Interview de M. Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, avec ITélé le 15 décembre 2014, sur la lutte contre le terrorisme, les chauffeurs de taxi, la loi Macron et sur le Front national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, avec ITélé le 15 décembre 2014, sur la lutte contre le terrorisme, les chauffeurs de taxi, la loi Macron et sur le Front national.

Personnalité, fonction : DESIR Harlem, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes;

ti : BRUCE TOUSSAINT
Harlem DESIR, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, est l'invité d'I TELE ce matin, bonjour…

HARLEM DESIR
Bonjour.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup d'être avec nous. Une image pour commencer, Sydney, depuis minuit heure française un homme retient plusieurs personnes dans un café, peut-être 30 personnes, le nombre est indéterminé pour l'instant, cette prise d'otages est en cours. On voit sur ces images que certaines personnes ont réussi à s'enfuir, notamment 2 employés, 5 personnes au total auraient réussi à prendre la fuite. Alors il est vraiment très tôt, très tôt pour définir s'il s'agit réellement d'un acte terroriste, même si cela apparait quand même probable. Quel est votre sentiment sur cette affaire, non pas sur l'affaire en elle-même – et peut-être j'allais dire sur le climat d'insécurité terroriste qui règne un peu partout dans le monde - jusqu'en Australie donc ?

HARLEM DESIR
Eh bien d'abord je voudrais exprimer ma solidarité au gouvernement australien qui fait face à cette épreuve et au peuple australien, nous n'avons pas encore suffisamment d'informations pour savoir quelles sont les motivations et la réalité de cette attaque, mais enfin c'est déjà un comportement et un acte qui met en danger la vie des otages, donc qui a un caractère terroriste. Ce qu'on sait c'est qu'en Australie, comme beaucoup d'autres pays du monde, il y a eu une identification d'un certain nombre de filières de combattants djihadistes, certains liés à ce qui se passe au Proche Orient et, donc, ça confirme la nécessité d'un combat international, d'une coopération très forte – ça d'ailleurs été l'un des points des entretiens entre le président HOLLANDE et le Premier ministre Tony ABOTT lorsqu'il était en Australie, vous avez vu qu'en France même aujourd'hui des filières ont été l‘objet de démantèlement dans la région de Toulouse, la région parisienne et en Normandie. C'est une lutte de tous les instants et c'est une lutte qui se mène à la fois par rapport à des réseaux avec des combattants étrangers qui sont allés parfois se former là-bas en Irak, en Syrie, qui peuvent revenir et c'est une lutte qui se mène sur le terrain en combattant la progression de ce groupe, c'est pourquoi nous sommes engagés avec vous le savez des forces armées, des avions, dans la coalition internationale.

BRUCE TOUSSAINT
Si on rapproche les évènements de Sydney des évènements d'Ottawa par exemple, est-ce qu'on peut estimer que la menace est plus forte aujourd'hui et qu'en France il y a raison d'être préoccupé pour le moins ?

HARLEM DESIR
En France c'est le ministre de l'Intérieur vous le savez qui s'exprime sur ces sujets, mais il a eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises - comme le Premier ministre – plusieurs filières ont déjà été démantelées au cours des derniers mois, donc il y a une vigilance de tous les instants c'est une évidence.

BRUCE TOUSSAINT
Harlem DESIR, l'autre actualité du jour, c'est ce mouvement des taxis. Alors petit rappel de ce qui s'est passé, donc d'abord une centaine de taxis serait en train de prendre la route de Roissy, d'autres d'Orly, pour venir essayer de bloquer la Capitale. Pourquoi sont-ils en colère ? Ils protestent contre une décision du Tribunal de Commerce de Paris vendredi dernier de ne pas interdire UberPop, c'est un service qui permet à tout particulier de devenir chauffeur, est-ce qu'ils ont raison d'être en colère les taxis ?

HARLEM DESIR
Eh bien, d'abord, je crois que cette décision du Tribunal de Commerce n'est pas le dernier mot de la justice…

BRUCE TOUSSAINT
C'est vrai !

