Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec BFM TV le 5 décembre 2014, sur la lutte contre le terrorisme en Irak, l'intervention militaire en Centrafrique, la livraison des navires Mistral, la vente de Rafales à l'Inde et sur la rénovation de l'Armée de Terre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec BFM TV le 5 décembre 2014, sur la lutte contre le terrorisme en Irak, l'intervention militaire en Centrafrique, la livraison des navires Mistral, la vente de Rafales à l'Inde et sur la rénovation de l'Armée de Terre.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la défense;

ti :
JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Yves LE DRIAN, ministre de la Défense, est avec nous. Jean-Yves LE DRIAN, bonjour !

JEAN-YVES LE DRIAN
Bonjour !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être là. On va parler tout de suite de ce qui se passe en Irak. En ce moment, les avions français sont en train de bombarder ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, il y a un raid important en ce moment mais ce n'est ^pas la première fois. Nous sommes là depuis …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très important en ce moment ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui mais ça fait partie des actions que mène la coalition très régulièrement. Le but en Irak pour nous et pour la coalition, c'est de faire l'appui aérien nécessaire pour que les forces irakiennes puissent progressivement reconquérir les territoires …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et que bombardons-nous là en ce moment ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je ne peux pas vous dire la cible mais simplement, nos forces sont là, notre aviation est à la fois à d'Al Dhafra aux Emirats arabes unis et maintenant en Jordanie avec six Mirage plus neuf Rafale …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sont des Mirage qui frappent là ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Là, je ne vous dirai pas non plus mais en tout cas, nous sommes dans la coalition et nous jouons notre rôle, nous sommes tout à fait déterminés à accompagner ce qui se passe pour empêcher le prétendu Etat islamique d'occuper l'Irak. Nous avons mis grâce à l'action de la Coalition un coup d'arrêt à l'expansion de Daesh mais le coup d'arrêt ne veut pas dure que la guerre est finie. Il y a des combats qui se développent …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien de missions conduites depuis que les Français sont engagés ?

JEAN-YVES LE DRIAN
120, 130 de notre part …

JEAN-JACQUES BOURDIN
120, 130 …

JEAN-YVES LE DRIAN
Mais tous les jours, il y a des patrouilles qui vont identifier des cibles. Tous les jours, nos avions sont dans le coup et nous frappons, nous sommes la deuxième force de la coalisation dans le domaine de l'appui aérien et nous jouons tout à fait notre rôle, notre place avec beaucoup de professionnalisme. Mais c'est une affaire qui sera de longue durée parce qu'il faut d'abord permettre aux forces irakiennes de se reconstituer, les forces irakiennes et les Peshmergas et progressivement de reprendre le contrôle de territoires perdus. Tout cela avec l'appui aérien de la coalition mais sans présence au sol de nos forces.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bachar EL ASSAD, interview à Paris Match, accuse la France dans cette interview, vous l'avez lue ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui je l'ai lue, j'ai trouvé ça parfaitement scandaleux parce que quelqu'un qui a sur la conscience 200 000 morts, de ses compatriotes qui vient donner des leçons, je trouve ça ignoble !

JEAN-JACQUES BOURDIN
La République centrafricaine, non un mot, tiens, un mot sur les frappes iraniennes. Vous avez confirmation de ces frappes iraniennes en Irak ou pas ?

JEAN-YVES LE DRIAN
On dit qu'il y en a eu ; nous n'avons pas vérification.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne savez pas ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il est possible que les Iraniens soient irrités par des risques à la frontière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'on a besoin des Iraniens ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Pour l'instant, nous menons …

JEAN-JACQUES BOURDIN
…dans la Coalition ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ils ne sont pas dans la coalition …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non je sais mais est-ce qu'on en aurait besoin ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ils n'ont pas voulu venir et pour l'instant, la coalition se déroule …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous souhaiteriez qu'ils participent plus ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Si l'Iran voulait totalement assumer ses responsabilités internationales, il ferait en sorte que les accords en discussion sur la non-prolifération nucléaire puissent se mettre en oeuvre ! C'est là la principale leçon !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et parallèlement, participer ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ca pourrait venir après …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même si les Américains n'en veulent pas ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Mais pour l'instant, ce rendez-vous là n'est pas tenu puisque sur la prolifération nucléaire, les positions ne sont pas réglées. Donc laissons faire ce chemin-là si l'Iran veut revenir dans le jeu international c'est la base, c'est le point de départ !

