Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "BFM TV" le 22 octobre 2014, sur les négociations de prix entre fournisseurs et distributeurs, et sur le débat au sein du parti socialiste sur la politique budgétaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "BFM TV" le 22 octobre 2014, sur les négociations de prix entre fournisseurs et distributeurs, et sur le débat au sein du parti socialiste sur la politique budgétaire.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, Malherbe Apolline (de).

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement;

ti : APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Stéphane LE FOLL.

STEPHANE LE FOLL
Bonjour Apolline de MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous. Vous êtes ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire, de la Forêt, et porte-parole du gouvernement. On va parler guerre des nerfs entre le gouvernement et les frondeurs, mais d'abord on va parler guerre des prix. Demain, avec Emmanuel MACRON, vous réunirez les producteurs agricoles, les industriels et la grande distribution, pour revoir les règles et lutter contre la guerre des prix. C'est quoi l'enjeu ?

STEPHANE LE FOLL
Alors l'enjeu c'est quoi ? C'est qu'aujourd'hui on est, on le sait, dans une phase où l'inflation est pratiquement à un niveau où, au lieu d'augmenter, il y a plutôt une baisse des prix. Cette logique de baisse des prix, elle pourrait avoir un impact positif, c'est ce qu'on dit souvent, sur le pouvoir d'achat, et…

APOLLINE DE MALHERBE
Pour le consommateur ça paraît plutôt une bonne nouvelle.

STEPHANE LE FOLL
Oui, et ça pourrait être aussi une nouvelle qui consiste à dire à partir de là ça va relancer la consommation, puisque si les prix sont plus bas. En fait, dans une phase de déflation, la consommation n'augmente plus, puisque les gens attendent que les prix baissent. Et deuxièmement, quand on est sur les produits alimentaires, de toute façon, il y a un moment où on ne consommera pas plus de produits alimentaires parce qu'ils sont moins chers, donc on est arrivé au moment où il faut qu'on ait cette discussion avec la grande distribution…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est ce que vous ferez demain.

STEPHANE LE FOLL
C'est ce qu'on va faire demain avec Emmanuel MACRON, Carole DELGA, qui viendra, pour qu'on discute de la stratégie globale dans ce moment précis de faible inflation, voire même de déflation, il y a déjà des baisses de prix qui sont constatées…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que la grande distribution en profite ?

STEPHANE LE FOLL
Je pense qu'elle n'en profite même plus, cette idée qu'il y a eu…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'elle tente d'en profiter ?

STEPHANE LE FOLL
Elle tente peut-être d'en profiter, elle tente… elle est dans une logique, entre grandes enseignes, de concurrence, qui s'est faite sur la baisse des prix, je ne vais pas rappeler quels étaient les slogans d'un certain nombre de grandes enseignes, et tout ça, ça fait tirer des prix plutôt vers le bas, ça permet aussi, soyons honnêtes, de dégager du pouvoir d'achat, mais aujourd'hui on est arrivé…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est ça quand même le paradoxe, vous comprenez bien Stéphane LE FOLL…

STEPHANE LE FOLL
On est arrivé au bout du processus.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est que pour les consommateurs on a l'impression que, franchement, c'est quand même plutôt positif, et qu'il ne faudrait pas bloquer cette baisse des prix, et vous, vous nous dites, non, c'est trop.

STEPHANE LE FOLL
Là, je le dis, parce que je le vois, je le constate, ce n'est plus positif du tout, puisqu'on arrive à un tel niveau que, toute façon derrière, à force de baisser les prix, les consommateurs c'est d'abord des salariés, donc la question qui est posée c'est, est-ce qu'il va rester des salariés ?

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que c'est gentils petits producteurs contre méchants gros distributeurs ?

STEPHANE LE FOLL
Moi je pense qu'il ne faut pas rentrer dans il y a les gentils d'un côté…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il y a un peu de ça finalement ?

STEPHANE LE FOLL
Non, non, il n'y a pas un peu de ça, il y a casser des logiques, casser, comment dirais-je, des processus, des dynamiques, ça existe depuis 20, 30 ans, tout ça c'est des processus longs. Alors, personne n'est, directement, à montrer du doigt, personne n'est considéré et à être considéré comme un méchant et un autre un gentil, mais il y a à se mettre autour d'une table pour essayer de définir la meilleure manière de s'en sortir.

