Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à France Info le 7 octobre 2014, sur son refus du projet de permis de recherches d'hydrocarbures conventionnels et non conventionnels dans le parc naturel du Lubéron, le financement de la transition énergétique et la gestation pour autrui. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à France Info le 7 octobre 2014, sur son refus du projet de permis de recherches d'hydrocarbures conventionnels et non conventionnels dans le parc naturel du Lubéron, le financement de la transition énergétique et la gestation pour autrui.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, ACHILLI Jean-François .

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie;

ti : JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bonjour Ségolène ROYAL.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et bienvenue. « My government Is pro-business » a déclaré Manuel VALLS à Londres, alors je vous pose la question en anglais ce matin, Ségolène ROYAL, « do you agree », vous êtes d'accord ? Est-ce que ça concerne, d'ailleurs, l'écologie ?

SEGOLENE ROYAL
Bien sûr, ça concerne l'écologie, et notamment, regardez, nous sommes en train de débattre, et j'espère de voter…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
A l'Assemblée nationale.

SEGOLENE ROYAL
A l'Assemblée nationale, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte. Qu'est-ce que ça veut dire ? ça veut dire que chaque citoyen, par exemple, qui va, grâce au crédit d'impôt, faire des économies d'énergie en faisant des travaux d'isolation, mettre un double vitrage, isoler sa toiture, bien isoler sa porte d'entrée, isoler ses façades, va permettre de créer des emplois et des activités, pour les artisans du bâtiment, pour les PME du bâtiment, et dans toute cette filière des travaux publics et… donc c'est la croissance verte.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Verte, c'est ça. C'est bon pour la France ?

SEGOLENE ROYAL
C'est bon pour la France, c'est bon pour l'emploi, et c'est bon pour la santé, parce que ce sont aussi des économies, ce qu'on appelle les gaz à effet de serre, et notamment sur toute la question de la lutte contre la pollution de l'air.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous êtes à fond !

SEGOLENE ROYAL
J'y crois.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, vous avez clairement fermé la porte, hier à l'Assemblée, au gaz de schiste, pas de permis accordé dans le Lubéron. Il y avait une enquête en cours, c'est ça ?

SEGOLENE ROYAL
Il y avait une demande d'extraction qui avait été déposée en 2010, 2010-2011, qui était en cours d'instruction, et donc en cours de consultation. On ne peut pas ni lancer la dynamique de la recherche des gaz à effet de serre, de l'extraction des, par exemple, pardon, des gaz de schiste. Pourquoi ? Parce que d'abord ça coûte très cher et aujourd'hui le nouveau modèle énergétique c'est la montée en puissance des énergies renouvelables et c'est les économies d'énergie. Et le gaz de schiste, d'abord c'est une technique très dangereuse, puisque c'est la fracturation hydraulique, et deuxièmement ce n'est pas le modèle énergétique adapté à la France puisque ce sont aussi des gaz à effet de serre, et en plus il s'agissait d'un parc naturel régional, et donc ça aurait détruit beaucoup plus d'emplois…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, c'était en plein parc du Lubéron…

SEGOLENE ROYAL
En plein parc, donc ça aurait détruit beaucoup plus d'emplois, dans le domaine du tourisme, de l'agriculture, de l'artisanat, que ça n'en aurait potentiellement créés. Par ailleurs les Etats-Unis reviennent en arrière sur cette bulle spéculative, il n'y a pas d'eldorado, vous savez, des gaz à effet de serre, ça n'existe pas, et l'Europe doit vraiment se protéger contre ce mirage.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Justement, Nicolas SARKOZY, lors de son premier « meeting du retour » à Lambersart a pris exemple sur les Etats-Unis et a relancé l'idée d'exploiter les gaz de schiste en France. Vous contestez cette proposition de l'ancien président ?

SEGOLENE ROYAL
On n'a pas dû bien lui expliquer ce dont il s'agissait. Je crois qu'il ne faut pas regarder vers le passé ou vers ce qui a échoué dans d'autres pays, il faut aujourd'hui inventer le futur, avec de bons principes, de bonnes valeurs, et des investissements efficaces et transformables tout de suite en emplois. C'est le choix que je propose dans cette loi très équilibrée, en même temps très à l'offensive, et dans laquelle, je le disais tout à l'heure, et les particuliers, et les entreprises – vous avez vu, 75 % des entreprises croient à la transition énergétique et l'attendent – pourquoi ? parce que ça va leur permettre d'être beaucoup plus productives en économisant l'énergie, en mettant en place de nouveaux process de production, et en investissant dans les filières d'avenir, que sont les éco-constructions, le stockage de l'énergie, les bornes électriques, les voitures électriques, les compteurs intelligents, enfin, il y a un champ d'investigations dans lesquelles les Français sont très bons, nous avons d'excellents ingénieurs, des organismes de recherche…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Pour vous c'est l'avenir en fait, c'est ça !