JEAN-JACQUES BOURDIN
La République centrafricaine, il y a un an, le 5 décembre 2013, lancement de l'opération, « déclenchement », je préfère, de l'opération « Sangaris « en République centrafricaine. Ca fait un an …

JEAN-YVES LE DRIAN
Ca fait un an oui !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca fait un an ! Est-ce que la France va retirer ses soldats ?

JEAN-YVES LE DRIAN
D'abord, pourquoi es-ce que nous sommes allés il y a un an ? Parce qu'il y avait des massacres de masse, qui se déroulaient et il y allait avoir des bains de sang avec des affrontements interethniques considérables et la communauté internationale, les Nations unies nous ont demandé d'intervenir pour rétablir un minimum de sécurité sur l'ensemble du territoire, à commencer par la capitale Bangui. A cette époque- là, rappelez-vous, il y avait 100 000 réfugiés dans le camp proche de l'aéroport N'Poko. La sécurité à Bangui n'était pas assurée. Moi-même, je ne pouvais pas sortir dans Bangui quand j'allais en République centrafricaine. Depuis là, la sécurité progressivement est revenue, les écoles sont ouvertes, le camp de N'Poko a beaucoup diminué, nos forces ont fait leur travail avec beaucoup de sang-froid parce que ce n'est pas facile de mener ces opérations- là dans le cadre de « Sangaris » pour nos soldats parce que quand on est au Mali, on a un adversaire, il faut l'éradiquer, il faut l'attaquer. Là, c'est beaucoup plus compliqué parce que vous avez des gens qui s'entretuent, qui s'opposent les uns aux autres …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous vous interposez …

JEAN-YVES LE DRIAN
Il faut avoir beaucoup de sang-froid et je trouve que nous avons perdu trois soldats depuis un an malheureusement, nous avons eu 120 blessés ; nous avons beaucoup donné mais fait preuve aussi de beaucoup de responsabilité. Alors maintenant …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la France va retirer ses soldats ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Maintenant, c'était déjà prévu comme ça au départ, il fallait faire en sorte qu'il y ait une transition vers une mission des Nations unies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la France va retirer ses soldats ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je vais vous répondre. La mission des Nations unies s'est mise en place. Aujourd'hui, il y a plus de 8 000 hommes …

JEAN-JACQUES BOURDIN
8 600 …

JEAN-YVES LE DRIAN
…dépendants des …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Casques bleus …

JEAN-YVES LE DRIAN
…Casques bleus à la fois policiers et militaires, essentiellement des Africains. Il est très utile que les Africains prennent en charge la sécurité de territoires africains et donc progressivement la France va se retirer. Nous sommes actuellement 2 000 et au printemps, nous serons 1 500. Nous resterons peut-être encore un peu plus longtemps après …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la France va retirer ses soldats ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Progressivement … ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là, la décision est prise ?

JEAN-YVES LE DRIAN
On va diminuer en fonction de la montée en puissance de la MINUSCA …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc à partir de début janvier, vous allez commencer à diminuer …

JEAN-YVES LE DRIAN
On va diminuer, je veux dire que …

JEAN-JACQUES BOURDIN
…notre présence en République centrafricaine ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Progressivement en étant toujours en situation d'être force de réaction rapide si d'aventure il y avait des risques …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc 2 000 aujourd'hui …

JEAN-YVES LE DRIAN
1 500 …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien à l'été prochain ?

JEAN-YVES LE DRIAN
1 500 …

JEAN-JACQUES BOURDIN
1 500 à l'été prochain.

JEAN-YVES LE DRIAN
Et puis après, progressivement on reviendra à un étiage que nous connaissions au départ mais nous n'y sommes pas encore. Il faut faire avec prudence mais aujourd'hui …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui parce que le pays est loin d'être sécurisé ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il n'y a pas encore la solution politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Yves LE DRIAN ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, il n'y a pas encore la solution politique. Il y a toujours des tensions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'entendais sur RMC l'appel des autorités religieuses ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a toujours des tensions, il ne faut pas le nier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Catholiques chrétiennes ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui musulmanes aussi …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Musulmanes qui demandent votre maintien ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Mais on reste là !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous restez là mais vous diminuez votre présence !

JEAN-YVES LE DRIAN
On diminue un peu !

JEAN-JACQUES BOURDIN
La France diminue sa présence !

