Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, et Mme Martine aubry, maire de Lille, représentante spéciale du ministre pour le partenariat pour le Chine, sur les relations franco-chinoises, à Paris le 25 novembre 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, et Mme Martine aubry, maire de Lille, représentante spéciale du ministre pour le partenariat pour le Chine, sur les relations franco-chinoises, à Paris le 25 novembre 2014.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent, AUBRY Martine.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Présentation à la presse du projet franco-chinois de nouvelle ville durable à Wuhan en présence de Mme Martine Aubry, représentante spéciale pour la Chine, à Paris le 25 novembre 2014

ti : Monsieur l'Ambassadeur,
Madame la Ministre, Chère Martine Aubry,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,


Bienvenue dans cette maison. Nous avons souhaité marquer aujourd'hui, par ce point de presse, les résultats de la mission que Mme Aubry mène depuis maintenant près de deux ans avec beaucoup d'efficacité, comme représentante spéciale pour le partenariat avec la Chine sur les questions économiques.

Je veux la saluer et remercier aussi notre ami l'ambassadeur qui a retardé son départ afin d'assister à cette réunion et dont je veux souligner l'efficacité.

Vous le savez, au moment où j'ai pris mes fonctions au Quai d'Orsay, j'ai demandé à un certain nombre de personnalités politiques et économiques de premier plan de bien vouloir accepter d'être représentants spéciaux pour quelques pays ou zones prioritaires. En ce qui concerne la Chine, il m'a semblé nécessaire de me tourner vers une personnalité disposant d'une expérience et d'une détermination qui soit à la mesure de l'enjeu chinois. C'est pourquoi mon choix s'est porté sur Mme Aubry dont on connaît à la fois l'expérience, l'efficacité et l'intérêt remarquable qu'elle porte depuis longtemps à la Chine.

Le renforcement de notre partenariat avec la Chine est en effet une priorité et l'ensemble du ministère se met en marche pour respecter cette priorité. Depuis l'été 2012, j'ai eu l'occasion de me rendre huit fois en Chine et je dis parfois, en plaisantant, à mes collègues et amis chinois qu'on ne peut pas, heureusement, y aller plus souvent parce qu'il faut qu'ils travaillent en toute indépendance dans leur relation avec la France.

Pour reprendre le terme utilisé en 1964 par le général de Gaulle pour expliquer sa décision de reconnaître la République populaire de Chine, - c'est dans un autre contexte évidemment - cette priorité entre la France et la Chine, c'est pour nous une évidence. D'autant plus que nous fêtons cette année le cinquantenaire de l'établissement de nos relations diplomatiques qui a été marqué par toute une série de manifestations exceptionnelles avec des succès considérables. Je ne veux pas les citer toutes mais, sur le plan politique, il y a eu la visite remarquable du président Xi en mars et, il y a quelques jours, la rencontre entre les deux chefs d'État en marge du G20. Puis sur un plan culturel, il y a deux manifestations parmi d'autres, à Pékin avec le spectacle du cheval-dragon - qui fut un très grand succès - et ici, l'exposition remarquable sur la dynastie Han au musée Guimet.

Sur le plan économique qui retiendra notre attention plus spécifiquement ce matin, l'objectif partagé est de parvenir à un rééquilibrage par le haut de nos échanges. Il y a eu, Martine Aubry en parlera, un certain nombre de progrès mais nous sommes encore loin du compte. Ce qui me frappe, c'est le fait qu'un déclic très positif s'est produit à mon sens dans la venue d'investissements chinois en France, même s'ils restent inférieurs à ce qui est souhaité.

Nous avons un approfondissement des coopérations commerciales et industrielles dans des domaines stratégiques dont Martine Aubry parlera.

Dans le domaine du tourisme, nous avons une véritable amélioration importante puisque pour cette année 2014, je pense que nous devrons atteindre près de deux millions de touristes chinois. Je voyais les statistiques qui montrent une augmentation de 57 % du nombre des visas sur l'ensemble de la Chine d'une année sur l'autre avec un record à Chengdu. Ce qui fait que nos amis italiens, allemands et autres nous copient et ils ont raison. Nous avons bien l'intention d'aller rapidement vers les cinq millions de touristes.

Nous sommes cependant encore loin de l'objectif suivant : que ce partenariat prenne en compte le nouvel âge de l'économie et de la société chinoise. C'est justement dans cette perspective - urbanisme, agro-alimentaire, énergie, environnement, distribution, loisirs, santé - où la France possède des savoir-faire reconnus que Martine Aubry a décidé de se concentrer. Trois secteurs en particulier ont été mis en exergue : le développement urbain durable, l'agro-alimentaire et la santé mais elle ne s'interdit pas et elle a bien raison de choisir d'autres secteurs.

Chaque fois, le choix qui a été fait par Mme Aubry a été celui d'une approche pragmatique visant des résultats concrets et les résultats commencent à être bien là dans le domaine de l'agro-alimentaire notamment. Mais la réalisation, sans doute la plus ambitieuse, c'est celle sur laquelle nous avons voulu mettre l'accent ce matin. C'est le développement urbain durable avec le projet tout à fait impressionnant de conception et de construction de la première ville nouvelle durable franco-chinoise à Wuhan au sein de la province du Hubei.

Ceci entre dans la phase opérationnelle. À Lille, Mme Aubry a eu l'occasion de donner un premier élément de bilan sur ce sujet et les annonces sont tout à fait impressionnantes. D'abord, il y a l'expertise des deux côtés avec le recrutement par l'AFD de l'équipe d'experts qui va réaliser le schéma directeur et la mise en place par cette maison d'une expertise pour suivre le projet. Mais surtout, l'ouverture par la banque de Chine de lignes de crédit de 20 milliards de yuan, c'est-à-dire 1 milliard 200 millions d'euros, pour les investisseurs du projet. Ce qui confirme l'engagement extrêmement fort de la partie chinoise.

Parvenir à cela en seulement deux années, je pense que c'est tout à fait remarquable. Il faut saluer à la fois le travail du côté chinois et le travail du côté français.

L'autre caractéristique de l'action de Mme Aubry, c'est une approche globale qui rejoint le concept de diplomatie globale que j'essaie de mettre en avant. Il n'y a pas un secteur qui soit séparé de l'autre, mais au fond, un secteur entraîne l'autre. C'est pourquoi le projet symbole dont j'ai parlé ne peut pas être séparé de ce qui se fait en ce moment sur le plan climatique. Je veux redire de ce point de vue que l'engagement des autorités chinoises et l'accord passé récemment entre les autorités chinoises et les autorités américaines permet à la conférence de Paris-climat 2015 de se présenter, je reste prudent, sous un jour extrêmement positif et de donner une traduction concrète à l'agenda des solutions qui sera un des aspects les plus significatifs de la conférence de décembre 2015.

