Interview de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, à "RMC" le 7 novembre 2014, sur la politique fiscale, les emplois d'avenir, les dépenses des collectivités locales, le débat sur les professions réglementées, en particulier celle de notaires. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, à "RMC" le 7 novembre 2014, sur la politique fiscale, les emplois d'avenir, les dépenses des collectivités locales, le débat sur les professions réglementées, en particulier celle de notaires.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin, Emmanuel MACRON, ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique. Emmanuel MACRON bonjour.

EMMANUEL MACRON
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Vous vous cramponnez, parce que le président se cramponne, vous comprenez Emmanuel MACRON ?

EMMANUEL MACRON
Toujours si c'est pour mieux faire ce qu'on a à faire, il faut se cramponner, il vaut mieux avoir des appuis solides.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! Vous allez être précis et concret ce matin. Nous allons commencer, François HOLLANDE répondait hier à plusieurs français, le troisième français interrogé – Hassen HAMOU – vient de Marseille, il parlait de la difficulté de mise en place et l'absence de succès des emplois d'avenir. Ecoutez ce qu'a dit François HOLLANDE.

(…) Extrait

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est l'Etat qui paie, c'est un état d'esprit ça, l'Etat qui paie, c'est nous l'Etat !

EMMANUEL MACRON
Mais je vous confirme que c'est nous, c'est le budget public et c'est voté. Ce sont 150.000 emplois en effet d'avenir, le président en avait fait une priorité pour les jeunes, pourquoi ? Parce qu'on est dans une situation qui est difficile, on a près de 10 % de taux de chômage dans le pays. Mais si vous regardez les choses en fait, on a aujourd'hui pour certains trop d'emplois aidés, pour d'autres pas assez, je constate juste qu'on en a moins qu'il y a 10 ans et on est dans une situation plus difficile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Emmanuel MACRON…

EMMANUEL MACRON
Ce n'est pas la solution à tout, je ne veux pas vous dire de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
François HOLLANDE a annoncé hier la création de 15.000 nouveaux emplois d'avenir, on est bien d'accord, sans condition de diplôme, c'est ce qu'il a dit…

EMMANUEL MACRON
Pas exactement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ab bon !

EMMANUEL MACRON
Il a orienté en priorité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Emplois verts.

EMMANUEL MACRON
Ces 15.000 emplois d'avenir vers en effet la transition énergétique, qui est une de priorité, façon de mettre en cohérence. Mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès le 1er janvier.

EMMANUEL MACRON
Dès le 1er janvier, ça a été voté, c'est-à-dire que ça fait partie des 45…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'a rien annoncé hier…

EMMANUEL MACRON
Il a expliqué, mais vous êtes incroyable, vous voudriez qu'il refasse des dépenses publiques…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah non, non, mais pas du tout, mais pas du tout…

EMMANUEL MACRON
Donc il a eu un discours responsable, le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça a été voté lundi à l'Assemblée nationale.

EMMANUEL MACRON
Il l'a dit le premier jour. Lundi à l'Assemblée nationale, 45.000 emplois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va créer…

EMMANUEL MACRON
Et 15.000 fléchés sur la transition énergétique. Donc il a raison de l'expliquer parce que sinon, on rentre dans un système infernal. Est-ce que vous annoncez tous les jours ce qui a été voté en début de semaine ? Non, donc on passe d'une mesure à l'autre dans un fracas continuel…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est vous qui les faites voter les mesures, ce n'est pas nous.

EMMANUEL MACRON
En l'espèce c'est le groupe parlementaire qui a voté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous en faites voter beaucoup trop d'ailleurs.

EMMANUEL MACRON
Vous savez, il y a une démocratie, donc il y a un débat parlementaire, c'est ainsi fait, vous et moi nous en héritons, c'est la Constitution de la 5ème qui le prévoit. Et donc le gouvernement fait des projets de loi, ils sont discutés à l'Assemblée et au Sénat et ils sont amendés, votés, promulgués. Donc là, il y a un projet de loi de finance qui est en cours de discussion, et il y a eu en effet 45.000 emplois aidés en plus. Mais avec ces 45.000 emplois aidés en plus, on reste quand même sous le niveau des emplois aidés d'il y a 10 ans, alors qu'on est dans une situation très difficile. Donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est de la dépense publique, les emplois aidés…