JEAN-YVES LE DRIAN
Parce que la MINUSCA est là et c'est sa responsabilité …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'elle est capable de remplir ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, tout à fait ; moi, je suis très satisfait de la manière dont la MINUSCA s'installe en République centrafricaine parce qu'elle n'est pas restée uniquement à Bangui, très rapidement, elle s'est déployée vers l'Ouest et maintenant, elle se éploie vers l'Est. Je trouve que cette force est bien commandée, bien organisée. Bon il reste beaucoup de vigilance à avoir mais il reste aussi, Monsieur BOURDIN, le processus politique à mettre en oeuvre parce qu'il faudra bien une issue politique à cette situation afin d'éviter la partition parce que le risque majeur pour la République centrafricaine maintenant et c'est la raison pour laquelle nous sommes aussi intervenus, c'était le risque de vide sécuritaire dans ce pays et le risque sécuritaire en République centrafricaine quand on sait et quand on voit comment Boko Haram qui s'est maintenant proclamé califat mène des actions terroristes au Nord Nigeria, voire au Nord Cameroun, c'est-à-dire à la frontière avec la République centrafricaine, si on laissait ce vide sécuritaire s'établir, alors, il y aurait une liaison avec les Shebabs de l'autre côté. Donc il faut absolument enrayer cela. ca passait par notre présence, ça passait par la limitation …

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est l'internationale du terrorisme ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Absolument ! La limitation des massacres et ça passe maintenant par une solution politique. La solution politique, c'est ce qu'on appelle le forum de Bangui où l'ensemble des responsables des différentes tendances, des différents groupes qui constituent la République centrafricaine puissent se mettre autour d'une table pour décider un processus électoral parce que ça finira par un processus électoral et tant mieux sous la protection de la force des Nations unies et aussi avec notre propre soutien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Serge LAZAREVIC sera bientôt libéré. C'est ce que dit le président nigérien. Vous avez vu cette déclaration, Monsieur Mahamadou ISSOUFOU, vous partagez cet optimisme ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Vous savez, Monsieur BOURDIN, que je ne dis jamais rien sur les orages, ce qui a permis de sauver beaucoup d'otages.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, bien. Le Mistral …

JEAN-YVES LE DRIAN
Le Mistral !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, les deux navires Mistral …

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ces fameux navires Mistral, livraison reportée, je dis bien « reportée » parce qu'on a dit …non reportée mais jusqu'à quand reportée ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, les positions qui ont été prises par le président de la République sont très claires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca veut dire que les bateaux seront livrés, « livraison reportée » ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Attendez, il avait d'abord annoncé au mois de septembre alors que nous n'étions pas encore à la fin de la réalisation du premier bateau que les conditions …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le « Vladivostok » …

JEAN-YVES LE DRIAN
Le « Vladivostok » … que les conditions n'étaient pas réunies si ça se passait en septembre pour que la France puisse envisager la livraison parce qu'il faut construire le bateau et puis après il faut l'autorisation de livrer. Et il a confirmé ce point de vue récemment en estimant que vu la situation en Ukraine, étant donné que le protocole de Minsk n'était pas respecté, le cessez-le-feu n'était pas respecté, que le processus politique n'était pas mis en oeuvre, il n'était pas opportun pour la France de livrer du matériel militaire de cette ampleur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà donc un accord pour un cessez-le-feu global entre pro-Russes et pro-Ukrainiens a été conclu pour le 9 décembre.

JEAN-YVES LE DRIAN
On va le voir. Il faut le vérifier et il faut le constater et à ce moment là, on regarde la situation. Mais aujourd'hui, les conditions ne sont pas réunies …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais « reporter », ça veut dire que les navires seront livrés ?

JEAN-YVES LE DRIAN
« Reporter », ça veut dire que pour l'instant, on ne le livre pas. Point !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'instant, un jour … « Reporter » dans le vocabulaire français, ça veut dire que pour l'instant, on ne livre pas mais on va livrer !

JEAN-YVES LE DRIAN
Si les conditions sont réunies !

JEAN-JACQUES BOURDIN
On pourrait ne jamais livrer ces bateaux ?

JEAN-YVES LE DRIAN
On pourrait ne jamais livrer ! Il faut que les Russes …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vraiment ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il faut que les Russes se rendent compte de cette situation. On ne peut pas envisager une livraison …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quitte à payer plus d'un milliard d'euros ?

