Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication à France-Info le 11 décembre 2014, sur la politique de l'audiovisuel et l'audiovisuel public. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication à France-Info le 11 décembre 2014, sur la politique de l'audiovisuel et l'audiovisuel public.

Personnalité, fonction : PELLERIN Fleur, ACHILLI Jean-François .

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication;

ti :

FABIENNE SINTES
Votre invitée, donc, ce matin, Jean-François ACHILLI, est ministre de la Culture et de la Communication. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI

Bonjour Fleur PELLERIN.
FLEUR PELLERIN

Bonjour. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et bienvenue. Vous avez entendu l'interpellation ce matin, sur FRANCE INFO, de Jean-Michel RIBES, le directeur du Théâtre du Rond-point, qui a lancé hier soir avec plusieurs dizaines d'artistes, réunis au Théâtre de la Coline, un appel contre l'effritement du réseau culturel.

JEAN-MICHEL RIBES
Je sens qu'il y a en effet un désintérêt, un abandon, ce n'est plus la priorité. Il ne faut pas penser que la culture c'est la danseuse de la République et que ça ne sert à rien et que c'est de l'argent foutu en l'air. Au contraire. Et je pense qu'aujourd'hui il n'y a pas un regard suffisamment, je dirais, aimant. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI

Alors, Fleur PELLERIN, pas assez aimante avec les artistes ?

FLEUR PELLERIN
Ah, je pense que Jean-Michel RIBES ne pensait pas à moi, je l'espère en tout cas, parce que, au contraire, moi je suis de tout coeur aux côtés des artistes et je comprends très bien leur préoccupation actuellement c'est vrai que nous devons faire des efforts d'économies budgétaires, nous, je veux dire l'Etat et les Collectivités locales… J

EAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est ça le problème, hein.

FLEUR PELLERIN
C'est ça le problème, vous avez raison, mais ce que je tiens à dire et je pense que Jean-Michel RIBES le sait très bien aussi, c'est que la culture c'est toujours un choix du coeur et un choix politique, et donc l'Etat, lui, a fait le choix, le gouvernement a fait le choix de préserver la culture et c'est vrai qu'on aimerait que l'ensemble des collectivités fasse aussi ce choix.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Parce que la question est de savoir si la culture est en passe d'être sacrifiée, avec des budgets à la baisse dans les collectivités, il faut rappeler que l'Etat, c'est quoi, c'est 20 %, 25 % du budget de la Culture, de l'investissement.

FLEUR PELLERIN
Un petit peu plus, c'est 30 à 40 %.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et les collectivités ça compte, mais les dotations sont en baisse et donc la culture qui trinque dans les régions, Fleur PELLERIN. C'est ça le problème.

FLEUR PELLERIN
Alors, ce n'est pas vrai partout, moi je salue le courage des collectivités ou l'engagement des collectivités qui ont fait le choix, au contraire, malgré la difficulté de la situation financière de maintenir la priorité à la culture, c'est le cas de Rennes, c'est le cas de Lille, c'est le cas du Conseil général de Seine-Saint-Denis, qui n'est pas l'un des plus riches de France mais qui a la deuxième dépense par habitant en matière de culture, donc c'est un choix politique, c'est ça que je voudrais dire, c'est qu'on a toujours le choix de donner la priorité à la culture ou de sacrifier la culture et donc il faut mettre aussi chacun et chacune en face de ses responsabilités. Moi je crois que… La situation est très difficile, je l'entends parfaitement, je sais que c'est difficile pour les collectivités locales de participer à cet effort…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Parce que c'est ce qu'ils vous ont dit hier soir, ces artistes qui se sont réunis.

FLEUR PELLERIN
Mais ce qui est important c'est de pouvoir garder effectivement, cette forme d'interpellation, pour appeler les collectivités, l'ensemble des collectivités publiques qui aident la culture et qui financent la culture, à garder cette priorité qui a toujours été donnée en France à la culture.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Pour tous ceux qui nous écoutent ce matin, j'ai envie de vous poser une question. Il n'y a plus vraiment de grands travaux en France, comme on a vu dans les décennies du passé, regardez la Fondation Louis VUITTON, c'est sur les fonds personnels de monsieur Bernard ARNAULT. Question toute bête, Fleur PELLERIN, c'est quoi la culture sous François HOLLANDE, en France, aujourd'hui ? Quelle est la vision, qu'est-ce que la vision aujourd'hui ?