Je passe dès à présent la parole à Mme Aubry pour qu'elle vous en dise plus sur sa mission mais je tiens d'ores et déjà à la remercier très chaleureusement pour sa contribution aux relations franco-chinoises.


Monsieur le Ministre, Cher Laurent,

D'abord, permettez-moi de dire combien le volontarisme du ministre des Affaires étrangères pour faire en sorte que la diplomatie, comme il vient de le dire, soit une diplomatie globale et de signifier que la diplomatie économique a un sens, cela a tout changé. Je le dis vraiment comme je le pense.

Il y a beaucoup d'opportunités pour les entreprises françaises, pour les secteurs français, dans une période où l'on préfère regarder ce qui va mal. Eh bien moi, au fur et à mesure que je travaille sur cet immense pays qu'est la Chine, je me rends compte combien la France a des atouts considérables et qu'il nous faut magnifier et mettre en avant.

Je voudrais saluer Monsieur l'Ambassadeur, nous travaillons si je puis dire main dans la main, saluer l'ensemble de ceux qui contribuent à cette intensification de cette relation économique et les entreprises qui sont ici parce que bien évidemment c'est un travail qui doit se réaliser au service des entreprises, et de leurs projets individuels, mais aussi en portant des projets plus mobilisateurs qui nous permettent d'avancer ensemble et de faire connaître l'excellence franaise. Inutile de revenir sur ce qu'est la Chine et l'enjeu pour nos entreprises : la 2ème puissance économique, membre du G20, 1er exportateur mondial, 1er détenteur des réserves financières mondiales et même aujourd'hui 1er pays qui envoie ses touristes dans le monde entier. Qui l'aurait cru il y a encore quelques années. Donc bien évidemment, c'est très important.

Il faut rappeler que la croissance en Chine, même si elle s'est légèrement ralenti, cela nous rend presque jaloux parce qu'on était encore à 7,7 % en 2013 et que l'on est sur un rythme environ de 7,3 % en 2014. 7,3 % cela inquiète beaucoup les autorités chinoises, alors que nous regardons cela de manière extrêmement merveilleuse. Il faut dire que ce changement extraordinaire de cette grande civilisation chinoise, pour laquelle j'ai effectivement une grande admiration, cette civilisation qui fait que d'ailleurs nos relations sont des relations politiques - on vient de fêter le 50ème anniversaire de la reconnaissance par le général de Gaulle de la République populaire de Chine. Ces relations, depuis des siècles, sont fondées sur nos relations culturelles et affectives. Je dirais qu'elles sont très importantes et, aujourd'hui, il était important d'axer, comme l'a fait le ministre, sur l'économie sachant que de nombreuses entreprises n'ont pas attendu l'intervention des pouvoirs publics, puisque de grands groupes sont en Chine depuis 35-40 ans. Je pense à Lesaffre pour ne prendre qu'un seul exemple.

La Chine se développe de manière considérable et nous devons être partenaire de ce développement, aussi bien en Chine pour les besoins de la population chinoise, qu'en France pour accueillir les investissements chinois créateurs de croissance et d'emplois. Je le dis devant Laurent Fabius, c'est lui qui a permis qu'on sorte de cette frilosité qui était la nôtre où voyant arriver des investissements chinois il y avait une espèce de crainte de la part des Français et même de beaucoup de dirigeants. Je crois que Laurent Fabius a eu raison. Il m'a dit, depuis le départ, que c'était un rééquilibrage que nous cherchons à obtenir, c'est-à-dire entre la Chine et nous, mais ce n'est en aucun cas de réduire ni les importations chinoises en France, ni de réduire les implantations, bien au contraire. On se rend bien compte, dans les quelques opérations que nous avons menées, que si les investisseurs chinois n'étaient pas venus chez nous, ils seraient au Royaume-Uni, en Allemagne, et ils interviendraient de la même manière sur notre marché. Donc c'est vraiment cette idée de faire en sorte qu'aussi bien sur le plan des exportations et des importations, que sur le plan de l'installation de nos entreprises en Chine ou d'entreprises chinoises en France, il faut que nous soyons dans une grande ouverture ; il faut accélérer cela et c'est comme cela véritablement que nous travaillons.

Le 12ème plan quinquennal du parti communiste chinois a fixé des orientations qui tombent à pic si je puis dire avec l'excellence française. Je les cite : le secteur de la santé, le secteur du développement durable, le secteur de l'alimentation. Dans ces trois domaines, la Chine recherche à la fois l'excellence, la qualité, la sécurité, sécurité alimentaire, sécurité dans la façon de construire l'avenir, dans le développement durable. Il est vrai que dans tous ces domaines, les entreprises françaises sont très bien placées, faut-il encore les regrouper, les faire travailler ensemble pour être capable de présenter des offres qui soient effectivement bien entendues.

Juste quelques chiffres pour bien éclairer le débat : nous avons un déficit commercial avec la Chine en 2013 qui est de 25,8 milliards d'euros ; la Chine est le 2ème fournisseur de la France ; la France est au 19ème rang des fournisseurs de la Chine, mais nous avons eu une forte augmentation des exportations en 2011, plus de 20 % en 2012. Une légère diminution en 2013 liée au fait qu'il y a eu dans les secteurs stratégiques dont je ne m'occupe pas mais qui sont d'ordre politique : l'aéronautique et le nucléaire - une année plutôt basse, on n'achète pas chaque année des réacteurs nucléaires ou des avions. Mais je dirais que les exportations ont cru et nos secteurs stratégiques avancent bien. Plus de 11 000 entreprises françaises exportent en Chine, dont plus du tiers de PME, les grands groupes assurent à peu près 60 % des flux commerciaux. Il y a par ailleurs plus de 1500 entreprises françaises qui sont installées en Chine et y emploient environ 500.000 personnes. Voilà pour les quelques chiffres.

