Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les relations franco-chinoises, la lutte contre le terrorisme, la situation en Ukraine, l'épidémie d'Ebola et sur les dérèglements climatiques, à Pékin le 19 octobre 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les relations franco-chinoises, la lutte contre le terrorisme, la situation en Ukraine, l'épidémie d'Ebola et sur les dérèglements climatiques, à Pékin le 19 octobre 2014.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Déplacement en Chine, du 17 au 19 octobre 2014

ti : - Chine -

Chers Amis,

Merci de venir en cette heure matinale, comme je le fais à chaque fois, je vais faire le point avec vous.

C'est mon 8e déplacement en Chine depuis que je dirige notre diplomatie et je fête ici mon 25e tour du monde. L'objet de ce déplacement c'est à la fois :

- de faire avancer les commémorations du 50e anniversaire, et en particulier, il y avait la cérémonie autour du cheval dragon, très spectaculaire, très réussie et très appréciée par nos amis chinois;

- d'avoir des contacts politiques, à Shanghai et ici à Pékin, avec mon homologue chinois ainsi que le ministre chinois en charge du Commerce extérieur ; j'étais par ailleurs à Milan, avec le président français juste avant de venir en Chine et nous avions rencontré le Premier ministre chinois;

- d'accentuer particulièrement à l'occasion de ce déplacement les contacts culturels. À Shanghai, j'ai inauguré plusieurs expositions qui traduisent la richesse de nos patrimoines, à savoir une exposition de photographies de l'artiste français Gérard Rancinan, une autre sur l'excellence et le savoir-faire de l'artisanat franco-chinois avec un certain nombre de pièces venant du château de Versailles, des Gobelins, du mobilier national et de Sèvres;

- dans le domaine culturel et éducatif, nous avons posé ce matin la première pierre du futur lycée international Charles de Gaulle qui va être mis en service fin 2015 début 2016.

Je n'ai cessé de rappeler au cours de ces deux jours que la France, dont on dit beaucoup de choses pas toujours positives dans le monde anglo-saxon, est quand même ce pays qui a obtenu cette année à la fois le prix Nobel de littérature, le prix Nobel d'économie et la médaille Fields de mathématiques. Pour une nation qui a des difficultés, je crois qu'un certain nombre d'autres nations les accueilleraient volontiers. Des amis chinois m'ont parlé des «deux Mo», rapprochant le fait que l'an dernier Mo Yan avait obtenu le prix Nobel de littérature et que cette année c'est M. Modiano.

Cet aspect éducatif et culturel est extrêmement important car il fait partie du rayonnement de la France. Je vous ai souvent ennuyé en répétant que c'est une diplomatie globale et que l'on ne peut pas séparer l'aspect économique de l'aspect culturel, scientifique, éducatif, stratégique. Tout cela est une seule et même réalité française.

Sur le plan politique, nous avons abordé la totalité des sujets avec mon collègue des Affaires étrangères. Nous les avions également traités avec le Premier ministre chinois il y a trois jours. Sur le plan du commerce extérieur, nous avons fait le point sur nos échanges bilatéraux et sur ce que nous pouvions faire dans les pays tiers. Ce sont des sujets que nous passons en revue à chaque fois. Le déficit commercial est en effet encore loin d'être résorbé. Nous avons par ailleurs mis l'accent sur ce qui se passe dans les domaines du nucléaire et de l'aéronautique, sur les perspectives en matière d'environnement, de santé et dans l'industrie agro-alimentaire.

Nous avons beaucoup insisté cette fois-ci sur les échanges humains. Nous avions eu récemment la visite de deux vices Premiers ministres que j'ai reçus à Paris: M. Ma Kai pour le dialogue économique et financier et Mme Liu Yandong pour le dialogue sur les échanges humains que nous coprésidons.

Nous avons beaucoup insisté en particulier sur ce point qui concerne les étudiants et les touristes chinois en France et français en Chine. La mesure que nous avons prise en janvier d'octroyer les visas en 48 heures a eu beaucoup d'effet. Mon collègue chinois m'a d'ailleurs dit qu'il y avait eu une augmentation de l'ordre de 60 % de leur nombre ce qui est considérable. Nous allons continuer sur cette lancée et fixer l'objectif de 5 millions de touristes qui pourrait être atteint à brève échéance, du moins je l'espère.

