Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à BFM TV le 20 novembre 2014, sur les tarifs réglementés de l'énergie, le survol de centrales nucléaires par des drones, le barrage de Sivens, les portiques d'Ecomouv' et la lutte contre la pollution. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à BFM TV le 20 novembre 2014, sur les tarifs réglementés de l'énergie, le survol de centrales nucléaires par des drones, le barrage de Sivens, les portiques d'Ecomouv' et la lutte contre la pollution.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Ségolène ROYAL, bonjour.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous, ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie. J'ai vu que vous étiez la personnalité politique la plus populaire chez les sympathisants socialistes.

SEGOLENE ROYAL
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes heureuse de ça, non ? C'est dans « Le Point » ce matin.

SEGOLENE ROYAL
Pourquoi pas, oui, ce qu'il faut c'est savoir ce qu'il faut en faire. Moi mon souci c'est d'être efficace, de m'appuyer sur la façon dont, peut-être, les citoyens entendent ce que je dis sur la question de la possibilité de sortir de la crise grâce à la transition énergétique, c'est-à-dire grâce à un autre modèle économique, un autre modèle de société, je crois que c'est ça qui explique ceci.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va en parler. Justement, puisque nous sommes sur l'énergie. Le gaz va baisser, 1er décembre ?

SEGOLENE ROYAL
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien ?

SEGOLENE ROYAL
Ecoutez, il va baisser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va baisser, mais combien ?

SEGOLENE ROYAL
Ce n'est pas le gouvernement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne savez pas, vous ?

SEGOLENE ROYAL
Ce n'est pas le gouvernement qui décide de l'évolution, en tout cas ce qui est clair c'est que tant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sont les tarifs réglementés.

SEGOLENE ROYAL
Tant sur l'électricité, que sur le gaz, vous avez vu qu'il y a une modération des augmentations, voire une baisse des prix, parce que je suis très soucieuse, le gouvernement est très soucieux de la protection du pouvoir d'achat des Français. Ce qui se faisait avant, c'est-à-dire une augmentation automatique, sans régulation, sans contrôle, aujourd'hui ça a changé, puisque j'ai modifié les modes de fixation des tarifs d'électricité, et au lieu d'augmenter de 5%, je vous le rappelle, ils ont augmenté de 1,6%.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, le gaz va baisser, apparemment 0,79% hors taxe en moyenne, à partir du 1er décembre. L'électricité, 1er janvier ça augmente ?

SEGOLENE ROYAL
Pour l'instant rien n'est décidé encore.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Rien n'est décidé ?

SEGOLENE ROYAL
Puisque grâce à la modification, à la réforme que j'ai faite sur la façon dont sont fixés aujourd'hui les tarifs, qui sont beaucoup plus contrôlés, nous contrôlons la réalité de l'augmentation du coût de la production, et nous demandons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il y aura une augmentation au 1er janvier ?

SEGOLENE ROYAL
Je ne sais pas encore, j'espère que non, puisqu'une augmentation vient d'avoir lieu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est pour ça.

SEGOLENE ROYAL
Qui, je le rappelle, était beaucoup moins importante que prévu, puisque j'ai annulé la hausse de 5% pour bien calculer les frais réels de production de l'électricité, et on a observé que ces frais réels n'étaient pas tout à fait ceux qui étaient avancés, donc l'entreprise ne peut pas être à la fois juge et parti, aujourd'hui il y a un contrôle de la Commission de Régulation de l'Energie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous ne savez pas si ça va augmenter au 1er janvier ?

SEGOLENE ROYAL
Et heureusement, bien sûr que non, puisque ça va être fonction à la fois du prix du marché…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes opposée à toute augmentation au 1er janvier ou pas ?

SEGOLENE ROYAL
Je suis opposée à toute augmentation non justifiée, et jusqu'à présent il y avait des augmentations non justifiées, auxquelles nous avons mis fin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ségolène ROYAL, un mot de politique avant de passer à l'écologie et au développement durable, un mot de politique. Ça fait un peu de bruit depuis 2 jours maintenant, Thierry MANDON, qui est membre du gouvernement, qui juge indispensable une primaire à gauche pour 2017, élargie aux Radicaux, aux écologistes et à tous ceux qui voudront y participer. Vous aussi vous la jugez indispensable ?

SEGOLENE ROYAL
Je me suis fixé un principe qui est de ne pas parler des échéances électorales futures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon !

SEGOLENE ROYAL
Les Français ils ont envie qu'on agisse là où on est, aux responsabilités que l'on a.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais ils ont envie de savoir aussi ce qui va se passer, ou ce qui pourrait se passer.

SEGOLENE ROYAL
Non, les Français ils veulent savoir ce qui va se passer aujourd'hui, pour eux, pour leurs enfants, pour l'éducation de leurs enfants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais ça on va en parler.

SEGOLENE ROYAL
Pour le travail, pour la lutte contre le chômage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne pouvez pas évacuer comme ça une question.

SEGOLENE ROYAL
Si, je l'évacue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi vous l'évacuez ?

SEGOLENE ROYAL
Parce que ma façon de faire de la politique c'est de m'occuper du travail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas aucune idée sur cette question ?

SEGOLENE ROYAL
Non, ça ne m'intéresse pas de savoir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Absolument pas ?

SEGOLENE ROYAL
Non, ce qui m'intéresse c'est de savoir si oui ou non nous allons redresser le pays, si oui ou non nous allons rendre la confiance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça ne vous intéresse pas de savoir si la gauche sera présente au second tour en 2017 ?

SEGOLENE ROYAL
Ça m'intéressera le moment venu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui peu importe, qu'elle soit présente ou pas ?

SEGOLENE ROYAL
Mais pourquoi peu importe ? Ce n'est pas peu importe, c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ! J'espère pour vous, enfin je ne sais pas moi, je…

SEGOLENE ROYAL
Ce n'est pas peu importe, c'est que la réponse à cette question dépend du travail que nous faisons aujourd'hui. Vous savez, les Français ils sont très concrets, ils regardent ce qui se passe, ils aiment la politique par la preuve.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, vous avez aimé les primaires, Ségolène ROYAL, vous y avez participé, vous avez aimé, c'était utile les primaires, non ?

SEGOLENE ROYAL
Je ne veux pas alimenter le débat politicien des futures échéances électorales, travaillons aujourd'hui et maintenant, sur ce que nous avons à faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais vous avez aimé les primaires, c'est un bon système les primaires.

SEGOLENE ROYAL
Ça dépend du contexte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, ça dépend du contexte !

SEGOLENE ROYAL
Ça dépend du contexte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc 2017 on a un président de la République, primaires, bon, d'accord !

SEGOLENE ROYAL
Je ne veux pas… parlons de choses opérationnelles, concrètes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, parlons de vous.

SEGOLENE ROYAL
Parlons de moi, oui, de ce que je fais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pourriez être candidate à une primaire, vous ?

SEGOLENE ROYAL
Ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais vous avez dit « qui sait », vous avez dit « pourquoi pas », vous avez laissé la porte ouverte. Vous l'avez fait, non ?

SEGOLENE ROYAL
Ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui, le sujet d'aujourd'hui qu'est-ce que c'est pour moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y venir.

SEGOLENE ROYAL
Je prépare la conférence environnementale, je prépare le sommet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y venir. Je vais y venir. Et je vais vous parler des autoroutes, et je vais vous parler…

SEGOLENE ROYAL
La conférence internationale sur la planète.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et je vais vous parlez… mais, vous n'évacuez pas totalement une éventuelle participation.

SEGOLENE ROYAL
J'évacue, et la question, et la participation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous évacuez la participation ?

SEGOLENE ROYAL
Je ne vais pas revenir là-dessus Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trs bien. Vous ne serez pas candidate, donc, si j'ai bien compris. Les jihadistes, ces jeunes qui partent en Syrie, qui reviennent après en France, évidemment la justice va les condamner, mais est-ce qu'il faut ouvrir, je ne sais pas moi, des centres de rééducation ? Vous avez travaillé sur la question un temps, dans votre carrière politique.

SEGOLENE ROYAL
D'abord c'est une abomination, une abomination, une barbarie sans nom, découvrir en plus qu'il y a des Français qui se sont laissés entraîner dans cette abomination, c'est vrai que ça pose une vraie question. Le gouvernement a mis en place, vous le savez, tout un dispositif, un plan de lutte contre la radicalisation, avec un numéro vert, il faut que les entourages soient très vigilants, regardent ce qui se passe aussi sur Internet, et donc nous devons impérativement traquer le recrutement, traquer les…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et insister peut-être plus, au collège et au lycée, sur les dangers d'Internet ?