À l'inverse, les entreprises chinoises, le ministre l'a dit, il y a eu un déclic, viennent s'installer de plus en plus en France. Nous avons accompagné certaines de ces installations et je dois dire que le discours est toujours le même. Et cela m'amuse d'ailleurs de l'entendre parce qu'on a l'impression parfois en France qu'on ne se rend pas compte de nos qualités. Quand on entend les entreprises chinoises qui sont déjà installées - et j'avais proposé à l'AFII, et elle l'a fait, de leur donner la parole pour montrer les qualités de la France, et pour qu'elles s'expriment et disent ce qu'elles ont trouvé en France en venant s'installer - elles disent toujours la même chose : bien sûr, la France est au coeur de l'Europe, bien sûr la France a un réseau d'infrastructures et de formations assez exceptionnel, mais ce qui revient aussi de manière formidable, c'est l'accompagnement par les autorités publiques et l'État, de la recherche, de l'innovation, la protection des découvertes et des brevets. Deuxièmement, du côté des salariés - et cela je le dis parce que cela me fait toujours plaisir de l'entendre -, toutes les entreprises chinoises que j'ai rencontrées, les dirigeants me l'ont dit, l'intérêt pour le travail des Français et leur accroche au travail. Cela est à mettre en opposition avec des propos qu'on entend souvent et qui m'ont parfois exaspérée.

Le quotidien «Les Échos» hier publiait un article intitulé «Quand la Chine s'entiche du made in France». Je dois dire que c'est vraiment cela dont nous avons besoin de réaliser. Aujourd'hui, nous sommes le 1er pays accueillant des investissements chinois en Europe et nous espérons non seulement le rester, mais aussi le développer. Comme l'a dit le ministre, j'ai choisi de travailler finalement sur trois secteurs où nous avons l'excellence, mais qui sont les trois grandes priorités fixées par le parti communiste et le gouvernement chinois. Tout d'abord, l'alimentaire : j'irai vite parce que nous voulons arriver à la ville durable. On voit bien là que la sécurité alimentaire d'une part, la qualité des produits, et deuxièmement l'ouverture du goût des Chinois vers des produits avec lesquels ils étaient moins habitués dans leur alimentation - je pense aux produits sucrés par exemple - eh bien ces changements amènent un beau positionnement des entreprises françaises et les exportations se sont encore accrues ces deux dernières années de manière importantes : 1,7 milliard d'exportations dans ces secteurs, avec 46 % des vins et spiritueux, 20 % des produits laitiers, 10 % de la viande, pour ne prendre que ces exemples.

Je voudrais donner quelques exemples de ce que nous avons essayé de faire et de ce que nous n'avons pas encore réussi à faire. Je prends l'exemple du lait : vous savez qu'il y a eu plusieurs scandales sur cette question en Chine et les autorités sont très intéressées d'avoir un lait de qualité. L'Australie, la Nouvelle-Zélande sont au top en termes aujourd'hui d'exportations et arrivent au maximum de leurs possibilités. Nous devons nous, je dirais, grand producteur laitier en Europe, nous positionner avec un vrai obstacle culturel, c'est que les agriculteurs français considèrent que notre lait est de telle belle qualité que l'on ne peut le consommer que frais en U.H.T et pas en poudre. Alors nous avons accueilli une entreprise chinoise, que nous avons aidée, Synutra, qui est venue s'installer à Carhaix en Bretagne et qui a signé un accord avec la grande coopérative Sodiaal, ici même en Bretagne. Je crois qu'il y a là des marchés considérables qu'il nous faut continuer à convaincre que nous pouvons produire du lait en poudre pour pouvoir effectivement y aller.

Les produits sucrés : là c'est un peu une idée que j'avais eue, et je salue la représentante d'Alliance 7 qui est là, qui était de dire, je remarque dans les supermarchés qu'il y a de plus en plus de produits sucrés. On sait que les Chinois n'ont pas un goût très important pour le sucré et il était parfois exaspérant de voir qu'un groupe américain que chacun connaît, à force de publicité, était présent partout, alors que nos produits dont la qualité est tout à fait extrême : confiserie, chocolaterie, biscuiterie, ne l'étaient pas.

Je vous parle très concrètement parce que je suis dans le concret. Nous avons donc réunis dans chacune de ces spécialités les entreprises qui avaient envie d'aller en Chine. Il est vrai que ces entreprises ont entre 50 et 300 salariés et elles ne peuvent pas payer 300 000 euros pour une étude d'impact sur le marché. Il a donc fallu convaincre, c'est ce que j'ai essayé de faire, et ils sont partis très en avant. Georges Plassat, le président de Carrefour, Vianney Mulliez, président de Auchan, pour cette année du 50ème anniversaire, ont accueilli en tête de gondole les produits français de ces trois secteurs qui ne nécessitaient pas d'autorisation pour entrer en Chine, pour essayer de les faire connaître. À terme de cette année d'opérations de communication qui auront pu avoir lieu, on peut dire qu'aujourd'hui effectivement un certain nombre de produits, je les cite, les galettes Saint Michel, vous savez, la Bretonne, avec la petite galette à côté, cela plaît beaucoup ; les biscuits de l'Abbaye, les compotes Charles et Alice, les confiseries Verquin, ou les chocolats Cemoi. Auchan comme Carrefour, que j'ai revu récemment à Shanghai, continuent cette opération et ces produits font partie de plus de la moitié des nouveaux produits qu'ils ont entrés dans leur magasin.

Un autre exemple : je suis allé revoir Maxime Holder qui avait gardé un mauvais souvenir d'une implantation de Paul en Chine il y a quelques années, pour leur dire qu'il est insupportable de se rendre compte qu'aujourd'hui dans les boulangeries à Pékin et à Shanghai, les baguettes sont réalisées par des coréens, qui s'appelle d'ailleurs la baguette parisienne, qui vient de s'installer à Paris. Je n'ai rien contre les baguettes coréennes mais quand même, quand on a des grands groupes comme chez Paul, il faut y aller. Eh bien Paul est en train de terminer son tour de table avec des investisseurs chinois et s'installera dès 2015 à Hong Kong, à Shanghai, à Pékin, et nous lui avons trouvé un très beau site, installer un institut de formation pour les boulangers à Pékin.

Voilà quelques exemples, je pourrais en donner beaucoup d'autres sur l'alimentaire, mais je ne veux pas retenir trop longtemps ce secteur. Je ne peux pas, parce que c'est quand même grâce à Laurent Fabius que j'ai pu m'occuper des porcheries, donc je ne peux pas le laisser de côté. Sachez qu'il y a eu un accord «Cooperl» avec les porcheries chinoises, parce qu'en matière de génétique, de salubrité, d'alimentation des porcs, nous avons des porcs qui produisent quatre fois plus de viande que le porc chinois, et donc c'est un grand projet que nous avons là, de la même manière - le ministre de la Santé avait un peu résisté - nous avons réussi à ce que Ceva Santé animale puisse tester, produire ou commercialiser en Chine certains de ses vaccins dont celui contre la grippe aviaire, c'est aussi un des beaux projets.

