Interview de M. Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat et à la simplification, à I-Télé le 30 septembre 2014, sur la politique de la famille dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2015, le projet de réforme des professions réglementées et la politique étrangère. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat et à la simplification, à I-Télé le 30 septembre 2014, sur la politique de la famille dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2015, le projet de réforme des professions réglementées et la politique étrangère.

Personnalité, fonction : MANDON Thierry, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Secrétaire d'Etat de la réforme de l'Etat et de la simplification;

ti : BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que vous êtes en train de faire un remake de la célèbre phrase : “Famille, je vous hais” ? On a appris hier les coupe-sombres dans la branche Famille de la Sécurité sociale et les mesures sont quand assez dures. Vous assumez ?

THIERRY MANDON
Oui, bien sûr. Le problème est simple. C'est une branche qui est déficitaire depuis maintenant six ans et il faut trouver de l'argent. Pour trouver de l'argent, vous avez deux solutions : soit vous augmentez les recettes, des prélèvements supplémentaires, ce qu'on ne veut pas faire ; soit vous essayez le plus justement possible de limiter les dépenses, ce qui a été le choix du gouvernement. Ce n'est pas douloureux, c'est un pourcent du montant de la branche. Les branches est de soixante milliards, on est à sept cents millions. Et c'est ciblé !

BRUCE TOUSSAINT
La prime de naissance divisée par trois à partir du deuxième enfant, le congé parental divisé de moitié, c'est douloureux.

THIERRY MANDON
Attendez ! soyons très précis. Le congé parental passe de six mois à un an pour le premier enfant et, en effet, il est partagé entre le mari et la femme à partir du deuxième enfant.

BRUCE TOUSSAINT
Oui, mais partagé entre le mari et la femme, on sait que dans les faits c'est rarissime, malheureusement d'ailleurs. On aurait aimé le faire mais c'est très compliqué, souvent parce que les hommes gagnent plus d'argent que les femmes.

THIERRY MANDON
C'est vrai, mais assigner les femmes à la maison pour s'occuper des enfants ce n'est pas terrible non plus. C'était valable il y a une cinquantaine d'années mais dans le monde moderne, si on peut trouver une solution qui articule mieux vie familiale et professionnelle, c'est bien.

BRUCE TOUSSAINT
Il faudrait aussi harmoniser les salaires des hommes et des femmes mais ça, c'est un autre sujet.

THIERRY MANDON
C'est indispensable bien sûr.

BRUCE TOUSSAINT
Mais ce n'est pas encore le cas.

THIERRY MANDON
On progresse trop lentement, beaucoup trop lentement.

BRUCE TOUSSAINT
Il y a un paradoxe parce que la natalité - si on peut appeler ça comme ça, je mets des guillemets - c'est un “secteur” qui marche bien en France. Là, vous vous attaquez à ce secteur.

THIERRY MANDON
Je ne sais pas. Il faudrait faire une enquête très précise pour savoir si, quand ils décident d'avoir des enfants, les couples intègrent le niveau exact de la prime qu'ils toucheront à la naissance de l'enfant. Je ne suis pas certain que ça marche comme ça quand on décide de faire un enfant.

BRUCE TOUSSAINT
Peut-être pas pour la prime mais peut-être pour le congé parental.

THIERRY MANDON
C'est la raison pour laquelle, dans les mesures qui ont été présentées hier, on touche plutôt les plus aisés, avec notamment la création d'une quatrième tranche dans le remboursement des gardes à domicile. Elle remboursera un peu moins les familles les plus aisées mais on préserve autant que faire se peut l'ensemble de la classe moyenne.

BRUCE TOUSSAINT
Les pharmaciens sont en grève aujourd'hui ; ce n'est pas le jour pour tomber malade ! Quatre-vingt-dix pourcent des officines seront fermées aujourd'hui. Vous comprenez leur mouvement de colère ?