SEGOLENE ROYAL
Exactement, je pense aussi, oui, et sur les dangers de cet engagement, qui n'en n'est pas un, parce qu'on découvre des jeunes qui pensent qu'ils se font avoir sur un engagement au service d'une cause, et qui se retrouvent dans des bandes criminelles et de barbares, et donc, en effet, l'information paraît absolument cruciale, et surtout, je le répète, la vigilance des proches, qui disposent aujourd'hui d'un numéro vert et d'un appui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il faut – vous avez été ministre de l'Enseignement scolaire – est-ce qu'il faut renforcer l'apprentissage du fait religieux à l'école ?

SEGOLENE ROYAL
Je crois qu'il ne faut surtout pas tout mélanger, on ne peut pas mélanger le fait religieux et ces actes de barbarie, et tous ces amalgames sont très dangereux et sont détestables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Les drones, qui survolent nos centrales nucléaires, ne sont toujours identifiés ?

SEGOLENE ROYAL
Pas encore, mais il me semble que ce soit une forme de provocation pour faire croire que nos centrales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas encore, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on va identifier certains pilotes de ces drones ?

SEGOLENE ROYAL
En tout cas le dispositif est mis en place pour sécuriser, pour identifier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça, ça fait plusieurs jours qu'on nous l'a dit, mais pour l'instant n'a été identifié.

SEGOLENE ROYAL
Personne n'a été identifié pour l'instant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que des identifications sont en cours ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, des procédures sont en cours, des informations commencent déjà à nous remonter, mais je ne peux en dire plus, bien évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais il y a donc des identifications en cours, de pilotes ?

SEGOLENE ROYAL
Il y a des identifications en cours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De pilotes de drones ?

SEGOLENE ROYAL
Je ne peux pas en dire plus pour l'instant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Drones qui sont toujours, eux, non…

SEGOLENE ROYAL
Non, mais qu'est-ce c'est qui est important, c'est de savoir si oui ou non nos centrales nucléaires sont vulnérables. La réponse est non. La réponse est non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La centrale en elle-même, non, mais certains éléments des centrales sont vulnérables, vous le savez.

SEGOLENE ROYAL
Je crois qu'on ne peut pas laisser porter atteinte à la crédibilité de notre filière nucléaire de cette façon-là, en supposant que des drones vont pouvoir porter atteinte à la sécurité de nos centrales. Elles sont construites, les centrales, d'abord pour résister aux secousses sismiques, donc vous imaginez, et même à la chute d'un avion sur la centrale. Donc, par définition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les piscines, par exemple, d'eaux usées, sont vulnérables, dans les centrales.

SEGOLENE ROYAL
Les piscines ne sont pas vulnérables par un drone, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par une bombe jetée, larguée par un drone, non ? Tout ça c'est du fantasme ?

SEGOLENE ROYAL
Sortons de la science-fiction. Non, tout ça est une forme d'insinuation sur la sécurité de nos centrales nucléaires. Moi, ministre de l'Energie, je ne laisserai pas porter atteinte à la réputation de nos centrales nucléaires par, en effet, des supputations qui relèvent de la science-fiction.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A propos de centrales nucléaires, Ségolène ROYAL, la réputation de l'EPR de Flamanville en prend un coup, non ?

SEGOLENE ROYAL
Pourquoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi, parce que ça fait des années… parce que ce chantier est reporté d'année en année, que ça coûte de plus en plus cher, 3 milliards au départ, qu'on est à 8,5 milliards, de coût…

SEGOLENE ROYAL
Mais c'est un chantier considérable. Donc là, de quoi s'agit-il ? Il s'agit de quelques mis de retard par rapport à l'éventualité d'une ouverture en 2016, qui est reportée en 2017, au moins, vous voyez, il y a la…

JEAN-JACQUES BOURDIN
2017, ouverture maintenant ?

SEGOLENE ROYAL
C'est ce qui a été dit hier par l'entreprise, donc nous sommes en train de regarder les tenants et les aboutissants, de façon sérieuse, de façon posée, de façon transparente. Et la preuve que les choses sont transparentes, c'est que les choses ont été dites.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sivens, est-ce que vous confirmez que Bruxelles pourrait engager contre la France une procédure d'infraction à la réglementation européenne ?