HARLEM DESIR
Le Tribunal de Commerce ne s'est pas estimé compétent et je ne pense pas qu'UberPop puisse être légalisé en France, pas plus d'ailleurs que dans d'autres pays qui ont été saisis de ce problème, notamment en Allemagne.

BRUCE TOUSSAINT
Eh bien ça existe déjà ?

HARLEM DESIR
Oui ! Mais il y a des règles. C'est vrai qu'il y a… pour être chauffeur de taxi, il faut avoir une licence, il y a des garanties en matière d'assurance, etc., et donc tout cela ne peut pas se faire de cette façon ; et je pense, par ailleurs, que probablement la profession de taxi doit elle-même en permanence évoluer pour être plus adaptée aux demandes des clients – elle le fait d'ailleurs – s'adapter aux nouvelles technologies, peut-être aussi faire en sorte qu'il y ait une offre plus nombreuses à certains moments de la semaine, de la journée, mais ça se fera dans la négociation et pas d'une façon sauvage.

BRUCE TOUSSAINT
Donc, pour être clair, vous souhaitez qu'UberPop soit interdit à terme ?

HARLEM DESIR
Je crois qu'il n'y a pas beaucoup de doutes sur le fait que cette formule n'est pas conforme à la loi, donc les chauffeurs de taxi n'ont pas d'inquiétude à avoir, je ne pense pas qu'il puisse y avoir une légalisation d'UberPop tel que ça existe.

BRUCE TOUSSAINT
Alors on va parler du cri d'alarme maintenant de Julien DRAY hier, ici même sur I TELE dans « LE GRAND RENDEZ-VOUS », il a déclaré : « la gauche se meurt, il faut un big bang ». C'est si grave que ça, Harlem DESIR ?

HARLEM DESIR
Il y a toujours ce risque ! Quand la gauche se divise, quand elle s'éparpille - on l'a déjà vu, on l'a vu en 2002 - et donc aujourd'hui effectivement, si elle n'est pas capable d'être plus une, si elle n'est pas capable de mieux assumer aussi ce qu'elle fait quand elle gouverne, si elle n'est pas capable de combiner cette diversité avec la responsabilité, bien sûr il y a ce risque ; et tout l'enjeu du débat, qui va avoir lieu d'ailleurs au Parti Socialiste à l'occasion de son congrès mais aussi de la feuille de route qu'a fixé Manuel VALLS de l'agenda des réformes des 2 prochaines années, c'est justement de donner de la visibilité, de la stabilité et d'aider la gauche à débattre avec un objectif clair : réussir le redressement du pays, faire progresser l'emploi, la croissance, combattre les inégalités - c'est la priorité à l'école - et puis préparer l'avenir, c'est ce que nous faisons avec la loi de transition énergétique ou par exemple la réforme territoriale et, autour de cette feuille de route, il peut y avoir des discussions, mais il ne faut pas se disperser, sinon - on a vu ce qui s'est passé à Troyes - le risque c'est l'élimination.

BRUCE TOUSSAINT
Absolument Lors de la Législative partielle. Est-ce que vous êtes, Harlem DESIR, dans une position un peu inconfortable ? On sait que vous êtes plutôt proche de Martine AUBRY, elle n'a pas hésité à critiquer la loi MACRON la semaine dernière, portez-vous le même jugement qu'elle sur cette loi ?

HARLEM DESIR
Je pense que c'est une bonne loi ! Je ne partage pas du tout l'idée que ce serait une menace pour la civilisation. Je pense que s'il y a aujourd'hui un enjeu de civilisation c'est du travail pour tous et du travail de qualité et donc une loi qui vise à créer de l'activité, qui, quand il s'agit du travail du dimanche, vise à ce qu'un certain nombre d'équipements dans des zones touristiques internationales, comme les gares, des commerces puissent être ouverts et là où il y aura des négociations en passant la possibilité pour les maires d'ouvrir de 5 à 12 dimanches des compensations – c'est ça qui est très important – aujourd'hui il y a à peu près 30 % des salariés qui travaillent régulièrement ou occasionnellement le dimanche, là ce sera encadré et il n‘y aura de possibilité de le faire que dans le cadre d'un accord d'entreprise, de branche ou d'un accord territorial, avec donc soit des salaires plus importants, soit des jours de repos compensateurs…

BRUCE TOUSSAINT
OK !