THIERRY MANDON
Pour tout vous dire, je crois que sur la question des professions réglementées il y a un certain nombre de professions, dont les pharmaciens, vis-à-vis desquelles il ne faut pas être trop dur et trop Don Quichotte. Je trouve que des propos blessants ont été tenus à leur encontre.

BRUCE TOUSSAINT
Par qui ?

THIERRY MANDON
Par le précédent ministre, pour dire les choses très clairement. Je pense qu'Emmanuel MACRON a raison de prendre les choses comme il les prend aujourd'hui. Il y a peut-être des choses à discuter avec eux et à négocier, mais les pharmaciens jouent dans de très nombreuses villes et villages de France un rôle de service public. Il faut le reconnaître et ne pas fragiliser cette profession.

BRUCE TOUSSAINT
C'est une profession qui, en plus, va déjà mal. Notre spécialiste Economie Claire FOURNIER nous rappelait tout à l'heure qu'une pharmacie ferme tous les trois jours. Est-ce qu'on a besoin de taper encore une fois sur les pharmacies ?

THIERRY MANDON
Non. Je pense qu'il faut faire très attention. Dans certaines villes, je prends par exemple Paris, je n'ai pas le sentiment qu'on ait un manque de pharmacies. Vous faites cinq cents mètres en marchant sur un trottoir et vous avez deux à trois pharmacies. Il y a peut-être des endroits sur lesquels il faut discuter avec les professionnels mais je crois en effet qu'il faut être prudent, discuter et négocier avec les pharmaciens. C'est une profession qui n'a pas les avantages qu'on pense trop souvent.

BRUCE TOUSSAINT
Le Sénat, est-ce que vous avez un favori pour la présidence ? RAFFARIN ? LARCHER ?

THIERRY MANDON
Non, je m'en fiche complètement.

BRUCE TOUSSAINT
Vous vous en fichez complètement ?

THIERRY MANDON
Oui, oui, oui. Complètement ! Je crois que le Sénat a un problème beaucoup plus grave, c'est un problème de raison d'existence. Longtemps le Sénat était un améliorateur de la qualité de la loi. Un texte qui partait de l'Assemblée et allait au Sénat ressortait meilleur, en tout cas dans son contenu juridique, qu'il n'était venu. Ce temps n'est plus.

BRUCE TOUSSAINT
C'était votre boulot à vous, la gauche, parce que la gauche a été majoritaire au Sénat pendant trois ans.

THIERRY MANDON
On ne peut pas dire qu'on ait été terrible et qu'on ait marqué l'Histoire du Sénat par notre capacité d'innovation. Mais je crois qu'il y a plus profondément un sujet de deuxième chambre et pas d'ailleurs qu'en France. Beaucoup de pays réfléchissent au rôle d'une deuxième chambre dans une démocratie avec les crises qu'on a de la représentation. C'est un sujet constitutionnel de moyen terme.

BRUCE TOUSSAINT
Soyons clairs, pas de langue de bois – d'ailleurs, ce n'est pas votre habitude. Vous dites qu'il faudrait supprimer le Sénat.

THIERRY MANDON
Je pense qu'il faut une deuxième chambre mais je ne suis pas certain qu'à moyen terme, une chambre qui représente exclusivement les collectivités territoriales apporte beaucoup au renforcement de la représentativité. Je pense qu'il y a d'autres idées comme, par exemple, la fusion entre le Conseil économique et social et le Sénat. Il y a des réflexions qui ne sont pas dans le cadre du quinquennat.

BRUCE TOUSSAINT
Attendez ! Ça fait partie de votre job ? Vous êtes en charge de la Réforme de l'Etat.

THIERRY MANDON
Dans mon job, il y a faire de la loi de meilleure qualité. De la loi nouvelle de meilleure qualité. Je suis d'ailleurs en train de travailler à un texte qui aura pour objectif d'améliorer la qualité de la loi pour que la loi soit plus simple, pour qu'elle soit plus lisible, pour qu'elle soit applicable. De ce point de vue-là, ça aura des conséquences sur la fabrique de la loi et donc sur les rapports entre l'Assemblée, le Sénat et la façon dont cela se passe.