SEGOLENE ROYAL
Pour l'instant nous en sommes au stade des investigations, mais ce qu'il faut souligner c'est que cette procédure s'inscrit dans le cadre du projet précédent, que le Conseil général du Tarn a suspendu, vous le savez. En tout cas ça reflète un élément que nous connaissions, puisque les experts que j'ai envoyés sur place l'ont relevé, c'est que la Commission européenne était légitime à engager une enquête puisque des fonds européens avaient été sollicités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

SEGOLENE ROYAL
Eh bien écoutez, au moins dans cette investigation on aura peut-être des éléments supplémentaires, qui permettront…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si Bruxelles stoppe le projet, ça vous arrange, non, franchement ?

SEGOLENE ROYAL
Mais Bruxelles ne peut pas stopper un projet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ne peut pas ?

SEGOLENE ROYAL
Bruxelles peut donner des éléments d'évaluation de la qualité de la gestion de l'eau, de la protection des zones humides, de la suffisance, ou non, des contreparties environnementales liées à la destruction…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et de l'utilisation de l'eau.

SEGOLENE ROYAL
Et de l'utilisation de l'eau, moi ce que je considère c'est qu'aujourd'hui le dialogue a été renoué, ce que l'on disait impossible est devenu possible. j'ai rassemblé l'ensemble des parties prenantes autour de la même table, les uns et les autres ont commencé à se reparler, apprendre à se respecter, et mon travail consiste maintenant à faire émerger une solution de réconciliation, qui va permettre d'apporter de l'eau aux agriculteurs qui en ont besoin pour vivre, d'apporter de l'eau à la rivière qui s'appelle le Tescou, à la rivière du Tescou, pour que l'équilibre écologique soit maintenu, donc, ce que j'ai expliqué aux uns et aux autres c'est que, voyez, au lieu de se disputer et de s'opposer, et au lieu de recourir à la violence, parlons-nous et essayons de faire émerger des solutions intelligentes, qui permettent de concilier le développement économique, l'équipement du pays, et en même temps la protection environnementale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
ECOMOUV, vous étiez en Italie. Vous avez parlé avec l'actionnaire principal d'ECOMOUV. Le gouvernement est prêt à négocier, on est bien d'accord. Négocier ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la société ECOMOUV sera indemnisée ; vous proposez une indemnisation.

SEGOLENE ROYAL
C'est prévu dans le contrat. Vous savez que si je n'avais pas suspendu ce contrat, c'étaient deux milliards qui étaient prévus de rémunération de l'entreprise, même si le dispositif ne rapportait rien, ce qui est quand même un comble. En arrêtant cette hémorragie financière dans le cadre du contrat qui avait été signé et qui prévoyait une résiliation possible, aujourd'hui comme dans toutes les situations de ce type, nous négocions pour savoir qui doit quoi, qui est responsable de quoi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez payer quoi ? huit cents millions ? L'Etat va payer huit cents millions d'euros ? Huit cent trente millions d'euros apparemment.

SEGOLENE ROYAL
Je sais que ce chiffre a beaucoup circulé, que l'entreprise en elle-même avance ce chiffre. Moi, ma responsabilité pointilleuse et soucieuse de la lutte contre les gaspillages et la protection des deniers publics, c'est de faire sortir les factures, ce que nous sommes en train de faire. Une discussion a lieu entre le ministère et l'entreprise. Nous regardons les factures et nous regardons les préjudices des uns et des autres parce que les Français aussi ont subi un préjudice.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais si l'entreprise n'est pas d'accord, vous allez au procès, au tribunal.

SEGOLENE ROYAL
Ce que je ne souhaite pas. Il vaut mieux un bon accord qu'un procès qui s'éternise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les portiques ECOMOUV, je n'ai pas très, très bien compris. Il y a cent soixante-treize portiques en France et vous avez dit qu'ils pourraient servir à la gendarmerie pour par exemple vérifier les embouteillages. Je n'ai pas très bien compris.

SEGOLENE ROYAL
Les choses sont assez simples aujourd'hui : comment éviter les gaspillages puisqu'un certain nombre de portiques sont installés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ils sont installés mais vous n'allez pas les démonter.

SEGOLENE ROYAL
Ça dépend. On est en train de regarder qui cela pourrait intéresser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Certains seraient démontés ?

SEGOLENE ROYAL
Certains projets dans d'autres pays peuvent être intéressés, les autoroutes peuvent être intéressées, les gendarmes peuvent être intéressés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pourriez vendre ces portiques.

SEGOLENE ROYAL
On pourrait en vendre un certain nombre puisqu'à l'intérieur des portiques, il y a une technologie très pointue qui ne doit pas être gaspillée. Elle peut être réutilisée pour un certain nombre d'autres usages, par exemple pour prévenir les embouteillages, alerter sur les intempéries. On a vu encore des phénomènes très graves d'intempéries et de manque d'anticipation des intempéries.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En rase-campagne, ça ne va pas être utile.

