Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à BFM-TV le 16 décembre 2014, sur les relations entre les sociétés autoroutières et l'Etat, l'arrêt de l'écotaxe et la mise en oeuvre de la loi de transition énergétique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à BFM-TV le 16 décembre 2014, sur les relations entre les sociétés autoroutières et l'Etat, l'arrêt de l'écotaxe et la mise en oeuvre de la loi de transition énergétique.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invitée, Ségolène ROYAL, ce matin. Bonjour Ségolène ROYAL.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup de sujets, le climat, on va y revenir, vous rentrez de Lima, au Pérou, on va parler des autoroutes, on va parler d'Ecomouv', on va parler des taxis, on va parler… enfin…

SEGOLENE ROYAL
De plein de choses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De Roy Bon, de plein de choses. Ségolène ROYAL, je commence avec les autoroutes, des décisions vont être prises dans la semaine, on est bien d'accord, par le gouvernement…

SEGOLENE ROYAL
Avant la fin de l'année, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant la fin de l'année. Nous sommes le 16, donc très vite. Gel des tarifs en 2015 ?

SEGOLENE ROYAL
Il faudrait, c'est un des points qui est en discussion avec les sociétés d'autoroutes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous souhaitez que les tarifs soient gelés ?

SEGOLENE ROYAL
Je le souhaite. Je le souhaite, pourquoi ? Parce que les tarifs ont trop augmenté par rapport à la hausse du coût de la vie, donc il faut rendre aux automobilistes un peu de justice et d'équité tarifaire, mais ce n'est pas le seul sujet. Le sujet aussi, c'est la question des concessions, est-ce qu'on continue les concessions ou est-ce que, au contraire, on les rediscute…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'on peut imaginer résilier les contrats de concessions ?

SEGOLENE ROYAL
C'est une hypothèse parmi d'autres…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que vous n'écartez pas ?

SEGOLENE ROYAL
Que je n'écarte pas, que le gouvernement n'écarte pas, que les parlementaires n'écartent pas, pourquoi ? Parce qu'il faut défendre le pouvoir d'achat des Français, les investissements routiers, on voit qu'il y a beaucoup de besoins d'investissement dans le transport, notamment dans le transport propre, dans le transport urbain, donc il faut que ce qu'ont payé les automobilistes aux péages, eh bien, revienne aux automobilistes et aux usagers pour faciliter les déplacements ou pour améliorer le réseau routier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, résilier les contrats de concessions, ça coûterait 20, 30, 40 milliards d'euros à l'Etat, c'est ce que disent les sociétés d'autoroutes, qui disent : c'est impossible ! Elles n'y croient pas…

SEGOLENE ROYAL
Il faut toujours se méfier des chiffres qui sont lancés pour faire peur ou pour freiner les décisions politiques importantes. Ces décisions politiques seront prises par le gouvernement, dans le sens de l'intérêt général, de l'intérêt des Français aussi, d'une bonne gestion…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on pourra aller jusqu'à résilier les contrats de concessions ?

SEGOLENE ROYAL
C'est une des hypothèses, il y en a trois des hypothèses, soit la résiliation totale, et on rediscute les nouvelles concessions, soit la résiliation partielle, soit la re-discussion des concessions dans le cadre actuel. Donc les trois options sont sur la table aujourd'hui. Il faut que les sociétés d'autoroutes fassent rapidement des propositions, comme cela leur a été demandé, pour savoir comment elles appliquent les recommandations de la Cour des comptes, qui a souligné, d'une part, qu'il y avait une rente injustifiée de la part des sociétés d'autoroutes, donc cette rente, elle doit être, soit rendue aux automobilistes, soit rendue sous forme d'investissements publics dans les transports, ce qui évite de payer ces investissements par des impôts supplémentaires. Donc c'est une juste répartition des ressources…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc si vous mettez en place une taxe sur les profits de ces sociétés d'autoroutes…

SEGOLENE ROYAL
C'est une hypothèse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est aussi une hypothèse ?

