Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 29 octobre 2014, sur l'engagement de l'Etat à faire toute la vérité à propos des circonstances du décès de Rémi Fraisse sur le barrage de Sivens (Tarn), la modulation des allocations familiales et l'aval donné par la Commission européenne au projet de budget pour 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 29 octobre 2014, sur l'engagement de l'Etat à faire toute la vérité à propos des circonstances du décès de Rémi Fraisse sur le barrage de Sivens (Tarn), la modulation des allocations familiales et l'aval donné par la Commission européenne au projet de budget pour 2015.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, APHATIE Jean-Michel, CALVI Yves .

FRANCE. Premier ministre; ;

ti : JEAN-MICHEL APHATIE
Reconnaissez-vous ce matin la responsabilité des gendarmes mobiles dans la mort de Rémi FRAISSE sur le barrage de Sivens dans le Tarn ?

MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE MANUEL VALLS
C'est à la justice de le dire. Hier avec le Président de la République, nous nous sommes exprimés en rappelant quels doivent être les principes. D'abord, nous faisons face à un drame, la mort d'un jeune homme de vingt-et-un ans, mourir pour un barrage dans une manifestation, dans des circonstances qui doivent être maintenant éclairées. Le Président de la République a eu le père de Rémi FRAISSE et nous pensons tous bien sûr à ses parents, à sa famille et à ses proches. Il y a de la compassion et de la solidarité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bien sûr. Il y a des éléments nouveaux ?

MANUEL VALLS
Mais c'est important de le rappeler.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a des éléments nouveaux dans l'enquête. Le procureur d'Albi indique que des traces de TNT contenues dans les grenades offensives ont été retrouvées sur le corps de la victime.

MANUEL VALLS
Jean-Michel APHATIE, depuis le début parce que nous sommes dans un Etat de droit, c'est à la justice, au procureur, sans doute après à un juge d'instruction, de mener l'enquête et c'est le deuxième principe que nous avons rappelé. La vérité, la transparence, c'est la force d'une démocratie de regarder ces questions en face. Tenir l'ordre, c'est difficile pour les policiers ou pour les gendarmes et nous devons la vérité à la famille de Rémi FRAISSE, à ses proches et aux Français.

JEAN-MICHEL APHATIE
La vérité sera faite, vous vous y êtes engagé.

MANUEL VALLS
Oui, mais c'est très important. Nous n'avons absolument rien à cacher, rien à craindre et je crois que l'Etat de droit sortira renforcé à partir du moment où toute la lumière sera faite. Le ministre de l'Intérieur a pris un certain nombre de décisions ; une enquête interne, une enquête administrative sera également menée par l'inspection générale de la police nationale et de la gendarmerie. Nous n'avons rien à craindre de cette vérité, elle est même utile et indispensable.

JEAN-MICHEL APHATIE
Avez-vous un commentaire sur l'élément nouveau que je signalais ? Le procureur d'Albi indique hier soir que des traces de TNT, un produit contenu dans les grenades offensives qu'ont utilisées les gendarmes, ont été retrouvées sur le corps de la victime.

MANUEL VALLS
C'est pour cela que Bernard CAZENEUVE a immédiatement suspendu l'utilisation de ces grenades.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une forme d'aveu ?

MANUEL VALLS
Non. Il faut prendre le temps nécessaire pour tirer toutes les conséquences. Je ne fais pas la justice à la place de la justice. Face à la gravité des faits, aux violences que nous avons connues sur place mais surtout face à la mort d'un jeune homme, il faut en tirer toutes les conséquences. C'est à la justice avec la plus grande sérénité, et comme chef de gouvernement, je dois participer de cette sérénité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le conseil général du Tarn, qui est maître d'oeuvre de ce barrage, a décidé de suspendre les travaux sur le site jusqu'à la prochaine assemblée du conseil général qui doit se tenir vendredi. Souhaitez-vous l'abandon définitif de ce projet ?

MANUEL VALLS
C'est au conseil général du Tarn et à ses élus de prendre cette décision et de tirer notamment les conséquences du rapport d'expertise qui avait été commandé il y a quelques semaines par la ministre de l'Ecologie Ségolène ROYAL.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qui est assez négatif sur bien des points.

