Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à RTL le 3 novembre 2014, sur la réunion par Ségolène Royal des acteurs concernés par le projet de barrage contesté de Sivens, le démantèlement de réseaux terroristes et la situation des migrants à Calais. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à RTL le 3 novembre 2014, sur la réunion par Ségolène Royal des acteurs concernés par le projet de barrage contesté de Sivens, le démantèlement de réseaux terroristes et la situation des migrants à Calais.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : Yves Calvi
Jean-Michel Aphatie, vous recevez le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Jean-Michel Aphatie
Bonjour Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve
Bonjour.

Jean-Michel Aphatie
La ministre de l'Ecologie Ségolène ROYAL a préparé les esprits hier à un abandon de la construction du barrage de Sivens, il y a eu manifestement une erreur d'appréciation, a-t-elle dit à propos de ce projet. Du coup ce matin, les manifestants les plus radicaux peuvent se dire « la violence ça paie », ce constat vous met en colère Bernard Cazeneuve ?

Bernard Cazeneuve
Mais ce n'est pas ce qu'a dit Ségolène Royal, Ségolène Royal elle a dit deux choses, elle a dit d'abord qu'il y avait un ouvrage d'art qui avait été réalisé sous maîtrise d'ouvrage du Conseil général du Tarn et qu'il lui appartenait de prendre la décision. Et la deuxième chose qu'a dite Ségolène Royal, c'est qu'il y avait sur la base des rapports qu'elle avait commandés des dispositifs qui aujourd'hui ne seraient plus possibles. Et par conséquent...

Jean-Michel Aphatie
C'est ça, mais il y a eu manifestement...

Bernard Cazeneuve
Et par conséquent...

Jean-Michel Aphatie
Une erreur d'appréciation.

Bernard Cazeneuve
Et par conséquent, elle réunit mardi l'ensemble des parties concernées par ce dossier pour discuter. Donc elle n'a pas pris de décision pour une raison très simple, c'est que cette décision appartient au maître d'ouvrage, et deuxièmement...

Jean-Michel Aphatie
Non mais vous comprenez le raisonnement là Bernard Cazeneuve, elle l'a dit hier, elle ne l'a pas dit il y a un mois. Donc s'il n'y avait pas eu les violences, Ségolène Royal n'aurait pas dit ce qu'elle a dit hier.

Bernard Cazeneuve
Non mais moi je m'en tiens aux faits...

Jean-Michel Aphatie
C'est ça le raisonnement...

Bernard Cazeneuve
Ségolène Royal...

Jean-Michel Aphatie
Mais moi aussi.

Bernard Cazeneuve
Ségolène Royal a dit deux choses hier, elle a dit 1) cet ouvrage est un ouvrage qui est réalisé par le Conseil général du Tarn auquel il appartient de prendre la décision ; 2) je réunis l'ensemble des parties mardi et compte tenu des dispositions que j'ai prises, désormais le temps de réalisation de ces ouvrages ne permettra plus ce décalage qui existe encore...

Jean-Michel Aphatie
Mais vous, qu'est-ce que vous vous dites, vous ne vous dites pas que la violence se paie ?

Bernard Cazeneuve
Non mais moi... non, moi je dis que la violence doit être à tout prix condamnée et empêchée. Je veux redire que ce qui s'est passé à Sivens, le drame de la disparition de ce jeune homme dans les conditions tragiques que l'on sait doit appeler à une réflexion collective. La violence verbale, la violence physique, la responsabilité politique, le sens de l'Etat, le respect de l'Etat de droit, de ses valeurs, de ses principes doit être à tout moment respecté...

Jean-Michel Aphatie
Vous trouvez que les dirigeants politiques ont fait preuve de violence verbale à votre égard ?

Bernard Cazeneuve
Je la vois encore ce matin déployée dans LIBERATION par la voix d'un certain nombre de responsables écologiques et je la regrette, parce que moi je ne suis pas...

Jean-Michel Aphatie
Vous pensez à qui ?

Bernard Cazeneuve
Dans cette conception de la politique. Je vois des propos tenus par monsieur Place, par monsieur De Rugy qui sont des propos extraordinairement blessants, qui sont des attaques personnelles que moi-même, je n'ai jamais tenus à l'égard de mes adversaires, ce n'est pas ma conception de la politique. Et ça fait des années que je suis en politique en expliquant que tout cela doit cesser, qu'on peut faire de la politique différemment, dans le respect des autres, de leurs convictions. Quand je vois par exemple que Jean-Luc Mélenchon explique ce matin que j'ai donné des instructions que des violences policières soient commises à Sivens, alors que...

Jean-Michel Aphatie
Vous voudrez assumer, a-t-il dit, la responsabilité d'une faute morale et démissionner.

Bernard Cazeneuve
...Non mais attendez, ce que dit Jean-Luc Mélenchon est très précis, il dit : il y a eu des instructions de données de violences policières, et c'est la raison pour laquelle le ministre de l'Intérieur doit démissionner. Et tout cela est faux...