SEGOLENE ROYAL
Bien sûr, parce que ça veut dire quoi ? Ça veut dire rendre aux équipements publics, donc rendre au pays cette rente injustifiée qui a été…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quelle est l'hypothèse qui a votre préférence, vous, en ce qui vous concerne, le gel des tarifs, la taxe sur les profits ou la résiliation des contrats ?

SEGOLENE ROYAL
Eh bien, rien n'est incompatible, il faut jouer sur les trois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les trois ? On pourrait jouer sur les trois ?

SEGOLENE ROYAL
Bien sûr, il faut jouer sur les trois hypothèses, plus la mise en place d'une autorité indépendante qui, pour la suite des événements, pourra dire tous les ans si les tarifs demandés sont justifiés ou ne le sont pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si les augmentations de péages sont justifiées ou pas.

SEGOLENE ROYAL
Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'argent d'une taxe sur les profits de ces sociétés d'autoroutes pourrait servir donc aux infrastructures de transport par ailleurs.

SEGOLENE ROYAL
Voilà, c'est du bon sens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça pourrait représenter quoi ? Vous avez chiffré un peu, non ?

SEGOLENE ROYAL
Ça pourrait représenter un milliard d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un milliard d'euros ?

SEGOLENE ROYAL
Un milliard d'euros qui reviendrait ainsi aux investissements pour qu'il y ait de la sécurité sur les routes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut donc que les sociétés d'autoroutes fassent un effort d'au moins un milliard d'euros…

SEGOLENE ROYAL
Voilà…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous demandez…

SEGOLENE ROYAL
Ce qui est finalement moins de 10% du montant global des dividendes qu'elles ont versés aux actionnaires, qui s'élèvent à 17 milliards d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les sociétés d'autoroutes vont devoir faire un effort d'un milliard d'euros.

SEGOLENE ROYAL
Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous allez leur dire tout à l'heure.

SEGOLENE ROYAL
Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que vous avez une réunion avec elles.

SEGOLENE ROYAL
Et donc, ça serait une bonne solution, parce qu'il vaut mieux toujours une bonne négociation que des contentieux ou des réformes administratives compliquées, etc. Donc soit, elles comprennent que c'est de leur propre intérêt aussi, c'est leur propre intérêt aussi de faire en sorte qu'il y ait des investissements dans les infrastructures, puisque je vous rappelle que la plupart des actionnaires des sociétés d'autoroutes sont des entreprises de travaux publics, donc d'une certaine façon, quand elles remettent ce milliard sur la table pour faire des travaux d'équipements utiles à la vie des Français, au développement économique et à la création de l'emploi, eh bien, d'une certaine façon, ça revient aussi dans leur chiffre d'affaires, puisque leurs actionnaires sont, comme le groupe VINCI par exemple, des entreprises de travaux publics, donc c'est une bonne chose, c'est gagnant/gagnant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr. Donc vous ne lâcherez pas sur ce milliard ?

SEGOLENE ROYAL
C'est gagnant pour les sociétés d'autoroutes et leurs actionnaires, et c'est gagnant pour le pays, c'est gagnant pour le porte-monnaie des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne lâcherez pas sur ce milliard, si j'ai bien compris ?

SEGOLENE ROYAL
Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le manque à gagner…

SEGOLENE ROYAL
Si elles veulent donner plus, elles sont bienvenues, bien évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le manque à gagner de l'écotaxe. Oui, puisqu'on va supprimer l'écotaxe…

SEGOLENE ROYAL
Non, non, non, ne mélangeons pas tout…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quoi, autour d'un milliard ? Ça devait rapporter 800 millions !