SEGOLENE ROYAL
Ce n'est pas en rase-campagne qu'ils ont été mis. Ils ont justement été mis sur des axes très fréquentés. On va voir, on est en train de regarder. Je suis très concrète et très pragmatique. Il y a des portiques qui sont là, des portiques qui ont coûté cher, il n'est pas question de les gaspiller. Il y a une technologie à l'intérieur et je regarde donc à quoi peut servir cette technologie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les autoroutes.

SEGOLENE ROYAL
Ah ! vous voyez que ça progresse, les autoroutes ! Tout le monde m'avait critiquée !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les concessionnaires sont prêts à investir dans un nouveau plan de développement des infrastructures.

SEGOLENE ROYAL
Bien voilà !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais ils demandent un allongement des concessions.

SEGOLENE ROYAL
Ce qu'on disait impossible là aussi devient possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ils veulent un allongement des concessions. Vous êtes prête à leur accorder cet allongement ?

SEGOLENE ROYAL
Pourquoi pas ? Tout se discute mais il faut surtout baisser les prix pour les automobilistes car les autoroutes sont beaucoup trop chères.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes prête à allonger les concessions contre une baisse des prix.

SEGOLENE ROYAL
Ça dépend.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la discussion ?

SEGOLENE ROYAL
Il n'y a pas que cette hypothèse puisque vous avez vu qu'il y a un rapport parlementaire qui évoque également la reprise de concessions par exemple, et la remise en concurrence des concessions puisque ces concessions arrivent à échéance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pourriez remettre en concurrence ?

SEGOLENE ROYAL
C'est une des hypothèses que la remise en concurrence des concessions puisqu'elles arrivent à échéance, soit la prolongation des concessions contre un certain nombre de contreparties très claires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelles contreparties ?

SEGOLENE ROYAL
Il y a plein de contrepartie. D'abord la baisse des prix pour les automobilistes, les investissements dans les infrastructures de transport, et cætera. Donc le redéploiement de ces recettes exagérées qui ont été empochés par les compagnies d'autoroutes parce qu'elles ont pratiqué des prix, a dit la Cour des Comptes et l'Autorité de la concurrence, supérieurs à ce qu'elles auraient dû mettre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. La conférence environnementale les 27 et 28 novembre sur le climat, transport, santé.

SEGOLENE ROYAL
Climat, transport, santé environnement, ce sont trois sujets majeurs pour la vie et pour notre vie quotidienne, notamment les questions de santé et les questions de lutte contre les pesticides. Vous savez que j'ai interdit l'épandage aérien des pesticides.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez aller plus loin dans la lutte contre les pesticides ?

SEGOLENE ROYAL
Il faut aller beaucoup plus loin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur les nitrates par exemple ?

SEGOLENE ROYAL
Les pesticides, tout ce qui est toutes les pollutions chimiques dans l'eau, dans l'alimentation, dans les sols provoquent des cancers, provoquent des maladies liées à l'obésité, provoquent la maladie d'Alzheimer. Ce qu'il faut, c'est éliminer toutes les substances dangereuses qui sont dans l'alimentation et dans les emballages et dans les produits de soin comme par exemple les parabènes ou les phtalates. On a interdit les parabènes et les phtalates dans les biberons par exemple et on va continuer sur les emballages.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment aller plus loin ?

SEGOLENE ROYAL
Il faut identifier encore les produits chimiques. Il y a aussi tout un travail qui est fait à l'échelle européenne, ce qu'on appelle les perturbateurs endocriniens qui provoquent notamment la baisse de la fertilité, qui provoquent un certain nombre de cancers. Par exemple dans les pesticides, il y a très directement les cancers liés aux testicules. Si longtemps ça a été caché, ça a été tabou, c'est que ces questions-là aujourd'hui elles ne doivent plus être tabous parce que ce sont des enjeux de santé publique considérables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aller plus loin, ça veut dire identifier tous ces produits dangereux.

SEGOLENE ROYAL
Les éliminer, les interdire comme j'ai commencé à le faire dans un certain nombre de cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Interdire quoi par exemple ?

SEGOLENE ROYAL
Par exemple tous les parabènes. Aujourd'hui c'est simplement l'étiquetage sans parabène. Les parabènes, les phtalates, les perturbateurs endocriniens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les nitrates ? Parce qu'il y a cette directive nitrates.