J'ai été impressionné quant Mme Liu Yandong, à Paris, m'a cité le chiffre probable, d'ici une quinzaine d'année, de 500 millions de personnes chinoises voyageant. Cela fait beaucoup de monde et comme ils aiment beaucoup la France vous voyez ce que cela peut donner.

Nous avons aussi beaucoup parlé de la lutte contre le changement climatique et de la lutte contre le virus Ebola. Nous avons publié un communiqué franco-chinois, ce qui est assez rare, pour manifester notre coopération dans ce domaine. L'ambassadeur, que j'ai chargé de suivre l'aspect international du virus Ebola, se rendra prochainement à Pékin.

Nous sommes convenus d'un certain nombre de déplacements qui vont avoir lieu dans les semaines qui viennent. La semaine prochaine pour la grande foire de Chengdu ce sera le secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur, M. Matthias Fekl, qui conduira notre délégation. Il sera accompagné de M. Raffarin, qui connaît très bien la Chine et est président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, et de 200 entreprises françaises - ce qui est considérable et positif. Au début de l'année prochaine, est prévue la venue du Premier ministre français en Chine et celle du Premier ministre chinois en France devrait se faire au cours du premier semestre. M. Alain Vidalies, ministre des Transports, aura des contacts avec son homologue et je reviendrai moi-même à d'autres occasions.

(...)

Nous avons parlé notamment de ces sujets, où il y a une coopération franco-chinoise qui doit se développer, et de la lutte contre Ebola.

À Shanghai, j'ai eu des rencontres avec des responsables d'affaires et des chefs d'entreprise comme je le fais à chaque fois. J'ai eu des contacts avec Jack Ma et beaucoup d'autres. J'ai également procédé à l'inauguration d'un centre qui était jusqu'à présent consacré à Rhône Alpes (ERAI) et qui doit devenir une maison de la France, c'est-à-dire un lieu d'activités économiques, culturelles et de gastronomie pour différentes régions de France. L'objectif est, dans un certain nombre de grands centres dans le monde - on le fait aux États-Unis et on va le faire ici - de rassembler les organismes qui d'une manière ou d'une autre s'occupent de la présence française à l'étranger. Il y aura aussi une représentation d'Ubifrance que nous fusionnons avec l'AFII, pour qu'il y ait un endroit ressource indispensable. Il y a aussi une dimension du vin dans cette maison de la France. Si on veut absolument parler anglais, cette maison de la France s'appellerait «French tech hub».

Donc un voyage court mais dense, et un accueil extrêmement chaleureux comme toujours de nos amis chinois. La relation dans tous les domaines entre la Chine et la France n'a sans doute jamais été meilleure.

(...)

Q - Est-ce que vous avez abordé Hong Kong lors de vos entretiens ?

R - J'ai défini la position avant de venir. Nous sommes des amis de la Chine, nous sommes attachés à la stabilité. Donc, quand il y a des difficultés, nous souhaitons qu'elles soient résolues par le dialogue et pacifiquement. Nous ne sommes pas entrés dans plus de détails.

Q - Parce qu'ils ne voulaient pas en parler ?

R - Non, nous parlons de tout.

Q - Parce qu'il y a eu le passage à tabac d'un manifestant...

R - Les choses ne sont pas simples. D'ailleurs, il est prévu que d'ici quelque temps le chef de l'exécutif de Hong Kong - c'était d'ailleurs prévu depuis longtemps - vienne en France.

Q - La France a-t-elle un message à faire passer à la Chine dans ce conflit interne ?

R - Le message que nous avons fait passer et que nous faisons passer tout le temps, c'est stabilité et dialogue pour la résolution des conflits.

(...)

Q - Est-ce qu'il est facile de dialoguer avec les Chinois maintenant, en matière diplomatique ?