MANUEL VALLS
Oui, mais qui ne demande pas l'abandon et qui demande un certain nombre de modifications parce que ce type de projet est utile pour les agriculteurs d'abord, mais aussi pour fournir l'eau aux habitants, par exemple de la ville de Montauban. Tous les élus de gauche ou de droite sur la région du Tarn, du Tarn-et-Garonne, de Midi-Pyrénées, les agriculteurs, et je pense beaucoup d'habitants, sont favorables à ce type de projet. Après, il faut évidemment le redimensionner, il faut tirer les conséquences des préconisations des rapports. C'est aux élus de prendre cette décision.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous qui êtes responsable de ce que l'on pourrait nommer dans cette affaire « l'ordre public », vous pensez que le projet, la construction de ce projet peut se poursuivre dans les conditions actuelles ?

MANUEL VALLS
J'en appelle à la responsabilité de chacun et, au fond, après la solidarité, la compassion, la nécessaire vérité c'est-à-dire la justice. J'en appelle à la responsabilité. Ce qu'on ne peut pas admettre dans une société démocratique, c'est la violence. On a le droit de manifester, de s'exprimer, de s'opposer. On ne peut pas admettre la violence, on ne peut pas admettre qu'on s'en prenne aux forces de l'ordre, on ne peut pas admettre qu'on s'en prenne aux commerces, aux équipements publics, aux monuments aux morts de la ville de Gaillac. On ne peut pas admettre qu'à Nantes, c'est-à-dire à plusieurs centaines de kilomètres, il y ait également des saccages de commerce en plein centre-ville. Dans une démocratie comme la nôtre, la violence est insupportable et on ne peut pas céder face à la violence. J'en appelle à la sérénité, à la responsabilité de chacun et que chacun dans ses propos comme dans son attitude soit conscient que nous sommes dans une société violente, inflammable et que le rôle de tous, le rôle de chacun, est de participer à l'apaisement. Il est indispensable et c'est d'ailleurs que nous devons, y compris à cette famille, à la famille de Rémi FRAISSE et à sa mémoire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce jeune homme a trouvé la mort dans la nuit de samedi à dimanche ; vous ne vous êtes exprimé à son propos que mardi matin. Beaucoup vous reprochent deux jours de silence, Manuel VALLS. Pourquoi ?

MANUEL VALLS
D'abord, le procureur, le préfet se sont exprimés, le ministre de l'Intérieur également.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas vous. Dimanche ou lundi matin, vous auriez pu vous exprimer.

MANUEL VALLS
Jean-Michel APHATIE, parfois, on nous reproche le contraire, c'est-à-dire de réagir tout de suite au nom de l'émotion.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne regrettez pas de vous être exprimé un peu tard ?

MANUEL VALLS
Non. Je crois que nous avons réagi au bon moment, comme il le fallait, le Président de la République, moi-même hier. Le chef de l'Etat a eu le père hier matin de Rémi FRAISSE. C'est comme ça qu'on gouverne. On ne gouverne pas en courant derrière l'événement, en succombant à je ne sais quelle dictature de l'urgence. Il faut gouverner avec sang -froid, avec sens de l'Etat, sens de la responsabilité et avec dignité. Je trouve qu'il y a eu, au cours de ces dernières heures, au cours de ces derniers jours, beaucoup de commentaires, beaucoup d'analyses hâtives.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dont certains vous ont paru insupportables ? Cécile DUFLOT : « Ce drame va finir par être une tache indélébile sur l'action du gouvernement. »

MANUEL VALLS
Mais tout cela est évidemment excessif face à la mort d'un jeune homme dans des circonstances qui doivent être maintenant éclairées par la justice. Il faut faire preuve de sang- froid, de retenue, d'hauteur de vue et de sens de l'Etat. Nous gouvernons et quand on gouverne, on peut se retrouver confronté à ces questions et elles sont graves. J'ai été ministre de l'Intérieur pendant deux ans. Il faut faire preuve d'une très grande responsabilité et du sens de l'Etat. En tout cas, je ne manquerai pas à mes responsabilités.

JEAN-MICHEL APHATIE
La justice poursuit son travail et nous en rendrons bien entendu compte sur cette antenne.

MANUEL VALLS
Je n'en doute pas un seul instant.

JEAN-MICHEL APHATIE
La vie gouvernementale se poursuit. Hier, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale a été adopté par deux cent soixante dix députés. C'est le deuxième texte budgétaire qui est adopté seulement à la majorité relative à l'Assemblée Nationale. Etes-vous un Premier ministre en état de faiblesse, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Je ne le crois pas. C'est une situation que je connais depuis six mois.

JEAN-MICHEL APHATIE
Votre prédécesseur avait une majorité absolue.