APOLLINE DE MALHERBE
Quand AUCHAN et SYSTEME U s'associent pour pouvoir peser davantage dans la guerre des prix, est-ce que ça, vous estimez que ça doit être sanctionné ?

STEPHANE LE FOLL
Ça doit être, en tout cas c'est sanctionné par rapport à des règles qui existent, il y aura des vérifications qui seront faites, le Premier ministre l'a demandé lundi au Salon de l'alimentation…

APOLLINE DE MALHERBE
Et au-delà des vérifications, est-ce qu'il y aura des sanctions ?

STEPHANE LE FOLL
Bien sûr que s'il y a une concurrence qui est faussée, et donc des ententes, à ce moment-là ça tombe sous le coup de la loi de la concurrence, oui. Et on a mis en place, en particulier avec la loi de Benoît HAMON, on y reviendra peut-être tout à l'heure, des règles de renégociations des prix…

APOLLINE DE MALHERBE
Qui n'est plus tout à fait au gouvernement.

STEPHANE LE FOLL
Des règles de renégociations de prix et de renégociations commerciales, avec des applications sur ces règles qui devront être aussi appliquées, c'est ce qu'on rappellera, et sanctionner si elles ne sont pas respectées.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est ce que vous rappelez demain à la grande distribution.

STEPHANE LE FOLL
Demain, oui.

APOLLINE DE MALHERBE
Et depuis lundi l'embargo russe est élargi, c'était les fruits et légumes, maintenant c'est notamment des produits dérivés de la viande. Elle est où la limite ? On a l'impression que ça fait quand même beaucoup qui pèse sur les producteurs français.

STEPHANE LE FOLL
Alors, sur les producteurs français, et européens, parce que tout ça c'est des jeux extrêmement complexes. Les premiers exportateurs vers la Russie étaient plutôt les pays d'Europe centrale. nous avons des exportations, qui existaient, en particulier dans un certain nombre de domaines, le porc, les fruits, les légumes, et donc on est obligé de s'organiser à l'échelle européenne, puisque la décision de l'embargo a été prise suite aux sanctions européennes qui sont liées à cette crise ukrainienne, crise profonde.

APOLLINE DE MALHERBE
Comment est-ce que vous allez permettre de limiter l'impact sur les producteurs français ?

STEPHANE LE FOLL
Comment on permet de limiter l'impact ? Trois systèmes et trois outils. Le premier c'est le retrait, c'est-à-dire que quand vous avez trop de marchandise, puisque cette partie qui devait aller vers le marché russe reste sur le marché européen, on va essayer de le retirer. Stockage, stockage privé, stockage public, destruction, tout ce qu'on peut imaginer pour éviter qu'il y en ait de trop. Deuxième hypothèse, et utilisation de fonds européens, le soutien à la promotion commerciale.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y en a assez ?

STEPHANE LE FOLL
Je termine. Troisième outil, le soutien pour trouver des marchés à l'exportation, c'est ce que je fais, et j'irai la semaine prochaine dans un certain nombre de pays pour ouvrir des marchés. Voilà comment on essaye de gérer…

APOLLINE DE MALHERBE
De compenser.

STEPHANE LE FOLL
De compenser, et de gérer, ce moment extrêmement difficile, pour les agriculteurs, les producteurs, lié à une crise politique, diplomatique, qui est celle entre la Russie et l'Ukraine aujourd'hui.

APOLLINE DE MALHERBE
Tout ça, ça fait beaucoup de guerre, et il y en a une ici qui est un peu la guerre des nerfs, hier l'Assemblée nationale a voté la première partie du budget, mais avec 39 abstentions dans les rangs socialistes, dont Aurélie FILIPPETTI et Benoît HAMON, qui étaient encore membres du gouvernement il y a tout juste 2 mois. Est-ce que ça vous choque ?

STEPHANE LE FOLL
Mais je pense que c'est un problème de compréhension. Si je prends l'Education, c'est le premier budget, aujourd'hui…

APOLLINE DE MALHERBE
L'Education qui était donc le ministère de Benoît HAMON.

