Déclaration de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, sur la politique de développement rural, Clermont-Ferrand le 28 novembre 2014 | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, sur la politique de développement rural, Clermont-Ferrand le 28 novembre 2014

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement

Circonstances : Séminaire de lancement du réseau rural français pour la programmation 2014-2020, à Clermont-Ferrand le 28 novembre 2014 (publié dans la lettre n°49 - Réseau rural français)

ti : Monsieur le Président, cher René, Mesdames et Messieurs les élus, tous ceux participant aussi en tant qu'acteurs à la fois associatifs et dans les différents mouvements réunis cet après-midi ou toute la journée pour débattre dans le cadre de ce réseau rural lié, en fait, au fond appelé FEADER qui est un fond qui autour de la politique agricole finance le développement rural. Cette association a une vocation, plusieurs d'ailleurs, c'est un lieu d'échanges surtout, d'expériences, un lieu de débat et j'ai pu moi-même le constater.

On s'inscrit maintenant dans une nouvelle politique agricole commune pour les cinq ans qui viennent, donc vous êtes en train de préparer dans les cinq ans qui viennent le projet, en fait, 2015-2020 et c'est important qu'il y ait à partir de ces perspectives, des débats et une capacité collective à se projeter dans les cinq ans qui viennent. Sachant que dans ces cinq ans, je le pense aussi avec beaucoup de conviction, il y a des mutations très importantes qui vont avoir lieu.

On va engager un processus, me semble-t-il, avec d'ailleurs le verdissement de la politique agricole commune, où les dimensions économiques de la production, les dimensions environnementales vont être de plus en plus liées pour organiser une évolution d'une agriculture qui a eu le mérite de développer les volumes de production de manière extrêmement importante pour faire face à une demande : celles de l'Europe et de la France, de tous les grands pays. Et aujourd'hui je pense de manière plus générale et transversale, il y a un débat avec les embryons ???? : vers les mutations, vers la performance, certes économique, de production mais aussi environnementale.

C'est tout le sujet du débat que l'on a eu dans le cadre de la loi d'avenir, il y a des députés qui sont présents et qui y ont participé et c'est tout l'enjeu aussi de son application. On a commencé à en discuter en particulier avec les groupements d'intérêts économiques et environnementaux qui chercheront à mixer différentes activités agricoles avec des objectifs de production d'énergie renouvelable et de connections de cette énergie renouvelable à base agricole ; voire aussi, on l'a vu, liées aux collectivités locales pour développer d'autres activités et je pense que stratégiquement c'est très important.

Dans ce débat, la question du rural et du monde rural est souvent évoquée avec, il y aurait un grand monde urbain et des difficultés sur les quartiers en particulier, enfin un certain nombre de lieux de la ville et un monde rural qui se sent, qui se perçoit comme étant souvent oublié du débat public alors qu'au fond il y a, et René Souchon nous l'a dit et vous l'avez dit, des potentialités extrêmement intéressantes et fortes dans le monde rural.

Si on regarde, par exemple, l'observatoire sur l'éducation je pense que contrairement à ce qui avait pu être dit à un moment, l'école rurale obtient d'excellents résultats en termes de réussite aux diplômes. Quand on sait le problème que l'on a en France avec cette grande question du décrochage d'un certain nombre d'élèves, le fait que le monde rural soit capable sur cette question d'éducation d'offrir des possibilités de réussite et éviter justement ce décrochage, cela fait partie aussi des atouts je le cite comme ça important. Il y a dans le monde rural aussi beaucoup d'innovations qui se créent et qui ne demandent qu'à être valorisées. On l'a vu au travers des exemples de tout à l'heure mais j'imagine qu'il y en a eu ce matin et puis il y en aurait des centaines et des milliers d'autres que l'on pourrait mettre en avant pour montrer comment se construit aujourd'hui, sûrement, le monde rural de demain dans sa capacité à être pleinement dans la modernité, c'est-à-dire dans le temps qui est le nôtre.

Et ça a été dit, je pense qu'il faut passer d'une logique de l'aménagement du territoire à une logique du développement, de la socialisation. C'est vraiment culturellement, pour un grand pays comme le nôtre d'ailleurs, un vrai sujet, parce que la centralisation a conduit lorsque l'état était fort, et qu'il pouvait beaucoup pour répondre toujours à cette fameuse question, à penser le territoire au travers de l'aménagement du territoire. C'était ça ! Qu'est-ce que c'est qu'aménager un territoire? C'est lui offrir des infrastructures, j'aménage ! Mais au fond est-ce que c'est la vie du territoire, est ce que c'est, je le disais, sa capacité ascendante à être dans le moment présent et à préparer l'avenir ?

