Interview de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec RTL le 12 décembre 2014, sur la lutte contre le dérèglement climatique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec RTL le 12 décembre 2014, sur la lutte contre le dérèglement climatique.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent, CHAPUIS Jérôme.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international;

Circonstances : 20ème conférence des parties de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 20), à Lima (Pérou) du 9 au 14 décembre 2014

ti :
YVES CALVI
Jérôme CHAPUIS, vous recevez ce matin le ministre des Affaires étrangères Laurent FABIUS.

JEROME CHAPUIS
Bonjour Laurent FABIUS.

LAURENT FABIUS
Bonjour, enfin pour moi c'est bonsoir mais pour vous c'est bonjour.

JEROME CHAPUIS
Oui, effectivement, vous êtes en ligne de Lima au Pérou, où vous participez aux négociations sur le climat, on va en parler dans un tout petit instant. Je voudrais avant cela vous poser une question sur l'attentat kamikaze qui a frappé l'Institut franco-afghan hier à Kaboul, c'est le lieu emblématique de la présence française en Afghanistan, c'est la France qui était visée, notre pays reste plus que d'autres une cible du terrorisme Laurent FABIUS ?

LAURENT FABIUS
La situation en Afghanistan est quand même encore assez troublée. C'est vrai que c'est la France qui est visée, il y a malheureusement une victime, des blessés, je me suis entretenu avec notre ambassadeur et on a…

JEROME CHAPUIS
Il n'y a pas de victimes françaises ?

LAURENT FABIUS
Non, il n'y a pas de victimes françaises, l'ambassadeur me l'a confirmé. Mais malheureusement, il y a une victime et des blessés, dont quelques-uns sont des blessés graves.

JEROME CHAPUIS
Laurent FABIUS, on le disait, vous êtes à Lima, le Pérou organise les travaux préparatoires à la Conférence internationale sur le climat qui va se tenir dans un an en France, à Paris. Ça fait maintenant près de 48 h 00 que vous discutez sur la diminution des émissions de gaz à effet de serre, l'enjeu c'est d'éviter un réchauffement de 4 à 5 degrés. Il y a encore une journée de négociations et pour l'heure, il n'y a pas de résultat. Quel est votre état d'esprit, est-ce que vous êtes optimiste malgré tout ?

LAURENT FABIUS
Oui, moi je pense qu'on va avancer mais qu'il restera un énorme travail à faire avant Paris. On va avancer parce qu'il y aura certainement un texte qui sera mis sur la table, mais il risque de rester (comme on dit) des crochets, c'est-à-dire des points qui ne sont pas encore décidés. Il y a un point qui est très important, c'est que l'année prochaine – avant le mois de mars, avril – il faut que chaque pays ait déposé ses engagements sur le climat ; et nous voulons (nous) que ces engagements soient le plus précis possible et ça, ce n'est pas encore acquis. Et puis la Conférence de Paris doit décider de ce qu'on fait après 2020, mais il y a la question : qu'est-ce qu'on fait entre 2015 et 2020 ? Cette question-là non plus…

JEROME CHAPUIS
Alors précisément…

LAURENT FABIUS
N'est pas réglée.

JEROME CHAPUIS
Il y a une question qui est le nerf de la guerre qui est le financement du développement dans les pays en développement par les pays riches, les pays en développement…

LAURENT FABIUS
Exact.

JEROME CHAPUIS
Nous demandent de mettre la main à la poche, et pour le moment on est très loin du compte, on avait dit je crois à Copenhague qu'il fallait 100 milliards de dollars d'ici 2020, il n'y en a que 10 pour le moment !

LAURENT FABIUS
Oui, mais si je puis dire, ce n'est pas les mêmes milliards. On a décidé de créer ce qu'on appelle un fonds vert, et on avait dit « il faut qu'au moment de la Conférence de Lima, le fonds vert ait entre 10 et 15 milliards de dollars ». Et là, on a passé les 10 milliards de dollars, donc c'est une bonne chose.

JEROME CHAPUIS
Ça veut dire qu'on est dans nos objectifs !

LAURENT FABIUS
Oui, on est dans les objectifs. Simplement, ça c'est le financement public, mais il y a derrière les financements privés et d'autres financements. Et il faut qu'on arrive en l'année 2020 à 100 milliards de dollars par an, par an. Mais je veux dire que toute la journée…

JEROME CHAPUIS
Pardon Laurent FABIUS de…

LAURENT FABIUS
Oui, je vous en prie.

JEROME CHAPUIS
Pardon de cette question qui va vous sembler peut-être un peu égoïste, mais dans l'état de nos finances publiques, est-ce que la France a les moyens de financer le développement des pays les plus pauvres ?