SEGOLENE ROYAL
Non, non, non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

SEGOLENE ROYAL
L'arrêt de l'écotaxe, au contraire, a fait faire des économies, puisque la facture était de deux milliards, donc j'ai décidé d'arrêter cette hémorragie financière sur un système qui ne fonctionnait pas. Là aussi, du bon sens, de l'esprit pratique et de la protection des Franais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, Ségolène ROYAL, Ecomouv' terminé, 193 salariés au tapis, qui vont perdre leur emploi…

SEGOLENE ROYAL
Qui vont perdre leur emploi, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez, attendez, il y a un plan de sauvegarde de l'emploi…

SEGOLENE ROYAL
Mais pas leurs revenus, attention, il y a un plan de sauvegarde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, justement, je les défends, Ségolène ROYAL, je les défends…

SEGOLENE ROYAL
Vous les défendez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je les défends.

SEGOLENE ROYAL
Mais vous avez raison, il faut défendre l'emploi des salariés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président de la République a fait une promesse fin novembre, garantie de salaires pendant un an pour ces salariés, vous confirmez ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, c'est souvent le cas d'ailleurs dans les plans sociaux, les plans sociaux, heureusement, on a un système…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais là, en l'occurrence, est-ce que vous confirmez ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, bien sûr, oui, oui, je l'ai déjà dit d'ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Chaque salarié va toucher un an de salaires ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, en espérant qu'il retrouve un emploi avant, bien évidemment, donc il y a une sécurité, mais c'est souvent le cas dans les plans sociaux, je rappelle d'ailleurs qu'on a un système social français quand même très protecteur, c'est le modèle social français qui s'applique également dans cette situation-là, puisqu'il y a un plan social, donc de toute façon, il vaut mieux prendre soin des salariés que d'avoir continué cette hémorragie financière dans un système qui ne fonctionnait pas. Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, donc, un an de salaires garantis, même pour ceux qui ne retrouvent pas de boulot, donc…

SEGOLENE ROYAL
Eh bien, surtout pour ceux qui ne retrouvent pas de travail, oui, bien sûr, oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, surtout pour ceux-là, oui. Quelle entité juridique, on ne sait pas, pour ce plan de sauvegarde de l'emploi ?

SEGOLENE ROYAL
Comment ça quelle entité ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne sait pas quelle entité juridique future, on ne sait pas…

SEGOLENE ROYAL
Non, mais ça, ça se résout très facilement, ça, il y a une entreprise qui fait un plan social, voilà, qui a les moyens de le faire, et dans le cadre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, j'ai vu qu'un dispositif écotaxe pourrait être expérimenté en Lorraine, vous avez vu ça, c'est la demande du…

SEGOLENE ROYAL
Eh bien, si des régions veulent expérimenter non pas un système aussi complexe que celui-ci par satellite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, ça sera possible ?

SEGOLENE ROYAL
Qui est renvoyé vers une entreprise, à Metz, puis des factures qui arrivaient des camions venus de l'étranger, qu'elles ne recevaient peut-être jamais, etc., donc un système un peu… même totalement déconnecté, là aussi, du bon sens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Régional…

SEGOLENE ROYAL
Si certaines régions veulent faire payer un certain nombre d'axes routiers, en effet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas contre ?

SEGOLENE ROYAL
C'est la liberté régionale, et elles peuvent en effet… je vois par exemple en Alsace, il y a des camions qui traversent l'Allemagne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, bien sûr, c'est pour ça que je vous pose la question…

SEGOLENE ROYAL
Qui au lieu de traverser l'Allemagne parce que les autoroutes ou les routes sont payantes, viennent traverser l'Alsace. Donc là, ce n'est pas absurde qu'il y ait un tarif de transit pour que les camions, venus de l'étranger, ne profitent pas de la gratuité d'un certain nombre d'axes, et donc encombrent, polluent et détruisent les équipements routiers. Donc en effet, mais là aussi, du bon sens et de l'esprit pratique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ségolène ROYAL, les taxis, vous confirmez, interdiction d'Uber Pop à partir du 1er janvier ?

