Déclaration de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication, sur le livre et la presse à destination des jeunes, Montreuil le 26 novembre 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication, sur le livre et la presse à destination des jeunes, Montreuil le 26 novembre 2014.

Personnalité, fonction : PELLERIN Fleur.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Salon du livre jeunesse à Montreuil le 26 novembre 2014

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C'est un plaisir tout particulier pour moi d'être parmi vous aujourd'hui pour fêter les 30 ans du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, où je viens depuis de longues années en voisine, et en famille. Je vous remercie d'autant plus de m'avoir proposé ce moment d'échange avec vous, avant même l'inauguration officielle qui aura lieu ce soir.

Cela fait 30 ans que ce Salon rythme l'année culturelle avec un succès croissant pour attirer aujourd'hui plus de 160 000 visiteurs, parmi lesquels près de 30 000 enfants qui sont accompagnés dans leur découverte de la lecture.

30 ans qu'il est la vitrine de la diversité et du rayonnement international d'un secteur, la littérature jeunesse, parmi les plus dynamiques de l'édition française et sur lequel le savoir-faire français, en matière d'album par exemple, est reconnu.

30 ans qu'il fait de l'accès à la lecture une de ses plus grandes priorités et réunit tous les professionnels du livre, les associations, les médiateurs, les enseignants, autour d'une même ambition.

Si je suis parmi vous aujourd'hui, c'est parce que je partage cette ambition et parce que, comme vous tous qui avez mis votre talent, votre carrière et votre engagement au service de la lecture, je crois en son influence décisive et son rôle fondateur dans la vie de chacun.

Ma conviction profonde, qui est aussi mon expérience intime, c'est que la lecture est un puissant vecteur d'émancipation qui décuple la puissance de nos imaginations, qui invite à rêver et à penser, qui éveille notre curiosité, c'est aussi par la lecture que s'affirme l'identité : en apprivoisant la solitude et le silence, on prend goût à être soi, on enrichit et fortifie son être intérieur.

C'est pour cela qu'il est impératif que chacun puisse, dès le plus jeune âge, faire, comme Montaigne, du livre un ami : il nous faut donc créer très tôt les conditions d'une belle et longue amitié avec le livre chez nos jeunes concitoyens et développer la place du livre et de la lecture dans la vie des enfants pour qu'une fois adultes, ce tête-à-tête avec l'oeuvre et l'auteur se poursuive et devienne aussi naturel qu'un échange avec un être cher. C'est parce qu'on a lu jeune, et aimé cela, qu'on lit toute sa vie.

Je me réjouis donc de fêter aujourd'hui avec vous une littérature jeunesse, fidèle compagnon de route de l'enfance et de l'adolescence qui procure les premières grandes émotions littéraires, qui introduit aux subtilités du langage, dont la compréhension des nuances est une ressource inestimable à tout âge et en toutes circonstances, qui fait des jeunes lecteurs les lecteurs avertis et passionnés de demain.

Avec la littérature jeunesse, nous fêtons aujourd'hui un secteur dynamique, en forte progression ces 10 dernières années tant au niveau de la production éditoriale qu'en termes de chiffre d'affaires, qui ont tous deux doublé. Pas moins de 115 millions de livres jeunesse ont été imprimés l'année dernière, et l'on compte plus de 6000 nouveaux titres.

Cette édition du Salon se caractérise par sa grande diversité et sa grande qualité : autour des grands noms de la littérature jeunesse contemporaine à l'honneur de la très belle exposition « Passages » : parmi eux, Quentin Blake, Blexbolex ou Philippe Corentin, autour des « pépites » qui consacrent les oeuvres marquantes de cette nouvelle édition et dont je salue les lauréats et les prestigieux parrains, Marie Desplechin et Gilles Bachelet.

Ceux-ci montrent de manière éclatante que la littérature jeunesse est, sans aucun doute possible, une littérature à part entière, et que les richesses qu'y trouvent les jeunes n'ont rien à envier à celles que les adultes viennent chercher dans les livres qui s'adressent à eux.

Elle est également l'un des secteurs de la production littéraire française les plus reconnus à l'étranger. Nos auteurs jeunesse font rire ou rêver des enfants en Europe, en Amérique ou en Asie, et je m'en réjouis !