BRUCE TOUSSAINT
François HOLLANDE ne touchera pas au Sénat d'ici à la fin du quinquennat ?

THIERRY MANDON
Il ne s'agit pas de toucher le Sénat. Il s'agit de toucher la façon dont on fabrique la loi, et on peut faire une loi plus simple et plus efficace.

BRUCE TOUSSAINT
Vous n'avez pas de favori entre RAFFARIN et LARCHER mais entre SARKOZY et JUPPE, vous en avez un ?

THIERRY MANDON
Non, pas plus. Je note que monsieur JUPPE est en pleine forme et que SARKOZY n'a pas changé contrairement à ce qu'il dit.

BRUCE TOUSSAINT
On va regarder ensemble le prix de l'humour politique. C'est un grand classique. Il a été décerné hier à Alain JUPPE et vous faisiez partie du jury.

THIERRY MANDON
C'est exact.

BRUCE TOUSSAINT
“En politique, on n'est jamais fini. Regardez-moi !” Bon ! Qu'est-ce qui vous a plu dans cette phrase ?

THIERRY MANDON
Elle n'est pas en soi désopilante mais c'est une sorte de prix exceptionnel. On ne s'attend pas beaucoup à des traits d'humour d'Alain JUPPE et quand on en a un, on le saisit et on le salue.

BRUCE TOUSSAINT
Oui. Dites-moi, François HOLLANDE pourrait prononcer cette phrase.

THIERRY MANDON
Non. Non, non, non.

BRUCE TOUSSAINT
Comment ça, non ?

THIERRY MANDON
Il n'en est pas là.

BRUCE TOUSSAINT
Il n'en est pas là ?

THIERRY MANDON
Bien sûr que non. Il a tout son avenir devant lui, François HOLLANDE.

BRUCE TOUSSAINT
On parle du même.

THIERRY MANDON
Absolument ! Le président !

BRUCE TOUSSAINT
Sérieusement, c'est une phrase qu'on entend souvent. Si on essaye d'être sérieux deux secondes sur cette phrase, sur le fait qu'on n'est jamais mort en politique, aujourd'hui François HOLLANDE est dans une situation terrible.

THIERRY MANDON
Oui.

BRUCE TOUSSAINT
Donc qu'est-ce qui ferait aujourd'hui qu'il pourrait retrouver comme cela une espèce de second souffle dans ce quinquennat ?

THIERRY MANDON
D'abord il est solide, d'abord il tient dans la tempête et non seulement il tient mais il fait avancer les dossiers. J'étais avec lui la semaine dernière à New York, j'ai passé trois journées à la fois dramatiques mais exceptionnelles. La première journée, son intervention sur le climat et sur les enjeux liés à la conférence de Paris a été décisive. On a un président de la République qui, avec l'aide de Nicolas HULOT et de Ségolène ROYAL, se bat et est reconnu au niveau mondial pour ce combat-là qui est important. Parce que ce qui se passe à Montpellier hier soir, c'est quelque part aussi les premiers effets d'un dérèglement climatique qui est devant nous.

BRUCE TOUSSAINT
Bien sûr.

THIERRY MANDON
Deuxièmement sur la politique internationale, l'attitude vis-à-vis de l'Irak et de la Syrie, l'Assemblée des Nations Unies unanime l'a applaudi tellement son discours était puissant et cadré. Enfin, lors de la troisième réunion qu'il a faite juste après OBAMA, il est intervenu sur les questions de ce qu'on appelle l'Open Government, c'est-à-dire la transparence, les gouvernements ouverts, l'éthique dans les affaires publiques là encore avec un grand succès. Donc il tient bon ! il tient bon. Et, deuxième chose, je crois qu'il se passe quelque chose qu'on en voit pas assez. C'est que pour la première fois du quinquennat, on a un alignement de planètes qui peut nous aider. Qu'est-ce que c'est ces planètes ? Baisse de l'euro, baisse du pétrole, taux d'intérêt particulièrement bas, liquidités qui commencent grâce à la Banque Centrale Européenne à être plus importantes et il est possible que cet alignement des planètes, combiné au fait que le président se bat, produise des résultats.