JEAN-YVES LE DRIAN
On ne peut pas envisager une livraison dans les conditions de tension dans lesquelles nous sommes avec une Russie qui ne reconnait pas l'intangibilité des frontières. Donc nous estimons que ce n'est pas opportun de le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais si ce cessez-le là sur le terrain est appliqué parce que le premier n'a pas été appliqué, si celui-là est appliqué ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Eh bien, écoutez, on regardera la situation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Les Rafale …

JEAN-YVES LE DRIAN
Les Rafale …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, ces 126 Rafale que nous voulons vendre absolument à l'Inde, vous êtes optimiste ou pas ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ce n'est pas que nous voulons vendre absolument à l'Inde, c'est que l'Inde a besoin d'une aviation moderne …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc l'Inde veut nous les acheter absolument !

JEAN-YVES LE DRIAN
…et l'Inde a engagé un processus d'appel d'offre qui a été conclu en janvier 2012. Au terme de ce processus d'appel d'offres où il y avait plusieurs candidats, c'est le Rafale qui a été retenu en janvier 2012 et après, depuis cette date-là, il y a une discussion entre les autorités indiennes, entre les responsables de l'armement de ce pays et la société DASSAULT pour aboutir à la réalisation de l'accord. Le Rafale a déjà été sélectionné mais ça a pris du temps. Pourquoi ? Parce que d'abord, c'est un dossier très important, 126 Rafale, ce n'est pas rien !

JEAN-JACQUES BOURDIN
15 000 pages de détails techniques et commerciaux, c'est vrai ça ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, c'est très long, c'est très compliqué. Oui, c'est vrai et donc …

JEAN-JACQUES BOURDIN
15 000 pages de détails techniques et commerciaux !

JEAN-YVES LE DRIAN
Cela s'est mis en oeuvre depuis janvier 2012 et il y a eu une période un peu de stagnation. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu des élections en Inde et avant les élections, il ne se passait rien, après les élections, il ne se passait pas grand-chose non plus et au cours du déplacement que j'ai effectué la semaine dernière en Inde, le nouveau ministre de la Défense a déclaré publiquement qu'il était temps d'accélérer les procédures et de lever les derniers différends. Donc nous sommes dans une procédure positive, j'espère qu'elle aboutira.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Contrat avec l'Inde conclu rapidement ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je pense, enfin ça évolue plutôt bien mais enfin dans ces contrats là …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Contrat conclu rapidement, ça veut dire quoi, avant la fin de l'année ou au début de l'année ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Non rapidement pour un contrat de cette ampleur, ce n'est pas trois semaines !

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est début du premier semestre 2015 !

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est quelques mois, on va voir, on va voir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous êtes optimiste ou pas ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je suis optimiste. Jusqu'à présent je disais que je n'arrivais pas à être pessimiste. Là je suis « je suis plutôt optimiste » parce que la volonté indienne était au rendez-vous et que la détermination publique du gouvernement indien a été très manifeste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où seraient fabriqués ces Rafale, en Inde ou en France ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Une partie en France, et une partie en Inde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
18 en France, 108 en Inde.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui mais avec une partie du matériel français. Il y a une phase de transition technologique qui s'effectue au fur et à mesure de …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca veut dire que les Indiens fabriqueraient ces Rafale sous licence ?

JEAN-YVES LE DRIAN
A la fin de l'histoire oui. A la fin du processus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca veut dire que les Indiens fabriqueront des Rafale qu'ils pourront vendre ensuite dans le monde ?

JEAN-YVES LE DRIAN
A la fin du processus, et ils le savent. Mais sous licence DASSAUT, avec des conditions précises….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils pourront vendre ces Rafale. Sous licence DASSAUT mais l'avion fabriqué par les Indiens pourra être vendu ailleurs dans le monde et donc concurrencer le Rafale de DASSAUT ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ah non parce que le Rafale de DASSAUT ce sera le Rafale de DASSAUT toujours, ça sera sous licence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Et ça donnera du travail en Inde ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui mais ça donnera du travail en France aussi, parce que le contrat que nous avons, j'espère que nous allons réaliser, c'est quand même 12 ou 13 milliards d'euros, ce n'est pas un contrat secondaire pour l'industrie française. Vous savez l'industrie militaire française elle est duale c'est-à-dire qu'elle fait beaucoup de progrès technologiques, elle fait beaucoup d'avancées extrêmement pointues et tout ça est transféré aussi au civil, ce qui fait que l'industrie militaire française est à la fois favorable à notre propre sécurité, favorable à l'exportation de matériel militaire, mais aussi favorable à l'innovation technologique de notre pays. C'est ce que l'Inde a reconnu et je trouve que c'est en bonne voie. Il faut attendre que ce soit signer pour se réjouir. Nous sommes dans un processus plutôt positif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes sur le point de vous réjouir, si je comprends bien.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je commencerais à me réjouir lorsque tout ça sera signé. Pour l'instant les nouvelles sont plutôt positives, il vaut mieux s'en réjouir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le Qatar aussi.