STEPHANE LE FOLL
L'Education nationale, c'est le premier budget aujourd'hui. La négociation de ce budget, ça vaut pour Aurélie FILIPPETTI, a été faite avec des arbitrages du Premier ministre, avec Aurélie FILIPPETTI, et avec Benoît HAMON. Je ne sais pas comment après, avec ce qui s'est passé, je ne reviens pas sur le fait que Benoît HAMON…

APOLLINE DE MALHERBE
Sur l'épisode et la sortie de Benoît HAMON et d'Aurélie FILIPPETTI…

STEPHANE LE FOLL
Et Aurélie FILIPPETTI aient quitté le gouvernement, on se retrouve à l'Assemblée, et on s'abstient. Parce que, quand même, le budget ce n'est pas une décision anodine, c'est une règle démocratique.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce que vous voulez dire c'est que ce budget ils l'ont accepté quand ils étaient dans leur ministère et ils le refusent quand ils sont sur les bancs de l'Assemblée ?

STEPHANE LE FOLL
Mais bien sûr, parce que je me souviens très bien d'ailleurs, sur les questions d'Education, et à juste titre, la bataille, la négociation qu'a menée Benoît HAMON, a été faite, et ce budget devient le premier budget aujourd'hui.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites je ne comprends pas, mais est-ce que ça vous choque, est-ce qu'il faut en tirer des conséquences ?

STEPHANE LE FOLL
Mais quelles… mais arrêtez de vous mettre…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est rien, c'est juste des postures ?

STEPHANE LE FOLL
Mais ce n'est pas des postures. Il y a des moments où il faut qu'on dise des choses, ce qui a été fait en s'abstenant pour deux anciens ministres, il y en a un troisième avec Delphine BATHO, ce n'est pas… je l'ai dit, il y a des devoirs quand on est dans une majorité, la question budgétaire elle est essentielle, c'est la clé.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ils n'ont pas rempli leur devoir.

STEPHANE LE FOLL
Et donc il y a un manquement au devoir, voilà.

APOLLINE DE MALHERBE
Il va beaucoup plus loin encore Benoît HAMON ce matin, puisque sur RFI il a déclaré « la politique de l'Exécutif menace la République et mène vers un immense désastre démocratique. »

STEPHANE LE FOLL
… Benoît HAMON, arriver au moment où nous en sommes, 2,5 ans, et dire des choses comme ça, excusez-moi, là c'est pareil, je ne peux pas, d'abord, l'accepter, et je ne le comprends pas. Il y a un moment où il faut quand même rester dans la responsabilité, qui a été la sienne, et qu'il a assumée, je parlais de sa loi, HAMON, on a des choses, rien n'est facile aujourd'hui…

APOLLINE DE MALHERBE
Il est ingrat ?

STEPHANE LE FOLL
Rien n'est facile, mais de se laisser, comme ça, dériver avec des formules pareilles, dans ce moment-là, dans la difficulté dans laquelle nous sommes, le besoin qu'il y a d'avoir un minimum de cohérence, et de débats. J'ai été celui, hier, qui s'est exprimé par rapport à ce qu'a dit Martine AUBRY, pour dire oui, débattons.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous acceptez le débat, mais là vous estimez que ce n'est plus du débat ?

STEPHANE LE FOLL
Moi je l'ai dit, j'ai répondu, j'ai même répondu à Martine AUBRY précisément.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais là, quand il dit « la politique de l'Exécutif menace la République et mène vers un immense désastre démocratique », ce n'est plus du débat ?

STEPHANE LE FOLL
Non, là ce n'est pas du débat, c'est une affirmation. Et alors ? Et alors ? Parce qu'une fois qu'on a dit ça, et alors ?

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce qu'il fait maintenant ?

STEPHANE LE FOLL
Oui, eh bien je ne sais pas, il faudrait qu'il le dise.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce qui serait cohérent ?

STEPHANE LE FOLL
Qu'est-ce qui serait cohérent ? Qu'il quitte au moins le Parti socialiste à ce moment-là, si c'est ça, parce que quand même !