Cette semaine à Montreuil, c'est aussi la fête des auteurs et des illustrateurs.

Car c'est par eux que passent la vitalité et le rayonnement de la littérature jeunesse.

Ils sont plus de 150 auteurs, illustrateurs et créateurs invités cette année et je tenais à m'adresser à eux aujourd'hui : les bons résultats économiques de la filière ne doivent pas faire oublier leurs inquiétudes et j'y suis très sensible.

Je le sais, des craintes existent au sujet de l'évolution des rémunérations, notamment dans le contexte du développement du livre numérique. Je sais aussi que le l'avenir du régime de sécurité sociale des artistes-auteurs et du mode de cotisation à la retraite complémentaire suscitent des interrogations.

J'aurai l'occasion de m'exprimer sur ce sujet important, mais je voudrais d'ores et déjà, à l'occasion de cette belle fête qui est aussi, je le redis, celle des auteurs et des illustrateurs, que les auteurs sachent mon engagement fort à leurs cotés.

Sur le point particulier de l'avenir du régime de sécurité sociale des artistes-auteurs, je vous confirme qu'aucun projet de réforme ne sera entrepris avant qu'une véritable concertation de l'ensemble des parties prenantes ait pu avoir lieu. Quant à la retraite complémentaire, nous avons souhaité avec Marisol Touraine, qu'une concertation ait lieu au sein de la profession car c'est la profession elle-même qui gère ce régime et qui doit décider de son évolution.

Je profite également de cette occasion pour vous dire combien j'ai été choquée par les attaques inacceptables que se sont succédé cette année contre certains titres de la littérature jeunesse. La littérature est un espace de liberté et d'ouverture et je serai toujours à vos cotés pour défendre celle des créateurs comme celle des lecteurs.

Mais ce Salon du livre jeunesse de Montreuil, c'est surtout la fête des jeunes lecteurs. Et je tiens à saluer les actions remarquables en faveur de la lecture portées par le Salon et par tous les acteurs qu'il rassemble.

Comme nous le faisons depuis quelques années, le ministère de la Culture a souhaité réunir sur un stand intitulé Agir pour la lecture des associations qui se mobilisent au bénéfice de la lecture des enfants de tous âges et auxquelles je veux rendre hommage aujourd'hui : l'association ACCESS auprès des jeunes enfants, Lire et faire lire en faveur des enfants scolarisés, Lecture jeunesse auprès des adolescents, Quand les livres relient, ATD Quart monde ou bien d'autres encore.

J'ai fait de l'accès à la culture une de mes priorités.

Cette priorité passe, et j'y suis particulièrement attachée, par le livre et la lecture.

Car la lecture est souvent le premier contact avec d'autres formes artistiques. Combien de vocations artistiques sont-elles nées grâce aux livres ? Combien d'enfants se sont tournés vers la pratique théâtrale parce qu'ils avaient lu Molière, Anouilh ou Ionesco ?

Dans les zones où l'offre culturelle est moins abondante, mais pas seulement, le livre est une fenêtre sur des horizons culturels nouveaux, un tremplin vers la pratique artistique ou la fréquentation des lieux de spectacle et des musées.

Je veux faire de la sensibilisation à la lecture un axe fort de mon action et lancer une véritable dynamique en direction des plus jeunes. Cette dynamique s'appuie en premier lieu sur les initiatives existantes et remarquables, qui font vivre la lecture auprès des plus jeunes, partout sur notre territoire.

Je pense à l'opération Premières Pages, pilotée par le ministère de la Culture et de la Communication, qui sensibilise les tous petits et leurs familles à la pratique fondamentale de la lecture : en 2014, ce dispositif a touché 100 000 enfants, je souhaite que d'ici deux ans, ils soient deux fois plus nombreux !

Je pense aussi au réseau des bibliothèques publiques, dont les moins de 15 ans constituent 40% du public et qui proposent à la jeunesse une offre spécifique et des actions de médiation de grande qualité.

La mise en oeuvre des rythmes scolaires est une nouvelle opportunité pour tisser des liens encore plus étroits entre les 16 000 bibliothèques du territoire et les jeunes, notamment par leur contribution aux activités périscolaires.