JEAN-YVES LE DRIAN
Le Qatar pourquoi pas, mais il y a d'autres candidats. C'est un très bon avion, chacun le sait, il est aujourd'hui utilisé à la fois au Levant, à la fois au Mali, il est très opérationnel, il a déjà fait ses preuves, donc on comprend que ça intéresse beaucoup de pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, ça marche bien nos ventes d'armes ? J'ai vu 2014, on va faire quoi ? 7,5 milliards, non.

JEAN-YVES LE DRIAN
Peut-être même un peu plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien ?

JEAN-YVES LE DRIAN
On n'est pas encore rendu à la fin de l'année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais à peu près combien ? 8. On approche les 10 milliards.

JEAN-YVES LE DRIAN
Ah non. Monsieur BOURDIN, il ne faut pas exagérer. On est dans des progressions significatives. Ca veut dire deux choses, ça veut dire 1/ qu'il y a des menaces, que le monde est instable, on le constate tous les jours. Et donc un certain nombre de pays estime nécessaire d'acquérir des capacités d'armement et de sécurité indispensables à leur propre souveraineté, voilà, ça veut dire d'abord cela. Que nous sommes dans un monde instable. Et puis ça veut dire aussi que nos entreprises sont bonnes. Parce que les exportations d'armement ça se fait dans la compétition et à un moment où on dit « ah l'industrie française ne va pas bien », eh bien en matière d'exportation d'armement, ça va bien, ça veut dire que nous sommes compétitifs, que nous sommes performants, et que les matériels français – qui ne vous le rappelle sont toujours en « synergy dual », c'est-à-dire qu'ils servent aussi à l'innovation civile, sont de grande qualité, et c'est très bien pour l'industrie française.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ailleurs peut-être est-ce parce que les Polonais veulent nous acheter des armes que nous ne livrons pas les Mistral, non ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, c'est pour des raisons totalement politiques et déontologiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les Polonais sont contre la livraison des Mistral.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui mais il y a d'autres pays qui ont des contrats d'armement avec nous et qui …. On n'est pas dans le troc monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que je sais que vous visez un marché polonais important, des hélicoptères…

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui plusieurs, des sous- marins…. Mais il y a des prospects d'armement un peu partout. Il y en a en Pologne qui sont intéressants, il y en a ailleurs et puis il y a aussi la réalité de ce que représente la vente des Mistral.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je crois qu'en France d'ailleurs vous êtes en train d'engager aussi une rénovation de l'armée de terre, notamment au niveau du ….

JEAN-YVES LE DRIAN
Je vais l'annoncer et notifier aujourd'hui même.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous allez annoncer ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je vais voir la Brigade alpine près de Grenoble, à Vars, pour engager le programme de rénovation de l'Armée de Terre. C'est un programme de 5 milliards d'euros, sur la durée de la Loi de Programmation. Je respecte intégralement la Loi de Programmation, ce qu'on appelle le programme Scorpion, qui vise à renouveler les équipements blindés ; que ce soit les véhicules qui remplaceront ce qu'on appelle les VAB ; ou que ce soit les engins blindés qui vont remplacer ce qu'on appelle les AMX ; et puis aussi la rénovation des Chars Leclerc. Donc nous aurons une cohérence …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec du matériel évidemment français …

JEAN-YVES LE DRIAN
Avec des entreprises françaises qui sont performantes et qui vont …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc un vaste plan de rénovation de l'armée française…de l'Armée de Terre.

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est ça, de l'Armée de Terre. Il était temps. C'était urgent. Il a fallu préparer ce contrat. Et puis aujourd'hui je vais le notifier et l'annoncer à l'Armée de Terre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Louvois, ce fameux malheureusement fameux logiciel…

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est mon fardeau monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui je sais, je sais.