EMMANUEL MACRON
C'est de la dépense publique mais elle est plus utile que beaucoup d'autres parce qu'elle aide, elle aide les plus jeunes, ceux qui sont le plus loin de l'emploi. Tout le défi ensuite parce que la vérité, que veut un jeune ? Il faut tout faire pour qu'il ne soit pas décrocheur, c'est-à-dire pour qu'il ne soit pas chez lui oisif ou à faire d'ailleurs des bêtises, pire que ça. Donc l'emploi public c'est quand même… ou l'emploi aidé parce que ça n'est pas forcément un emploi public, c'est mieux que ça. Mais après que veut un jeune, il veut un vrai emploi, il veut un emploi plein et entier. Et donc pour ça, il faut débloquer l'économie, c'est ça la clé, c'est la priorité mais ça va prendre un peu de temps, donc il faut aider.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vais revenir sur la lenteur entre le moment où un projet de loi est présenté en Conseil des ministres et le moment où la loi est appliquée, on va y revenir Emmanuel MACRON à travers votre loi sur la croissance, projet de loi sur la croissance qui est très intéressant, mais vous allez nous apporter des précisions qui n'ont pas été apportées hier soir. Emmanuel MACRON, pas d'impôt nouveau a dit le président de la République en 2015, c'est bien cela, c'est ce que j'ai compris, ni en 2016, ni en 2017 ?

EMMANUEL MACRON
Il a dit qu'il n'y aurait pas d'impôt nouveau voté durant ces années…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voté, très bien.

EMMANUEL MACRON
Parce que… non mais soyons précis là-dessus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, justement.

EMMANUEL MACRON
Vous avez des textes qui sont en train d'être discutés, un projet de loi de finance, un projet de loi de financement de la Sécurité sociale, il y aura sans doute un projet de loi de finance rectificative, il passera en Conseil des ministres le 12 novembre prochain. Il y a dans ces textes des impôts nouveaux, des augmentations nouvelles en même temps que des baisses. A côté de ça il y a des baisses, et il y en a beaucoup, la suppression de la première tranche de l'impôt sur le revenu et le pacte de responsabilité et de solidarité. Donc il y a des hausses d'impôt dont on parle beaucoup, des baisses dont on parle beaucoup moins, tout ce qui sera voté d'ici la fin de l'année le sera et sera annoncé, donc il y aura une pleine visibilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si on parle moins des baisses, c'est qu'il y a eu plus de hausses.

EMMANUEL MACRON
Si vous prenez les masses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Depuis le début du quinquennat…

EMMANUEL MACRON
Financières, vous avez raison…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pardon, depuis le début du quinquennat.

EMMANUEL MACRON
Mais pourquoi, mais pourquoi ? Vous savez, j'adorerai à titre personnel qu'on puisse baisser tous les jours les impôts, on ne peut pas le faire parce qu'on a hérité d'une situation de finances publiques, mais ce ne serait pas responsable de ne pas en tenir compte. Alors je sais bien que chaque hausse, en particulier pour les ménages les plus modestes, les Français qui bossent et qui en ont assez de payer, qui ont le sentiment qu'on les harcèle, c'est insupportable. Mais c'est un esprit collectif, c'est pour qu'il faut se battre, j'y reviendrai sans doute…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! Alors donc pas de…

EMMANUEL MACRON
Mais là-dessus, on a donc ces impôts qui sont en train d'être discutés, baisses et hausses et modifications, j'imagine qu'on reparlera des petits sujets qui ont animé la semaine ou la semaine dernière, tout ça ce sera voté en fin d'année. Donc il y aura des augmentations comme des baisses prévues pour les années à venir, mais ce qu'a dit le président de la République c'est qu'il n'y aura pas de mesures nouvelles décidées en 2015

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de nouvel impôt.

EMMANUEL MACRON
16 et 17.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de nouvel impôt, peut-être des hausses sur certains impôts mais pas de nouvel impôt. Dites-moi Emmanuel MACRON, j'ai Steve par exemple qui fait la remarque : le président de la République annonce aucun nouvel impôt, d'accord, mais les collectivités seront moins dotées, ça veut dire quoi, ça veut dire que les impôts locaux vont augmenter ?

EMMANUEL MACRON
Alors pas forcément, ce qui était en discussion cette semaine, c'est la capacité donnée à des collectivités locales par exemple, dans les zones tendues, de pouvoir augmenter la taxation sur la résidence secondaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous confirmez ça ?

EMMANUEL MACRON
C'est en tout cas au débat, ça a été confirmé dans le débat par le ministre en charge du Budget…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable vous ?

EMMANUEL MACRON
Ce n'est pas l'Etat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement ?

EMMANUEL MACRON
Je vais vous dire, la grande injustice de cette affaire, c'est que c'est le gouvernement, l'Etat qui prend le coût politique de l'annonce, mais c'est de l'argent qui ira aux collectivités locales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord.

EMMANUEL MACRON
Dans certaines collectivités locales d'ailleurs parce que très peu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vous qui décidez quand même là.