MANUEL VALLS
J'ai l'impression que les choses ont changé depuis les élections municipales, mais depuis que je suis Premier ministre tous les textes financiers, budgétaires, sociaux, ont été adoptés. J'ai reçu par deux fois la confiance de l'Assemblée Nationale. L'Assemblée Nationale a voté une réforme très importante en première lecture, celle qui réduit le nombre de régions de vingt-deux à treize. Nous avançons donc et nous gouvernons. Il n'y a pas de majorité alternative, il y a deux cent soixante dix parlementaires qui font preuve là aussi d'une très grande responsabilité, qui assument ce que les Français ont confié à François HOLLANDE et à sa majorité : gouverner le pays pour le réformer. Hier, non seulement il y a eu un texte qui a été voté mais dans ce texte, il y a une réforme particulièrement importante et juste qui est la modulation des allocations familiales. Elle est attendue, souhaitée, soutenue par les Français et quand il y a une réforme aussi importante, quand on est de gauche, quand on a le sens du progrès, quand on pense que la justice sociale est indispensable, on vote ce texte comme il fallait voter, il y a une semaine, la loi de finance c'est-à-dire la partie recettes qui permet la baisse des impôts pour six millions de compatriotes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous avez enregistré hier une bonne nouvelle puisque la Commission a décidé de juger en fait conforme au traité européen le projet de budget que vous présentez, le projet de budget 2015. Ceci a été possible parce que, de manière inopinée, le ministre des Finances a découvert trois milliards six cents millions de recettes supplémentaires. Bravo Michel SAPIN !

MANUEL VALLS
Jean-Michel APHATIE, tout le monde attendait la sanction de la France, l'humiliation, Canossa : rien de cela n'est arrivé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que les engagements n'étaient pas respectés, c'est pour cela qu'on l'attendait.

MANUEL VALLS
Nous avons adapté, et je l'ai dit cet été, notre budget et le rythme donné de nos déficits à une nouvelle donne, à une nouvelle donne économique et à une nouvelle situation. C'est-à-dire une très faible croissance et une très faible inflation pas seulement en France mais d'abord en Europe. Nous tenons nos engagements : vingt-et-un milliards d'économies pour 2015 et cinquante milliards sur trois ans. Nous tenons nos engagements pour les entreprises, notamment les PME et les PMI en baissant le coût du travail et leurs impôts. C'est quarante milliards sur trois ans. Nous tenons nos engagements de baisser les impôts des Français. Je viens de le rappeler, six millions d'entre eux seront concernés en 2015.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais trois milliards de recettes imprévus, c'est tout de même étonnant, non ?

MANUEL VALLS
Jean-Michel APHATIE, le Pacte de responsabilité et de solidarité et les économies que nous devons faire pour préparer le pays à l'avenir, pour le rendre plus fort, rien de tout cela n'a été concerné. Mais nous avons trouvé, oui, un certain nombre de dispositifs notamment fiscaux – je pense à l'optimisation fiscale concernant la fraude fiscale – et puis il y a eu un certain nombre de bonnes nouvelles, notamment des sommes que nous ne devons pas payer à la Commission européenne. Rien de tout cela sans toucher les fondamentaux du budget, contrairement à ce que tout le monde pensait. Hier, vous avez raison de le souligner, la Commission a salué notre budget.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans ce contexte difficile, on s'interroge sur les relations que vous entretenez avec François HOLLANDE. Tout le monde a noté la semaine dernière les propos ironiques du Président de la République à votre égard lorsqu'il vous a remis les insignes de Grand Croix de l'ordre du mérite. Je cite le Président de la République : « Je connais bien le parcours de Clémenceau. C'est une des figures qui vous sert de référence a-t-il dit, Manuel VALLS. C'est un parcours très long celui de Clémenceau, ce qui vous laisse un grand espoir. Il n'est pas devenu Président de la République mais on peut aussi réussir son existence sans être Président de la République. » Cette ironie vous-a-t-elle blessé ?

MANUEL VALLS
Non ! C'est l'humour de François HOLLANDE et vous le connaissez.

JEAN-MICHEL APHATIE
On l'interprète mal quand on dit qu'il est blessant à votre égard ?