JEAN-YVES LE DRIAN
J'ai trouvé ça en arrivant, ce programme de solde des soldats français avait été réalisé dans la précipitation avec me semble t-il aussi un peu d'insouciance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En service jusqu'en 2017.

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est un désastre, parce qu'il n'est pas digne d'un pays comme le notre de ne pas être en situation de payer normalement les soldats à la fin du mois. J'ai constaté ça en arrivant précisément à Vars où je vais me rendre tout à l'heure. A l'automne 2012 les soldats me disent « mais on n'est pas bien payé ». Je dis « comment ça se fait ? ». Je regarde les feuilles de solde et je constate que certains avaient zéro, parce que la machine ne marchait pas, parce que le logiciel n'était pas bien expérimenté, parce que ça avait été fait très rapidement. Donc pendant un certain temps…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des coupables quand même !! Il y a des responsables !!

JEAN-YVES LE DRIAN
La responsabilité, la difficulté de cette responsabilité – parce que j'ai d'abord essayé de régler le problème – c'était mon premier sujet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons du problème avant de parler des responsabilités.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui je veux bien, c'est le plus important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui c'est le plus important. Alors logiciel est en service jusqu'en 2017 !!

JEAN-YVES LE DRIAN
Alors attendez, je donne les étapes. Je constate le dégât à l'automne 2012. J'essaye d'y remédier. Je constate que c'est un dispositif un peu fou. Quand on répare d'un côté et qu'on met une rustine là, il y a un trou de l'autre côté. Donc à l'automne 2013, je dis « on arrête ». Il faut prendre cette décision. Elle coûte chère, mais on arrête, on fait autre chose. Et donc j'ai lancé un appel d'offres à ce moment-là pour identifier un processus nouveau. Nous allons conclure cet appel d'offres au début de l'année 2015 et en 2016 on sera en double commande, parce que je ne veux pas faire l'erreur de mes prédécesseurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Double commande.

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est-à-dire on va continuer le système actuel qui ne marche pas très bien, qu'on répare jour après jour, et puis on aura le nouveau système pour vérifier s'il est effectivement robuste, performant, et qui répond aux préoccupations …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et en 2017, plus de Louvois.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je l'espère. Je l'espère. Je suis extrêmement vigilant mais c'est ignoble cette affaire. Enfin c'est même insupportable pour tout le monde et j'essaye de montrer à nos militaires que nous sommes très attentifs ; on a mis des systèmes de rustine en place pour éviter que certains n'aient pas de solde à la fin du mois. Mais il y a aussi des militaires qui ont trop perçu. Et après il faut rembourser. Et on ne sait pas, en plus la lecture de la feuille de solde est tellement complexe que j'imagine que la compagne du militaire qui reçoit la solde alors que le militaire est en opération extérieure, se dit « ça y est c'est la prime, donc je dépense ». Après il faut rembourser. Donc c'est très difficile. C'est le résultat je pense d'une chaine de décisions qui n'était pas claire. Parce que lorsque je regarde les responsabilités j'allais dire tout le monde est responsable et personne n'est responsable. Et j'ai voulu remédier à cela pour qu'il y ait au sein de l'organisation des ressources humaines et de la solde dans nos armées une seule direction, une seule autorité, selon les bons principes : un chef, des moyens, une mission, et nous allons mettre ça en place, nous sommes en train de mettre ça en place pour l'ensemble des ressources humaines et de la solde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question, concernant Kader ARIF qui a travaillé à vos côtés. Est-il vrai que vous aviez alerté François HOLLANDE et Manuel VALLS au mois d'août sur sa situation ? Franchement.

JEAN-YVES LE DRIAN
J'ai constaté un certain nombre disons d'interrogations, et que j'ai transmises, c'était fin août-début septembre, aux autorités de l'Etat en disant « voilà il y a un problème ». Et il a été convenu qu'il ne fallait pas régler ce problème pendant la période de commémoration qui se déroulait et qui allait se terminer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La décision avait été prise de se séparer de Kader ARIF début septembre.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je pense que le président de la République était tout à fait conscient de cette nécessité. Mais il voulait éviter que les commémorations, que d'ailleurs Kader ARIF a très bien menées, ne soient perturbées par cette affaire qui pour l'instant n'est pas … Monsieur Kader ARIF n'est pas mis en examen, c'est simplement une enquête préliminaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean-Yves LE DRIAN d'être venu nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 décembre 2014

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