FLEUR PELLERIN
Moi je pense que la culture et la vision, ce n'est pas construire des bâtiments, je conçois que l'on puisse être tenté de le faire lorsque la situation financière est florissante, mais je ne crois pas…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
On ne va pas refaire MALRAUX.

FLEUR PELLERIN
… je ne crois pas qu'avoir une politique culturelle ce soit uniquement construire des musées, je pense que c'est un peu facile.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Mais quelle est la vision n ?

FLEUR PELLERIN
La vision, je crois que c'est aujourd'hui, justement, d'abord de réaffirmer très fortement la priorité qu'on donne à la culture. Aujourd'hui vous avez la montée des extrémistes, vous avez le Front national, vous avez Daesh, vous avez un certain nombre de choses qui sont des lignes de fracture dans notre société, et je crois qu'imaginer qu'on va pouvoir recréer du sens, on va pouvoir réintéresser l'ensemble des Français à la politique, sans donner une très grande priorité à la culture, sans faire de la culture un ciment de notre société, sans mobiliser l'ensemble des artistes pour justement transmettre, diffuser la culture, je crois que c'est une très grave erreur.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc vous dites aux collectivités qui n'investissent plu : allez-y, c'est ça ? C'est votre problème.

FLEUR PELLERIN
Je pense déjà qu'il faut que les collectivités réaffirment le rôle éminemment politique de la culture et donc le traduisent complètement dans leur budget, et je pense que a c'est très important. C'est la première priorité, ça ne fait pas une vision, mais c'est la première priorité, et la vision c'est de repenser les questions de l'accès à la culture. Aujourd'hui il y a beaucoup de gens qui s'estiment totalement exclus de la culture, parce que leur famille ne leur a pas donné les moyens matériels ou réels d'accéder aux oeuvres, d'être en contact avec les artistes…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
L'accès à la culture.

FLEUR PELLERIN
Et ça, je crois que c'est vraiment une priorité d'une politique culturelle de gauche.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, Fleur PELLERIN, la baisse des ressources publiques frappe de plein fouet l'audiovisuel public. France Télévisions, on va commencer par ça, le CSA a publié son rapport, que dites-vous du bilan de Rémy PFLIMLIN ? Principale critique, nous a expliqué tout à l'heure, Céline ASSELOT, les programmes de France Télé, ce serait une offre, dixit le CSA, trop proche du privé. Vous partagez cette critique, vous ?

FLEUR PELLERIN
Alors, d'abord, ce rapport c'est un rapport qui est prévu par la loi, donc le CSA a fait son travail, ce n'est pas quelque chose qui est à charge contre l'actuelle direction.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bon. C'est n'est pas un brulot.

FLEUR PELLERIN
Ce n'est pas un brulot, et ce n'est pas, voilà, ce n'est pas quelque chose qui est destiné à déstabiliser l'actuel président. Donc c'est important de le dire. Après, je vais prendre le temps, hein, le rapport a été diffusé hier soir, je vais prendre le temps de l'analyser, je pense que c'est aussi quelque que chose qu sera très intéressant pour nous aider à…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il y a un problème de budget.

FLEUR PELLERIN
… travailler sur les missions. Moi je n'aborde pas les choses, immédiatement, sous l'angle budgétaire. Je sais que c'est très important les budgets, mais je crois qu'il faut d'abord définir ce qu'est le rôle, la mission l'ambition du service public aujourd'hui et après on parle de budget et de moyens parce que faire l'inverse n'a absolument pas de sens.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, le rôle ?

FLEUR PELLERIN
Et donc aujourd'hui moi j'ai engagé, à la demande du président de la République, un travail, depuis un mois, sur justement quelle doit être la place de l'audiovisuel public à l'heure où il y a beaucoup plus de chaines de TNT, il y a beaucoup plus de chaines gratuites qu'auparavant, donc c'est vrai, comment on se positionne par rapport à ça, est-ce que le rôle c'est d'être complémentaire ou de faire la même chose différemment, est-ce que c'est de faire de l'audience, pas de l'audience, est-ce que…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
La question c'est : est-ce que c'est trop proche du privé ? Oui ou non ?