MANUEL VALLS
Nos rapports sont fondés sur la confiance et il ne peut pas en être autrement. Je respecte non seulement le Président de la République mais je respecte aussi la fonction, la fonction du Président de la République et du Premier ministre. Ces fonctions sont basées sur la confiance. Le Président de la République a dit il y a quelques mois : « Valls doit faire du Valls. » Je fais du Valls et ma mission est de réformer. Je vais réformer parce que ce pays a besoin de réformes, il vit au-dessus de ses moyens depuis quarante ans, il a besoin de faire des économies, il a besoin de se réformer en profondeur. C'est ce que nous faisons avec la réforme des collectivités territoriales pour avoir des régions plus fortes, notamment sur le plan économique, des métropoles, des intercommunalités qui permettent là aussi davantage de solidarité et de proximité. Et puis il faut préparer le pays à l'avenir, donc la priorité c'est l'école, l'innovation, la recherche. Il ne peut pas en être autrement et ma mission est de conduire les objectifs, les réformes qui ont été encore une fois rappelés par le Président de la République à l'occasion de cette cérémonie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous espérez toujours, contrairement à Georges CLEMENCEAU, devenir Président de la République ?

MANUEL VALLS
Mais ce n'est pas le sujet ! Je ne peux pas penser à autre chose que ma mission. Puis vous savez, c'est bien d'avoir de belles références. CLEMENCEAU n'était pas d'ailleurs un homme de controverse.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ce qu'a dit le président, il a dit quelque chose d'inexact.

MANUEL VALLS
Ce n'était pas seulement un homme de controverse. C'est quelqu'un qui ne s'est jamais trompé dans son long parcours politique, au moment de la Commune, quand il a dénoncé la colonisation, quand il a soutenu le capitaine DREYFUS, quand il a soutenu les impressionnistes, quand il a été ministre de l'Intérieur parce qu'il considérait que le progrès et l'ordre républicains étaient profondément liés, ce que je pense. Et évidemment, il a conduit la France à la victoire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et il n'a pas réussi à devenir Président de la République.

MANUEL VALLS
Et alors ? Ce n'est pas le sujet, c'était un autre régime politique mais je vois bien là où vous voulez me conduire. Moi, j'ai une mission : réformer le pays, être à l'écoute des Français, faire en sorte que le pays s'apaise davantage et de cette mission, je n'en dévie pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour reprendre la formule que vous avez employée, vous avez fait du Valls la semaine dernière dans une interview à L'Obs en disant qu'il fallait en finir avec la gauche passéiste. Le Président de la République aurait parlé de provocation. Vous vous êtes expliqué avec lui sur cette interview ?

MANUEL VALLS
Il ne m'a jamais dit cela.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il ne vous l'a pas dit mais peut-être qu'il l'a dit à d'autres.

MANUEL VALLS
D'abord, je ne dis jamais sur une antenne, fusse-t-elle la vôtre, je ne dis jamais le contenu de nos conversations avec le Président de la République, mais je n'ai jamais entendu ce type de remarque de sa part.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez l'expérience de la vie politique et vous savez que quand la rumeur commence à s'instiller sur les rapports qu'entretient un Président de la République avec son Premier ministre, d'abord il y a souvent anguille sous roche puis ensuite ça prospère.

MANUEL VALLS
Non. Ces rapports sont encore une fois basés sur la confiance. Il ne peut pas en être autrement. Face aux difficultés du pays, face aux problèmes que connaissent les Français – le chômage, la précarité, le pouvoir d'achat, la peur de l'avenir – face aussi à la situation de la gauche, à la montée du Front National, à la dureté du discours de la droite qui retrouve les accents de monsieur BUISSON, la gauche doit être particulièrement responsable. Moi, j'ai une fonction et j'ai une mission. C'est qu'il faut à la fois gouverner et rénover notre projet. J'y participe à ma manière, sans aucune surprise parce que moi, j'ai au moins un avantage : c'est celui de dire les choses, celui de la cohérence, j'ai le goût de la vérité et là, je n'en changerai jamais.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous restez avec nous, Manuel VALLS, pour répondre aux questions des auditeurs.

MANUEL VALLS
Avec plaisir.

YVES CALVI
Une précision. Alain JUPPE vient de déclarer il y a quelques instants : « Ce quinquennat – celui dont vous êtes le Premier ministre actuellement – a échoué. » Manuel VALLS, que lui répondez-vous ?

MANUEL VALLS
Nous sommes à la mi-quinquennat ; d'ailleurs le Président de la République sera, je crois, votre invité dans quelques jours, le 6 novembre.

YVES CALVI
Sur TF1.

