Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France 2 le 23 décembre 2014, sur la succession de plusieurs faits divers à Joué-les-Tours, Dijon et Nantes et le malaise des professions de santé. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France 2 le 23 décembre 2014, sur la succession de plusieurs faits divers à Joué-les-Tours, Dijon et Nantes et le malaise des professions de santé.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : JEFF WITTENBERG
Bonjour à tous et bonjour à Vous Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour.

JEFF WITTENBERG
Est-ce que vous comprenez qu'il soit difficile ce matin pour ceux qui nous écoutent de ne pas faire le lien entre les trois attaques survenues depuis ce week-end, d'abord à Joué-Lès-Tours, puis à Dijon, puis hier soir à Nantes, cette attaque qui a donc fait 11 blessés, est-ce que ce n'est que l'acte d'un déséquilibré comme l'a dit le procureur ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Tout d'abord je veux exprimer mon émotion parce qu'il y a des Français qui ont été blessés, certains gravement dans ces actes et qui choquent par ailleurs, je crois beaucoup de nos compatriotes. Il faut raison garder et essayer d'écouter ce que nous disent ceux qui sont en charge de ces enquêtes. Il y a à l'évidence une problématique qui peut être de nature terroriste notamment à Joué-Lès-Tours, et ce que nous savons et ce qui nous est dit sur ce qui s'est passé à Dijon et ce qui s'est passé à Nantes, laissent penser par contre que nous sommes devant des personnes fragiles psychologiquement, sans doute avec des termes plus graves encore, je pourrais m'exprimer avec des termes plus graves, et qui dans un moment particulier, celui des fêtes de Noël ont une angoisse particulière et sont passés à des actes qui sont des actes évidemment très douloureux pour ceux qui en sont victimes.

JEFF WITTENBERG
Monsieur LE GUEN, vous n'ignorez pas, les témoignages l'ont confirmé, les enquêteurs aussi l'ont confirmé qu'à Dijon notamment le conducteur de la voiture folle avait crié « Allah Akbar » donc c'est difficile pour ceux qui entendent cette information de ne pas imaginer que cela puisse être un acte terroriste.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais il faut comprendre et pour pouvoir agir, il faut bien analyser et ce n'est pas parce que personne ne prend, j'allais dire, une image dominante dans la société à un moment donné, veut participer à une espèce de violence qui existe par ailleurs, que cette personne est animée en réalité par une problématique politique ou religieuse. En réalité, elle est animée par ses propres troubles mentaux et elle veut s'identifier en quelque sorte à des choses qui se font de plus en plus générales. Vous savez c'est des phénomènes qui sont des phénomènes de mimétisme, qui sont connus comme le passage à l'acte à des périodes de l'année un peu festives comme celles d'aujourd'hui, ce sont des phénomènes connus en matière d'analyse psychiatrique. Et donc laissons dire à ceux qui ont tous les éléments de l'enquête et qui ont une certaine connaissance et ne faisons pas d'amalgames qui sont totalement inopérants.

JEFF WITTENBERG
Sans faire d'amalgame les conclusions rapides de la justice, des enquêteurs ne sont-elles pas un moyen d'éviter une psychose parmi la population et que la population fasse justement ces amalgames ? Certains ont parfois cette impression.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non mais pourquoi voulez-vous qu'on fasse des amalgames…

JEFF WITTENBERG
On conclue très rapidement que ce sont des déséquilibrés.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non mais quand vous avez une personne comme celle de Dijon, dont il a été publiquement dit qu'elle avait passé plusieurs dizaines de séjours en hôpital psychiatrique et que l'enquête de voisinage permet d'assurer que cette personne n'était pas en lien avec, n'avait pas des comportements habituels et quotidiens en lien avec des entreprises de nature religieuse, idéologique, terroriste etc. Donc on voit bien qu'on a affaire à une personne déséquilibrée, c'est-à-dire que dans notre société et votre question a l'air de poser finalement le sujet, il faut accepter aussi qu'on ait des personnes qui sont malades. On me parle rarement des malades psychiatriques dans notre pays, c'est dommage…

JEFF WITTENBERG
Mais qui aujourd'hui connaissent un mimétisme, qui aujourd'hui veulent s'imiter les unes, les autres…

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, c'est classique vous savez dans le temps on avait l'image d'un certain nombre de malades qui se prenaient pour Napoléon, tous massivement, aujourd'hui plus personne ne se prend pour Napoléon. Ce n'est pas parce que, à l'époque Napoléon était le personnage le plus grandiose de la période, donc il y avait ce phénomène de mimétisme, voilà. Donc c'est des phénomènes qui sont connus, apprenons aussi à parler des problèmes de notre société et on a des problèmes de psychiatrie dans notre société.