R - En ce qui concerne les relations franco-chinoises, vous savez comme moi qu'elles n'ont jamais été aussi bonnes. Mais il y a des règles à observer : les Chinois n'aiment pas être surpris. Donc, si on a quelque chose à leur dire, il faut leur dire en amont, parfois pas en public mais en privé lorsque la confiance est établie. Je crois que c'est toujours important de traiter les sujets au fond mais sans qu'il y ait de surprise.

Un deuxième point, c'est que les Chinois comme les Français sont attachés à leur indépendance, et je crois que c'est ce qu'ils apprécient aussi dans la France, le fait que la France est un des cinq membres permanent du Conseil de sécurité et que c'est un pays indépendant, qui dans le monde prend ses décisions en fonction de ce que nous pensons être juste.

Donc, le long terme, l'indépendance, la stabilité. Je leur dis souvent, l'amitié cela se prouve : ce que nous sommes en train de faire sur le cinquantième anniversaire est vraiment exceptionnel : le fait qu'il y ait 800 manifestations dans nos deux pays, le spectacle ce soir du cheval dragon, le fait que le président chinois se soit rendu en mars en France pour une visite exceptionnellement réussie... Nous coopérons sur les grands sujets : par exemple, nous allons nous retrouver bientôt dans le cadre des négociations sur le nucléaire iranien.

C'est donc une relation de long terme, fondée sur des avancées concrètes, une relation qui n'a pas de surprise où on se dit les choses sur le fond mais en respectant l'indépendance de chacun

(...)

Q - Vos interlocuteurs chinois sont-ils inquiets de voir les images de la rue à Hong Kong faire le tour du monde des télévisions ? Et quel est l'impact sur le luxe ?

R - J'avais défini au moment où se sont déclarés ces évènements la position de la France. Nous sommes attachés à la stabilité et on connaît une relation d'amitié avec la Chine. Et ce que nous souhaitons, c'était vrai hier et c'est vrai aujourd'hui, c'est que s'il y a des difficultés et des tensions, il faut qu'elles soient résolues par le dialogue. Nous voyons bien la difficulté des choses mais nous n'avons pas voulu aller plus loin et j'ai répété les mêmes propos à cette occasion.

L'effet sur telle ou telle industrie du luxe à Hong Kong, je ne l'ai pas mesuré. On n'en a pas parlé avec les groupes considérés que je vois de temps en temps et qui sont très représentés là-bas. On peut cependant probablement penser que lorsqu'il y a des tensions, cela ne favorise pas nécessairement le commerce. C'est une règle générale qui peut s'appliquer dans ce cas-là.


- Lutte contre le terrorisme - Irak - Syrie -

(...)

Une bonne nouvelle depuis l'Irak : la constitution, cette fois-ci complète, du gouvernement tripartite puisque les ministères de la défense et de l'intérieur ont été pourvus, ce qui est extrêmement important. Nous avions insisté sur ce point et je m'en félicite, parce que si on veut que l'armée irakienne et l'ensemble des irakiens mènent le combat qu'ils veulent et doivent mener contre Daech, ce groupe terroriste, il faut évidemment qu'ils soient unis.

Cette unité passe par la constitution de ce gouvernement tripartite qui n'avait pour l'instant pu être mis en place que partiellement. C'est une très bonne chose car cela va permettre de mobiliser davantage la population irakienne et ses forces contre le terrorisme.

(...)

Q - Le problème du terrorisme et tout ce qu'il se passe en ce moment en Syrie et en Irak, cela fait maintenant un certain temps que les Chinois connaissent un certain nombre d'attentats, est-ce que la teneur de vos conversations étaient du style «on est dans le même bateau, nous aussi on est agressé par le terrorisme international» ? Est-ce que les Chinois vous ont dit ce qu'ils voudraient faire éventuellement en Syrie et en Irak ? Quelle est leur position sur ce dossier, on a du mal à la cerner ?

R - Nous avons parlé de cela avec mon collègue des affaires étrangères. Il considère, et nous considérons, que le terrorisme n'a pas de frontière et que c'est un danger pour nous tous. Et je leur ai dit, et je vous le redis, que nous condamnions de la façon la plus nette les actions des terroristes qui ont été menées en Chine. J'ai posé la question en ce qui concerne la présence de terroristes d'origine chinoise en Syrie ou en Irak et mon collègue des affaires étrangères a confirmé qu'il y avait des informations en ce sens.