SEGOLENE ROYAL
C'est ce qui est prévu, en effet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ? Vous confirmez, là ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, là aussi, pourquoi les textes ont eu du retard…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, les textes ont eu du retard…

SEGOLENE ROYAL
Ce n'était peut-être pas utile de mettre tout le monde en pétard et en colère alors que les décisions avaient été prises et qu'il y a eu du retard…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'était pas prévu dans le texte THEVENOUD, ce n'était pas prévu ?

SEGOLENE ROYAL
Qu'est-ce qui n'était pas prévu ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien, le cas d'Uber Pop, ce n'était pas prévu ?

SEGOLENE ROYAL
Si, c'était prévu, ça a été vu quand même, il y a eu un petit peu de retard…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin, ça a été vu, enfin oui…

SEGOLENE ROYAL
Enfin, bon, ce n'est pas grave, le problème est réglé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le problème est réglé à partir du 1er janvier ?

SEGOLENE ROYAL
Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord. Bon. Le climat, grande cause nationale en France en 2015, vous confirmez ?

SEGOLENE ROYAL
Grande cause nationale en France en 2015, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, il faut des actions concrètes, qui se mettent en place, grâce à la loi de transition énergétique, en particulier. Je rendrai d'ailleurs publics, la semaine prochaine, les résultats de l'appel à projets concernant les territoires zéro déchet, zéro gaspillage, qui créent des activités et des emplois en diminuant la pollution, et les territoires à énergie positive pour la croissance verte, qui investissent dans les énergies renouvelables, dans les économies d'énergie, dans la performance énergétique des bâtiments, c'est-à-dire que, en économisant l'énergie, donc en baissant les factures aussi, on crée des activités et des emplois dans les nouvelles filières de production.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors ça veut dire quoi les territoires, expliquez-nous, là, parce que, pour que les auditeurs comprennent bien.

SEGOLENE ROYAL
Alors, un territoire à énergie positive, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'un certain nombre de communes, par exemple dans les communautés de communes, dans les départements, dans un canton élargi, se regroupent avec les citoyens, les élus, les entreprises, et se disent : qu'est-ce qu'on peut faire sur notre territoire pour économiser l'énergie et créer des emplois dans ces nouvelles filières, alors par exemple, ça veut dire que tous les habitants décident de faire des travaux d'économie d'énergie sur leur logement, grâce au crédit d'impôt, sur la transition énergétique, c'est-à-dire aujourd'hui 30% de remboursement d'impôt pour tous ceux, pour tous les gens qui font des travaux d'économie d'énergie, double vitrage, isolation des combles, changement d'un vieux radiateur électrique qui consomme beaucoup dans un équipement de chauffage qui consomme beaucoup moins. Installation d'une borne électrique de recharge de véhicules électriques, installation d'un compteur individuel de chauffage dans les copropriétés, etc., pour inciter à une baisse de 20 à 30% de la facture, grâce à ces économies d'énergie, et en même temps, ça donne du travail aux entreprises du bâtiment, et aux artisans du bâtiment. Ça, c'est disponible tout de suite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et alors ces territoires, qui fixera les limites de ce territoire ?

SEGOLENE ROYAL
Ce sont les élus eux-mêmes. C'est-à-dire souvent il y a des communautés de communes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui seront candidats ?

SEGOLENE ROYAL
Qui seront candidats, donc j'ai reçu plus de 500 candidatures, de 500 villes ou communautés de communes, qui s'engagent dans cette action, c'est-à-dire qui ont fait un programme d'actions. Les communes, par exemple, peuvent aussi faire des travaux d'isolation dans tous les bâtiments publics, les écoles, les mairies, les gymnases, grâce à la ligne de crédit de la CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS, donc c'est quasiment des emprunts gratuits remboursables sur 20 ans, donc les économies d'énergie vont permettre de rembourser les emprunts. Les banques, aussi, doivent distribuer des prêts à taux zéro, je le dis aux gens qui m'écoutent, vous pouvez aller dans vos banques, il y a 100.000 prêts à taux zéro que les banques doivent vous donner, si vous voulez, en plus du crédit d'impôt, si vous n'avez pas la possibilité de faire l'avance des fonds…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Financer.