HARLEM DESIR
Et l'objectif c'est de libérer un certain nombre d'activités dans des secteurs où il y a des situations de rente qui bloquent la possibilité pour les Français de créer des entreprises ou eux-mêmes de travailler.

BRUCE TOUSSAINT
Harlem DESIR, c'est la solidarité gouvernementale qui vous pousse à me dire tout ça ou c'est vraiment votre conviction ?

HARLEM DESIR
C'est l'envie de convaincre surtout, de convaincre que la gauche…

BRUCE TOUSSAINT
Mais la solidarité gouvernementale se respecte tout autant !

HARLEM DESIR
Oui ! Mais d'abord la solidarité gouvernementale elle est normale puisque nous avons des débats dans le gouvernement et quand un projet est adopté nous le soutenons, mais c'est parce que je pense qu'il est bon pour le pays, je pense que ce qui est proposé dans un certain nombre de secteurs qui sont très réglementés – mais on ne va pas tout dérégulé – mais on va quand même permettre à des gens, par exemple les notaires, de s'installer plus facilement, dans le domaine des transports le fait de développer un secteur de transport en autocar ça ne veut pas dire qu'on laisse tomber la SNCF, on continue à investir dans le transport ferroviaire…

BRUCE TOUSSAINT
Martine AUBRY a parlé de régression, elle a parlé de régression. Qu'est-ce que vous lui dites, Martine tu vas trop loin ?

HARLEM DESIR
Elle a employé cette expression à propos du dimanche, le travail du dimanche…

BRUCE TOUSSAINT
Oui !

HARLEM DESIR
Tout en reconnaissant d'ailleurs que pour les zones touristiques c'était une bonne chose, parce qu'on le sait le tourisme - ça été dit de nombreuses fois par Laurent FABIUS - quand il est là le dimanche à Paris : « si les commerces sont fermés, il ne va pas revenir consommer à la fin de la semaine, il se peut même qu'il décide d'aller dans d'autres Capitales, comme Londres, où c'est ouvert » et donc il y a ensuite le reste et le reste, comme je l'ai dit, ce sera en fait la possibilité pour les salariés, s'il travaillent le travail - et ça ne sera pas la majorité des dimanches, le dimanche n'est pas un jour comme les autres - donc d'avoir des avantages, d'avoir des rémunérations plus importantes et je pense qu'encore une fois, si on parle d'enjeu de civilisation, l'enjeu de civilisation pour moi c'est le plein emploi, dans une période où notre pays est ravagé comme toute une partie de l'Europe par la gangrène du chômage, s'il y a un enjeu de civilisation à la politique que nous devons mener, c'est de recréer de la croissance, de l'activité, de l'emploi et de l'emploi de qualité, c'est-à-dire de l'emploi qui s'accompagne, soit d'une rémunération plus forte, soit d'une formation tout au long de la vie, pou pouvoir évoluer dans sa carrière.

BRUCE TOUSSAINT
Donc, je rouvre vos guillemets : « Martine, tu vas trop loin ».

HARLEM DESIR
Non ! Moi je n'ai pas dit ça.

BRUCE TOUSSAINT
Je vous demande si vous êtes prêt à le dire ?

HARLEM DESIR
Je ne dis pas qu'on n'a pas le droit de débattre, mais je pense qu'on doit…

BRUCE TOUSSAINT
Ca fait du bien au gouvernement ce genre de critique ?

HARLEM DESIR
Je peux qu'on peut même, sur la base de projets qui sont présentés par le gouvernement, amendés, on peut toujours améliorer un texte, mais à la fin il faut toujours se rassembler.

BRUCE TOUSSAINT
Oui ! Qui est la personnalité politique de l'année selon vous, ce n'est pas un piège, c'est un sondage qui a été effectué par METRONEWS et OPINIONWAYS ?

HARLEM DESIR
Selon moi ou selon le sondage ?

BRUCE TOUSSAINT
Alors, je vais vous donner les résultats du sondage mais je voudrais avoir votre sentiment à vous.