Sur la question générale Irak-Syrie, oui nous en avons parlé. Je pense que sur l'Irak, nous avons des analyses voisines. C'est-à-dire qu'il faut lutter contre ce que l'on appelle Daech de la façon la plus forte, que la lutte doit être menée d'abord par les Irakiens, que cette lutte pour être efficace exige qu'il y ait un rassemblement national, d'où l'importance du gouvernement tripartite - nous avons expressément parlé de cela - et aussi du rôle que pourrait jouer ou ne pas jouer l'Iran.

Sur la Syrie, vous connaissez la position de la France : pour nous les choses sont différentes de la situation en Irak. En Irak, c'est le gouvernement qui nous appelle et ce qui a permis l'utilisation de l'aviation pour déterminer où sont les uns, où sont les autres. Mais la lutte doit être menée par l'armée irakienne, par les Irakiens eux-mêmes, et l'ennemi est clairement identifié, c'est le groupe Daech.

En Syrie, il n'y a non pas un adversaire mais deux adversaires, car l'origine des terroristes c'est largement M. Bachar Al-Assad. On l'oublie peut-être mais c'est lui qui a fait libérer de prisons ceux qui sont maintenant à la tête du terrorisme. Et pendant très longtemps, peut-être même encore aujourd'hui, le pétrole qui était possédé par ces groupes terroristes était acheté par le gouvernement syrien. Aussi, il s'agit de lutter contre Daech, mais en même temps sans faire le jeu de M. Bachar Al-Assad et de toujours avoir en perspective qu'il faudra bien une solution politique. Nous avons parlé de cela.

Pour revenir à la base de votre question : oui le terrorisme est un mal international. Nous constatons d'ailleurs qu'il y a des filières, des ramifications et des contacts très précis entre les groupes terroristes de différents pays. Et c'est encore plus vrai avec le mouvement terroriste Daech, puisque là c'est une espèce de système de franchise. Ce sont des groupes autonomes qui commettent des forfaits et qui se réclament du groupe Daech, qui lui-même a pris comme élément déterminant d'ériger telle ou telle région en califat. Ce qui le distingue d'Al-Qaïda qui était une organisation très centralisée et qui n'avait pas de revendications géographiques à proprement parlé. Nous sommes tout à fait d'accord pour coopérer si nécessaire dans la lutte contre le terrorisme et j'ai pris pour exemple, en particulier, la nécessaire unité que nous devons avoir pour couper les financements de ce mouvement.

Car si ce mouvement a des financements, il faut bien qu'il trouve des financiers. Si c'est à partir du pétrole, cela veut dire qu'il le vend moins cher, mais s'il le vend, c'est qu'il y a des acheteurs. Si nous nous y mettons tous, à la fois les États-Unis, la Chine, la Russie, les pays arabes et les autres pour dire qu'il n'y a pas de possibilité d'acheter ce pétrole sur le marché, nous devrions être efficaces. Il faut absolument le faire car c'est un danger pour nous tous.

Q - À l'égard de la coalition, [vous avez abordé le sujet de la coalition avec la partie chinoise] ?

R - Nous ne l'avons pas abordée en tant que tel. Mais je n'ai pas entendu par ailleurs de condamnation de telle ou telle méthode. (...).


- Ukraine - Russie -

(...)

Je ne reviens pas sur la réunion de Milan, le président de la République s'est exprimé sur les conversations que nous avons eues avec les responsables ukrainiens et russes, qui ont permis une certaine avancée, notamment l'usage de drones pour surveiller l'observation du cessez-le-feu.

Il y a encore des conversations, parce qu'on n'a pas encore abouti sur le prix du gaz, un certain nombre de discussions sur les élections locales qui doivent avoir lieu à Lougansk et à Donetsk et surtout l'application du protocole de Minsk en douze points, sur lequel nous avons insisté, et la France jouant dans tout cela le rôle de rassembleur - avec l'Allemagne - dans le format «de Normandie». (...).