EMMANUEL MACRON
Très peu le feront. On leur donne une faculté et en particulier à Paris, il y a beaucoup de logements vacants, ça leur permet de faire des rentrées fiscales sur des gens qui sont plutôt aisés, parce que c'est des gens qui ont une résidence secondaire à Paris qu'ils utilisent peu ; et dans une zone tendue où il faudrait libérer ce logement pour pouvoir le… ce n'est pas partout, je veux dire à Romorantin ou à Saintes, on ne va pas faire une taxation sur la résidence seconde, il faut être clair là-dessus, mais c'est une capacité donnée aux collectivités locales. Donc les collectivités locales, qu'est-ce qu'il faut faire ? Aujourd'hui tout notre problème depuis le début, c'est que depuis des années quand on veut réduire la dépense publique, on tape sur l'Etat et la Sécurité sociale, parce que ça on l'a à notre main. L'Etat… moi je le vois dans mon ministère, on a demandé des efforts colossaux à nos fonctionnaires, on leur gèle le salaire depuis des années, alors vous pouvez dire « ils ont la sécurité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et on va continuer d'ailleurs, et on va continuer ?

EMMANUEL MACRON
Ils ont la sécurité de l'emploi », c'est vrai, on continue, on continue. On a fait des restrictions de postes, or nos priorités, on fait beaucoup de restrictions de postes, il faut avoir le courage de le dire, c'est la vérité, on en fait plus que nos prédécesseurs hors de nos priorités, c'est-à-dire hors sécurité, justice, éducation. Au total, ça ne fait pas plus mais on a priorisé. Mais à côté de ça, les collectivités locales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le nombre de fonctionnaires a augmenté de 13.000…

EMMANUEL MACRON
A côté de ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En 2012.

EMMANUEL MACRON
Parce qu'on a financé nos priorités en particulier sur l'Education, quand on veut avoir plus de profs et qu'on veut bien les former, il faut mettre les moyens, et ça c'est une priorité, c'est la jeunesse. Mais à côté de ça, on n'était pas en capacité jusqu'alors de bien contrôler les finances des collectivités locales. Alors pourquoi ? Il y a un principe de libre administration de ces collectivités, mais si vous regardez les 10 dernières années, elles ont beaucoup plus embauché que l'Etat, elles ont parfois mieux payé, elles ont plus augmenté leurs impôts…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut qu'elles s'arrêtent, il faut qu'elles s'arrêtent.

EMMANUEL MACRON
Il y a des collectivités extrêmement vertueuses, il y en a d'autres qui le sont moins…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut qu'elles arrêtent et qu'elles soient responsables…

EMMANUEL MACRON
Et donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les responsabiliser…

EMMANUEL MACRON
De les responsabiliser davantage. Et un élu local vous savez, juste pour finir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très vite Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON
Un élu local, comme il est face à ses électeurs, comme le président de la République tous les 5 ans, son intérêt ce n'est pas d'augmenter ses impôts non plus, c'est d'être plus responsable. Maintenant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons…

EMMANUEL MACRON
Les efforts qu'on demande, ils sont difficiles en particulier sur l'investissement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
François HOLLANDE n'a pas parlé ou très peu du projet de loi croissance, libérer l'activité, grand chantier de la deuxième moitié du quinquennat, mi-décembre en Conseil des ministres, on est bien d'accord…

EMMANUEL MACRON
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Projet de loi, la date vous l'avez ?

EMMANUEL MACRON
Je ne veux pas donner des dates qui ne seraient pas précises, donc l'objectif c'est mi-décembre, on est encore en train de travailler…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Adoption par le Parlement au printemps, on est bien d'accord ?

EMMANUEL MACRON
Pour le printemps, tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord. Alors actionnariat et épargne salariale, baisse de la fiscalité ?

EMMANUEL MACRON
On a abîmé l'épargne salariale qui est une belle idée, qui est une idée forte, qu'est-ce que c'est l'épargne salariale, ça permet à ceux qui constituent le collectif de l'entreprise d'être autour de la table et d'avoir les mêmes intérêts que le patron. Et vous savez, il y a un des grands patrons français qui disaient : quand mes salariés sont mes actionnaires, je ne pense plus de la même façon. Et donc c'est ça qu'on veut…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors baisse de la fiscalité…

EMMANUEL MACRON
Donc on a augmenté là-dessus, donc on va aménager un petit peu le régime fiscal et social…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi aménager, baisser ?

EMMANUEL MACRON
Ça veut dire oui qu'on va donner…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez baisser la fiscalité !