Jean-Michel Aphatie
Qu'est-ce qui est faux...

Bernard Cazeneuve
Donner des instructions...

Jean-Michel Aphatie
Pas d'instructions de violences policières ?

Bernard Cazeneuve
Mais non seulement je n'ai pas donné des instructions mais j'ai donné des instructions inverses, parce que j'avais suffisamment d'éléments qui témoignaient de l'extrême tension qui existait à Sivens, que je savais de la part notamment du directeur général de la gendarmerie à quel point les gendarmes se sentaient exposés à ces violences et à quel point il y avait des risques. Par conséquent, le directeur général de la gendarmerie comme moi-même avons donné des instructions inverses. Et il y a une enquête judiciaire en coures qui va permettre d'établir toute la vérité sur ce qui s'est passé. Mais il faudrait une justice expéditive...

Jean-Michel Aphatie
Face à...

Bernard Cazeneuve
...Que la dénonciation, en dehors de toute vérité, permette de mettre en cause tel ou tel...

Jean-Michel Aphatie
Face à toutes ces critiques...

Bernard Cazeneuve
Ce n'est pas comme ça que l'on apaise, ce n'est pas comme ça que l'on fait en
sorte que...

Jean-Michel Aphatie
Face à toutes ces critiques, vous avez pensé à démissionner ?

Bernard Cazeneuve
Mais jamais pour les raisons que je viens de vous indiquer. Pourquoi est-ce que j'aurai démissionné alors que mon administration a été mise en cause injustement, qu'on me reprochait d'avoir donné des ordres que je n'ai jamais donnés, que des gendarmes – qui sont des fonctionnaires humbles qui ont le sens de la République, qui ont l'esprit de service public – se trouvaient exposés et qu'aujourd'hui ils se trouvent en accusation, il faudrait que je les lâche face à cette injustice, face à cette série d'accusations sans preuve, non. Un chef ne laisse pas ses troupes sur le bord du chemin lorsqu'elles sont attaquées. Et lorsqu'il s'agit de l'Etat, de la République, de ses valeurs, de la vérité, on tient.

Jean-Michel Aphatie
La lutte contre le terrorisme est un autre des dossiers dont vous avez la charge Bernard Cazeneuve, confirmez-vous l'existence d'une note de la DGSE que Damien Delseny a évoquée tout à l'heure dans le journal de 7 h 00 de RTL, au moins 3 projets d'attentat ont été déjoués dans un temps récent, l'un des plus avancés d'ailleurs concernait le carnaval de Nice en février dernier ?

Bernard Cazeneuve
Moi je n'ai à confirmer aucune note classifiée, parce que...

Jean-Michel Aphatie
Qui va être publiée je crois jeudi...

Bernard Cazeneuve
Peut-être mais enfin ce n'est pas moi qui peux les rendre publiques, ça ne correspond pas...

Jean-Michel Aphatie
Manuel Valls.

Bernard Cazeneuve
Peut-être mais pas par le ministre de l'Intérieur ni par le ministre de la Défense qui sont soumis sur ce sujet-là à un certain nombre d'obligations, qui renvoient encore une fois au sens de l'Etat. Ce que je peux vous dire, c'est que tous les jours les services dont j'ai la responsabilité protègent, démantèlent des réseaux, déjouent des actes qui pourraient avoir des conséquences absolument dramatiques si nous ne démantelions pas ces réseaux ou si nous ne neutralisions pas ces acteurs. Donc oui, je vous confirme que nous agissons tous les jours, on n'en parle pas parce qu'il n'est pas nécessaire de parler de ce qui se fait et qui est de nature à protéger les Français. Vous avez remarqué que généralement... vous avez remarqué que généralement dans la fonction qui est la mienne, on ne parle pas de tout ce qui se fait tranquillement et qui donne des résultats, on ne parle que de ce qui ne fonctionne pas.

Jean-Michel Aphatie
Mais vous ne direz pas que la note est fausse, ce qui est une manière indirecte de la confirmer !

Bernard Cazeneuve
Je vous... mais je vous confirme que tous les jours, nous prenons des dispositions pour déjouer des actes qui pourraient avoir une extrême gravité. C'est mon rôle de ministre de l'Intérieur, j'ai des services qui tous les jours – avec des dispositifs précis, une coordination assurée par mes soins – agissent pour protéger les Français.

Jean-Michel Aphatie
Vous serez cet après-midi à Calais Bernard Cazeneuve ?

Bernard Cazeneuve
Oui.

Jean-Michel Aphatie
Où un afflux spectaculaire de migrants illégaux voulant passer en Angleterre trouble la vie de cette ville du Nord. Qu'allez-vous dire aux Calaisiens Bernard Cazeneuve ?