- Nigeria - Boko Haram -

(…)

Même si des choses restent à confirmer, un accord a été passé entre le Nigeria et Boko Haram. Les négociations étaient secrètes et ont été menées en particulier à l'initiative du président Déby, auquel il faut rendre hommage. Nous en avions été informés.

Il reste encore à préciser des choses des deux côtés et des convergences internes à opérer, mais si les choses sont appliquées comme l'accord a été passé, cela sera extrêmement positif et là aussi je m'en réjouis. (...).


- Virus Ebola -

(...)

Q - Sur Ebola, est-ce que vos interlocuteurs vous ont fait part de leur crainte de voir revenir un Chinois travaillant en Afrique potentiellement infecté ?

R - Non, ils n'ont pas posé la question en ces termes. Ils ont dit que «compte tenu de l'ampleur et de la rapidité du phénomène, compte tenu du fait que nous sommes très intéressés par le développement de l'Afrique et très présents en Afrique, il est absolument essentiel que nous apportions notre contribution». C'est ce qu'ils font de différentes manières et que nous allons faire ensemble. Là-dessus le communiqué commun est assez explicite et il y aura des compléments lors de la visite de notre ambassadrice pour l'aspect international de la lutte contre Ebola.

Q - Concernant le traitement réservé par la Chine en cas d'urgence à ses propres humanitaires, est-ce qu'il y a une coopération possible ?

R - Je ne suis pas spécialiste mais pour une maladie comme celle-là il faut un traitement sûr et un protocole pour gérer le risque. Quand il y a eu un risque en France, on a établi un protocole pour isoler les personnes qui pouvaient être contaminées, et heureusement rien ne s'est produit.

Q - On peut coopérer avec les Chinois ?

R - Bien sûr, on peut coopérer et d'ailleurs nous avons décidé - vous avez vu le communiqué conjoint - de travailler ensemble, notamment lors de la venue de l'ambassadeur chargé des aspects internationaux de la lutte contre Ebola.

(...)

Q - Demain vous êtes au Conseil des Affaires étrangères à Luxembourg, cela va être le thème important. OXFAM nous dit que la France serait en train de construire un hôpital en Guinée, et elle souhaiterait que l'on aille plus vite pour mobiliser les personnels de santé des armées. On entend dire que les hôtesses de l'air commencent à dire qu'elles ne souhaitent plus monter sur les vols Paris-Conakry, qui est me semble-t-il la ligne essentielle pour la logistique humanitaire...

R - Il y a plusieurs choses. D'abord, aucun doute que cette épidémie progresse malheureusement rapidement. Les chiffres montrent qu'actuellement, sur toutes les personnes qui contractent le virus, la moitié décède. C'est de l'ordre de 50 %. Et le nombre absolu augmente fortement, c'est quelque chose qui avait été détecté par le Centre des contrôles d'Atlanta et il y a donc une inquiétude évidente et légitime.

Maintenant, cette inquiétude ne doit pas dégénérer en panique car la panique ne donne généralement jamais rien de bon et nous appelle tous, au niveau national comme au niveau international, à prendre un certain nombre de décisions. La France le fait, elle n'est pas la seule à le faire heureusement. Il y a toute une série de pays qui se mobilisent. Demain, j'irai dans le sens de la mobilisation européenne, bien sûr, car il faut qu'aucun pays ne soit à l'écart, ni pour les précautions qu'ils doivent prendre, ni pour les efforts qu'ils doivent faire.

Pour ce qui concerne les vols, il y a de Conakry deux vols principaux pour aller à l'extérieur. Il y a un vol par Air France qui, sauf erreur de ma part, fait escale au Maroc, et un vol par Royal Air Maroc. Il y a des controverses - un faux bon sens - qui consiste à dire «puisqu'il y a aussi bien en Guinée, au Liberia, en Sierra Leone, des cas d'infection, il suffit d'arrêter les vols et l'épidémie s'arrêtera». Les spécialistes nous disent que c'est exactement l'inverse parce que vous ne pouvez pas empêcher les gens, s'ils se sentent en situation de risque, de vouloir aller à l'extérieur. Et si les voies normales sont coupées, à ce moment-là cela se fait en contrebande si je puis dire, et là cela devient évidemment beaucoup plus dangereux.

