur la libération de Lyon en 1944, la lutte contre le terrorisme, la Défense européenne, les crédits militaires et sur la situation en Ukraine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, dans "Le Progrès" du 3 septembre 2014, sur la libération de Lyon en 1944, la lutte contre le terrorisme, la Défense européenne, les crédits militaires et sur la situation en Ukraine.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Commémorations de la libération de Lyon (Rhône), le 3 septembre 2014

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À Lyon : quel message souhaitez-vous apporter en honorant cette ville exemplaire pendant la résistance ?

Je remercie le maire de Lyon Gérard Collomb qui m'invite à commémorer cet événement très symbolique. Les actes glorieux de la population de Lyon, cette ville qui a été le creuset et le centre névralgique de la Résistance, constituent aussi un rappel à l'actualité face aux crises majeures qui frappent le monde. En 1944, la France se battait pour sa liberté. En 2014, l'armée française combat pour la sécurité du pays face à la barbarie, l'intolérance et le fanatisme.

Si des décisions sont prises par l'Otan ou par l'Onu pour des actions militaires, la France déjà très impliquée en Afrique est-elle en mesure de participer ?

Comme elle l'a été au Mali, la France est vigilante. Elle agit en nation responsable pour que soit respecté le droit international et sera à l'initiative face à ces nouvelles menaces, et ce dans tous les forums qui le permettent : à l'Otan lors du sommet de Newport dès demain, à la réunion des ministres de la Défense européens la semaine prochaine et à l'ONU bien entendu. En Irak, la progression du groupe armé appelé « Etat islamique » constitue une menace pour notre sécurité.

La France est prête à s'impliquer?

La puissance militaire et financière des terroristes de « l'Etat islamique » est sans commune mesure avec celle d'Al Qaïda et ou hier de Ben Laden. Ce groupe armé est capable de mener une guérilla urbaine, dispose de moyens militaires conventionnels et mène des opérations terroristes. Il dispose de moyens financiers tirés du pétrole et d'autres ressources issues des territoires qu'elle a conquis en Irak et en Syrie. Enfin, c'est une internationale qui attire des jeunes gens du monde entier. Son extension s'avère extrêmement rapide.

Les Britanniques durcissent l'arsenal face à ces djihadistes partis de leur pays. Et la France ?

Plusieurs centaines de jeunes Français sont en effet partis dont certains ont été tués. Le ministre de l'Intérieur a mis en place les moyens nécessaires pour repérer ceux qui veulent partir et intercepter ceux qui reviennent.

Un nouveau front s'ouvre en Libye où le gouvernement vient de prendre le contrôle du pays face à des groupes armés islamistes ?

Des groupes extrémistes menacent de prendre le contrôle de Benghazi et Tripoli, et le sud libyen devient une base de repli pour les groupes terroristes chassés des autres pays de la zone. La communauté internationale, à commencer par l'Europe, première menacée, doit se saisir de l'enjeu libyen.

Faut-il persister dans une Europe de la Défense alors que chaque réunion sur les sujets militaires ou les interventions montre des divergences ?

Oui, la construction de l'Europe de la défense est nécessaire. C'est parfois compliqué mais je rappelle qu'en Centrafrique, 700 militaires sont présents dans le cadre de l'Eufor (NDLR : force européenne). Au Mali, 22 nations européennes participent à la formation de l'armée malienne. Je parie sur des initiatives communes et concrètes.

Après les attaques de nos régiments de Colmar et Castres en Afrique, quel est le moral de nos troupes sur le terrain?

Je me rends souvent en Centrafrique, quasiment une fois par mois. Ce théâtre est le plus sensible. Je suis impressionné par la qualité, le professionnalisme et le moral de nos forces. On peut être fier de la manière dons nos soldats réalisent leur mission. En Centrafrique, il faut de la vigilance, de la clairvoyance, et de la maîtrise de soi pour garantir l'efficacité de la mission. Au Mali, l'opération Barkhane a pris la suite de l'opération Serval que nous avons gagnée. Aujourd'hui, 3000 militaires français interviennent sur la région du Sahel pour éviter le retour d'un risque djihadiste. Nous jouons aussi notre propre sécurité sur ce terrain d'opération.

L'armée française a-t-elle les moyens d'assurer ces opérations extérieures ?

Le président de la République a décidé de sanctuariser les crédits militaires. C'est un acte fort dans une période de forte contrainte budgétaire. L'effort militaire de notre pays est considérable, mais nécessaire pour notre sécurité. La loi de programmation militaire 2014-2019 nous permettra dans les six ans qui viennent d'assurer nos objectifs de sécurité, c'est-à-dire la protection du territoire, la dissuasion et les interventions extérieures.

Pour vous, est-on vraiment « dans une guerre européenne » à l'est de l'Ukraine comme le dit le président Porochenko ?

L'intégrité territoriale est un principe de droit international qui doit être respecté. Le respect des frontières est un principe intangible. Il garantit la paix en Europe. En Normandie le 6 juin, à l'initiative de la France, les Présidents russe et ukrainien ont dialogué. Ces discussions doivent reprendre pour parvenir à un cessez-le-feu.

Vous craignez une annulation des commandes de navire Mistral passées par l'armée russe ?

La décision du gouvernement français se prendra lors de la livraison du premier bâtiment.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 30 septembre 2014

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