EMMANUEL MACRON
J'attends les travaux… il y a un organisme qui est en charge, il faut faire le truc dans le bon ordre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui d'accord mais vous ?

EMMANUEL MACRON
Moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes pour ?

EMMANUEL MACRON
C'est qu'on puisse aménager sur ce dispositif… si…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aménager ça veut dire baisser…

EMMANUEL MACRON
Si les actions… oui mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça ne veut pas dire augmenter quand même.

EMMANUEL MACRON
Non parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord parce que vous ne voulez pas augmenter les impôts, donc ça ne veut pas dire augmenter quand même.

EMMANUEL MACRON
Non, on met rarement un dispositif en augmentant la fiscalité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc baisser la fiscalité…

EMMANUEL MACRON
Donc là-dessus, il y a des impôts, il y a des charges sociales, il y a les deux, il n'y a pas que la fiscalité, il y a les impôts et les charges, et donc si on garde suffisamment ses titres de l'entreprise, oui ! Il faut pouvoir baisser la fiscalité et les charges sur celle-ci…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est très bien.

EMMANUEL MACRON
Et il faut pouvoir aussi donner plus de marge de manoeuvre aux petites entreprises, parce que l'épargne salariale, quand je dis « on l'a abîmée », pourquoi ? Un, on en a fait un instrument de pouvoir d'achat, d'ailleurs on a dit aux gens « vous n'avez pas d'argent, on ne peut pas vous en donner, utilisez l'épargne salariale, le déblocage », ce n'est pas une idée honnêtement qui aide cet actionnariat de long terme. Et la deuxième chose, c'est que pour les moins de 50 salariés, c'était quasi impossible de le faire, et on va faciliter l'épargne salariale. C'est important… pardon, pour les salariés français, c'est aussi important parce que c'est ça l'investissement productif dans le pays, c'est-à-dire que ça défend, ça protège nos entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les professions réglementées, simplification de l'installation, on est bien d'accord ?

EMMANUEL MACRON
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus facile, ouverture du capital entre professionnels Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Révision des tarifs ?

EMMANUEL MACRON
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

EMMANUEL MACRON
Les tarifs pour beaucoup de ces professions n'ont pas été révisés depuis des décennies…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va augmenter donc.

EMMANUEL MACRON
Si ça a augmenté, ce serait beau. Non, pas du tout…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va augmenter ou pas ?

EMMANUEL MACRON
Non, pas du tout. Je prends l'exemple des tarifs des notaires qui sont une profession importante pour la sécurité juridique des Français, profession moi que je respecte beaucoup. Aujourd'hui, il y a un tarif qui crée d'ailleurs une péréquation, pour les petits actes c'est moins cher que le coût. Et après, on a un tarif forfaitaire avec un pourcentage en fonction de la transaction, ces tarifs datent de 1978. L'immobilier a augmenté de plus de 250 % depuis, donc on peut réviser quand même ces tarifs. Il ne s'agit pas de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Augmenter les tarifs quoi.

EMMANUEL MACRON
Non, les baisser, les baisser, les baisser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord.

EMMANUEL MACRON
Les protéger pour les petits actes où le tarif a un aspect redistributif, permettre que le notaire gagne sa vie, mais après on peut trouver un système où on rapproche les tarifs des coûts réels, parce que sur beaucoup de ces actes les tarifs se sont déconnectés des coûts, ils ont monté tout seuls. Donc là-dessus, la transparence qu'on va mettre et le mécanisme qu'on veut faire, c'est pour baisser ces tarifs, pourquoi ? D'abord pour les Français, c'est du pouvoir d'achat, ensuite pour les entreprises, les professionnels parce que c'est ce qu'on appelle « les intrants » pour l'entreprise. On parle toujours de la compétitivité des entreprises, les marges, une entreprise elle emploie, elle investit, elle se bat sur les marchés internationaux quand on réduit ses charges, qu'est-ce que c'est ses charges ? Les charges qu'elle paie pour l'Etat, on la réduit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va parler des entrepreneurs avec le MEDEF qui proteste…

EMMANUEL MACRON
C'est le pacte de responsabilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on va en parler.

EMMANUEL MACRON
Ensuite, on les baisse en baissant le coût de l'énergie, c'est ce qu'on a commencé à essayer de faire, on a pris des mesures très concrètes pour celles où l'énergie représente beaucoup. Et puis c'est ce qu'elles consomment en services, les services c'est votre avocat, votre notaire, votre comptable, etc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord…

EMMANUEL MACRON
Donc là, il faut baisser là-dessus les prix en mettant plus de transparence, parce que ça donne de la compétitivité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! Est-ce que les notaires vont pouvoir conserver le droit de céder leur clientèle ?