SEGOLENE ROYAL
Si vous n'avez pas d'épargne, vous pouvez accéder au prêt à taux zéro. Et puis les régions vont pouvoir faire le tiers financeur, là aussi avancer de l'argent, à ceux qui font des travaux d'économies d'énergie. Après, il y a les investissements sur les énergies renouvelables, l'éolien, la géothermie, la méthanisation, c'est-à-dire la transformation des déchets verts, ou des déchets agricoles, en gaz, et ça, ça peut être aussi très rapide, en équipements de proximité, et ça permet aussi de donner des ressources aux communes ou aux citoyens qui s'engagent dans les travaux d'investissements, et ça, pour financer cela, ce sont les fonds de l'ADEME, de l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie, qui dépend du ministère de l'Ecologie, et qui fait là aussi des subventions et des prêts aux entreprises, pour qu'elles créent des emplois, et aux territoires pour qu'ils investissent dans les énergies renouvelables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le gaz de schiste, est-ce que vous seriez favorable à une exploration, franchement ?

SEGOLENE ROYAL
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toujours pas ?

SEGOLENE ROYAL
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour établir un inventaire des ressources ?

SEGOLENE ROYAL
Non. Mais pourquoi ? Parce que c'est une énergie fossile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour établir un inventaire des ressources ?

SEGOLENE ROYAL
Mais non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

SEGOLENE ROYAL
Mais non. Pourquoi ? Parce qu'il vaut mieux investir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, comme ça.

SEGOLENE ROYAL
Parce que ça coûte très cher, donc il vaut mieux investir dans les énergies renouvelables, qui ne provoquent pas de réchauffement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc non, on n'ouvre pas la porte à la moindre exploration, à la moindre expérimentation.

SEGOLENE ROYAL
Non. Pourquoi ? Parce que d'abord c'est dangereux sur le plan écologique, il faut utiliser la technique de ce qu'on appelle la fracturation hydraulique, c'est-à-dire des explosions souterraines, des possibilités de pollution des nappes phréatiques, donc là aussi il faut être respectueux de l'environnement, et ne pas courir en avant après je ne sais quel profit qui va se retourner contre la santé des gens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Interdiction de l'épandage aérien des pesticides.

SEGOLENE ROYAL
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour quand ?

SEGOLENE ROYAL
Et interdiction – ça y est, c'est décidé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De pesticides dans les jardins publics.

SEGOLENE ROYAL
Mais oui, la France va être le premier pays au monde, au monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus aucun pesticide dans les jardins publics ?

SEGOLENE ROYAL
Plus aucun pesticide dans les jardins publics, dans les jardins des écoles. Est-ce que vous trouvez normal que dans certaines écoles, même maternelles, on mette encore des pesticides dans les jardins de ces écoles ? Non, ce n'est pas normal. Et d'ailleurs, dès qu'il y a une prise de conscience, on se demande comment ça a pu exister. Donc, à partir du mois de mai prochain, c'est-à-dire quand il va y avoir les plantations, les entretiens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc en mai.

SEGOLENE ROYAL
En mai prochain, il faudra que les communes arrêtent d'utiliser des pesticides dans tous les espaces publics, sur les trottoirs, dans les écoles, sur les stades, etc., pour que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus aucun pesticide en ville.