JEFF WITTENBERG
Monsieur LE GUEN, vous êtes ministre des relations avec le Parlement, secrétaire d'Etat, qui faut-il croire aujourd'hui, le président de la République qui affirme qu'il ne faut pas céder à la panique ou au contraire le Premier ministre, Manuel VALLS, il y aura une réunion ce matin, qui dit lui que le danger terroriste, c'est lui qui emploie ce mot, n'a jamais été aussi grand, qui a raison ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Danger, les deux disent des choses qui sont exactes, il faut comme je le disais, raison garder, mais il y a un danger terroriste dans ce pays…

JEFF WITTENBERG
Ces actes n'en sont pas, il y a un paradoxe ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non il n'y a pas de paradoxe, il y a une réalité du monde, quand vous voyez ce qui se passe évidemment en Syrie et en Irak, quand vous voyez le nombre de nos concitoyens apparemment qui sont là-bas, plusieurs centaines qui ont vocation à revenir, il y a un danger terroriste. Quand vous voyez d'ailleurs le travail qui est fait remarquablement par nos services de police qui ont déjoué plusieurs dizaines de risques ou de passages à l'acte, cette fois-ci de nature politique terroriste religieuse éventuellement, enfin religieuse, non on ne doit pas employer ce terme parce que ce n'est pas au nom de la religion, c'est au nom en vérité d'une idéologie terroriste que les choses se passent. Donc il y a à la fois la nécessité d'avoir une vigilance de l'Etat et en même temps il faut expliquer à nos compatriotes que les accidents, les graves incidents qui se sont passés avant-hier et hier ne sont pas liés par ailleurs à des problèmes terroristes.

JEFF WITTENBERG
Ne sont pas de nature terroriste, c'est pour cela quand même que le Premier ministre organise cette réunion, on est quand même un petit peu obligé de faire le lien.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, pas du tout, il y a un risque qui existe et il y a aussi des problèmes de différentes natures. Vous savez tout n'est pas noir et blanc, il peut exister un certain nombre de situations où nous sommes amenés à agir sur un front et à agir sur un autre front. Il y a des problèmes de passage à l'acte de gens qui sont des malades mentaux et il y a par ailleurs des risques terroristes qui existent dans notre pays et le gouvernement a besoin de faire face et les Français font face à ces deux situations.

JEFF WITTENBERG
On va parler d'un autre sujet, Jean-Marie LE GUEN, vous êtes ministre, décidément secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement mais vous êtes aussi médecin de profession, de formation. Il y a un conflit aujourd'hui avec les professions de santé, les médecins généralistes protestent contre la généralisation du tiers payant, est-ce que vous les comprenez à défaut de les approuver ?

JEAN-MARIE LE GUEN
D'abord il y a effectivement des conflits avec les différentes professions médicales, parfois pour des approches qui sont un peu différentes et il y a la volonté du gouvernement d'organiser un dialogue. Marisol TOURAINE s'est exprimée, elle a dit qu'elle était prête à les recevoir, à discuter au fond des questions des lois. Il y a un malaise des professions de santé qui est un malaise qui vient de bien au-delà de cette question de la loi. D'abord ce sont des personnels, des professionnels qui sont surchargés en termes de travail en raison d'une démographie…

JEFF WITTENBERG
Mais vous comprenez leur colère, vous comprenez leur grève ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je comprends les difficultés qui sont les leurs, je pense que la grève n'est pas la meilleure façon de l'exprimer, et je pense par ailleurs que le dialogue est ouvert avec le gouvernement. Voilà ce qu'on pourrait leur dire.

JEFF WITTENBERG
Madame TOURAINE a annoncé un peu vite peut-être hier la fin de la grève des urgentistes, ils doivent se prononcer ce matin, vous êtes optimiste ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, je suis optimiste parce que, voyez-vous quand les urgentistes protestent, ils ne protestent pas forcément au nom des médecins généralistes, et ce n'est pas forcément les mêmes… traditionnellement ce ne sont pas forcément les mêmes points de vue. Donc il faut comprendre qu'il y a un malaise assez général, mais je suis sûr que Marisol TOURAINE prend les problèmes les uns après les autres et avec un esprit de dialogue et d'ouverture. Je pense que nous allons trouver des solutions.

JEFF WITTENBERG
On vous a entendu, merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 décembre 2014

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