EMMANUEL MACRON
Alors ça c'est un vrai sujet, on est en train de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ou non ?

EMMANUEL MACRON
Finir la réflexion là-dessus, il y a un rapport parlementaire qui m'a été remis lundi par monsieur Richard FERRAND, qui a fait un énorme travail de concertation. Lui propose de supprimer ce qu'on appelle « le droit de présentation ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est-à-dire vendre sa charge.

EMMANUEL MACRON
Exactement, et ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vendre son étude.

EMMANUEL MACRON
Je vais vous dire, quelle que soit l'option technique qu'on prend… je veux être très précis, c'est pour ça que j'ai…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va vous coûter cher !

EMMANUEL MACRON
Cette prudence… non, non, non, il n'y aura pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ! L'indemnisation ?

EMMANUEL MACRON
Là-dessus, on sera très prudents Jean-Jacques BOURDIN, mais je vais vous expliquer le système dans lequel on vit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très vite parce que j'ai beaucoup de questions.

EMMANUEL MACRON
Aujourd'hui quand vous êtes notaire, vous avez… c'est un office public ministériel, c'est pour ça que c'est une fonction importante, vous êtes dans la protection juridique. Est-ce que c'est normal au 21ème siècle que vous pouvez avoir les diplômes, l'expérience et parce que vous n'avez pas un notaire qui a une charge et qui vous présente au Garde des Sceaux, vous ne pourrez jamais être notaire associé. Ce n'est pas l'idée que je me fais de la République du 21ème siècle. Donc il faut qu'on trouve les moyens, ce qu'on est en train de travailler techniquement c'est extraordinairement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on revient sur ce droit.

EMMANUEL MACRON
Donc on va revenir soit là-dessus soit sur les conditions d'installation pour que le résultat en tout cas soit qu'aujourd'hui, quelqu'un qui a le mérite, qui a l'expérience de l'activité et qui est reconnu comme étant capable d'être un notaire associé puisse le devenir sur le territoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Etat va-t-il céder les parts qu'il possède dans de nombreuses entreprises oui, entre 5 et 10 milliards d'euros ?

EMMANUEL MACRON
Oui, c'est ce que j'ai dit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous avez dit…

EMMANUEL MACRON
Dans les mois qui viennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien. Le travail le dimanche et en soirée, 12 dimanches, on est bien d'accord, ça ne bouge pas ?

EMMANUEL MACRON
Ça, ça sera porté à la discussion, il y a plusieurs dispositifs. Vous savez, ce qui crée de l'activité sur le travail du dimanche, d'abord un, il faut simplifier, rendre le dispositif plus lisible ; deux, il faut qu'il soit plus juste, c'est-à-dire qu'on mettra dans la loi le principe de compensation. Aujourd'hui, il y a des tas de zones en France où on travaille le dimanche. Vous savez, il y a 30 % des Français qui de manière occasionnelle ou régulière travaillent le dimanche. Donc qu'on n'aille pas non plus se pendre au rideau en disant « c'est affreux, ils proposent de travailler le dimanche », c'est la réalité et dans plein d'endroits du territoire, les Françaises et les Français qui travaillent le dimanche n'ont pas de compensation, on mettra le principe dans la loi. Ensuite, il faut renvoyer aux branches la négociation des modalités, mais là-dessus… donc ça c'est le point… ce qui crée de l'activité, c'est dans les zones à fort potentiel touristique et économique qu'on puisse ouvrir, même là où les élus sont un peu réfractaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou le soir, dimanche ou le soir.

EMMANUEL MACRON
Dimanche ou le soir. Et donc à Paris dans les zones touristiques connues…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai compris.

EMMANUEL MACRON
Dans certaines grandes zones touristiques, dans les gares de grands passages on le fera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Emmanuel MACRON, c'est très bien… très bien ce projet de loi, sauf qu'il a été présenté déjà par Arnaud MONTEBOURG… une partie avant l'été, qu'il va être présenté en Conseil des ministres en décembre, qu'il sera présenté aux députés au printemps et que les Français verront les effets de ce projet de loi dans un an…

EMMANUEL MACRON
Non, alors là vous avez tout faux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ! Et les décrets d'application paraîtront quand ?

EMMANUEL MACRON
Alors je vais… on va le faire étape par étape ensemble…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, non, moi je veux aller au bout.

EMMANUEL MACRON
Mais moi aussi je veux aller au bout, je vous rassure. Arnaud MONTEBOURG a fait un discours en juillet, il y avait beaucoup de propositions, beaucoup n'ont pas été retenues sur les professions réglementées, pourquoi ? Parce que je pense que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, on ne va pas revenir pourquoi…

EMMANUEL MACRON
Il y avait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, où on en est là !