APOLLINE DE MALHERBE
Que Benoît HAMON quitte le Parti socialiste ?

STEPHANE LE FOLL
Mais écoutez…

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'il soit cohérent quoi.

STEPHANE LE FOLL
…qu'il soit cohérent.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites, qu'il soit cohérent.

STEPHANE LE FOLL
S'il dit que c'est un vrai problème démocratique qui est en train de se poser, enfin franchement, il a été 2,5 ans au gouvernement, là je pense qu'il va trop loin, il faudrait qu'il revienne, un peu, à une analyse. Il peut avoir des sentiments et des critiques à faire, mais là je trouve qu'il y a une limite qui a été, quand même, franchie.

APOLLINE DE MALHERBE
On a l'impression que dès qu'ils sortent du gouvernement, tous ces anciens ministres, ça a été aussi le cas de Cécile DUFLOT par exemple, tout d'un coup ils ont bien d'autres avis sur le fonctionnement du gouvernement, sur la politique menée. Est-ce que ça veut dire que quand on est au gouvernement on est hypocrite ?

STEPHANE LE FOLL
Vous me posez la question, moi je ne suis pas un hypocrite, j'ai toujours considéré que la politique était…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous êtes hypocrite, est-ce que vous vous retenez…

STEPHANE LE FOLL
Mais bien sûr qu'on… mais attendez, mais, Apolline de MALHERBE, vous n'arrivez pas… moi, ce qui m'insupporte dans tout ça, c'est que quand on appartient à un gouvernement, bien sûr qu'il y a des choses sur lesquelles on pourrait discuter, et on aurait envie de s'exprimer, on a envie de dire je ne ferai pas comme ça, ou je ferai autre chose, chacun peut avoir sa perception des choses. On appartient à un gouvernement, c'est comme quand on est dans une équipe, il y a des gens qui oublient…

APOLLINE DE MALHERBE
Il faut être discipliné quoi.

STEPHANE LE FOLL
Mais bien sûr. Mais c'est quoi cet espèce d'individualisme qui fait que chacun a un mot à dire sur tout ? Chacun peut avoir un choix à faire sur tout. Chacun peut dire, non ce n'est pas comme ça qu'il faut faire. Chacun peut toujours avoir des critiques à faire. Mais attendez, voilà ! On a pris des responsabilités, dans un moment qui est extrêmement difficile, pas pour nous, pour la France, pour les Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que vous êtes à la hauteur ?

STEPHANE LE FOLL
On est à la hauteur d'un défi, redresser un pays, eh bien ça ce n'est pas quelque chose qui est donné à tout le monde, ce n'est pas quelque chose qui se résout, comme ça, en claquant des doigts, donc il y a un minimum à avoir un peu de ténacité, de cohérence, de sens du collectif.

APOLLINE DE MALHERBE
Simplement, justement, le collectif il est quand même en train de se rogner, de se ronger, il y a 39, au-delà des 2 ministres dont on parlait, 39 députés socialistes qui n'ont pas voté la première partie du budget. Qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on continue comme si de rien n'était, de texte en texte, en les laissant s'abstenir ?

STEPHANE LE FOLL
Je pense que sur cette question-là, maintenant, il y a une majorité qui s'exprime à chaque fois, elle est là, et puis il y a des députés qui, depuis le départ, pour certains…

APOLLINE DE MALHERBE
Se sont mis en marge.

STEPHANE LE FOLL
Qui se sont mis en marge. Je me rappelle que même sur le Crédit d'impôt Compétitivité Emploi, il y avait déjà une quinzaine de députés qui considéraient que ce n'était pas comme ça…

APOLLINE DE MALHERBE
Maintenant, grosso modo, ils sont toujours entre 35 et 40.

STEPHANE LE FOLL
Ils sont toujours là, ils sont systématiquement contre ce qui est voté, contre ce qui est décidé.

APOLLINE DE MALHERBE
Eux aussi il faut qu'ils en tirent les conséquences ?

STEPHANE LE FOLL
Mais qu'est-ce que vous voulez dire par conséquences ? Il y a des députés, socialistes, aujourd'hui, qui ont été élus avec une étiquette socialiste, qui s'abstiennent depuis 2 ans, ils en tirent les conséquences, lesquelles ?