LAURENT FABIUS
Mais c'est absolument indispensable et ça peut nous rapporter. Pourquoi c'est indispensable ? Parce qu'il faut quand même revenir au point de départ. Si les choses continuent comme aujourd'hui, la planète va devenir totalement invivable. Déjà aujourd'hui – y compris en France – vous avez des phénomènes météorologiques beaucoup plus extrêmes qu'avant, vous avez des pluies extrêmement fortes, vous avez des chaleurs extrêmement fortes, vous avez encore récemment tout le Sud de la France qui a été très, très gravement endommagé. Et donc… et c'est encore plus vrai évidemment dans toute une série de pays du monde, puisque les glaciers sont en train de fondre, donc les mers sont en train de monter, il peut y avoir des risques sur nos côtes, que ce soit les Landes, que ce soit la Camargue. Donc pour nous…

JEROME CHAPUIS
Et tout ça, peut venir… tous ces arguments, ça peut venir à bout des égoïsmes nationaux qui sont (comme dire) l'échec permanent de ce type de…

LAURENT FABIUS
Mais on n'a pas le choix, on n'a absolument pas le choix. Je discutais tout à l'heure avec le secrétaire général des Nations Unies Ban KI-MOON, et il me répétait une formule qu'il utilise souvent et que je lui reprends : il n'y a pas de plan B parce qu'il n'y a pas de planète B. Et donc on est obligé de faire ça. Alors tout l'enjeu, c'est de le faire rapidement, de le faire tous ensemble et de faire que ça créé des emplois, parce que moi je suis persuadé que la croissance verte (comme on dit) va se développer, c'est-à-dire qu'on va avoir de moins en moins d'utilisations d'énergies fossiles et à la place, des énergies renouvelables…

JEROME CHAPUIS
C'est important ce que vous dites Laurent FABIUS…

LAURENT FABIUS
Des économies d'énergie, ça, ça créé des emplois.

JEROME CHAPUIS
Parce qu'il y a beaucoup de Français qui se disent : baisser nos émissions de gaz à effet de serre, ça va nous faire changer notre mode de vie et faire baisser notre niveau de vie.

LAURENT FABIUS
Non, la réponse est non. Vous avez entendu parler des études scientifiques du GIEC, et la dernière étude qui est faite par un millier de chercheurs à travers le monde montre que non seulement ça ne baissera pas notre croissance, mais ça créera de nouveaux emplois. Si on continue comme aujourd'hui, on va aller non seulement à l'impasse mais la situation sera catastrophique. L'autre jour, sur je ne sais quelle télévision, une présentatrice montrait quel allait être le bulletin météo d'ici quelques années si on continue. Donc il faut évoluer, il faut changer, pour ça il faut moins d'énergies fossiles, c'est-à-dire le charbon, le pétrole, etc., plus d'énergies renouvelables et il faut faire des économies d'énergie, tout cela va créer de l'emploi. Mais évidemment…

JEROME CHAPUIS
Laurent FABIUS…

LAURENT FABIUS
Ça demande une prise de conscience et des décisions. Et moi, à chaque fois que j'interviens, puisque c'est la France l'année prochaine qui va accueillir tout le monde, 195 pays, je dis : urgence, espoir, action, urgence, espoir, action.

JEROME CHAPUIS
Laurent FABIUS avant de nous quitter, une dernière question d'actualité ici en France, vous êtes un défenseur d'une extension du travail le dimanche dans les zones touristiques, on rappelle que le tourisme figure dans vos attributions ministérielles, qu'est-ce que vous répondez à Martine AUBRY qui critique la loi Macron, tant dans ses principes que sur son efficacité ?

LAURENT FABIUS
Oui, mais vous avez vu… j'ai lu le papier de Martine AUBRY, d'ailleurs j'avais parlé avec elle auparavant, et vous avez vu qu'elle met une exception à ce qu'est le tourisme international. Et je pense que sur ce point, Martine AUBRY a raison, c'est tout à fait vrai qu'il faut que nous ayons à Paris des zones de tourisme international qui, elles, soient ouvertes le dimanche…

JEROME CHAPUIS
Il faudra convaincre la maire de Paris Anne HIDALGO pour le coup !

LAURENT FABIUS
Oui, sans doute mais il est prévu dans la loi que ce soit des zones qui soient décidées par décision du ministère, pour moi c'est une évidence. Si vous voulez, les organisateurs de tourisme choisissent les pays où ils vont emmener leurs clients, ça peut être l'Angleterre, ça peut être la France. Si l'Angleterre, à Londres, est ouverte le dimanche et que la France à Paris est fermée le dimanche, les touristes iront à Londres le dimanche. Et nous sommes à la recherche de créations d'emploi et ça peut créer des emplois. La question générale du travail le dimanche est une autre question, mais pour le tourisme international, ça moi je n'ai aucun doute.

JEROME CHAPUIS
Merci Laurent FABIUS d'avoir été avec nous en ligne de Lima. Merci aussi à Virginie GARIN qui était à vos côtés pour réaliser cette interview.

YVES CALVI
En matière de réchauffement climatique, il n'y a pas de plan B, on n'a pas d'autre planète, vient de nous dire Laurent FABIUS. Merci à tous les deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 décembre 2014

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