Et puis, cerise sur le gâteau, pour parler de jambon, de foie gras et de saucisson, la charcuterie française est enfin reconnue en Chine et là aussi, c'est beaucoup de petites entreprises qui vont pouvoir avancer.

Le deuxième secteur, c'est la santé. Il y a les entreprises pharmaceutiques qui nous font part de leur difficulté à obtenir les autorisations de mise sur le marché : les tests qui doivent être réalisés, etc. Je leur rappelle souvent que l'on fait la même chose en Europe ; chacun a des règles quand il s'agit de santé, il faut être attentionné. Ce qu'il faut tout de même dire, c'est que nos industries pharmaceutiques sont très bien implantées là-bas. Sans toutes les citer, Sanofi pour ne prendre que le plus grand, qui fait travailler 6500 personnes que nous avons accompagnées dans son centre de R& D installé à Shanghai pour 1400 personnes. Nous venons aussi d'obtenir, cela n'a pas été facile, une homologation des produits du groupe Viva, de cicatrisation, qui sont des produits Urgo en fait, qui permettent d'intervenir dans beaucoup d'hôpitaux sur des domaines importants, et que Sanofi vient de passer un accord une entreprise chinoise pour pouvoir implanter la fabrication des vaccins contre la poliomyélite. Voilà quelques exemples où nous accompagnons des entreprises dans un projet particulier alors même que nous portons d'autres projets lourds et sur la santé : la modernisation des hôpitaux chinois, la lutte contre les maladies nosocomiales et, à chaque fois bien évidemment, l'organisation d'un hôpital. Ce sont les entreprises françaises, producteurs d'appareils médicaux, que nous faisons entrer dans l'organisation de ces hôpitaux. Et puis deuxième exemple, j'espère que nous ferons aussi bien que pour la ville durable, tout ce qui est Silver économie. Nous savons que les chinois avaient 180 millions de personnes de plus de 60 ans en 2010, il y en aura 400 millions en 2025. Il est vrai que c'est un pays, et c'est formidable, qui a réussi jusqu'à présent à ce que ces personnes âgées restent dans la famille, cela devient de plus en plus compliqué, d'où l'idée d'essayer d'implanter avec les grands groupes français que sont Colisée et Orpea, des EHPAD, des accueils des personnes âgées, dans les grandes villes notamment. Nous avons déjà plusieurs projets, sans rentrer dans les détails, qui sont sur la table, qui sont en train de se développer, de même que nous permettons à des entreprises françaises comme Legrand, H4D ou LinkCare, qui ont des appareils médicaux de première modernité, d'intégrer les hôpitaux chinois.

J'en arrive pour terminer sur ce grand projet qui répond à cette idée de bien vivre dans la ville. Chacun connaît les problèmes de la Chine face au développement durable, chacun connaît les problèmes de pollution lié à la fois à une urbanisation qui a été fantastique, et en même temps des méthodes de production qui ont été négatives par rapport à l'environnement.

Il y a une volonté absolue de la part du gouvernement chinois et du président de la République populaire de Chine de lutter contre la pollution, avec des mesures importantes, fermetures d'usines trop, polluantes ou autres, mais aussi de réfléchir à la façon de construire des villes qui soient durables. Sous ces deux aspects, respect de l'environnement et de la nature, mais aussi durable dans la capacité à mêler les fonctions, l'économie et le logement, et à mêler les catégories sociales, au lieu de renvoyer loin, au-delà du 5ème, 6ème périphérique, les catégories populaires. Donc peu à peu est apparue l'idée qu'il serait formidable pour la Chine de pouvoir montrer au monde la première ville qui aura été conçue dès l'abord comme une ville durable sous ces deux aspects.

En même temps, nous avons montré aux autorités de Wuhan, puisque c'est là que va avoir lieu cette première grande ville, que nous avons la capacité en France de l'architecture au transport en passant par le mode de construction, le traitement des déchets, le chauffage, tout le traitement de la nature et de l'environnement, tous les moyens de présenter une offre globale. Je suis maire, et je sais que ce n'est pas facile d'avoir face à soi une multitude d'entreprises quand on a un projet complexe et je pense que ce qui a été le déclencheur, au-delà de la volonté politique au plus haut niveau, et à la volonté du gouverneur de la province du Hubei et du maire de Wuhan, le déclencheur a été de dire oui, nous aurons une belle vitrine, mais nous aurons face à nous une offre globale qui va pouvoir nous accompagner.

Donc, nous y sommes allés très concrètement, après des mois de préparation en France, je le dis un peu avec humour aujourd'hui. Il est vrai que nous allons souvent en ordre dispersé et je n'avais pas un voyage en Chine sans que l'on m'explique, en citant ces grands noms parce que ce sont nos entreprises d'excellence, Veolia et Suez, qu'ils s'étaient bagarrés et que les Allemands avaient gagné, ou que Keolis et Alstom s'étaient bagarrés et que les Anglais avaient gagné. Finalement, en remettant tout le monde autour de la table, en disant au président, soyons capables de nous organiser et de présenter ensemble nos capacités d'excellence et bien nous serons capables de répondre à des propositions des villes et des territoires chinois. C'est ce que nous avons fait à Wuhan puisque cette ville est une ville où on se sent presque en France, tant il y a d'entreprises françaises, où on a été formidablement accueillis et où 30 entreprises sont venues présenter pendant une après-midi ce que l'on pouvait faire depuis l'urbanisme, l'architecture, jusqu'aux transports et comment on pouvait concevoir cette ville durable.

C'est vraiment un projet unique parce qu'il va falloir relier la culture chinoise et la culture française et l'excellence des deux côtés pour mettre cette vitrine d'une grande ville qui aura été anticipée comme une ville durable. Le site fait 100 kilomètres carrés, c'est-à-dire à peu près la taille de Paris et le premier élément c'est trente kilomètres carrés sur lequel nous avons commencé effectivement à travailler. Alors je le dis, bravo aux entreprises qui ont accepté ce challenge, sans elles on n'aurait pas pu y arriver. Mais je le dis aussi, du côté chinois il y a eu une volonté d'avancer et d'avancer vite, de manière absolument prodigieuse qui m'ont, je dois dire, bluffée beaucoup.