APOLLINE DE MALHERBE
C'est ce que je vous demande.

STEPHANE LE FOLL
Posez-vous la question.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, s'il n'y a pas de conséquence, on continue comme si de rien n'était.

STEPHANE LE FOLL
Bien sûr, on continue, on s'affirme.

APOLLINE DE MALHERBE
Et à chaque texte vous allez avoir…

STEPHANE LE FOLL
Eh bien à chaque texte on a eu, à chaque fois, les mêmes, voilà, ils sont là.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, finalement, rien de plus.

STEPHANE LE FOLL
Eh bien rien de plus, et on avancera.

APOLLINE DE MALHERBE
Tout ça a créé quand même un doute. Gérard COLLOMB, qui est sénateur maire de Lyon, estime que François HOLLANDE pourrait ne pas être candidat en 2017, il l'a déclaré hier. Est-ce que c'est une option, qu'il ne soit pas candidat en 2017 ?

STEPHANE LE FOLL
Vous voyez bien que, là encore, Gérard COLLOMB dit quelque chose, vous croyez que moi je vais m'amuser à commenter ce qu'a dit Gérard COLLOMB ?

APOLLINE DE MALHERBE
Mais tout ça, ça vient de votre camp, Stéphane LE FOLL.

STEPHANE LE FOLL
Mais non, mais, Apolline de MALHERBE, je suis tout à fait tranquille, je ne commenterai pas ce que dit Gérard COLLOMB, il peut dire ce qu'il veut, ce n'est pas moi qui vais commencer à aller anticiper sur 2017, voilà. Donc, Gérard COLLOMB a dit quoi ? Il a dit que, peut-être que…

APOLLINE DE MALHERBE
Il a dit, je le cite : « si effectivement, lorsqu'il y aura la désignation du candidat, il y a seulement 17 % des Français qui veulent que François HOLLANDE se représente, je ne le vois pas se représenter. »

STEPHANE LE FOLL
Eh bien posez-lui la question si lui il sera candidat alors.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous ?

STEPHANE LE FOLL
Je ne ferai aucun commentaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous estimez, finalement vous vous dites, c'est la boîte de Pandore.

STEPHANE LE FOLL
Mais je ne ferai aucun commentaire. Je pense que tout ça… quel est le besoin…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais, franchement Stéphane LE FOLL, tout ça, ça vient de votre camp, Gérard COLLOMB ce n'est pas n'importe qui…

STEPHANE LE FOLL
Ce n'est pas n'importe qui.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est le sénateur maire de Lyon.

STEPHANE LE FOLL
Mais il peut faire des erreurs Gérard COLLOMB.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est un des piliers du Parti socialiste.

STEPHANE LE FOLL
Il peut aussi s'exprimer en se trompant.

APOLLINE DE MALHERBE
Il peut faire des erreurs ?

STEPHANE LE FOLL
Bien sûr, parce que, aller anticiper sur 2017, qu'il attende 2017. J'ai connu Gérard COLLOMB, il avait fait des choix aussi, pour 2011, 2010, 2012, il y en a plein ! Je connais tout ça par coeur. Je voudrais que chacun se mette dans la tête, très simplement, que d'éviter d'anticiper sur ce qui va se passer, ça permet de se concentrer sur ce qu'on a à faire. Voilà.

APOLLINE DE MALHERBE
On a quand même l'impression qu'effectivement c'est dans vos rangs qu'il y a la plus grande confusion, depuis hier tout le monde condamne les propos de Gérard FILOCHE, qui est membre du Bureau national du Parti socialiste, qui a parlé de Christophe de MARGERIE, donc le patron de TOTAL, quelques heures à peine après sa mort, comme d'un « suceur de sang. » vous condamnez tous les propos, est-ce que là aussi il doit y avoir des conséquences, est-ce que, oui ou non, Gérard FILOCHE doit être exclu du Parti socialiste ?