MANUEL VALLS
Il aura l'occasion de faire le bilan de ces deux premières années et demie et surtout de tracer les perspectives pour l'avenir. J'ai de l'estime pour Alain JUPPE ; il faut faire attention aux propos définitifs. Ça ne sert à rien de commenter ainsi la vie politique. On juge un quinquennat, une oeuvre à la fin et donc rendez-vous dans deux ans et demi. Comme on s'est trompé en général à chaque fois sur tous les pronostics d'une élection présidentielle ou d'un quinquennat, je donne rendez-vous en 2017.

YVES CALVI
On évoquait vos relations avec le Président de la République il y a quelques instants. Je constate que vous ne portez pas la décoration qu'il vous a remis.

MANUEL VALLS
Je ne la porte pas tous les jours. Hier je la portais, aujourd'hui je ne la porte pas. Vous savez cette décoration, chaque Premier ministre la reçoit au bout de six mois et moi je souhaite qu'on me juge non pas sur une décoration, mais sur les mérites qui seront les miens, c'est-à-dire sur ma capacité à réformer le pays. Il ne peut pas en être autrement. C'est le jugement des Français que j'attends et pas autre chose.

YVES CALVI
Et c'est ce sur quoi vont vous interroger les auditeurs de RTL dans quelques instants puisque vous restez avec nous, monsieur le Premier ministre. Ils prendront la parole et vous interrogeront dès 08 heures 15.


[ 2ème et dernière partie]

INTERVENANTE
Posez toutes vos questions à Manuel VALLS au 32.10 !

INTERVENANT
Prenez la parole sur RTL.

YVES CALVI
Manuel VALLS est resté avec nous pour répondre à vos questions au 32 ! Merci monsieur le Premier ministre. La première à vous interroger s'appelle Céline, elle est chef d'entreprise, elle nous téléphone du Maine-et-Loire, Céline Manuel VALLS vous écoute.

CELINE, AUDITRICE DU MAINE-ET-LOIRE – CHEF D'ENTREPRISE
Oui ! Bonjour monsieur, bonjour monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour madame.

CELINE
Notre-Dame-des-Landes no man's land, portique écotaxe détruit et Sivens, Sivens c'est 8 millions d'euros, des projets, des entreprises et de l'emploi à la clé, je ne veux pas croire que les forces de l'ordre aient chargé contre des pacifistes. Quels signes forts, monsieur VALLS, allez-vous enfin donner aux familles, aux contribuables et aux entreprises - grandes ou petites -sacrifiés par votre politique pour satisfaire les plus idéologues et les plus violents ? Quand enfin allez-vous réduire le coût du travail, monsieur VALLS ? Quand allez-vous enfin prendre le parti de ceux qui créent de la richesse dans notre pays ?

YVES CALVI
Céline, il va falloir qu'on mette de l'ordre dans vos questions si je puis me permettre.

CELINE
Voilà !

YVES CALVI
La première partie portait sur le laxisme et, si vous le voulez bien, nous reparlerons économie ensuite bien entendu. Voilà ! Céline commence par vous interroger sur ce qui est en train de se passer : Notre-Dame-des-Landes, les Bonnets rouges, les signes qui donnent l'impression que ce gouvernement recule et je pense que ça peut nous permettre de reparler de Sivens ?

MANUEL VALLS
Non ! Nous sommes… dans un pays où il y a de la violence, de la tension, une crise de confiance, donc il faut être attentif à la manière dont l'opinion peut réagir, mais nous ne reculons pas. Je viens d'annoncer, il y a à peine quelques semaines, deux très grands projets pour le pays : le canal Seine Nord, qui concerne tout le Nord et tout l'Ouest de la France, un projet de plusieurs milliards d'euros qui va être financé par les collectivités territoriales mais surtout par l'Union européenne ; et un projet, qui est tout à fait essentiel et qui a valu d'ailleurs beaucoup de contestations, qui est le tunnel entre Lyon et Turin, parce qu'il est essentiel de bien accrocher à la France la première région industrielle d'Europe qu'est le Nord de l'Italie. Donc, nous ne reculons pas, nous avançons, et, en même temps, nous devons tenir compte évidemment avec la plus grande fermeté l'autorité républicaine qui s'impose face aux violences.