SEGOLENE ROYAL
Et lutter contre les nitrates en effet parce que ça pollue l'eau. Il y a aussi la question des médicaments.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je reste aux nitrates. Comment faites-vous ?

SEGOLENE ROYAL
Comment on fait ? On aide les agriculteurs à répondre aux normes de lutte contre les nitrates.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La France est condamnée régulièrement.

SEGOLENE ROYAL
C'est ce que nous sommes en train de travailler pour y répondre, et en particulier on a de nouvelles solutions maintenant qui sont les méthaniseurs. Qu'est-ce que c'est qu'un méthaniseur ? C'est-à-dire qu'on prend toutes les déjections animales qu'on transforme en biogaz. J'ai lancé un appel à projet pour mille cinq cents méthaniseurs. Je vais rendre d'ailleurs publique la carte des projets la semaine prochaine. Voyez qu'il y a des solutions positives puisqu'au lieu de rejeter ces déjections et provoquer la pollution de l'eau et des sols, on les transforme dans des méthaniseurs en biogaz par la fermentation en biogaz. On fournit donc de l'énergie à l'exploitation agricole et en contrepartie, on diminue la pollution. Voyez qu'avec les nouvelles technologies, un nouveau regard sur ce qu'on appelle l'économie circulaire ou la transformation des déchets en matières premières, on peut répondre à un certain nombre de problèmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En matière de transport, quel est l'objectif là ?

SEGOLENE ROYAL
Vous savez que quarante pourcent des gaz à effet de serre viennent du secteur des transports. Si on veut lutter contre la pollution, lutter contre le réchauffement climatique et tous les dégâts qui y sont liés, il faut impérativement évoluer très fortement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez vu que la ville de Paris veut interdire le fairplay avant 2020. Vous êtes d'accord ? Vous soutenez cette idée ?

SEGOLENE ROYAL
Je soutiens cette idée à condition de donner aux automobilistes les moyens de transformer, de changer leur véhicule polluant en véhicule propre. C'est l'objectif de la loi de transition énergétique qui va mettre en place un bonus de dix mille euros par personne pour abandonner les vieux diesels polluants et pour permettre d'acheter des voitures propres, voitures électriques, vous avez vu qu'il y a aussi les nouvelles voitures à hydrogène qui commencent à sortir, des voitures beaucoup moins consommatrices en carburant puisque les nouvelles voitures vont consommer deux litres aux cent kilomètres. Vous voyez qu'il y a aussi dans cette mutation énergétique une occasion formidable de pousser en avant de nouveaux procédés, de nouvelles innovations, de conquérir des marchés, de créer des emplois parce qu'au bout du compte, c'est ça l'objectif. C'est que la croissance verte, tout en apportant une solution aux problèmes de pollution et de préservation de la planète, permet aussi de développer des activités et des emplois qui sont les emplois du futur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question, c'est une question d'une auditrice. C'est une question locale mais j'y tenais. Je voudrais répondre à Nelly qui nous dit que la Charente a un projet d'incinérateur à Echillais et vous êtes opposée à ce projet.

SEGOLENE ROYAL
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il se fera ?

SEGOLENE ROYAL
C'est la responsabilité des élus locaux, c'est comme pour le barrage de Sivens. Nous sommes dans une démocratie et notamment une démocratie aussi décentralisée. A un moment, il faut que les élus locaux prennent leurs responsabilités. Je suis allée sur place, je leur ai dit : “Il y a mieux à faire. Il y a déjà un ancien incinérateur qu'on peut remettre aux normes et surtout, il faut réduire les déchets à la source.? Comme j'ai lancé un projet des territoires “zéro gaspillage, zéro déchet? au sens où ne doivent être mis en incinérateur que les déchets qui ne peuvent pas être valorisés et on a maintenant des technique de diminution des déchets à la source en associant les citoyens à la façon dont on peut réduire les déchets à la source ou les transformer en matières premières pour d'autres activités économiques. Je leur ai dit cela et ils se sont obstinés dans la construction d'un incinérateur qui coûte plus de quatre-vingts millions d'euros. Que les citoyens face à leurs élus prennent leurs responsabilités et qu'ils fassent par exemple, un référendum local, une consultation locale et que les gens se mettent ensemble pour trouver des solutions intelligentes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Référendum local qui est possible mais qui est très peu utilisé en France.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 novembre 2014

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