EMMANUEL MACRON
Moi j'ai fait des premières annonces au nom de l'ensemble de mes collègues, parce que c'est un travail collégial, le président et le Premier ministre m'ont demandé de faire ces annonces le 15 octobre, première vague d'annonces, dans les prochaines semaines je les complèterai par d'autres annonces parce qu'on doit aller plus loin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, sur quoi ?

EMMANUEL MACRON
Bien sûr on doit aller plus loin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelles annonces, sur quel… dans quel secteur, dans quel domaine ?

EMMANUEL MACRON
Je ne vais pas vous faire des annonces aujourd'hui, je vous dis que je vais les faire dans les prochaines semaines…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pourquoi pas, pourquoi pas ?

EMMANUEL MACRON
Parce que je suis en train de vous expliquer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De quels domaines, dites-moi…

EMMANUEL MACRON
On va continuer à travailler, en particulier sur le marché du travail, le Premier ministre l'a dit, le président aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur le marché du travail !

EMMANUEL MACRON
Bien sûr, il faut aller plus loin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Rénover le Code du travail ?

EMMANUEL MACRON
Les partenaires sociaux sont en train de négocier et nous-mêmes, on fera des propositions. J'ai commencé à les esquisser…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Rénover le Code du travail ?

EMMANUEL MACRON
Sur le Conseil des Prud'hommes, avec François REBSAMEN nous continuons à travailler sur le sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Conseil des Prud'hommes pour raccourcir les délais évidemment…

EMMANUEL MACRON
Raccourcir les délais, simplifier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les simplifier ?

EMMANUEL MACRON
Bien sûr, c'est bon pour les Français, les Français les plus modestes et les patrons aussi, les petits chefs d'entreprise, ceux qui sont… qui se battent tous les jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le MEDEF lui, il veut pouvoir licencier…

EMMANUEL MACRON
Non, attendez ! Avant que vous disiez une autre question, je finis. Là, je vais refaire une série d'annonces, Conseil des ministres, ensuite vous allez au Parlement, je vais y aller très vite, quelques semaines après, on va discuter avec le Parlement et le Sénat d'ici au printemps, et ce sera voté. Je m'engagerai moi en parallèle, pendant qu'on fait la discussion, à donner un calendrier très précis de décrets d'application avec les dates…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors quand les décrets d'application…

EMMANUEL MACRON
Avec les dates, ils seront pris…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Selon vous, avant l'été ?

EMMANUEL MACRON
Dans la foulée de la loi, et donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant l'été ?

EMMANUEL MACRON
Et donc les premiers, je m'y engage, seront prêts avant l'été, les premiers décrets d'application avant l'été. Et surtout, je mettrai en place une petite équipe indépendante qui suivra, qui suivra, vous m'entendez bien, le projet qu'on met sur la table, son évolution en fonction des amendements, des décrets et qui en mesurera les effets, parce qu'il faut qu'on puisse rendre compte aux Français. Vous avez raison, on fait trop d'annonces qui ne sont pas suivies, et après les gens… on perd le fil de tout ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment.

EMMANUEL MACRON
On perd le fil. Donc moi, je veux que le fil soit suivi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça qu'on a perdu le fil hier soir.

EMMANUEL MACRON
Et qu'on ait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce que le président n'a pas parlé comme vous hier soir, pourquoi est-ce que ce n'était pas aussi précis Emmanuel MACRON…

EMMANUEL MACRON
Mais le président…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce que vous êtes concret et pas lui ?

EMMANUEL MACRON
Le président, il a été précis, vous savez c'est lui qui m'a élevé si je puis dire, donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais d'accord… oui mais enfin, vous êtes un bon élève. Dites-moi Emmanuel MACRON, compte pénibilité, loi Hamon, les salariés qui sont avertis de la vente d'une entreprise, alors là le MEDEF n'en veut pas, ras-le-bol, souffrance des patrons. Est-ce que les patrons souffrent en France ?

EMMANUEL MACRON
C'est très dur pour les patrons français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ils souffrent ?

EMMANUEL MACRON
C'est très dur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils souffrent ?

EMMANUEL MACRON
Il y a 3,5 millions de patrons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pouvez dire ce matin « les patrons souffrent » ?

EMMANUEL MACRON
La souffrance en particulier sociale ou économique, je la réserverai pour d'autres catégories de Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ils ne souffrent pas !