SEGOLENE ROYAL
Mais bien sûr, et l'avenir qui commence aujourd'hui, c'est ça qui est formidable, et qui a déjà commencé dans certains territoires.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Le problème c'est que, ça commence aujourd'hui, 2,5 ans après le début de la présidence, c'est un peu tard, on aurait dû commencer tout de suite. L'économie circulaire, le développement durable, c'est générateur d'emplois, vous l'avez dit, bien expliqué…

SEGOLENE ROYAL
Bien sûr, oui oui…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Pourquoi est-ce qu'on a perdu autant de temps Ségolène ROYAL ?

SEGOLENE ROYAL
Mais peu importe, aujourd'hui voilà, ça s'accélère, j'ai pris ce problème à bras-le-corps, et avec d'autant plus de conviction, de détermination, que pendant 10 ans, à la tête de Poitou-Charentes, j'ai fait de ce laboratoire régional l'anticipation de l'excellence environnementale. Songez qu'en 2004 j'ai construit le premier lycée de l'après pétrole, c'est-à-dire qui produit plus d'énergie qu'il n'en consomme, et aujourd'hui ce que je souhaite c'est que toutes les nouvelles constructions soient comme cela, à énergie passive, ou à énergie positive, c'est-à-dire qu'elles permettent, grâce à la récupération de chaleur, par exemple, de baisser considérablement la facture d'énergie et de chauffage des Français.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
On a bien compris, aussi, limiter les gaz à effet de serre à terme. Pour mettre votre loi à flots, si je puis dire, vous parlez d'un financement de la loi à hauteur de 10 milliards d'euros en 3 ans, c'est le bon chiffre ?

SEGOLENE ROYAL
Oui.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, il est contesté, certains parlent d'un chiffre multiplié par 3. Où allez-vous trouver cet argent, ces financements, avec ce qui reste de l'écotaxe ?

SEGOLENE ROYAL
Mais… non. Pas dans des impôts, je ne veux pas que l'écologie soit punitive et se traduise par des impôts.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, mais vous avez dit ça pour le diesel aussi !

SEGOLENE ROYAL
Absolument. Pourquoi ? Il est tout à fait possible de faire autrement, j'en ai fait la preuve, comme je viens de vous le dire à l'instant, dans le territoire de Poitou-Charentes, donc ça veut dire qu'on peut généraliser ça. Qu'est-ce que ça veut dire de l'ingénierie financière ? Ça veut dire, premièrement, des allégements d'impôts, c'est le crédit d'impôt, et je dis à ceux qui m'écoutent que les travaux qui sont commencés à partir du 1er septembre, et même qui sont facturés à compter du 1er septembre, tous les travaux d'isolation, et même l'installation de compteurs individuels dans les copropriétés…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Fiscalité allégée.

SEGOLENE ROYAL
Fiscalité allégée. Ensuite, les prêts à taux zéro, 100.000 prêts à taux zéro doivent être distribués par les banques qui ont reçu, pour cela, du crédit d'impôt. Ensuite, le tiers financeur, les régions vont avoir la possibilité d'avancer les dépenses, il y a des gens qui veulent faire des travaux mais qui n'ont pas forcément l'épargne nécessaire pour engager ces travaux. Ensuite, le fait qu'on fasse un crédit d'impôt ça va permettre justement à des épargnants de sortir cette épargne, de réactiver cet argent, et enfin la CAISSE DES DEPOTS, c'est très important, a mis en place une ligne de prêts de 5 milliards d'euros pour toutes les collectivités locales, les communes qui vont faire les travaux d'isolation sur les mairies, sur les écoles…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Pour vous il faut enclencher le processus.

SEGOLENE ROYAL
Ça, ça va donner du travail aux entreprises du bâtiment. Donc, il faut enclencher et accélérer ce processus, et il y a à la fois les investissements publics, mais aussi les investissements privés, bien évidemment.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
On a bien compris. Alors, pour ce qui est de l'écotaxe, j'ai envie de dire « la Ségotaxe »…

SEGOLENE ROYAL
Sûrement pas, ça a été voté par le gouvernement FILLON, attention.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous l'avez revisitée un petit peu.

SEGOLENE ROYAL
Ils ont passé la patate chaude là, mais ça a été voté par le gouvernement FILLON. J'ai essayé d'atténuer les absurdités…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça ne vous plaît pas ce truc, les portiques, c'est une catastrophe pour vous ou quoi ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, c'est totalement absurde, donc on a essayé d'amortir et essayé d'arranger à la marge un dispositif absurde, qui n'existe nulle part ailleurs en Europe. Bien sûr qu'il faut le principe pollueur/ payeur, c'est évident, bien sûr qu'il faut…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Parce que les transporteurs routiers vous menacent là, vous avez vu, les transporteurs routiers vous disent « abandon du projet de péage de transit poids lourds d'ici au 15 octobre, sinon ce sera le blocus. » Ultimatum.

