Entretien de M. Laurent fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec BFM TV le 27 octobre 2014, sur les otages du groupe terroriste nigerian Boko Haram et sur l'épidémie d'Ebola. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Entretien de M. Laurent fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec BFM TV le 27 octobre 2014, sur les otages du groupe terroriste nigerian Boko Haram et sur l'épidémie d'Ebola.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Déplacement conjoint au Nigeria avec M. Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des affaires étrangères, les 26 et 27 octobre 2014

ti : Q - Y a-t-il des signes encourageants pour le retour de ces jeunes femmes qui ont été enlevées par Boko Haram ?

R - On m'a confirmé que le cessez-le-feu a bien été signé, mais on n'a pas pu me donner une date de libération de ces jeunes filles. Je reste très prudent. Comme cela s'est déjà produit auparavant, des dates ont été données mais elles n'ont malheureusement pas pu être respectées.

Il faut comprendre les difficultés de cette négociation, menée sous l'égide du président du Tchad, M. Deby, avec toutes ces difficultés. Qui représente Boko Haram ? Ces jeunes filles sont-elles encore détenues au même endroit ou ont-elles été dispersées ? C'est donc extraordinairement compliqué mais on m'a confirmé, de la part du gouvernement nigérian, que le cessez-le-feu a été signé et on espère que ces jeunes filles vont être libérées.

J'ajoute qu'entretemps, depuis quelques semaines, il y a eu la libération de Camerounais, de Chinois mais qu'à l'inverse, il y a eu un certain nombre de personnes qui ont été prises en otage. Comme vous le voyez, nous ne sommes pas du tout dans un univers stabilisé.

Q - On a d'autant plus ce sentiment que cette libération est difficile parce que, vous l'évoquiez, il y a eu des incidents extrêmement meurtriers, notamment avec des soldats camerounais.

R - Bien sûr et il y a beaucoup de raisons qui expliquent la difficulté.

D'une part, du côté de Boko Haram, il y a certainement des groupes qui voudraient profiter de la situation pour récupérer de l'argent ou des avantages, ce n'est pas un groupe uni. D'autre part, du côté du gouvernement, il peut y avoir aussi différentes difficultés et le terrain lui-même est extrêmement mouvant. Il faut comprendre que nous ne savons pas exactement où se trouvent ces jeunes filles, et peut-être qu'un certain nombre d'entre elles ont été dispersées.

Il ne s'agit donc pas d'une négociation dans un bureau, avec douze heures pour négocier et, à la fin, tout sera signé comme chez un notaire. C'est vraiment beaucoup plus compliqué malheureusement. Mon collègue allemand et moi-même - nous sommes ici ensemble, comme nous l'avons déjà fait - avons énormément pesé pour que cette libération puisse intervenir le plus rapidement possible.

Q - Il y a un autre défi auquel a su faire face ce pays, c'est Ebola. L'épidémie est bel et bien terminée dans le pays à présent ?

R - Oui, c'est exact. Le Nigeria a fait un travail tout à fait remarquable puisqu'il y avait eu une alerte au virus Ebola, il y a quelques semaines, et l'OMS vient de déclarer qu'aussi bien au Nigeria qu'au Sénégal, l'alerte était passée.

Les autorités nigérianes nous ont cependant confirmé - elles ont raison - que tant que le virus Ebola sera présent en Afrique de l'ouest, aucun pays ne sera vraiment en sécurité. Or, il y a un fort contingent d'Ebola à la fois au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée. La France agit, comme vous le savez, essentiellement en soutien de la Guinée.

Il faut donc rester très prudent, d'autant qu'un cas mortel vient d'être déclaré au Mali. Il faut continuer notre effort et notre action.

Nous avons passé un accord avec le Nigeria, l'Allemagne et la France, pour soutenir ce qui est fait en matière de lutte contre le virus Ebola.

Q - À propos d'efforts justement, où en est-on de la future force spéciale des casques blancs ?

R - Vous allez vite en besogne. C'est une idée toute neuve que je viens de lancer avec mon collègue allemand. Elle ne s'appliquera pas tout de suite dans le cas d'Ebola, elle va s'appliquer à plus long terme si nous parvenons à convaincre nos partenaires européens.

Quelle est l'idée ? Il y a dans le monde des catastrophes humanitaires ou naturelles et les pays d'Europe agissent souvent malheureusement en ordre dispersé. D'où notre idée de dire que l'on pourrait avoir des contingents civils pré-établis, au sein desquels chaque pays d'Europe donnerait un contingent. S'il advient une catastrophe - et malheureusement il en advient beaucoup -, nous pourrons d'un seul coup mobiliser de façon coordonnée tous ces contingents que l'on nommerait casques blancs pour les différencier des casques bleus de l'ONU.

Je pense que c'est une idée extrêmement forte qui, à la fois, si nous parvenons à convaincre nos partenaires européens, donnera beaucoup plus d'efficacité à notre action de protection civile, humanitaire et sanitaire et, en même temps, donnera son vrai visage à l'Europe de la solidarité.

Nous y avons travaillé depuis pas mal de temps avec M. Steinmeier, mon collègue allemand, et nous présenterons cela ensemble. J'espère bien que cette idée des casques blancs européens prévaudra. Ce serait, je pense, une belle réalisation à mettre à l'actif de l'Europe.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 octobre 2014

Rechercher