EMMANUEL MACRON
Si… non, je pense que certains patrons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils souffrent ou ils ne souffrent pas…

EMMANUEL MACRON
Oh ! Mais vous êtes terrible, vous voulez que…

(…) Brouhaha

EMMANUEL MACRON
Si je vous dis « les patrons souffrent », vous allez me prendre après l'exemple d'un patron du CAC 40 en disant « ah bon ! Il souffre ». Les patrons, c'est une réalité extraordinairement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Certains souffrent, alors est-ce que certains souffrent ?

EMMANUEL MACRON
Oui, certains patrons souffrent, c'est très clair parce qu'ils se battent au quotidien pour leur chiffre d'affaires, pour le carnet de commandes, pour maintenir parfois l'unique salarié qu'ils ont, donc oui c'est très dur, les patrons souffrent, vous avez raison.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un suicide tous les 25 jours.

EMMANUEL MACRON
Vous avez raison, mais je sais bien, les patrons souffrent, les patrons dans l'agriculture…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les PME… tous les 2 jours pardon.

EMMANUEL MACRON
Dans l'agriculture, dans les petites entreprises c'est très dur, dans certains secteurs comme le bâtiment c'est très dur, donc bien sûr qu'ils souffrent, bien sûr que c'est très dur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La loi Hamon, n'est-ce pas une hérésie, c'est ce qu'ils disent, ce n'est pas moi…

EMMANUEL MACRON
Mais la loi Hamon, la loi Hamon et la pénibi… moi j'ai… quand on est sur le terrain, je comprends qu'un petit patron…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à cette loi ?

EMMANUEL MACRON
Ecoutez ! Il y a une question, quand on est ministre de la République, ce n'est pas de savoir si on est favorable ou pas favorable quand une loi vient d'être votée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'appliquez…

EMMANUEL MACRON
Je suis républicain comme vous, je suis républicain comme vous. La pénibilité comme l'information des salariés, ce sont de belles idées, ce sont de grandes idées, elles ont été votées par la représentation nationale. Quel responsable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Semaine de mobilisation…

EMMANUEL MACRON
Quel responsable politique je serai si je vous disais « oui, non, la représentation nationale l'a votée mais vous savez quoi, on ne va pas le faire », non. Par contre, il faut réconcilier la réalité, il y a des belles idées. Ecoutez ! La pénibilité, c'est une belle idée, c'est une grande idée, c'est ce qui va nous permettre d'individualiser les droits des salariés, et de considérer que vous et moi le job qu'on fait, ça n'est pas le même que celui qui est tourneur-fraiseur ou qui passe la journée dans des situations extrêmement difficile, qui est dans une entreprise et qui se bat, ce n'est pas le même boulot. Donc c'est normal qu'il y ait des critères. Après, quand on est au réel dans le quotidien, je comprends parfaitement le fait que ça puisse paraître insupportable pour un petit patron qui dit « vous m'avez pris 10 décrets, je vais avoir des tas de critères qui pour la pénibilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ça la simplification ?

EMMANUEL MACRON
Mais comment je vais faire parce que je vais devoir informer mes salariés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ça la simplification ?

EMMANUEL MACRON
Donc qu'est-ce qu'on fait, d'abord on concerte avant de le faire, ce qu'a fait François REBSAMEN sur la pénibilité, il y a eu un gros boulot de fait. Un gros travail organisé par Michel de VIRVILLE. Et là le président de la République l'a dit hier soir, qu'est-ce qu'on va faire sur des deux dispositifs ? On les garde, on les applique, mais on les met sous observation et sous évaluation parce que dans notre pays, moi je vais au bout de votre raisonnement, Jean-Jacques BOURDIN, il faut évaluer pour corriger. Il faut arrêter de faire des annonces et de sauter d'une annonce à l'autre. Si je vous disais ce matin, vous savez quoi, on a décidé d'abandonner, vous me prendriez pour un irresponsable ou un déséquilibré, on a voté ça en juillet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez abandonner autre chose.

EMMANUEL MACRON
Non, donc là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La puce sur les permis de conduire par exemple, je referme la parenthèse…

EMMANUEL MACRON
Mais moi je peux vous le faire ça, non, non mais je vous ai entendu tout à l'heure, la puce sur les permis de conduire…. Non mais depuis tout à l'heure vous nous assassinez là-dessus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne vous assassine pas.

EMMANUEL MACRON
Moi, je n'y connais rien à ce sujet, donc j'ai appelé Bernard CAZENEUVE sans la voiture, mieux vaut appeler les gens qui savent directement, je ne vais pas vous raconter des cracs. Je l'ai appelé dans la voiture, je lui ai dit, Jean-Jacques BOURDIN va m'attraper sur la puce, il m'a expliqué l'affaire, il m'a dit les marchands étaient passés, ils sont défectueux. Donc comme caractéristique des marchés qui ont été passés sur la puce qui sont défectueux, ça ne marche pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui les a passé ces marchés ?

