Interview de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, à "France Bleu", le 14 novembre 2014, sur la place des robots dans l'activité industrielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, à "France Bleu", le 14 novembre 2014, sur la place des robots dans l'activité industrielle.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel.

FRANCE. Ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique

Circonstances : Déplacement d'Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, à Méaulte (Somme), le 14 novembre 2014

ti : VALERIE MASSIP
Emmanuel MACRON, vous serez sur le site d'AEROLIA à Méaulte dans une heure environ. C'est votre premier déplacement officiel dans la Somme. Vous venez donc parler de modernisation des usines. Mettre plus de robots à la place des hommes, c'est la seule solution pour maintenir une activité industrielle en France ?

MONSIEUR LE MINISTRE EMMANUEL MACRON
Non, je ne dirais pas les choses comme cela. La France a raté une occasion il y a une vingtaine d'années qui est celle de la robotisation justement. Nos voisins l'ont fait beaucoup plus que nous, les Allemands comme les Italiens. Il y a plus de robots dans les usines italiennes comme dans les usines allemandes, deux fois plus en Italie et en Allemagne cinq fois plus de robots que dans les usines françaises.

VALERIE MASSIP
Alors comment on rattrape ce retard ?

EMMANUEL MACRON
J'entendais vos questions aux auditeurs et je vois ce qu'il y a derrière votre question. Il ne faut pas pour autant inquiéter les Françaises et les Français avec ce point. Je disais qu'en Allemagne il y a cinq fois plus de robots que dans les usines françaises et le chômage est deux fois inférieur. Robotiser, c'est donc moderniser pour être plus compétitif pour gagner des parts de marché.

VALERIE MASSIP
Et en Italie ?

EMMANUEL MACRON
Dans l'Italie du nord qui a là aussi largement plus robotisé que la France, le chômage est beaucoup plus faible qu'en Italie du sud qui a peu robotisé. Donc robotiser, c'est aussi moderniser ? Surtout, et c'est ce que je viens voir ce matin dans la Somme, ce sont les investissements qu'a fait le conseil régional autour d'une plateforme “Usine du futur? IndustriLAB qui a fait beaucoup de travail sur ce sujet et AEROLIA qui, là aussi, a investi pour moderniser, et c'est ça le message que je veux passer. On peut gagner la prochaine bataille industrielle si nous investissons et si nous modernisons nos usines, parce que cette bataille est celle qui va consister justement à rendre nos usines plus modernes, à mettre du numérique dans nos usines, des services. C'est ça cette nouvelle frontière industrielle à laquelle je veux que nous nous préparions.

VALERIE MASSIP
Il y a une étude du cabinet Roland Berger qui dit que les automates supprimeraient trois millions d'emplois en France d'ici 2025 et que, du coup, le taux de chômage augmenterait.

EMMANUEL MACRON
Absolument pas. Les études qu'ont faites Roland Berger, qui est en effet un cabinet de conseil allemand, elles consistent à regarder les impacts de l'évolution du digital. Certains emplois vont progressivement être supprimés, pas dans les années qui viennent mais dans les décennies qui viennent, et remplacés par d'autres. Ce changement technologique qui est en cours, qui est celui qui va avec la révolution numérique, il faut le préparer et c'est pour cela qu'il faut investir. Il faut donc que nous puissions nous adapter à cette révolution, il faut que nous puissions réussir à construire différemment les objets qui correspondent aux nouveaux usages.

VALERIE MASSIP
En combien de temps Emmanuel MACRON, puisque vous l'avez dit vous-même, on a beaucoup de retard sur nos voisins dont les Allemands ?

EMMANUEL MACRON
Ça commence maintenant, il faut aller très vite. Je pense qu'il faut se donner un cap à cinq-dix ans parce que celui-ci est raisonnable. Ça suppose de mieux équiper nos usines, réussir à trouver cette alliance entre l'industrie, le numérique et les services et avoir une politique extrêmement ambitieuse de formation des salariés.

VALERIE MASSIP
Oui, parce qu'on pense à leur niveau de qualification, notamment en Picardie. Qu'est-ce qu'on leur fait faire du coup à ces salariés ?