STEPHANE LE FOLL
Il y a une procédure qui a été mise en place par le premier secrétaire, il sera traduit devant une haute autorité. La vraie question qu'il y a derrière Gérard FILOCHE, que je connais bien, qui lui est constant, c'est la gauche de la gauche du parti, constamment, est sur une ligne, plutôt celle de Jean-Luc MELENCHON, puisque…

APOLLINE DE MALHERBE
D'ailleurs Jean-Luc MELENCHON lui a tendu la main.

STEPHANE LE FOLL
Voilà, voilà, tout le monde se retrouve à un moment.

APOLLINE DE MALHERBE
Au moins là c'est assez cohérent, d'après vous.

STEPHANE LE FOLL
Dans la tête de Gérard FILOCHE, quel est le problème ? C'est que, être patron ça veut dire qu'on n'est plus humain. C'est ça le problème.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que…

STEPHANE LE FOLL
Et moi je dis le contraire. Il faut arrêter avec ça. Il faut arrêter. D'ailleurs, tous les salariés de TOTAL se sont quand même exprimés, de manière assez générale. Alors après, une grande entreprise pétrolière, est-ce que c'est…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que c'est mal ?

STEPHANE LE FOLL
Est-ce que c'est mal, est-ce que de toute façon c'est mal ? C'est ça la question. Est-ce que, de toute façon, on ne peut pas être un homme, et être humain, et être grand patron ? C'est ça la question. Eh bien moi je dis, oui, ça suffit. Et, dans le pétrole, j'ai parfaitement conscience de la situation, j'ai parfaitement conscience que ça ne remet pas en cause, pour ce qui me concerne, tous les engagements qui doivent être les nôtres, sur la question de la démocratie, sur la lutte contre tout ce qui fait reculer les droits de l'homme, les droits de la femme, parfaitement conscience. Mais j'ai conscience d'une chose, c'est que chacun est comptable de cette contradiction, chacun achète et importe des produits, chacun fait tous les jours des choix qui, au fond, sont contraires même à l'engagement ou à l'éthique qui est la sienne, voilà ce que je veux dire. Et donc, à partir de là, il faut être capable de juger, de condamner quand il le faut, mais de porter un jugement qui, de toute façon, par institution, parce que c'est une institution, condamne un homme, je ne peux pas être d'accord, je ne suis pas d'accord.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous, à titre personnel, vous souhaiteriez qu'il quitte le Bureau national ?

STEPHANE LE FOLL
Je ne suis pas d'accord, non seulement sur le mot qu'il a utilisé, mais pas d'accord sur, derrière, ce qu'il exprime. J'ai bien vu ce qu'il a dit. Et puis alors, franchement, sur Twitt, je voudrais que tout le monde arrête avec ce système…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous lancez à un grand appel à arrêter de tweeter ?

STEPHANE LE FOLL
Oui, parce que les tweets…. Enfin, arrêter de tweeter, je ne lance un appel à personne, il y a cette espèce de façon de jeter trois mots, qui consistent à s'exprimer, et puis après ça part partout, je voudrais que, quand même, chacun réfléchisse bien à chaque fois qu'il s'exprime. Ça n'empêche pas de tourner, comme on disait…

APOLLINE DE MALHERBE
Sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.

STEPHANE LE FOLL
Voilà, il faudrait appuyer 10 fois avant…

APOLLINE DE MALHERBE
Stéphane LE FOLL, là le problème ce n'est pas uniquement les mots, c'est aussi l'idéologie qu'il y a derrière. Comment vous faites avec un Parti socialiste où vous avez d'un côté un Manuel VALLS qui dit « j'aime les patrons, j'aime l'entreprise et mon gouvernement est pro-business », et de l'autre quelqu'un comme Gérard FILOCHE qui effectivement, on le sent, estime, et vous le disiez à l'instant, qu'être patron c'est forcément mal, comment vous faites ?

STEPHANE LE FOLL
Moi j'ai été directeur de cabinet d'un Parti socialiste où il y avait Jean-Luc MELENCHON, dans le Parti socialiste, Laurent FABIUS, Dominique STRAUSS-KAHN…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous étiez directeur de cabinet de François HOLLANDE quand il était premier secrétaire du Parti socialiste.

STEPHANE LE FOLL
Oui, donc j'ai parfaitement la palette…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que ce n'est pas ça le problème Stéphane LE FOLL ? Est-ce que le problème ce n'est pas de ne jamais avoir fait de choix ?