FLEUR PELLERIN
C'est un travail. Là le rapport dit que c'est trop proche du privé, il y a peut-être…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Pour vous.

FLEUR PELLERIN
Je ne sais pas, moi, je suis en train de faire un rapport actuellement pour essayer d'avoir une vision claire, objective des choses, je ne suis pas en train de donner des bonnes notes ou des mauvaises notes, je crois que vraiment, ce qui est important, c'est aussi d'avoir la vue d'ensemble, et la vue d'ensemble c'est que pour moi, l'audiovisuel public doit aujourd'hui être un aiguillon pour la création, en particulier des nouveaux formats, des nouvelles séries télévisées.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il y a trop de chaines, Fleur PELLERIN ? On parle de FRANCE 4, FRANCE Ô menacées.

FLEUR PELLERIN
On ne peut pas dire qu'il y a trop de chaines dans l'absolu. Il faut voir si chaque chaine a bien son identité, sa place, si elle répond à une offre…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous êtes prudente ce matin.

FLEUR PELLERIN
Oui, mais bien sûr, parce que le rapport pour l'instant, le travail n'est pas terminé, je l'ai engagé il y a un mois, je ne peux pas avoir des jugements très tranchés, alors que le travail vient juste de s'engager, on n'a fait qu'une réunion, pour l'instant, avec le groupe de travail, j'attends ses conclusions avant d'émettre un avis.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
RADIO FRANCE, également, doit faire avec un déficit estimé à 20 millions d'euros, dit Mathieu GALLET, notre PDG de RADIO FRANCE. Qu'attendez-vous de nous, en fait, des grandes maisons publiques ? Qu'elles se marient entre elles, qu'elles suppriment des chaines, qu'elles fassent baisser la masse salariale ? Vous avez une idée là-dessus ?

FLEUR PELLERIN
Eh bien là aussi il faut avoir une vision très claire de ce que sont les comptes, de ce qu'est la situation. Voilà, moi je ne suis pas du tout pour un mariage des radios ou des fusions forcées entre les radios, parce que je considère que sur le service public, radios uniques…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et des services publics entre eux ?

FLEUR PELLERIN
… il y a des identités très fortes, de chaines, et je pense que les gens qui écoutent FRANCE INFO ou FRANCE INTER ou FRANCE CULTURE sont très attachés à l'identité propre et à l'empreinte propre de chaque chaine.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et refaire, on le dit ça et là, refaire un peu l'ORTF, quoi, remarier, du moins créer des passerelles entre France Télé et RADIO FRANCE, c'est possible ça ?

FLEUR PELLERIN
C'est possible et sans doute souhaitable, il y a sans doute des choses sur les fonctions de support, sur la dynamique numérique, par exemple, les sites internet à faire, et ça je pense que ce sont plutôt des réflexions qui vont dans le bon sens, donc moi j'y suis favorable, mais après, parler de fusion ou de revenir à l'ORTF, je pense que ce n'est pas du tout raisonnable aujourd'hui.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, Fleur PELLERIN, vous êtes évidemment pour le projet de loi Macron et notamment l'extension du travail dominical, vous êtes pour…

FLEUR PELLERIN
Il n'y a pas que ça dans cette loi, je tiens à vous le souligner.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Non, mais je vous parle de ça, parce que peut-être qu'on a envie le dimanche d'aller à la FNAC acheter des bouquins ou des disques, ou des produits culturels.

FLEUR PELLERIN
Eh bien écoutez, déjà, le dimanche, c'est quand même un jour où la plupart des institutions culturelles, les musées, les théâtres, l'opéra, sont ouverts donc le dimanche, c'est vrai que moi j'aime bien l'idée que ce soit un jour un peu réservé à la culture, à la culture en famille et où on puisse aller, si on le souhaite, au cinéma, mais aussi au théâtre, au musée, et je trouve que c'est une façon qui est tout à fait compatible avec le respect de, voilà, d'un temps de repos dans la semaine et sans entrer dans, ce que reprochent certains, dans le débat, c'est la marchandisation…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous dites quoi, donc, ouvrir des magasins le dimanche pour acheter des biens culturels, c'est ce que vous nous dites, hein.

FLEUR PELLERIN
Mais je ne parle pas de magasins, là, je parlais, en l'espèce, d'institutions qui sont déjà ouvertes. Si vous voulez aller au Louvre le dimanche, vous pouvez y aller.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça existe, c'est ouvert.