Mais il faut organiser tout cela, et c'est la raison pour laquelle il est tout à fait décisif qu'il y ait des contrôles au départ dans les aéroports, qui ont été eux-mêmes plusieurs fois contrôlé et qui sont, nous dit-on, de qualité excellente. Vous savez que les caractéristiques de la maladie font que c'est au moment où l'on de la fièvre qu'on commence à pouvoir être contagieux, sous certaines conditions. Il y a donc quelques symptômes dont la température et donc il y a la prise de température au départ. Nous avons jugé utile de refaire une prise de température à l'arrivée même si le parcours n'est pas très long, mais c'est une seconde garantie. Alors j'ai vu comme vous - je n'ai pas vérifié les choses donc je ne vais pas porter de jugement qui serait infondé - que tel ou tel catégorie de personnel pouvait émettre une crainte. Ce qu'il faut, bien sûr, c'est que les contrôles soient faits de telle manière qu'on limite de manière drastique les risques.

Par rapport à telle ou telle observation - vous citez OXFAM - il peut y avoir d'autres organisations, et puis les gouvernements eux-mêmes disent qu'il faut évidemment tout mobiliser. Les Etats-Unis font un certain nombre de choses, nos amis britanniques font un certain nombre de choses, d'autres pays font un certain nombre de choses. Nous, nous avons pris des décisions, étant observé que c'est surtout sur la Guinée qu'on nous a demandé d'intervenir. Donc, nos décisions portent aussi bien sur les centres de traitement Ebola - et la France en Guinée en aura trois -, sur le centre de traitement des soignants - ce qui est une autre question mais très importante -, sur les évacuations sanitaires - où là il doit y avoir une coopération européenne car il y a des avions à mettre en commun -, sur la formation elle-même et sur les financements. Sur tous ces sujets, nous avions pris les premières décisions qui ont été amplifiées par décisions gouvernementales, et nous nous mobilisons au maximum.

Q - A Luxembourg, la France va proposer des choses concrètes, un hôpital, appeler des réservistes ?

R - Nous avons plusieurs sujets à l'ordre du jour, un de ces sujets c'est Ebola. Le message général de la France, c'est que chaque pays fasse le maximum mais que tout soit bien coordonné. Vous avez un système de pont aérien, notamment pour les rapatriements, ou l'installation de centres, de traitement ou pour la population. La France fait un gros effort en Guinée parce que c'est la Guinée qui lui a été assignée. Et si l'on additionne nos contributions propres avec nos contributions à travers différents organismes, c'est déjà de l'ordre de 70 millions d'euros

Q - Cette ligne Conakry-Paris, qui assure notamment la logistique humanitaire en Afrique de l'Ouest, doit-elle rester ouverte ? On entend des hôtesses de l'air qui s'inquiètent.

R - Tous les spécialistes disent que lorsqu'il y a un pays qui se trouve en grave difficulté, c'est le cas en Sierra Leone, au Liberia et en Guinée, la grave erreur serait d'empêcher toute communication. A ce moment-là, la population fuit, mais de façon incontrôlable et c'est là que se trouvent les plus graves risques de contagion. En revanche, ce qui est vrai, c'est qu'il faut prendre des précautions draconiennes pour qu'au départ et à l'arrivée on s?assure qu'il n'y ait pas de gens contagieux. Cette maladie a ceci de particulier que l'on n'est contagieux qu'à partir du moment où on a de la fièvre. Donc on a décidé de contrôler au départ et à l'arrivée que les gens n'aient pas de fièvre. Si, ultérieurement, des signes se déclarent on remonte toute la chaîne. Il y a évidemment des personnels qui sont directement en contact potentiel avec des gens infectés mais d'un point de vue scientifique, tous les spécialistes sont unanimes pour dire que la bonne solution c'est qu'il y ait des possibilités de transport malgré l'épidémie.

Q - Les compagnies aériennes menacent d'arrêter ces vols compte tenu de l'inquiétude des personnels, est-ce que vous avez les moyens d'obliger Air France ?