Donc nous allons nous retrouver aux alentours de Wuhan, à Sai Tien, dans ces cent kilomètres carrés dont trente kilomètres pour commencer. Les autorités chinoises ne font pas les choses à moitié, elles ont créé un bureau d'étude dédié au projet. Les cadres de la mairie de Wuhan apprennent le français aujourd'hui, ce qui est assez intéressant et, du côté français, c'est l'agence française de développement que je salue, qui a été chargée de faire un appel d'offres pour choisir un groupement d'études qui pourrait réaliser le première partie de ce grand projet c'est-à-dire l'analyse des besoins de l'environnement et du plan global d'intervention. C'est l'AREP et BURGEAP. L'AREP vous connaissez, qui appartient à la SNCF, qui est implantée en Chine depuis longtemps, qui a réalisé des ouvrages très importants et BURGEAP qui est une société d'ingénierie de l'environnement et c'est donc ce groupement qui, aujourd'hui est en train de travailler pour préparer ce qui constituera ensuite la base qui nous permettra de définir le Master plan avec les autorités chinoises et ensuite de lancer la production.

Un expert technique international, Rémi Curien a été choisi par le ministre des Affaires étrangères pour faire partie de l'équipe chinoise à Wuhan, de ce bureau technique et faire l'interface entre notre groupe d'experts ici, le groupe politique que nous avons mis en place pour faire avancer les choses. Comme l'a dit le ministre, il est vrai qu'on comprend pourquoi la Chine est passée en très peu de temps, en une génération du quasiment moyen-âge au vingt et unième siècle, parce que la rapidité de réaction est vraiment assez considérable et il est vrai que la banque de Chine, pour cette première étape et uniquement pour cette première étape, a apporté un milliard deux cents millions d'euros pour pouvoir effectivement faire les premières infrastructures publiques, acheter des matériels et en partie évidemment dans notre pays et réaliser les études nécessaires.

Voilà ce que je souhaitais dire, c'est évidemment une belle entrée, le ministre l'a dit dans la COP 21 où on se réjouit tous de l'évolution de la position de la Chine et de l'accord qui a pu être signé avec M. Obama. J'en termine pour dire que le ministre m'a demandé aussi de regarder le tourisme et c'est lui qui a permis en rendant possible les visas au bout de 48h, en mettant les personnels nécessaires dans l'ensemble de nos consulats, que nous doublions quasiment en deux ans le nombre de touristes chinois en France. Le ministre a pour ambition de passer de deux à cinq millions de touristes, je crois qu'on y arrivera et on travaille actuellement à ce que les touristes chinois s'intéressent bien sûr à Paris, aux Galeries Lafayette et à Vuitton, c'est une évidence, mais aussi aux châteaux de la Loire, à une visite industrielle de la France, à une visite autour du baroque, du Moyen-âge, du gothique, c'est-à-dire de présenter, de proposer aux touristes chinois d'autres visites et c'est cela je pense qui permettra d'attirer beaucoup plus.

Voilà, j'en ai terminé, juste pour dire que chaque jour cela me permet de voir que notre pays a des atouts considérables et que le volontarisme politique, c'est celui de Laurent Fabius, nous permet effectivement d'avoir des résultats, d'accompagner des grands groupes pour régler quelques petits problèmes mais aussi de porter des grands projets dans lesquels nous intégrons des petites entreprises et pas seulement les grands groupes pour réaliser et montrer ce qu'est capable de faire la France. Donc je suis très heureuse que grâce au ministre de pouvoir contribuer modestement à ce travail pour faire mieux connaitre l'excellence de notre pays, merci.

M. Fabius - Merci beaucoup. Je pense que le bilan qui a été fort bien présenté par Martine Aubry parle de lui-même. Cela montre à quel point un travail précis où une équipe est formée avec le souci du concret et bien sûr accueillie très positivement par les Chinois permet en quelque temps d'aboutir à des résultats significatifs. C'est évidemment un appel à continuer.


Q - On vous voit ici parfaitement alignés Madame Aubry et Monsieur Fabius. Est-ce à dire que vous avez au moins un point commun, un point d'accord avec la présidence Hollande, la politique internationale ?

R - Mme Aubry - Je n'ai pas cessé de dire que la politique internationale, je ne parle pas simplement d'économie, mais je pense réellement que la façon dont la France a su intervenir, d'abord au mali de manière assez formidable, parce que nous ne pouvions pas laisser ce pays se voir envahir par le terrorisme quand on sait le poids qui est le sien en Afrique et les liens qui sont les nôtres. Aujourd'hui, dans la façon d'agir, dans les problèmes de la Syrie et de l'Irak, la France a retrouvé une place dans le monde. Je l'ai toujours dit et je continuerai à le dire.

Q - M. Valls ira poser la première pierre de cette ville nouvelle, l'accompagnerez-vous ?

R - Mme Aubry - S'il m'invite, j'irais très volontiers. Je n'imagine pas qu'il puisse ne pas m'inviter, il l'a dit d'ailleurs, c'est pour cela que je le dis, je ne me permettrais pas sinon (...). Nous sommes bien d'accord les uns et les autres sur une chose, c'est la force de l'innovation, de la recherche, de nos entreprises en France et c'est cela pour quoi il faut se battre. Modestement, je contribue par cette mission que m'a confiée Laurent Fabius à faire connaître l'excellence de la France. Je suis toujours désespérée de voir les Français se tirer des balles dans le pied tous les jours alors que dès que l'on sort à l'extérieur, le président de la République me faisait part des remarques lors de son voyage en Australie des autorités politiques australiennes qui ne parlaient que de la France et de son excellence. Ils se demandaient pourquoi nous-mêmes n'en parlions pas suffisamment : on essaie.

R - M. Fabius - Ce sera une très bonne chose que ce voyage. Il est prévu que le Premier ministre français se rende en Chine au début de l'année prochaine et nous accueillerons avec beaucoup de plaisir le Premier ministre chinois qui doit venir en France au premier semestre de l'année prochaine, sans préjudice de visites présidentielles le cas échéant qui auront lieu dans les deux sens.

Ce qui est très important, j'en parlais encore hier à Vienne avec mon collègue le ministre des affaires étrangères chinois, c'est cette notion de créativité. La France ne réussit pas tout mais l'un des éléments qui est perçu à l'étranger très fortement sur la France, c'est la notion de créativité et nous avons d'ailleurs l'intention, c'est un peu la marque française, de développer l'idée de «créative France» qui a en plus le mérite de vouloir dire la même chose en français et en anglais. C'est cette notion de création qui est déterminante.