Bernard Cazeneuve
Je vais dire aux Calaisiens 3 choses, d'abord qu'il y a à Calais un problème humanitaire sérieux, tous ceux qui ont pris le chemin de l'exode et qui sont en nombre aujourd'hui à Calais, qui sont des migrants, qui relèvent pour beaucoup d'entre eux du droit de l'asile en France, n'ont pas pris le chemin de l'exode parce qu'ils étaient fascinés par le code Schengen. Ils ont pris le chemin de l'exode parce qu'ils étaient persécutés dans leur pays. Donc il faut trouver des solutions humaines et j'ai proposé, en lien avec la ville de Calais, que l'on mette en place...

Jean-Michel Aphatie
Un centre d'accueil de jour.

Bernard Cazeneuve
Un accueil de jour pour que personne n'ait faim, n'ait froid, ne soit exposé à des risques sanitaires pendant la période d'hiver. Deuxièmement, je souhaite qu'on sorte ces migrants des mains des filières de l'immigration irrégulière, et que l'on puisse leur proposer l'asile. C'est la raison pour laquelle, j'ai considérablement augmenté les effectifs de l'administration de l'asile à Calais, pour faire en sorte que l'on puisse proposer l'asile à ces migrants. Troisièmement, il y a des forces de sécurité supplémentaires à Calais pour sécuriser le port, pour sécuriser le centre-ville mais aussi – et j'y tiens – pour démanteler les filières de l'immigration irrégulière à Calais, qui sont de véritables filières de la traite des êtres humains. Et nous avons augmenté de 30 % le nombre de filières de l'immigration irrégulière démantelées à Calais en 2014.

Jean-Michel Aphatie
Vous exposerez tout à l'heure cela aux Calaisiens Bernard Cazeneuve...

Bernard Cazeneuve
Et je verrai aussi les associations qui font un travail absolument remarquable...

Jean-Michel Aphatie
Sur place bien sûr...

Bernard Cazeneuve
Et je leur dirai aussi ce que nous voulons continuer à faire avec elles dans la durée, parce que le problème de Calais c'est à la fois un problème européen, c'est un problème franco-britannique et c'est un problème franco français, j'exposerai la totalité des volets de notre action.

Jean-Michel Aphatie
Marine Le Pen était la semaine dernière à Calais, elle proposait ici même, c'était le 9 octobre, un débat avec vous Bernard Cazeneuve. Vous acceptez l'idée d'un débat avec Marine Le Pen ?

Bernard Cazeneuve
Mais moi...

Jean-Michel Aphatie
Sur ces questions-là ?

Bernard Cazeneuve
Avec Marine Le Pen, d'ailleurs regardez ! Je m'interrogeais sur ce qu'elle a dit, je viens de vous répondre...

Jean-Michel Aphatie
Est-ce que vous accepterez un débat formel avec elle ?

Bernard Cazeneuve
Mais moi j'accepte un débat formel avec elle dans les...

Jean-Michel Aphatie
Face à face ?

Bernard Cazeneuve
Mais écoutez ! Ça dépendra des conditions dans lesquelles on l'organise.

Jean-Michel Aphatie
Si RTL l'organise ?

Bernard Cazeneuve
Si c'est un débat qui permet d'aller au fond des choses oui, si c'est un pugilat avec de la démagogie et des mensonges qui permettraient à madame Le Pen de dire des bobards sans qu'à un moment donné, on soit en situation de rétablir les choses, non. Le débat toujours, le pugilat jamais, je vous l'ai dit, ce n'est pas mon tempérament.

Jean-Michel Aphatie
RTL essaiera d'organiser un débat et pas un pugilat entre vous Bernard Cazeneuve et Marine Le Pen...

Bernard Cazeneuve
Je vous souhaite beaucoup de courage.

Jean-Michel Aphatie
Un moment on y arrivera, vous allez voir.

Bernard Cazeneuve
Moi j'en ai mais j'en souhaite beaucoup à ceux qui...

Jean-Michel Aphatie
Si vous en avez, nous aussi on y arrivera. Un mot des drones qui survolent depuis plus d'un mois les centrales nucléaires françaises, ce phénomène vous inquiète-t-il Bernard Cazeneuve, savez-vous qui se trouve derrière ces drones ?

Bernard Cazeneuve
J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur ce sujet, pour dire que la meilleure manière d'être efficace en la matière est de ne pas dire ce que nous faisons, voilà. Donc je ne peux pas en dire plus ce matin parce que moi je...

Jean-Michel Aphatie
Mais est-ce que vous faites quelque chose...

Bernard Cazeneuve
Ah oui !

Jean-Michel Aphatie
Ségolène Royal dit « nous n'avons aucune piste ».

Bernard Cazeneuve
Non mais...

Jean-Michel Aphatie
Alors quand on n'a aucune piste, c'est dur de faire quelque chose...

Bernard Cazeneuve
Non, non, nous faisons des choses et ce que nous faisons, dès lors que l'on veut que ce soit efficace, n'a pas vocation à être rendu public.

Jean-Michel Aphatie
Bernard Cazeneuve...

Yves Calvi
Je n'ai donné aucune instruction autorisant des violences policières et je n'ai jamais songé à démissionner, vient de vous dire Bernard Cazeneuve le ministre de l'Intérieur. Merci à tous les deux.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 14 novembre 2014

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