STEPHANE LE FOLL
Mais le problème il est lié au fait que, on a tous, et le Parti socialiste en particulier, une histoire politique, qui s'est construite.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais François HOLLANDE a fait justement ce parti du grand écart.

STEPHANE LE FOLL
Il y a déjà eu des débats !

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'aujourd'hui ce n'est pas ça qu'on paye ?

STEPHANE LE FOLL
Ce n'est pas le parti du grand écart, c'est le parti qui a cherché à composer avec des sensibilités politiques qui ont toujours existé au sein de la gauche, et au sein même du Parti socialiste. Maintenant on est aux responsabilités, donc on assume des responsabilités, et à partir de là on est devant les Français, on n'est pas entre nous.

APOLLINE DE MALHERBE
A propos des responsabilités, 60 parlementaires fraudeurs, c'est ce que révèle « Le Canard Enchaîné » et il montre que le cas Thomas THEVENOUD n'est finalement pas si isolé, ils seraient 60 parlementaires à ne pas être en règle avec le FISC. Finalement, Thomas THEVENOUD il a payé pour tout le monde ?

STEPHANE LE FOLL
D'abord, je voudrais, là-dessus c'est pareil. Alors 60, quels sont les reproches exactement qui sont faits ? On se garde bien de nous dire quel est l'enjeu.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous pensez…

STEPHANE LE FOLL
Je ne sais pas, je ne sais pas, et moi je ne vais être le procureur, je ne vais pas être celui qui, ce matin, parce que je viens à BFM, pour faire un peu de bruit, va aller dire, voilà. Je n'en sais rien. Et en plus je trouve que la méthode ça consiste à dire il y en a 60. De quoi il s'agit ?

APOLLINE DE MALHERBE
Mais, est-ce qu'il faut enquêter ?

STEPHANE LE FOLL
Mais l'enquête elle est en cours. Le problème c'est que tout ça, c'est parce qu'il y a de la transparence qu'aujourd'hui on fait du teasing là-dessus.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc tant mieux dans un sens, finalement, qu'on voit ce genre de choses.

STEPHANE LE FOLL
Ce n'est pas tant mieux…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça existait peut-être déjà avant, mais on ne le voyait pas.

STEPHANE LE FOLL
On va voir, à la fin, de quoi il s'agit. De quoi il s'agit. Est-ce que c'est, entre ce que j'entends avec monsieur BALKANY, le sujet, ou c'est, ou d'autres choses ?

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que celui dont on connaît la situation, en l'occurrence Thomas THEVENOUD…

STEPHANE LE FOLL
Oui, celui-là on connaît.

APOLLINE DE MALHERBE
Est revenu à l'Assemblée nationale la semaine dernière, via une commission dont il est membre, est-ce que vous estimez que, lui, il faudrait qu'il quitte vraiment les rangs de l'Assemblée ?

STEPHANE LE FOLL
On s'est exprimé là-dessus. Oui, je pense que là-dessus il n'y a pas à revenir sur ce qui a été dit.

APOLLINE DE MALHERBE
Et donc s'il est confirmé que les autres sont dans la même situation, pour le coup, il faudra en tirer les conséquences.

STEPHANE LE FOLL
Voilà, s'il est confirmé que les autres sont exactement dans la même situation, et qu'on parle de la même chose, pour tous les autres. Aujourd'hui voilà, ce matin, « Le Canard Enchaîné » a réussi quelque chose de très bien, c'est que « Le Canard Enchaîné » annonce qu'il y a 60 députés fraudeurs, donc on dit 60….

APOLLINE DE MALHERBE
Si c'est le cas, il faudra enquêter, on est bien d'accord.

STEPHANE LE FOLL
Eh bien voilà, et donc on va attendre de voir exactement de quoi il s'agit.

APOLLINE DE MALHERBE
Stéphane LE FOLL, un mot sur les 1000 vaches, ça c'est votre Dame-des-Landes à vous, la fermer des 1000 vaches…

STEPHANE LE FOLL
500 vaches d'abord.

APOLLINE DE MALHERBE
Un projet de méga exploitation agricole. 500 ?