FLEUR PELLERIN
Les musées sont ouverts le dimanche, donc c'est un jour qui n'est pas, enfin, le reproche qu'on fait parfois à la loi Macron, c'est de dire : vous ne pensez que commerce et que société de consommation, mais le dimanche, en réalité, vous avez déjà aujourd'hui une grande palette d'options qui vous sont offertes et qui ne sont pas uniquement de la consommation. On peut se cultiver.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Pour vous c'est déjà le travail dominical.

FLEUR PELLERIN
Non, moi j'aime bien l'idée que le dimanche soit le jour de la culture, voilà, donc il y a déjà beaucoup de fonctionnaires qui travaillent le dimanche, d'ailleurs, et je tiens à les saluer.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et les grandes surfaces, type FNAC, il faut les ouvrir le dimanche ou pas ?

FLEUR PELLERIN
Ça c'est quelque chose qui pourra se régler dans le cadre de la loi.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
D'accord.

FLEUR PELLERIN
La loi dit : il faut qu'il y ait des négociations par entreprise ou par branche, et s'il y a des salariés qui sont volontaires, s'il y a des compensations salariales, eh bien, et des protections qui sont nécessaires, eh bien il pourra y avoir des décisions qui sont prises dans certaines zones géographiques, donc c'est très protecteur.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Fleur PELLERIN, je vais vous poser pour conclure, une question plus personnelle. Vous avez eu du mal, on a vu, à vous débarrasser de cette controverse, vous savez, sur « je n'ai pas le temps de lire, à propos de MODIANO », ça vous a fait…

FLEUR PELLERIN
J'ai moins le temps de lire.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
« J'ai moins le temps de lire », bon, après on est d'accord ou pas d'accord avec ce qui a été dit…

FLEUR PELLERIN
Ce n'est pas qu'on n'est pas d'accord, c'est que j'ai dit « j'ai moins le temps de lire », et de fait j'ai moins le temps de lire par rapport à avant où je lisais beaucoup, mais c'est vrai que ça s'est transformé après en quelque chose qui n'était pas exactement ce que j'avais dit.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Je vous avoue que moi je lis tout en diagonale aujourd'hui. Alors, est-ce que vous vous sentez vraiment aujourd'hui ministre de la Culture ? C'est une vraie question qui est posée, parce qu'on site toujours les exemples illustres du passé, est-ce que vous êtes restée, vous, sur ce domaine que vous excelliez, les nouvelles technologies, vous est investie dans ce rôle de ministre de la Culture…

FLEUR PELLERIN
Mais absolument.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est quoi un ministre de la Culture en 2014/2015 ?

FLEUR PELLERIN
Un ministre de la Culture en 2014 ou en 2015, je pense que ce n'est pas quelqu'un qui est payé pour lire des livres chez soi, donc c'est vrai que c'est important. Moi je suis une grande lectrice et j'ai dit que je lisais moins, mais je lis encore beaucoup, beaucoup moins que ce que je souhaiterais…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça vous a fait du mal, ça.

FLEUR PELLERIN
Mais voilà, je pense que moi, ce que les Français attendent de moi et ce que les artistes et les créateurs attendent de moi, c'est que je défende aussi leurs intérêts, c'est que je défende leur place dans la société, c'est que je défende le rôle majeur de la création de l'artiste au sein de la société, mais surtout que je me batte pour eux aujourd'hui, il y a beaucoup de choses qui sont remises en cause, on l'a vu avec les budgets, en Europe c'est le droit d'auteur, c'est l'exception culturelle, et donc je crois que c'est ça un ministre de la Culture, c'est quelqu'un aussi qui est là pour faire son travail, c'est-à-dire défendre la culture.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Merci Fleur PELLERIN.

FLEUR PELLERIN
Et pas sa culture.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Merci Fleur PELLERIN.

FLEUR PELLERIN
Merci.

FABIENNE SINTES
Eh bien tant qu'on y était, qu'est-ce que vous lisez en ce moment, Fleur PELLERIN ?

FLEUR PELLERIN
En ce moment, je lis Emmanuel CARRERE, « Le royaume ».


source : Service d'information du Gouvernement, le 12 décembre 2014

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