Je me souviens d'une des premières conversations que j'avais eue avec le président chinois Xi, à qui j'avais demandé ce qu'était la France pour lui. Il avait dit : «la France, c'est l'excellence, la créativité et le romantisme». Pour le romantisme, je ne suis pas sûr qu'en matière économique, ce soit déterminant mais cela présente d'autres avantages par ailleurs. L'excellence et la créativité, je pense que c'est très perçu à l'étranger. Bien entendu, il faut le mériter, c'est le sens du travail que nous faisons mais cela nous donne des perspectives considérables.

(...)

Q - Madame Aubry, est-il possible de mesurer l'impact de ces investissements chinois en France en matière d'emploi ? Combien d'emplois ont été créé en France grâce à ces investissements chinois et grâce aux investissements français en Chine, puisqu'il y a des entreprises françaises qui travaillent là-bas ?

R - Mme Aubry - Nous n'avons pas de chiffres globaux. On peut dire qu'il y a trois catégories d'investissements chinois en France. Il y a des investisseurs chinois qui reprennent des entreprises y compris en difficulté et qui leur permettent de poursuivre leur activité, je pourrais en citer un certain nombre. Il y a des investisseurs chinois qui viennent notamment pour la protection des brevets et qui savent que la France aide la recherche et les brevets, là c'est véritablement de la création d'emploi. J'ai également quelques exemples en tête. Il y a des investisseurs chinois qui viennent acheter des activités en France qui leur paraissent d'excellence et d'avenir.

De toute façon, je pense que le bilan est positif, c'est une évidence mais je ne crois pas que nous soyons encore capables aujourd'hui d'en mesurer très concrètement le nombre d'emplois permis. Ce que je sais, c'est que si ces investissements étaient allés ailleurs en Europe, je pense aux entreprises qui viennent pour le marché européen, ces emplois-là n'auraient pas pu s'épanouir chez nous et peut-être même cela aurait détruit des emplois chez nous.

Comme le ministre l'a toujours dit, il faut vraiment s'ouvrir à ces investissements chinois qui sont extrêmement intéressants, dans des domaines tout à fait multiples et qui nous amène à créer des richesses et des emplois sur notre territoire.

R - M. Fabius - Dans le même sens que ce qu'indique Mme Aubry, nous pouvons être ensemble sur les marchés tiers. On peut penser au Maghreb, au proche et Moyen-Orient. Il y a l'investissement physique, les investissements financiers, il y a des contacts très étroits avec des fonds possibles entre les Caisses des dépôts chinoise et française. Dans l'autre sens, il y a la présence d'investissements français en Chine et il y a parfois, prenez l'exemple de Peugeot, des investissements chinois vers des entreprises françaises mais qui permettent de développer la présence de la technologie française en Chine. Actuellement, au regard de ce qui a été réalisé dans ce groupe, c'est en Chine que cette entreprises fait ses meilleures affaires et cela peut permettre de sauver du même coup des emplois en France.

Le vieux débat qui a existé sur les délocalisations, je ne dis pas qu'il n'existe pas, mais dans une économie devenue mondiale, très souvent, c'est en ayant des investissements français dans les pays étrangers que l'on sauvegarde l'emploi en France et symétriquement, c'est en ayant des investissements étrangers en France que l'on peut sauvegarder l'emploi en France et le développement de notre présence à l'étranger.

Nous faisons cela avec la Chine, il y a encore un déséquilibre qui existe sur le plan commercial et aussi sur le plan des investissements. Nos investissements français en chine sont beaucoup plus importants que la réciproque et il faut rééquilibrer par le haut.

Q - Wuhan est, si j'ai bien compris, une ville qui va permettre de montrer le savoir-faire français en matière d'environnement. J'imagine que l'enjeu est que l'environnement à la française se développe ailleurs en Chine. Comment la France prépare-t-elle cela ?

R - Mme Aubry - Tout d'abord, je veux vous dire que ce qui est intéressant, c'est que lorsque l'on a présenté cette offre globale avec une trentaine d'entreprises, j'ai parlé des plus grosses, j'aurais pu parler d'Itron par exemple qui est une entreprise qui travaille pour éviter les pertes en ligne sur les canalisations d'eau ou de gaz, c'est encore une entreprise d'excellence au niveau mondial et qui travaillera sur la ville même de Wuhan, je dirai que c'est la présence de cette offre globale qui rassurer les maire. Je crois qu'il y a peu d'autorités chinoises aujourd'hui qui n'ont pas la conviction qu'il faut absolument ce développement durable.

Nous sommes déjà joints par les villes de Chengdu et Chongqing, pour prendre ces exemples-là, qui souhaitent, elles aussi, développer, eux disent des quartiers, moi je dis des villes parce que, par exemple, certaines délégations sont venues à Lille. Puisque nous avons eu le premier quartier éco durable, je leur disais : voilà c'est un appartement témoin que je vous montre, il n'y a que 2 000 logements. Voyez bien cela n'a rien à voir avec l'ampleur de ce qui va être réalisé en Chine. Mais c'est quand même l'esprit que nous avons voulu montrer. Je suis absolument convaincue que nous allons avoir d'autres possibilités pour ce groupement que nous avons constitué, à pouvoir aller et obtenir d'autres territoires pour pouvoir réaliser. C'est l'excellence française mais c'est aussi l'excellence française avec la culture chinoise. C'est bien le rapprochement de deux cultures qui doivent nous permettre, on ne crée pas une ville en Chine comme on la crée en France. Mais on a, en fait, des savoir-faire et des techniques qui nous permettent de répondre à ce qu'attendent les autorités chinoises.

Q - Un ouvreur de portes en Chine avait joué un rôle sur ce projet particulier ?

R - Mme Aubry - Je crois qu'on s'est très bien réparti les rôles avec Jean-Pierre Raffarin. Je trouve cela formidable qu'un ancien Premier ministre dont chacun sait qu'il a une grande aura en Chine depuis qu'il est allé dans ce pays au moment du SRAS. C'était courageux et cela a été perçu comme un grand signe d'amitié par le peuple chinois, à juste titre. Donc, nous nous sommes un peu répartis les choses. Le territoire chinois est grand. Je travaille sur des projets concrets et Jean-Pierre Raffarin, avec l'aura qui est la sienne est un atout économique : grands rendez-vous économiques, agro-alimentaire, commerce dans tel ou tel domaine. Il peut ouvrir des portes, prendre par exemple des rendez-vous avec des ministres. Et puis moi je m'occupe des dossiers. Je suis un besogneuse si vous voulez mais c'est formidable parce que ce que je veux dire qu'on ait la possibilité comme cela de couvrir un champ beaucoup plus large. Je pense que c'est une bonne coopération.