BRUCE TOUSSAINT
C'est à cela que vous attribuez la baisse du chômage au mois d'août par exemple ?

THIERRY MANDON
Non, je crois qu'il faut arrêter de commenter les chiffres du chômage même quand on de bons résultats mois par mois. C'est plus compliqué que ça.

BRUCE TOUSSAINT
Un dernier mot sur Arnaud MONTEBOURG. Il va faire son retour, il l'annonce. Il va rassembler ses partisans les 4 et 5 octobre. L'objectif est de redessiner le visage de la France de demain. Arnaud MONTEBOURG est toujours votre ami ?

THIERRY MANDON
C'est un ami d'enfance.

BRUCE TOUSSAINT
Oui, un ami de trente ans comme on dit.

THIERRY MANDON
Oui, oui. C'est un ami d'enfance. Politiquement, je pense que redessiner le visage de la France, ça se fait au gouvernement. Je pense que quand on est au gouvernement, quand la gauche a des responsabilités, c'est là que ça se passe. Ce n'est pas dans les arrière-salles du Parti socialiste. On n'a pas le droit de gaspiller les responsabilités que les Français nous ont confiées.

BRUCE TOUSSAINT
Cela veut dire que vous lui en voulez encore.

THIERRY MANDON
Non ! Cela veut dire que je pense que quand on veut servir son pays et qu'on est au gouvernement, on le fait au gouvernement. Ce n'est pas plus compliqué que cela.

BRUCE TOUSSAINT
C'est un danger pour le gouvernement le fait qu'il soit électron libre ? Il est peut-être animé d'un esprit de revanche.

THIERRY MANDON
Non. Mais c'est simple, on a un boulot très difficile à faire au gouvernement et soit on a les résultats, soit on n'en a pas. Si on n'en a pas, de toute façon la messe est dite.

BRUCE TOUSSAINT
La simplification, c'est votre job. Quand est-ce qu'on va en voir les effets ? Vous dites régulièrement que ça avance, mais quand est-ce que ça va vraiment entrer dans la vie des Français ?

THIERRY MANDON
Il y a deux choses : les Français et les entreprises.

BRUCE TOUSSAINT
Parfois c'est la même chose.

THIERRY MANDON
Parfois c'est la même chose. Un décret a par exemple été publié hier qui lance quelque chose qui s'appelle le partenariat de l'innovation. En gros, une petite entreprise du numérique qui aujourd'hui en France invente un produit ne pouvait pas le vendre à l'administration parce qu'elle n'avait pas de référence - par définition puisqu'elle l'invente. Depuis hier, ces entreprises pourront vendre des produits aux administrations françaises parce que le partenariat d'innovation, ce qui a été lancé hier, permet sans référence d'accéder à la commande publique. Cela est très important parce que ces entreprises pourront donner l'exemple de ce qu'elles ont fait pour l'Etat ou pour les mairies en France pour vendre dans le monde entier. Ça, c'est très concret et c'est tous les jours. Le problème de la simplification, c'est que ce ne sera jamais un choc. C'est des petits clics tous les jours qui feront à terme un grand choc.

BRUCE TOUSSAINT
Oui. J'avais pourtant bien entendu le mot “choc de simplification” dans la bouche du président de la République.

THIERRY MANDON
Oui. A terme il y aura un choc, mais je pense que ce mot induit quelque chose qui n'est pas.

BRUCE TOUSSAINT
C'est plein de petits chocs.

THIERRY MANDON
Exactement. C'est chaque jour des petits clics.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 octobre 2014

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