Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à "20 Minutes" publié le 6 novembre 2014, sur la coopération européenne en matière de lutte contre le terrorisme et de maîtrise des flux migratoires en Méditerranée. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à "20 Minutes" publié le 6 novembre 2014, sur la coopération européenne en matière de lutte contre le terrorisme et de maîtrise des flux migratoires en Méditerranée.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : Q - Pourquoi réunir les ministres de l'Intérieur du G6 ce jeudi ?

R - Pour avancer sur deux sujets essentiels : la lutte contre le terrorisme et la question des migrations en Méditerranée.

Q - Cela n'intéresse que 6 des 28 pays de l'Union européenne ?

R - Non bien sûr, mais ces 6 pays ont l'habitude de se rencontrer pour formuler ensuite des propositions concrètes à l'ensemble de l'UE.

Q - Quelles propositions en matière de terrorisme ?

R - Il est impératif que nos polices partagent encore mieux leurs renseignements pour démanteler les filières terroristes.

Q - Elles le font déjà...

R - Il faut aller plus loin, en se dotant d'outils communs comme le PNR européen, permettant de mieux suivre le parcours des terroristes dans l'espace Schengen pour mieux les neutraliser.

Q - L'Europe n'y est pas vraiment favorable...

R - Tous les États membres soutiennent déjà cette initiative et nous devons maintenant convaincre le Parlement européen, qui est co-décideur. Je souhaite aussi des contrôles renforcés aux frontières sur certaines provenances et destinations.

Q - La Turquie, où transitent les candidats au djihad, livre-t-elle assez de renseignements ?

R - Nous sommes avec la Turquie dans une relation de confiance. Mais cette confiance peut être chaque jour approfondie.

Q - Bloquer un site va désormais être possible en France. Mais ailleurs en Europe ?

R - Plusieurs pays européens sont dans la même démarche que nous pour lutter contre la propagande terroriste sur le Net. Nous avons engagé cette réflexion avec les grands opérateurs internet qui nous ont fait part de leur volonté de procéder eux-mêmes à cette régulation. Le projet de loi antiterroriste que j'ai présenté au Parlement et qui vient d'être adopté prévoit que s'ils ne le font pas d'eux-mêmes, nous procéderons alors au blocage administratif.

Q - Même sur les réseaux sociaux ?

R - Les représentants de Facebook ont déjà répondu favorablement à cette demande de régulation. Ils ont reconnu que tout signalement qu'on pourrait leur transmettre en amont permettrait de réagir plus vite. Je rappelle que l'incitation au terrorisme ne relève pas de la liberté d'expression, mais du délit. Les partenaires de l'UE sont mobilisés et nous avançons ensemble.

Q - Autre enjeu du G6, les flux migratoires. Avec la fin du dispositif de secours Mare Nostrum, l'Europe abandonne-t-elle ses migrants en pleine mer ?

R - Bien sûr que non. L'opération Mare Nostrum était déployée par les Italiens près des côtes libyennes, ce qui a malheureusement conduit les filières criminelles de passeurs à mettre de plus en plus de migrants sur des embarcations de plus en plus dangereuses. Désormais, l'opération Triton [nom de la nouvelle opération, NDR], en plaçant ses bateaux au plus près des côtes européennes, permettra un véritable contrôle des frontières tout en permettant des sauvetages.

Q - L'UE semble se désintéresser de cette question...

R - Au contraire, l'Europe réagit, et la France n'y est pas pour rien: nous avons pris l'initiative de proposer ce plan qui est désormais la feuille de route de l'UE. 120.000 migrants ont traversé la Méditerranée depuis janvier. Toute l'Europe est concernée et sa réponse doit conjuguer humanité et responsabilité. Sur ce sujet comme pour d'autres, l'Europe n'est pas le problème, mais la solution.

Q - Pour résoudre la question des flux migratoires, vous avez suggéré que des policiers britanniques puissent venir à Calais. Pouvez-vous préciser ?

R - Non, je n'ai pas proposé cela. J'ai dit qu'il pourrait être utile que des fonctionnaires britanniques viennent expliquer aux migrants qu'ils ont intérêt à demander l'asile en France plutôt que d'essayer de passer en Grande-Bretagne. Cela figure d'ailleurs dans le plan que nous avons arrêté avec les Britanniques. Il prévoit aussi leur participation à la sécurisation du port de Calais à hauteur de 15 millions d'euros sur trois ans, et un travail commun dans le démantèlement des filières d'immigration irrégulière. Cet accord obtenu est une bonne nouvelle pour tous les Calaisiens.

Q - L'immigration clandestine est-elle le principal problème que l'UE aura à l'avenir à affronter ?

R - C'est une des problématiques à laquelle l'Europe doit répondre, en gardant à l'esprit que la principale cause de cette pression migratoire réside dans les conflits et guerres civiles qui ont récemment éclaté en Afrique. L'enjeu dépasse les frontières de l'Europe, il est international.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 17 novembre 2014

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