R - M. Fabius - C'est une très bonne coopération. Jean-Pierre Raffarin, pour des raisons qu'a dites Martine, connaît bien la Chine et il est très bien accueilli par les autorités chinoises. Il était mon représentant spécial non pas par rapport à la Chine mais par rapport à l'Algérie. Et puis il a été élu à la tête de la commission des Affaires étrangères du Sénat et donc il a souhaité prendre un peu de champs et j'ai nommé à la place de Jean-Pierre Raffarin pour s'occuper des relations avec l'Algérie Jean-Louis Bianco, ancien Secrétaire général de l'Élysée qui lui-même connaît très bien ces sujets. Mais, en permanence, quelles que soient ses fonctions, Jean-Pierre Raffarin a toujours été extrêmement utile et positif dans les relations avec la Chine. Il travaille très bien avec Mme Aubry et il était présent, par exemple, lors du dernier rassemblement de Chengdu où le gouvernement français était représenté par mon secrétaire d'État, M. Mattias Fekl. Il y avait Jean-Pierre Raffarin qui était là et il y avait trois cents entreprises françaises. Ce qui est considérable et vraiment je voulais le remercier aussi parce qu'il continue à être extrêmement actif, positif et le travail se fait extrêmement bien avec lui.

(...)

Q - Vous avez évoqué le tourisme chinois en France en indiquant que cette année on allait accueillir deux millions de Chinois et dans une perspective prochaine, cinq millions. Les Chinois sont, comme souvent les Asiatiques, très attirés par le tourisme économique, le shopping et se pose la question notamment de l'ouverture des magasins le dimanche. C'est une question que vous aviez soulevée l'année dernière. Je voulais savoir, dans cette perspective, d'accueillir davantage de touristes chinois, comment vous pensez peser sur le débat qu'il y a actuellement sur cette question qui n'est toujours pas tout à fait tranchée ?

R - M. Fabius - La question sera tranchée. Je pense que vous avez raison. Il faut avoir une approche spécifique pour le tourisme international. Pour le problème général du travail général le dimanche, c'est un autre problème. Pour le tourisme international, je pense qu'il faut simplement se rendre à l'évidence. D'abord au moment où les touristes internationaux chinois ou d'autres pays, déterminent leur voyage, ils le font en connaissance de cause et il y a ces aspects commerciaux qui sont importants. Prenons un exemple. Si des touristes chinois veulent venir à Paris parce que ce sont des tours qui sont organisés en général et bien ils veulent aller dans tel ou tel magasin le dimanche. Je ne vais pas citer telle ou telle enseigne mais on peut avoir les enseignes à l'esprit. S'ils savent que le magasin est fermé ils n'iront pas à Paris ce dimanche-là et ils iront au Royaume-Uni.

Pour les touristes internationaux, ce n'est pas aux touristes de s'adapter à ce qui se passe en France. C'est plutôt à l'offre commerciale - je pense à Paris, essentiellement - de s'adapter à la demande des touristes. Il ne faut pas tout confondre. Il y a un problème général du repos dominical, et puis il y a un problème spécifique pour le tourisme international et je crois que pour ce tourisme-là il faut savoir s'adapter. Il faut en même temps que ce soit sur une base de volontariat et qu'il y ait les compensations salariales nécessaires. Le problème général du travail le dimanche est un tout autre problème. En tout cas, pour ce tourisme-là, je crois effectivement qu'il y a des évolutions à opérer.

Q - Madame Aubry, pouvez-vous nous expliquer ce qui est fait pour que cette ville, dans la région du Wuhan, soit une ville durable ?

R - Mme Aubry - Tout est fait pour cela. Il est plus facile d'anticiper des constructions que de corriger ensuite une construction qui a été faite avec une rupture énergétique ou qui ne permet pas de ramasser les ordures et de traiter les déchets de bonne manière, qui ne traite pas la mobilité de manière durable, c'est-à-dire plus de transports collectifs, moins de voitures individuelles.

Ce qui est unique, c'est que pour la première fois au monde - et ce sont les autorités chinoises qui l'ont décidé - une ville aura été conçue dès l'abord comme étant durable. Tous les aspects sont donc intégrés dans la réflexion que nous avons. J'évoquais tout à l'heure la mobilité, à l'entrée, une gare TGV est en train d'être construite pour relier directement cette nouvelle ville à Wuhan, qu'elle touche. Il y a le traitement, la façon de construire les immeubles, bien évidemment, donc un savoir-faire français face à la construction chinois. Il y a le traitement des déchets, le chauffage. Il y a le traitement de l'environnement et de la nature, mais aussi la mixité, la mixité des fonctions : en Chine, comme dans beaucoup de pays développés, on a des masses de logements, de zones industrielles ou de bureaux sans que ceux-ci se mêlent. Je crois réellement que la conception d'une ville harmonieuse, c'est une ville où les activités économiques - quand elles ne sont évidemment pas polluantes - puissent être liées à des zones résidentielles et qu'il puisse y avoir aussi une mixité sociale, cela fait aussi partie des éléments que nous intégrons. On réfléchit aussi à autre chose - c'est assez intéressant parce que cela touche nos cultures : dans toutes les grandes villes chinoises, il y a des grandes places pour les grandes manifestations, pour se retrouver lors des grands évènements, comme le Nouvel An, mais il y a peu de petites places où on se retrouve. Réfléchissons aussi à l'idée que vivre ensemble - c'est la même question qui se pose à nous - , c'est se croiser, se rencontrer et pas seulement prendre sa voiture pour aller au centre commercial, travailler et rentrer chez soi, de même que nous avons à apprendre des Chinois sur l'usage des parcs et jardins publics qui sont extraordinaires, où chacun peut venir le matin, faire de la gymnastique, amener des personnes âgées qui regardent un certain nombre de spectacles par exemple. Donc, nos deux cultures vont s'opposer positivement, si je puis dire, pour éclairer les uns et les autres.

Voilà le genre de débat que nous avons et qui est particulièrement intéressant parce qu'il s'agit de savoir comment nous allons vivre ensemble dans une ville. La façon dont on construit la ville a évidemment des incidences sur l'exclusion de certaines catégories ou pas, qu'elle soit en termes d'âge ou en termes de catégorie sociale ; il s'agit donc vraiment de savoir comment doit évoluer notre société. Ces questions se posent à la Chine et elles se posent aussi à la France.