STEPHANE LE FOLL
Oui.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est mieux que 1000, c'est acceptable 500 ?

STEPHANE LE FOLL
Déjà, vous voyez bien que, même en termes journalistiques, on annonce 1000 vaches, c'est 500.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est 500 vaches. Est-ce que 500 vaches, dans une méga exploitation, c'est acceptable pour vous ?

STEPHANE LE FOLL
500 vaches, aujourd'hui, dans une méga exploitation…

APOLLINE DE MALHERBE
Elle est où la limite ?

STEPHANE LE FOLL
La règle c'est le bien-être animal, c'est toutes les conditions liées au traitement des effluents d'élevage, tous ça c'est les règles, non seulement nationales, mais européennes.

APOLLINE DE MALHERBE
Elle est où la limite, Stéphane LE FOLL ?

STEPHANE LE FOLL
La limite ; vous savez combien il y a de vaches, par exemple, dans des exploitations en Afrique du Sud ?

APOLLINE DE MALHERBE
Non.

STEPHANE LE FOLL
41.000.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais on n'est pas en Afrique du Sud.

STEPHANE LE FOLL
Eh bien non justement.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, ici, en France, c'est quoi la limite ?

STEPHANE LE FOLL
Mais il n'y a pas… je n'ai pas à décider elle est où la limite, moi j'ai à mettre en place une conception de l'agriculture, et ma conception de l'agriculture c'est d'avoir des exploitations avec des agriculteurs, et ce n'est pas la taille qui m'intéresse, c'est la capacité à avoir une exploitation agricole qui soit, et performante économiquement, et performante environnementalement, et qui respecte toutes les règles du bien-être, c'est ça l'enjeu pour moi. Et c'est ce que j'ai fait avec les GAEC, avec tout ce que je fais…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, quand les manifestants demandent à ce qu'il y ait un moratoire sur la ferme dites des 1000 vaches, mais dont vous dites que c'est 500 vaches, vous dites ce n'est pas le moment.

STEPHANE LE FOLL
Non, absolument, et je connais ces débats, qui s'attachent à des chiffres, ça évite à tout le monde de penser à la conception et à l'avenir de l'agriculture, on s'attache à un chiffre. Alors, c'est combien de vaches ? Combien de moutons ? Combien de poules ? Combien de, par exploitation ? C'est ça le débat ? Mais ça c'est le pire de la politique. Moi, quand je fais de l'environnement, quand je mets en place l'agro-écologie, quand je change les référentiels dans l'enseignement agricole, j'essaye de penser à l'avenir, je ne m'arrête pas simplement à savoir si c'est 500 ou si c'est 300 vaches. Enfin, quand même !

APOLLINE DE MALHERBE
Stéphane LE FOLL, un dernier mot. Aurélie FILIPPETTI dit à l'instant « je n'ai de leçon à recevoir de personne ». On a quand même l'impression que, ça y est, la rupture est consommée. est-ce qu'il faut, à un moment ou à un autre, aller encore plus loin quand chaque jour on a un Benoît HAMON qui, tout à l'heure, disait que « l'Exécutif menaçait la République », une Aurélie FILIPPETTI qui a l'instant dit « je n'ai de leçon à recevoir de personne », ça veut dire que, ça y est, la rupture est consommée ?

STEPHANE LE FOLL
Mais c'est un rapport qui est très intéressant, « je n'ai de leçon à recevoir de personne », et pourrait-elle en donner des leçons, elle ? Voilà, je renvoie à sa propre conscience. Elle a été ministre, elle a fait des campagnes, elle a été chez les Verts, elle est venue au Parti socialiste, elle s'est implantée, elle a une circonscription, son rapport il est aux Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous estimez qu'elle quitte le navire et que donc elle n'a aucune leçon à donner ?

STEPHANE LE FOLL
Mais je n'estime rien du tout, elle n'a pas de leçon à recevoir de personne, très bien.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais elle n'a pas non plus à en donner.

STEPHANE LE FOLL
Voilà.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Stéphane LE FOLL d'avoir été notre invité ce matin.

STEPHANE LE FOLL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement,le 28 octobre 2014

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