EMMANUEL MACRON
Ces salariés pour beaucoup continueront à faire la même chose, à le faire différemment parfois lorsque les pratiques changeront. Ça dépend vraiment des secteurs, il ne faut pas en tirer des généralités. Mais surtout, lorsqu'il faut évoluer il faut anticiper. C'est pour ça qu'i ne faut pas regarder le futur comme une réalité à craindre, mais comme des opportunités à saisir. Il faut anticiper, dès maintenant s'y préparer et donc mieux former nos salariés. On a l'année dernière mené une réforme de la formation professionnelle, il faut aller beaucoup plus loin encore pour préparer justement nos salariés à ces nouvelles tâches, à ces nouvelles missions et en effet mieux les former. Parce que cette industrie de demain, ce qu'on appelle l'industrie 4.0, elle nous demandera d'autres tâches, parfois de faire un peu plus de service que de production même. Vous savez, on va développer ce qu'on appelle la production sur place avec parfois des imprimantes 3D et on pourra produire des objets grâce au numérique presque sur site. Ce seront donc d'autres tâches, d'autres missions, et il faut qu'on prépare tout cela ensemble. Il n'y aurait pas des gens qui prépareraient dans des bureaux cette révolution industrielle et puis des salariés qui auraient à la subir. C'est tout le contraire qu'il faut faire.

VALERIE MASSIP
Emmanuel MACRON, on en profite puisque vous êtes donc le ministre de l'Economie. Autre sujet dans la région : la fermeture de l'usine de pneus GOODYEAR à Amiens, c'était il y a dix mois. Où en est le projet de reprise par l'Américain TITAN ?

EMMANUEL MACRON
Les entreprises discutent encore aujourd'hui, nous surveillons cela de près. Je n'ai pas de déclaration à faire sur le plan politique mais je peux vous dire qu'il y a des discussions qui continuent entre l'investisseur américain et la maison-mère.

VALERIE MASSIP
Il y a aura un jour selon vous à nouveau de l'activité dans l'usine GOODBYEAR pour fabriquer des pneus ?

EMMANUEL MACRON
Je pense que c'est possible et je l'espère fortement. En tout cas, nous y veillons.

VALENTINE MEYER
Emmanuel MACRON, ministre de l'Economie, invité de France Bleu Picardie ce matin. Voici maintenant des questions où on vous demande, s'il-vous-plaît, de répondre par oui ou par non.

EMMANUEL MACRON
D'accord.

VALERIE MASSIP
Vous, vous dites qu'il y aura une hausse des impôts l'année prochaine en France ?

EMMANUEL MACRON
Non.

VALERIE MASSIP
On parle beaucoup ce matin du marché de Noël à Amiens qui ouvrira vendredi prochain. On pourra vous y croiser cette année ?

EMMANUEL MACRON
Ah ! J'ai le droit de dire : “Je l'espère? ?

VALERIE MASSIP
Vous revenez en tout cas régulièrement à Amiens ?

EMMANUEL MACRON
Pas assez à mon goût. Je n'y suis pas revenu depuis que je suis ministre. Je suis passé mais je n'ai pas pu rester.

VALERIE MASSIP
Est-ce que justement vous êtes plus heureux au gouvernement qu'à la Banque Rothschild ?

EMMANUEL MACRON
Oui, mais j'étais heureux aussi à la Banque Rothschild parce que j'y ai beaucoup appris, mais je suis très heureux au gouvernement.

VALERIE MASSIP
Et enfin, vous êtes amateur de chocolats ?

EMMANUEL MACRON
Oui, résolument.

VALERIE MASSIP
Un petit clin d'oeil ; on vous verra peut-être au marché de Noël en train d'acheter des chocolats à Amiens, peut-être du côté d'une des fameuses boutiques. C'est la boutique Trogneux.

EMMANUEL MACRON
Ce n'est pas à moi de faire de la publicité mais vous êtes bien renseignée en effet.

VALERIE MASSIP
Ce n'est pas la seule, on pourrait citer les autres. Bonne route vers AEROLIA à Méaulte.

EMMANUEL MACRON
Merci à vous, au revoir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 novembre 2014

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