EMMANUEL MACRON
Ils ont été mal passés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par qui ?

EMMANUEL MACRON
Par qui, nos prédécesseurs et pour partie par nos services.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par vous.

EMMANUEL MACRON
Oui par nous, de toute façon on est toujours responsable, donc ça on ne se défile pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'aime bien ça.

EMMANUEL MACRON
Non mais je vous le dis. Donc il y avait des marchés défectueux. Deux, il m'a dit, on a regardé les couts par rapport à la réalité, il m'a dit, il y a deux pays qui le font la France et je crois que c'est la Lituanie l'autre. Posez-vous la question, pourquoi l'Allemagne, la Grande Bretagne et l'Italie ne le font pas ? Donc il y a moyen d'avoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi avoir voulu le faire alors ?

EMMANUEL MACRON
… un degré de sécurité sans faire ça, donc quand on est parti pour faire une bêtise, vous savez quoi, le mieux c'est de le corriger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vaut mieux s'arrêter oui. Remarquez l'écotaxe…

EMMANUEL MACRON
Vous voulez qu'on…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non je termine… je termine avec ce témoignage, écoutez bien ce témoignage.

SANDRINE, SALARIEE CHEZ GAD
Voilà toujours des promesses, des promesses et jamais d'acte donc voilà, nous les illettrés, on attend quelque chose de sa part, qu'il vienne nous voir, qu'il vienne voir ce que les illettrés sont capables de faire. Je ne sais pas, est-ce qu'il y a une certaine peur de sa part, ou d'être pris à partie, de prendre peut-être des tomates dans la figure, peut-être je ne sais pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sandrine de GAD. Vous êtes allé les voir, vous allez les voir ou pas. Vous n'y êtes pas allé jusqu'à maintenant ?

EMMANUEL MACRON
Je n'y suis pas allé et j'irais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous y allez quand.

EMMANUEL MACRON
Je tiens mes promesses. J'irais à un moment où je ne vous le dirais pas, vous savez quoi, parce que ce n'est pas show politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je n'ai pas envie de le savoir, mais vous irez ?

EMMANUEL MACRON
Bien sûr que j'irais, je tiens toujours mes promesses, je tiens mes engagements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais que ça vous a touché.

EMMANUEL MACRON
Oui, ça m'a touché.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une bêtise…

EMMANUEL MACRON
Ecoutez, je vais vous dire, vis à vis de ces femmes et de ces hommes, ce n'est pas une bêtise, c'est une faute. Je l'ai dit, c'est une faute, parce que je les ai blessé, ce n'est pas ce que je voulais faire. Vis-à-vis des belles âmes, de tous ceux qui m'ont donné des leçons, voire qui m'ont insulté parce que j'ai dit qu'il y avait un problème d'illettrisme en France, en prenant cet exemple et que j'ai dit qu'il y avait un problème de mobilité sur les territoires, sur cela non seulement je ne vais pas m'excuser, mais je vais leur dire que ce sont eux qui ont tort parce que si les belles âmes pensent qu'en se voilant la face, en ne nommant pas la réalité, on aide à la résoudre, ils se trompent et on meurt de ça aujourd'hui dans ce pays. Donc c'est ça la réalité. Maintenant par rapport à l'engagement que j'ai fait, j'ai parlé aux élus, aux responsables syndicaux, aux gens de terrain, si j'étais allé dans la foulée, si j'y étais allé là alors qu'il y a un plan social, une restructuration, c'était quoi, j'y allais quoi sur le terrain ? Pour leur faire des promesses, que je n'aurais pas pu tenir, pour leur dire voilà le messie, je me suis planté, à la radio j'ai fait une faute vis-à-vis de vous mais je vais vous sauver d'un plan social, je ne sais pas le faire, ça n'est pas vrai. Il y a un plan social qui est en cours, qui se passe d'ailleurs mal dans des conditions que je déplore, c'est-à-dire qu'en plus il y a eu des humiliations et ce n'est pas normal. Mais donc je ne veux pas être un démago, je ne vais pas aller sur le terrain maintenant pour faire des fausses promesses à ces salariés ou pour aller, pardon de la formule familière, me faire la cerise parce que ce serait bien et ce serait bien pour mon image. Donc j'irais, mais j'irais à leurs conditions et aux miennes ; pas celles du système médiatique. J'irais pour un échange humain et sincère et je n'irais pas pour raconter des cracs, pour faire des promesses ou pour aller jouer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Emmanuel MACRON.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 novembre 2014

Rechercher