YVES CALVI
Mais ça s'applique à ce qui vient de se passer à Sivens, parce qu'on continue d'avoir envie de vous demander qui a commis la faute sur place, le gendarme mobile, son commandant d'escadron quand il autorise l'usage de la grenade, le sous-préfet qui a peut-être sous-estimé… le préfet qui a peut être sous-estimé la manifestation, voire le jeune homme qui est allée manifester. ? Je rappelle qu'il y a cinquante-six blessés dans les forces de l'ordre depuis septembre.

MANUEL VALLS
Vous avez eu raison de le rappeler ! Mais il y a eu la mort de ce jeune homme et donc il est normal que nous prenions le temps nécessaire pour tirer les conclusions, les conséquences de ce drame, et puis il y a surtout la justice et le temps de la justice n'est pas le même que le temps médiatique. L'objectif probable des contestataires dans la nuit de samedi à dimanche, quand il y a eu la mort de Rémi FRAISSE, bien après la manifestation officielle qui était, elle ,pacifique, l'objectif était sans doute de dévaster et d'incendier par cocktails Molotov la base de vie des ouvriers - puisque les engins du chantier eux avaient été évacués mais il y avait des ouvriers qui étaient en train de s'installer – et les gendarmes mobiles avaient pour mission légitime d'éviter cela, parce que dans un état de droit on ne manifeste pas par la violence, par la destruction. Il y a eu un mort, il faut en tirer les conséquences, établir les responsabilités, mais, je l'ai fait hier à l'Assemblée nationale et je le fais encore ce matin, moi je veux apporter mon soutien aux gendarmes, aux policiers qui font un travail difficile, qui subissent ces violences et, ces violences à l'égard des forces de l'ordre qui assurent l'ordre républicain, ces violences sont bien sûr inacceptables.

YVES CALVI
Il y avait une seconde partie dans la question de Céline qui portait finalement sur la politique économique du gouvernement, il se trouve que votre ministre du Travail vient de nous dire la vérité sur le sujet, il dit que vous êtes en échec, il le reconnait, alors dites-vous : Oui ! Nous avons échoué sur le chômage ?

MANUEL VALLS
Donc, vous faites donc les questions et les réponses. Céline, c'est ça, m'interrogeait sur la baisse du coût du travail, quarante milliards sur trois ans de baisse de la fiscalité pour les entreprises et du coût du travail - cela n'a jamais été fait - cela va concerner d'abord les petites et moyennes entreprises, les ETI, les start-up, là où travaille l'immense majorité de nos concitoyens, les salariés de ce pays et là où on peut créer de l'emploi, parce qu'il faut soutenir les entreprises puisque sans compétitivité des entreprises il n'y a pas de création de richesses et il n'y a donc pas d'emploi.

YVES CALVI
Etes-vous, oui ou non, en situation d'échec sur le chômage ? Le chef de gouvernement doit…

MANUEL VALLS
Il faut toujours dire la vérité aux Français !

YVES CALVI
Alors ?

MANUEL VALLS
Eh bien François REBSAMEN a dit qu'il y avait un échec et que nous étions en échec sur le chômage, quand on a plusieurs millions de chômeurs depuis des années on constate malheureusement qu'on n'a pas réussi à changer cette donne et, en même temps, il a dit – et on n'a pas retenu l'ensemble de son propos – que nous faisions tout précisément pour lutter contre le chômage, pas seulement à travers une politique économique de soutien aux entreprises qui nécessite du temps - parce que là aussi il faut dire la vérité aux Français – et, en même temps, toute une série de dispositifs : Emplois d'avenir, Contrat de génération, dispositif pour les seniors - parce qu'il faut lutter notamment contre le chômage de longue durée – des dispositifs qui visent là aussi encore une fois à améliorer la situation, et donc la volonté de lutter contre le chômage elle est, elle, bien sûr intacte.

YVES CALVI
Vous venez de citer les seniors, on va donner la parole à une retraitée qui nous appelle de Nice, bonjour Françoise…

FRANÇOISE, AUDITRICE DE NICE – RETRAITEE
Oui ! Bonjour à vous.

YVES CALVI
Le Premier ministre vous écoute.

FRANÇOISE
Alors moi ma question est peut-être directe, ou indirecte, que pensez-vous faire pour aider les retraités qui ont des petits, petits, petits revenus ? C'est vraiment une horreur ! Quand les personnes retraitées comme moi ont un loyer, des charges qui s'élèvent relativement en fin de mois…

YVES CALVI
Françoise, j'ai vu que vos revenus étaient de six cent vingt-neuf euros, c'est votre retraite…

FRANÇOISE
C'est exact !