HARLEM DESIR
Oui !

BRUCE TOUSSAINT
Qui est la personnalité politique de l'année, selon vous ?

HARLEM DESIR
Mais j'ai vu qu'un sondage avait dit que c'était Marine LE PEN !

BRUCE TOUSSAINT
Voilà !

HARLEM DESIR
Oui !

BRUCE TOUSSAINT
Mais je ne pense pas que vous ayez la même idée ?

HARLEM DESIR
Ce n'est pas pour moi la personnalité qui me semble devoir nous indiquer…

BRUCE TOUSSAINT
Mais alors qui serait, selon vous, la personnalité politique de l'année ?

HARLEM DESIR
Eh bien je pense pour la ténacité le président de la République François HOLLANDE, avec beaucoup de courage dans l‘adversité, parce que c'est une période difficile, où la France est en train de faire maintenant des réformes qu'elle n'a pas faite comme d'autres - comme l'Allemagne - les faisait il y a 10 ans ; et puis, pour son énergie, le Premier ministre Manuel VALLS, je suis fier de faire partie de leur équipe.

BRUCE TOUSSAINT
Marine LE PEN donc personnalité politique de l'année pour 42 % des personnes interrogées. Le danger se précise-là, non ?

HARLEM DESIR
Mais le danger, encore une fois, il est là quand…

BRUCE TOUSSAINT
Le danger pour vous, pour la gauche, pour le gouvernement ?

HARLEM DESIR
Pour la gauche ! Il est là quand la gauche se divise et donc il faut affronter je crois aujourd'hui cette extrême droite, comme il faut affronter la droite, il faut l'affronter sur les fausses…

BRUCE TOUSSAINT
Vous connaissez bien ces sujets ?

HARLEM DESIR
Oui ! Sur les fausses propositions, sur la désignation de boucs émissaires…

BRUCE TOUSSAINT
Justement, est-ce que vous n'avez pas le sentiment…

HARLEM DESIR
C'est toujours de la faute aux autres, à l'Europe, c'est la faute aux immigrés… et la réalité c'est que, derrière tout ça et derrière un relookage - avec effectivement une nouvelle personnalité qui est un peu différente de celle de son père - mais c'est toujours les mêmes vieilles recettes et c'est quand même nous faire sortir de l'Europe et nous faire de l'histoire à la fin le programme du Front National.

BRUCE TOUSSAINT
Je reviens à ce que disait Julien DRAY hier matin : « tout le monde est déjà – à gauche – tout le monde est déjà dans la défaite - il parle de 2017 - tout le monde est déjà dans le calcul d'après défaite ». C'est déjà perdu 2017 ?

HARLEM DESIR
Mais on ne peut pas l'accepter ça !

BRUCE TOUSSAINT
Non ! Mais ce qui se dit en coulisse, c'est ça, je suppose…

HARLEM DESIR
Mais moi je ne sais pas ce qui se dit en coulisse ! Ce que je sais c'est qu'il reste 2 ans, 2,5 ans en réalité dans le quinquennat de François HOLLANDE, qu'on a été élus pour faire avancer le pays, pour qu'il ressorte de la crise, qu'on est arrivés… peut-être qu'on aurait du le dire plus fortement, plus franchement, avec un pays dont l'endettement avait doublé, qui avait perdu des parts en commerce extérieur, qui avait perdu de la compétitivité, moi je crois qu'il n'y a aucune fatalité, il n'y a aucun déclinisme. La France , je le vois quand je vais dans toute l'Europe à la rencontre d'autres pays, c'est un pays qui a une grande puissance industrielle, une grand puissance culturelle, une grande puissance diplomatique, il y a beaucoup de gens qui se battent en France ; je le vois aussi sur le terrain quand je vais dans les régions, là où des financements européens aident des projets des collectivités locales, des agriculteurs, des entreprises, des universités, mais il faut qu'on mène ces réformes qu'on a engagées jusqu'au bout.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Harlem DESIR, merci d'avoir été avec nous ce matin.

HARLEM DESIR
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 décembre 2014

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