Des exemples existent déjà, ainsi, l'an dernier à Limoges, plus de 430 ateliers portant sur des thèmes aussi variés que le cinéma, le jeu, la bande dessinée, la photographie, les oiseaux, ont été proposés par les équipes de la Bibliothèque francophone multimédia aux enfants, dans le cadre du temps d'activité périscolaire. Dans les Bouches-du-Rhône, à Fos, Istres, l'intercommunalité de Ouest-Provence et la médiathèque intercommunale proposent un « cahier d'activités » périscolaires par tranches d'âge. Des ateliers Internet, des lectures théâtrales, des projections sont organisés.

J'aurai l'occasion de revenir sur les nouveaux enjeux auxquels sont confrontés les bibliothèques, et les nouvelles voies qui peuvent être tracées, à l'occasion des Assises nationales des Bibliothèques le 8 décembre prochain.

Je souhaite, enfin, créer une dynamique festive autour de la lecture jeunesse : je lancerai à l'été 2015 une grande fête nationale de la littérature jeunesse.

Cette initiative fait suite à des travaux de préparation avec le Salon, le CNL, les associations de bibliothécaires, les professionnels de la chaine du livre.

Cette fête a pour objectif d'insister sur le caractère de plaisir de la lecture et de lutter contre le décrochage qu'on constate chez certains adolescents.

Elle se tiendra au coeur de l'été et des grandes vacances, du 15 au 31 juillet, période la plus propice pour toucher les jeunes et leurs familles quand ils ont du temps libre.

Un principe essentiel régira sa mise en oeuvre : pour toucher le plus grand nombre de jeunes, et en particulier ceux pour lequel les livres ne sont pas aisément disponibles, il faut sortir les livres des lieux qui lui sont consacrés et aller avec lui à la rencontre du public.

La fête de la jeunesse permettra donc d'amener des livres sur les lieux de vacances. Je souhaite que des partenariats se nouent avec des réseaux nationaux tels que les campings, les centres de loisirs ou les clubs de vacances où les livres sont aujourd'hui trop peu présents. Les réseaux des bibliothèques et des libraires volontaires seront bien entendu essentiels pour concevoir, ensemble, les moyens de mise à disposition des livres et des activités d'accompagnement de cette lecture. Nous n'oublierons pas tous les enfants qui ne peuvent pas partir en vacances, pour lesquels la présence de livres est d'autant plus importante. Des bibliobus itinérants pourront également se rendre directement sur les lieux de vacances.

Par cette initiative, qui ne pourra prendre sa pleine envergure que progressivement, grâce au soutien des collectivités et de l'ensemble de la filière, je veux que les enfants puissent faire de la lecture l'expérience d'un plaisir partagé, et affermir la place du livre parmi les nombreux modes de divertissement qui leur sont proposés.

A la question que nous pose cette année le Salon du livre jeunesse de Montreuil : « 30 ans, c'est grand ? », je réponds : oui, c'est très grand ! C'est très grand pour une manifestation qui attire un nombre croissant de visiteurs et reflète la vitalité et la créativité de tout un secteur.

Je tiens à remercier Sylvie Vassallo, les équipes du Centre de Promotion du Livre de Jeunesse en Seine-Saint-Denis, qui, pendant la durée du Salon, mais également à travers l'ensemble des actions entreprises tout au long de l'année, accomplit un travail remarquable : si la littérature jeunesse est probablement devenue aujourd'hui le 10ème art, c'est aussi grâce à vous !

Et je salue plus que chaleureusement les collectivités locales, au premier titre desquelles, bien sûr, le Conseil général, pour sa conviction et son engagement à porter un projet aussi ambitieux sur la durée.

Le Salon est aussi le symbole de ce que peuvent produire de plus fécond les partenariats en matière de politique culturelle et le résultat de l'investissement des collectivités locales. A l'heure des réformes territoriales et des choix que les uns et les autres doivent faire, cela mérite particulièrement d'être réaffirmé.

C'est très grand, aussi, par les enjeux que ce Salon met en avant et dont il faut nous saisir avec ambition et audace : développer le goût de la lecture chez les plus jeunes et leur permettre de faire du livre un ami, c'est aussi la mission de mon ministère et mon ambition.


Je vous remercie.


Source http://www.culturecommunication.gouv.fr, le 1er décembre 2014

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