YVES CALVI
Et qu'avec vos charges il vous reste apparemment deux cents euros pour vivre à la fin du mois…

FRANÇOISE
A peu près !

YVES CALVI
C'est bien ça ?

FRANÇOISE
A peu près ! Oui.

YVES CALVI
Le Premier ministre vous répond, ce sont des questions difficiles.

MANUEL VALLS
Oui ! La moyenne des pensions c'est mille deux cents euros par mois, mais beaucoup de personnes, comme votre auditrice, comme vous madame, vivent avec des petites retraites de six cents euros, et, quand effectivement il y a des dépenses courantes, le loyer, quand il faut aider parfois ses propres enfants ou ses petits-enfants - qui eux-mêmes peuvent connaître des difficultés - c'est difficile, dans touts les choix budgétaires que nous avons faits nous avons préservé les petites retraites et le pouvoir d'achat. Oh ! Je sais bien que ces propos face à ce témoignage, ces propos peuvent sembler à côté de la plaque, mais préserver les retraites, préserver le pouvoir d'achat des petites retraites, préserver notre système de retraite par répartition, c'est évidemment au coeur de la politique de justice que nous menons, mais je sais que la vie est difficile pour des millions de retraités.

YVES CALVI
On peut aider les retraités ? On peut faire un geste pour eux ?

MANUEL VALLS
Mais des gestes… je n'aime pas ce mot, parce que ça voudrait dire qu'il y a une espèce de générosité hors de propos, non ce qu'il faut faire c'est préserver le pouvoir d'achat des retraités et préserver notamment ce qu'on appelle les petites retraites du gel que nous avons fait l'année dernière – pardon cette année - et c'est ce que nous avons fait pour toutes les petites retraites en dessous de mille deux cents euros.

YVES CALVI
Bonjour Philippe…

PHILIPPE, AUDITEUR DE L'EURE-ET-LOIR – CHEF D'ENTREPRISE
Oui ! Bonjour .

YVES CALVI
Vous nous appelez du département de l'Eure-et-Loir.

PHILIPPE
C'est exact. Monsieur le Premier ministre, bonjour…

MANUEL VALLS
Bonjour monsieur.

PHILIPPE
Moi, je fais partie des chefs d'entreprise qui se lèvent tous les matins pour essayer de garder son emploi et garder l'emploi aussi de ses salariés. Vous savez ce que c'est dans une entreprise, comme dans la vie politique, il y a des hauts et des bas, malheureusement quand on a des hauts les banques sont toujours près de nous, quand on a des bas ça c'est moins présent, c'est comme dans les sondages. Vous parlez de relancer l'économie, pour relancer l'économie nos entreprises ont aussi besoin d'aides, ces aides vous les avez mises en place avec la BPI, mais la BPI ne peut intervenir que si nos banques - partenaires financiers - font la demande et nous aident. Je prends mon cas particulier… vous mettez aussi en place au niveau de la possibilité de faire appel au médiateur du crédit, au commissaire du redressement productif, qui donnent des avis favorables, mais les banques n'en ont rien à faire - à la limite c'est pire, c'est plus compliqué encore pour soutenir votre dossier.

YVES CALVI
Votre question porte sur l'aide ou non que vous apportent les banques et comment éventuellement le gouvernement peut vous aider et les relayer, c'est bien ça ?

PHILIPPE
Tout à fait ! Tout à fait, tout à fait.

MANUEL VALLS
Vous êtes dans quel secteur, monsieur ?

PHILIPPE
Comment passer au-dessus des banques par rapport à la BPI, qu'elle soit en premier et non en deuxième.

MANUEL VALLS
Vous êtes dans quel secteur, vous êtes dans quel type d'activités ?

PHILIPPE
La fourniture !

MANUEL VALLS
La fourniture. Soutenir les entreprises c'est la priorité - et notamment des petites et moyennes entreprises - je le disais il y a un instant et il faut soutenir ces entreprises, c'est le sens du Pacte de responsabilité, je le disais en baissant le coût du travail, c'est tout le sens du Crédit Impôt Compétitivité Emploi qui rentre progressivement en application et qui permet à des nombreux chefs d'entreprise d'investir, d'acheter une machine-outil, de préserver l'emploi, parfois de créer des emplois ; c'est le choc de simplification, parce qu'il y a trop de normes pour les entreprises ; c'est la négociation en cours sur la représentativité des salariés et donc sur les seuils ; c'est la réforme de la formation professionnelle qui s'appliquera à partir du 1er janvier 2015 ; c'est la relance de la construction, avec des indices qui commencent enfin et heureusement à être favorables après les mesures que nous avons prises cet été avec la ministre du Logement Sylvia PINEL, donc c'est tout ce travail qui doit être fait vers les entreprises. Nous avons mis un certain nombre d'outils en place, pas depuis six mois, depuis deux ans, ça été dit par votre auditeur : la BPI, le médiateur du crédit, mais il faut – et il a parfaitement raison – que les banques jouent pleinement le jeu. Le ministre de l'Economie, le ministre des Finances ont réuni le secteur bancaire…