SEGOLENE ROYAL
Plus aucun pesticide. Qu'est-ce qu'on fait pour enlever les mauvaises herbes ? D'abord on explique aussi aux citoyens qu'une mauvaise herbe ce n'est pas une mauvaise herbe, c'est une graminée aussi qui permet aux insectes de vivre, la biodiversité, donc à l'équilibre de la nature, puisqu'on a été formaté pour ne pas voir une seule herbe qui dépassait, non. La diversité de la nature et ce qu'on appelle la biodiversité c'est aussi de voir des herbes qui ne sont pas de « mauvaises herbes », mais qui sont utiles à l'équilibre naturel. Et deuxièmement, on utilise des désherbants thermiques, c'est-à-dire en chauffant un peu, ou en mettant de l'eau chaude, par exemple, on enlève très facilement les mauvaises herbes, et là aussi ça permet, au lieu d'importer des pesticides coûteux et mauvais pour la santé, de développer des activités et des emplois chez des producteurs français qui fabriquent des désherbants thermiques. C'est ce qu'on appelle le cercle vertueux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ségolène ROYAL, les feux de cheminée en Ile-de-France, toujours possibles ? Ça a fait du bruit votre…

SEGOLENE ROYAL
Ça a fait du bruit, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toujours possibles à partir du 1er janvier ?

SEGOLENE ROYAL
Toujours possibles. J'ai rétabli la liberté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça y est, c'est fait ?

SEGOLENE ROYAL
C'est fait. Je vous ai même apporté l'instruction qui est partie hier au préfet de région, qui lui demande de modifier son arrêté sur ce point-là, en disant que ça n'a aucun sens, d'une part. Deuxièmement, au moment où je développe les énergies renouvelables, et donc l'énergie bois, ce qu'on appelle la biomasse, c'était quand même un contre-indicateur par rapport à la nécessité de développer la biomasse, et donc… et puis en plus je vais, du coup, voir des entreprises qui ont mis au point…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais d'où venait cette idée, qui avait eu cette idée un peu folle, d'interdire ?

SEGOLENE ROYAL
C'est un organisme qui s'appelle AIRPARIF, qui est un peut-être un peu trop sectaire sur la question de la prise en compte de la pollution de l'air, parce qu'il faut quand même un juste équilibre, des chiffres qui étaient complètement faux, d'ailleurs, qui attribuaient aux feux de cheminée la pollution majeure sur l'Ile-de-France, ce qui est totalement faux, et donc il faut aussi… il faut arrêter d'embêter les gens, si vous voulez le fond de ma pensée, laisser un peu de liberté, un peu de respiration, un peu d'espace, et donc tout le monde peut… Bien sûr, les feux de cheminée, surtout au moment de Noël, je crois que c'est une bonne chose. Cela dit, si ceux qui ont des cheminées veulent améliorer la performance de leur cheminée, il y a le crédit d'impôt dont je parlais tout à l'heure, qui permet par exemple de financer des inserts – vous savez, une cheminée fermée consomme 7 fois moins de bois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'une cheminée ouverte.

SEGOLENE ROYAL
Donc c'est aussi de l'économie de matière première – qu'une cheminée ouverte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Roybon, le Center Parcs, il faut suspendre le chantier ou pas ?

SEGOLENE ROYAL
Il faut trouver un bon équilibre entre l'équipement et le juste choix des choses par rapport à la non-dégradation de l'environnement, donc là il y a un certain nombre d'observations qui ont été faites, manifestement, par la commission d'enquête, avant même la décision. Il faut écouter ce que disent les commissions d'enquête, il faut réajuster les projets en fonction de ce qui est dit, là on attend une décision du tribunal qui a été saisi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, tribunal administratif jeudi.

SEGOLENE ROYAL
Voilà, donc je crois que c'est dans quelques jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jeudi.

SEGOLENE ROYAL
C'est jeudi, voilà, eh bien on va attendre, et puis s'il faut réajuster le projet, on le fera. Mais je mets en garde ceux qui décident des projets sans écouter ce qui est dit avant, parce qu'ils portent préjudice aux entreprises, voyez, parce que quand un projet est lancé, les entreprises se mettent en mouvement, s'organisent, recrutent, attendent des marchés, alors ceux qui font des projets qui sont bancals, ne rendent pas service aux entreprises. Donc j'ai dit à l'ensemble des préfets du territoire, vous devez faire très attention pour que les projets soient bien ciblés, afin que les entreprises soient sécurisées sur des projets qui ensuite ne seront pas remis en cause.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Deux questions encore. Le territoire pyrénéen est-il adapté à la multiplication des ours ? Réintroduction d'ours encore ou pas ?