SEGOLENE ROYAL
Oui, il ne faut pas non plus… il faut un petit peu se calmer quand même, parce que les circuits qui relèvent maintenant de ce péage de transit ont été considérablement réduits, et il est aussi justifié que des camions de transit payent l'usage des routes qui sont abîmées par des camions et qu'il faut réparer, ça, ça n'a pas à peser sur le contribuable national.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous ne céderez pas ? On ne touche pas au dispositif, allégé une fois encore, qui existe aujourd'hui, sur les poids lourds ?

SEGOLENE ROYAL
Le gouvernement est toujours à l'écoute, c'est son principe, ensuite il faut prendre des décisions justes. Qu'est-ce qui a été décidé là, c'est d'expérimenter jusqu'en décembre, c'est-à-dire les portiques qui ont été maintenus sont expérimentés et on verra en décembre, on fera le point en décembre pour savoir qu'est-ce qui se passe à partir du 1er janvier. Dans d'autres pays le dispositif est beaucoup plus simple, il n'y a pas eu ces portiques agressés, il n'y a pas eu tout ça, il y a des systèmes de vignette, par exemple en Allemagne, qui permet d'appliquer le principe pollueur/ payeur et qui est tout à fait accepté par les transporteurs routiers.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ségolène ROYAL on va vous ferrailler pour la mise en place de votre loi, vous bataillez à l'Assemblée nationale, en même temps la politique continue et il y a, dans les écrans, sur les écrans radars, le retour de Nicolas SARKOZY qui est désormais visé, depuis hier, par une information judiciaire pour abus de confiance après l'invalidation de ses comptes de campagne, celle de 2012. Il s'est posé en victime, hier soir en meeting à Vélizy-Villacoublay, quel regard vous portez sur ce retour et ce parfum d'affaires qui semble l'accompagner ?

SEGOLENE ROYAL
Ecoutez, je n'ai pas le temps, ni de regarder, ni d'écouter cela, je ne m'occupe pas de politique politicienne, je suis comme vous l'avez dit à l'instant, toute entière tournée vers la façon dont je peux faciliter la vie quotidienne des Français, grâce à cette transition énergétique, et en même temps créer des activités et des emplois le plus rapidement possible. Je vous parle, vous savez, très très sincèrement, ce n'est pas du tout pour éluder votre question, mais ça me paraît tellement décalé et disproportionné par rapport à tout ce qu'on peut faire de formidable dans notre pays en accélérant ces changements de modèle économique, en améliorant, en plus, la qualité de vie, tout en donnant du travail aux entreprises…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc, pas de commentaire sur la campagne présidentielle qui a démarré, 2,5 ans avant le terme.

SEGOLENE ROYAL
C'est leur droit.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Et en parlant de « pas de commentaire », juste une question bonus madame ROYAL. On ne vous a pas du tout entendue sur les GPA, PMA, qui secouent un petit peu le débat en ce moment, est-ce que vous pensez qu'on n'est pas prêt, en France, ou que éthiquement, de toute façon, ce n'est pas envisageable, la GPA notamment ?

SEGOLENE ROYAL
Les règles sont claires, ce qui est étonnant c'est que ça crée autant d'agitation. On a l'impression, dans les débats politiques, qu'il n'y a plus que ça qui est intéressant, or les Français, franchement, moi, que je rencontre, ne me parlent absolument pas de ce sujet-là, pour eux c'est réglé. La gestation pour autrui ne sera pas autorisée dans la loi, la PMA, avant qu'elle soit étendue aux couples de même sexe, il y aura l'avis du Conseil supérieur d'éthique, voilà, les choses sont très simples. Il faut à la fois accompagner l'évolution de la société sans l'instrumentaliser et sans faire d'excès, mais là aussi dans un juste compromis, intelligent, qui rassemble les gens au lieu de les diviser.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Et l'évolution normale de la société, vous pensez que ça veut dire qu'on y viendra à un moment ou pas forcément ?

SEGOLENE ROYAL
On verra. On verra, je vous l'ai dit, dans quelle condition on peut avancer, dans quelle condition, voilà… ça ne doit pas non plus occuper le centre de la vie politique, il y a beaucoup de sujets beaucoup plus importants, en particulier la lutte contre le chômage.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Ségolène ROYAL, invitée politique de Jean-François ACHILLI. Restez, voilà Guy BIRENBAUM.
(…) Billet de Guy BIRENBAUM.

GUY BIRENBAUM
(…) Alors, madame ROYAL, c'est une histoire belge, mais l'ambiance en France n'est pas moins suspicieuse vis-à-vis de nos compatriotes musulmans, comment éviter la parano générale ?

SEGOLENE ROYAL
Peut-être en évitant, déjà, d'en parler sans arrêt. Voilà un élément de réponse.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Et ce sera le mot de la fin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2014

Rechercher