YVES CALVI
Qu'est-ce qu'on fait ? C'est ça la question !

MANUEL VALLS
C'est à ces banques de prendre les responsabilités. J'ai moi-même rencontrer la fédération bancaire pour attirer leur attention, pour leur dire que dans ces moments-là il fallait que le crédit soit favorable à ces entreprises petites, moyennes, à ces chefs d'entreprise qui travaillent dur, qui se lèvent tôt en effet, qui participent pleinement de l'économie de notre pays, ce sont eux qui peuvent préserver et créer de l'emploi, donc il faut les aider davantage. C'est le rôle aussi de la BPI, cela a été rappelé.

YVES CALVI
En un mot, les banques ne font pas leur boulot ?

MANUEL VALLS
Mais pourquoi stigmatiser ? Elles doivent faire en tout cas, disons-le autrement Yves CALVI, elles doivent faire pleinement leur boulot, c'est leur boulot que de prêter, c'est leur boulot que de soutenir l'économie de notre pays et donc les petites entreprises.

YVES CALVI
Une question relative à notre sécurité intérieure ! Les djihadistes, ou en tout cas ceux qui aujourd'hui font peur à beaucoup de Français, est-ce qu'il faut - lorsqu'ils sont Français - leur retirer leur carte d'identité ?

MANUEL VALLS
Il y a actuellement un texte de loi qui est en discussion à l'Assemblée et au Sénat, il a été même adopté je crois ou va être adopté définitivement – avec le soutien d'ailleurs de l'immense majorité de la représentation nationale – et qui pourvoit toute une série de dispositifs et notamment qui prévoit des dispositifs pour les empêcher de partir. Nous faisons face à une menace majeure, inédite, qui touche de nombreux pays, nous l'avons vu encore il y a quelques jours au Canada, face à cette menace il faut se doter de tous les moyens pour lutter contre le terrorisme - c'est ce que nous faisons en intervenant en Irak, c'est ce que nous faisons avec des dispositifs comme ceux qui sont prévus par cette loi et par les moyens que j'ai souhaité renforcer quand j'étais ministre de l‘Intérieur et Bernard CAZENEUVE poursuit évidemment cette tâche –les moyens supplémentaire en hommes, en moyens techniques pour nos services de renseignements.

YVES CALVI
Dernière question, elle nous a été posée ce matin au 32.10 par SMS et c'est un des titres de l'actualité, êtes-vous choqué à titre personnel par ce qu'on vient d'apprendre du logement de fonction et des frais de rénovation engagés par Thierry LEPAON dans son appartement ?

MANUEL VALLS
Moi je ne veux pas accabler un homme qui, je crois, n'a pas eu l'occasion encore de s'exprimer et de répondre lui-même directement à cette…

YVES CALVI
Non ! Mais la CGT a reconnu les faits.

MANUEL VALLS
A cette information, c'est à lui de s'expliquer. Mais, quand on traverse une telle crise économique, une telle crise de confiance entre les responsables publics et nos concitoyens, une crise d'identité pour notre pays – qui a pourtant je veux le dire beaucoup d'atouts pour affronter les grands défis de l'avenir – l'exemplarité, l'exemplarité à tous les niveaux est nécessaire. C'est le seul commentaire que je veux faire ! Je ne veux pas accabler monsieur LEPAON que je connais, avec qui je discute, qui est un partenaire puisqu'il est partenaire social et donc nous avons de nombreuses discussions - même si elles ne sont pas toujours faciles - et c'est à lui d'apporter toutes les réponses qui s'imposent dans ce type d'information.

YVES CALVI
Merci Manuel VALLS d'être resté avec nous pour répondre aux questions des auditeurs de RTL, vous êtes bien entendu le bienvenu sur cette antenne, merci à Jean-Michel APHATIE aussi d'être resté avec nous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 octobre 2014

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