Q - L'année prochaine aura lieu à Paris la grande conférence sur le climat. Comment la France souhaite-t-elle travailler avec la Chine ? Cette année, c'est le cinquantième anniversaire des relations entre nos deux pays, il y beaucoup de manifestations culturelles, des échanges économiques, mais dans le contexte international de crises comme la Syrie, comment estimez-vous la collaboration entre la France et la Chine dans les affaires internationales ?

R - M. Fabius - Sur la deuxième question, la collaboration stratégique, politique entre la Chine et la France, il y a eu, d'une part, les deux visites réciproques de François Hollande en Chine, remarquablement accueilli, premier chef d'État d'Europe à avoir été accueilli par le président chinois et d'autre part, la visite en mars dernier du président Xi Jinping, d'abord à Lyon puis à Paris, qui de l'avis général a été tout à fait exceptionnelle. À l'occasion de ces deux visites, comme à l'occasion d'échanges entre ministres, nous avons défini quelles étaient nos priorités et toute une série de rendez-vous. Je vous donne un exemple : dans mon travail quotidien, à chaque fois qu'il y a un problème un peu complexe, qui demande une vision mondiale des grandes puissances, je me mets en rapport avec mon collègue des Affaires étrangères ou lui-même m'appelle pour dire : «qu'est-ce tu en penses ? Quelle est ton approche ?», qu'il s'agisse de la Syrie, de l'Ukraine, de l'Iran ou d'autres sujets. Nous travaillons vraiment très étroitement ensemble et, du côté chinois comme du côté français, on estime que jamais - je dis bien jamais - les relations bilatérales et l'approche multilatérale n'ont été à un si bon niveau de coordination. Nous avons bien l'intention de continuer cela dans les mois et les années qui viennent, à la fois par des visites réciproques et puis, tout simplement, par nos contacts. Lorsque le G20 s'est tenu récemment en Australie, le président chinois et le président français ont saisi cette occasion pour un long entretien bilatérale et passer en revue les questions qui se posent, à la fois sur le Pacifique, sur ce qui se passe au Proche et au Moyen-Orient, etc.

C'est un travail quotidien. Hier je me trouvais à Vienne où était également mon collègue chinois pour discuter du nucléaire iranien et nous en avons profité pour passer en revue nos actions communes : que faisons-nous ensemble pour lutter contre Ebola ? Comment allons-nous aborder les questions syrienne et irakienne ?

Nous avons aussi parlé du Pacifique. La Chine est très présente dans cette région du monde mais il a été visible, à l'occasion du sommet australien, que la France est également présente. Nous sommes présents en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie, à Wallis-et-Futuna. Alors qu'il y a quelques années, la France n'était pas très bien acceptée à cause des essais nucléaires, maintenant tout le monde dit que c'est très bien que la France soit là parce qu'elle est membre du Conseil de sécurité des Nations unies. Donc, avec les Chinois, nous nous demandons comment nous pouvons nous épauler les uns les autres. Voilà, je vous le dis, jamais les relations n'ont été de ce niveau. Nous nous en réjouissons énormément.

La COP 21 sera le plus grand évènement diplomatique jamais organisé en France : 20.000 délégués, 20.000 invités, 3.000 journalistes et un objet qui est tout simplement : est-ce que la planète va être vivable dans les années qui viennent ?

Vous connaissez les rapports du GIEC. Il y a quelques années, certains contestaient la réalité des gaz à effet de serre ou contestaient le fait que la pollution soit liée à l'activité humaine ; maintenant personne ne conteste cela. Il y a quelques années aussi, des pays pollueurs étaient très réticents à agir, mais il se trouve que pour toute une série de raisons et d'abord à cause de la gravité du phénomène, les États-Unis du président Obama et la Chine du président Xi Jinping ont décidé, concrètement, de modifier le cours des choses. Cette modification va avoir des effets extrêmement importants sur chacun des deux pays. En Chine par exemple, le fait que le pic doive se situer au maximum en 2030 et, comme dit le communiqué, si possible avant change complètement la donne. Ce que l'on a moins remarqué, le fait qu'en matière d'énergies renouvelables la Chine se soit fixée des objectifs extrêmement ambitieux fait que c'est en Chine que va se trouver désormais le premier marché et la première production d'énergie renouvelable. La Chine, par une vision qui est tout à fait dans sa tradition, fait d'une difficulté une chance ; c'est d'ailleurs le même mot qui signifie en chinois le risque et la chance.

Nous avons décidé de travailler ensemble concrètement. Laurence Tubiana, ambassadeur chargée de ces questions, voit très souvent son collègue. Moi-même, à chaque fois que je m'entretiens avec des dirigeants chinois, nous travaillons sur ce sujet. Il y aura certainement des contacts au plus haut niveau à ce sujet l'année prochaine et il est évident que nous ne pouvons réussir cette grande conférence qu'avec l'appui des autorités chinoises. Le fait que ces autorités aient décidé un changement qui, historiquement, sera perçu comme colossal, de dire maintenant - évidemment c'est très difficile parce qu'on sait le rôle des centrales à charbon en Chine ; on sait la manière traditionnelle de concevoir la croissance, qui a eu des effets très bénéfiques et, en même temps désastreux pour l'environnement. Désormais, les autorités chinoises ont décidé de modifier leur approche au niveau national, mais aussi au niveau régional : il y a des régions qui donnent un prix au gaz et au carbone, ce que nous réclamons mais que nous n'avons pas fait suffisamment. Tout cela va être fait en accord étroit et, à partir de cet accord, l'Europe, les États-Unis, la Chine, les petites iles et d'autres encore, nous espérons aboutir à un résultat positif.

Vous vous rappelez des échecs de Copenhague, il y a quelques années. Qu'est-ce qui a changé ? D'une part, le phénomène s'est aggravé et la prise de conscience est devenue plus forte. D'autre part, il y a eu cet accord entre les États-Unis et la Chine, qui est quelque chose de considérable. Et puis, il y a pour la première fois des financements qui sont mis à la clé : la semaine dernière, à l'occasion d'une réunion à Berlin, dix milliards de dollars ont pu être réunis comme première mise de fonds pour aider les pays en développement à modifier leur technologie et pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre et leur conséquences.

Je reste prudent, parce que c'est extrêmement difficile. Quand il faut mettre d'accord 195 pays et que chacun a le droit de veto, c'est très compliqué mais avec l'appui notamment de nos partenaires chinois, il y a enfin un espoir réel que les choses aillent dans le bon sens.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 novembre 2014

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