R - Il y a des discussions avec le personnel qui doit pouvoir bénéficier de conditions normales de travail sans remettre en cause l'intérêt général.

On doit être assez convaincant pour être efficace.

Q - La France fera-t-elle appel aux réservistes spécialistes de santé des armées ?

R - Les spécialistes doivent le dire. Il y a un coordinateur qui est un spécialiste de ces questions. Je crois qu'il peut y avoir des éléments des armées qui interviennent, notamment le génie pour monter les centres. Il peut aussi y avoir des personnels soignant venant des armées. La question plus large qui est posée, c'est, une fois qu'on construit les centres, qui les «opère», pour utiliser un anglicisme. Et c'est là en particulier que les organisations internationales, la Croix Rouge, etc., sont mobilisées.

Pour le premier centre, c'est la Croix Rouge française qui l'opérera. Pour les autres, il y a des discussions à avoir, mais toutes les ressources qui doivent être mobilisées seront mobilisées. En ce qui concerne la France, il n'y a bien sûr aucune hésitation d'aucune sorte. (...).


- Dérèglements climatiques - Chine -
(...)

Dans la perspective de la conférence climat que Paris accueille à la fin de l'année 2015, le président français a envisagé soit un déplacement en Chine soit une venue du président Xi en France à l'occasion de la préparation de cette conférence extrêmement importante. Pendant cette journée vous avez vécu l'extension de la pollution : l'indice PM2,5 mesurant les particules fines était aujourd'hui à 400, alors qu'en France le niveau d'alerte est à 50. C'est un problème considérable pour nos amis chinois et pour nous tous. Les autorités chinoises sont déterminées à prendre des mesures qui sont absolument nécessaires, cela pose des problèmes de transition mais on voit bien que sur ce sujet il faut travailler ensemble.

(...)

Q - Sur la conférence climat, il y a eu une réunion ici ?

R - Nous en parlons à chaque fois que nous voyons les responsables chinois. Nous en avons parlé avec le Premier ministre qui a eu des mots très forts pour mener un combat contre le dérèglement climatique. Nous en avons parlé avec Wang Yi, mon collègue du commerce extérieur. J'ai vu déjà, et je dois revoir, les personnes qui mènent les négociations pour le compte de la Chine.

Nous sommes convenus que nous préparerions cette conférence de Paris ensemble, puisque la Chine comme les États-Unis ou l'Inde sont parmi les principaux pays pollueurs.

Q - On les sent dans une approche positive ?

R - Nettement positive. C'était déjà vrai dans les déclarations : le mot d'ordre de «civilisation écologique, de «nouvelle croissance», de «lutte contre le réchauffement climatique» a été donné par le président Xi il y a pas mal de temps. Des décisions ont été prises, aussi bien au niveau national que régional. Un certain nombre de régions fonctionnent avec une évolution du prix du carbone, ce qui est une bonne mesure et il y a des discussions avec nous pour voir comment aborder la conférence de Paris. Mme Tubiana, l'ambassadeur chargé de préparer à mes côtés cette négociation, était là, il n'y a pas si longtemps.

Il y a aussi des discussions avec bien sûr les Américains, les pays dits «en développement», l'alliance des petites îles (AOSIS)...

La Chine est très engagée. C'est pour elle une question absolument décisive parce que c'est la possibilité même d'une vie convenable, et du développement économique qui est posée. Ce n'est pas un mystère de dire qu'un certain nombre de cadres d'entreprises hésitent à venir parce que leurs enfants sont exposés à la pollution. C'est un problème économique et, peut-être, un problème social aussi parce qu'une certaine partie de la population n'accepte pas les choses. C'est aussi un problème très large compte tenu de l'échelle du pays.

Je pense que la Chine a pris la bonne approche qui consiste à faire de cette contrainte une opportunité, en étant au tout premier rang en ce qui concerne les panneaux solaires, les économies d'énergie. Sur le plan technologique, la France qui est très avancée pour tout ce qui concerne le traitement des déchets, les technologies de l'environnement, collaborera avec la Chine. (...).


source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 octobre 2014

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