SEGOLENE ROYAL
Je crois qu'il y a deux choses, c'est-à-dire que les espèces sauvages, animales, doivent être protégées, parce que ça fait partie de la chaîne du vivant, et vous et moi on fait partie de la chaîne du vivant, il n'y a pas d'un côté les plantes, les animaux, et puis les êtres humains, on fait tous partie de la même chaîne du vivant au sens où les relations entre l'être humain et la nature constituent quelque chose de l'identité humaine qui est absolument fondamentale. Vous savez, tout être humain a deux planètes, je l'ai dit aussi à Lima, la sienne et la planète. Tout être humain a deux patries, pardon, la sienne et la planète, donc on est comptable de cet équilibre, et la vie sauvage fait partie de cet équilibre. Cela dit, il faut que ce soit aussi compatible avec les activités humaines, avec l'élevage, donc il y a le problème des ours, il y a le problème des loups aussi, qui est un très grave problème, il y a eu 6000 attaques cette année, j'entends bien ce que me disent les associations de protection de la nature, et moi je veux aussi qu'il y ait un équilibre et que le pastoralisme puisse exister dans nos territoires et dans nos montagnes, donc j'ai donné des autorisations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de réintroduction d'ours pour l'instant ?

SEGOLENE ROYAL
Pour l'instant ce n'est pas décidé, on regarde comment bien faire les choses pour qu'il y ait une bonne cohabitation entre les activités humaines, qui sont quand même prioritaires, par rapport à la vie sauvage, qui doit aussi être respectée, mais dans un juste équilibre entre les activités humaines et la vie sauvage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question politique, Ségolène ROYAL. Le jour où est présentée la loi MACRON sur la croissance, tribune très critique de Martine AUBRY dans « Le Monde. » C'est ça la gauche solidaire, sincèrement ? Ça vous a choqué ou pas ? Dites-moi franchement les choses.

SEGOLENE ROYAL
Oui, parce qu'il faut éviter les postures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une posture ?

SEGOLENE ROYAL
C'est une posture, il faut éviter les postures, je le dis gentiment, mais il faut éviter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gentiment, non, vous le dites.

SEGOLENE ROYAL
Il faut éviter les postures. Vous savez, c'est facile, quand on n'est pas aux responsabilités, de dire « il y a qu'à », « il faut qu'on », etc. Donc, la loi MACRON va dans la bonne direction, je le soutiens, il faut un peu de liberté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si j'ai bien compris, à 5 dimanches ou moins, on est de gauche, et à 12 dimanches ou plus on est de droite.

SEGOLENE ROYAL
Avouez que c'est un peu ridicule quand même.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

SEGOLENE ROYAL
Avouez que c'est un peu ridicule. Donc ne faisons pas de procès d'intention, donnons un peu de liberté. Toutes les zones touristiques, dans tous les pays du monde, ouvrent leurs commerces, le commerce c'est une filière économique très importante. Vous savez, il n'y a qu'un seul critère. Etre de gauche, si on veut être de gauche, c'est de savoir est-ce que les décisions que l'on prend créent des activités, des emplois, et vont dans le sens du bien public, mais on peut être de droite et penser la même chose aussi. Je ne fais de clivage idéologique, mais si Martine AUBRY veut être de gauche, la seule question qu'elle doit se poser c'est, est-ce que la décision est bonne pour l'emploi, pour l'activité économique et pour le bien-être ? Et la réponse est oui. Donc, allons dans cette direction et ne prenons pas de postures politiciennes qui sont totalement décalées par rapport à ce qu'attendent les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Ségolène ROYAL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 décembre 2014

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