Parce que l'échec d'une politique territoriale, c'est lorsqu'un territoire se sent abandonné, qu'il soit d'ailleurs un quartier d'une grande ville ou qu'il soit un espace rural loin de tout qui n'est plus connecté avec le monde d'aujourd'hui tel qu'il est perçu, tel que chacun se le représente.

Ça m'a souvent frappé quand tous les ans je vais à Marcillac. Qui aurait pu supposer qu'à Marcillac, un village de 2.000 ou 3.000 habitants, on pourrait avoir le plus grand ou un des plus grands festivals de jazz du monde ? Qui aurait pu imaginer que d'ailleurs sur la base de ce festival de jazz, les agriculteurs dans tout le rayon autour de Marcillac sont des spécialistes du jazz ? Et si vous faites 100 km à côté, vous aurez toujours des agriculteurs mais moins de spécialistes du jazz, comme quoi une dimension culturelle liée à un territoire et un engagement d'un élu a fait qu'un territoire prend une dimension mondiale… Mondiale ! Marcillac ne se vit pas uniquement comme étant dans le Gers, comme étant en France, mais se vit aussi parce qu'il accueille chez lui des gens venant du monde entier et çà, çà le connecte au présent, çà le projette dans l'avenir, çà l'inscrit dans la dimension du monde d'aujourd'hui et c'est là que l'idée de la socialisation des territoires plutôt que l'aménagement du territoire prend tout son sens, même si à Marcillac il a fallu faire des salles de musique parce que au fur et à mesure que l'éducation au jazz se développait il fallait des outils, donc on aménage après et on cherche le projet d'abord.

Et c'est ça le débat que l'on a eu tout à l'heure, ce que ça vaut sur cet exemple et c'était très bien expliqué tout à l'heure et puis il y en a plein d'exemples même sur celui du GAEC et du GIEE de demain, sur le projet de Millevaches on voit bien que c'est sur la base du projet que va s'engager une dynamique. Ce n'est pas sur la base de l'outil ou de l'aménagement et on a trop raisonné comme cela. Même s'il fallait faire bien sûr aussi des voies de chemin de fer, des autoroutes pour pouvoir rendre les choses accessibles, je pense que maintenant il faut passer d'une logique d'aménagement, c'est vrai, à une logique de développement. Ça c'est sûr, la ruralité c'est comme ça qu'on lui donnera la capacité de mobiliser toute ses potentialités.

Je pense même qu'il faut que l'on réfléchisse ensemble sur ces grandes compétences nouvelles qui sont en train de naître, parce que les questions qui sont posées sur la socialisation, je le disais tout à l'heure, sont à la fois sur les dimensions culturelles qu'elle peut représenter mais aussi sur des questions au vieillissement de la population, ou de la santé. Grande question de santé, elle se pose partout aujourd'hui. Dans tous les départements, dans tous les lieux du monde rural où il y a ce qu'on appelle la désertification médicale. Cela fait partie des compétences dont il va falloir s'approprier les définitions des compétences de demain dans les départements, celle des intercommunalités. Pour moi elles devront intégrer demain cette grande dimension de la santé. Il ne s'agit pas de remettre en cause, en quoi que ce soit, le système de sécurité social ou de la santé mais son organisation territoriale, ça ne peut plus rester comme c'est aujourd'hui. Je pense que là il y a des vraies pistes de réflexions avec justement les outils nouveaux : ceux qui sont numériques, ceux qui permettent justement la connexion quelles que soient les distances, ceux qui permettent le vidéo diagnostic. C'est des choses qui doivent s'organiser, c'est des compétences que l'on doit faire émerger. C'est des sujets, et je l'entendais tout à l'heure sur le projet sur l'aide aux personnes à domicile et tout ça, dont on sait aujourd'hui que cela fait partie des grands enjeux de la mobilisation d'un certain nombre d'acteurs.

C'est l'efficacité énergétique, ça c'est pareil on voit bien avec les méthaniseurs, on voit bien que des territoires qui s'organisent et qui cherchent au travers de la question de l'énergie à trouver des solutions énergétiques locales. Et ça… je ne vais pas revenir sur Rifkin, mais si Rifkin a été capable de l'écrire et de le penser de manière globale, il faut savoir qu'il y a déjà des choses qui se passent. J'évoquais tout à l'heure ce que j'ai vu sur le plateau de l'Ardèche ou ce qui est fait là sur le plateau des Millevaches… Produire de l'énergie renouvelable, et il y a du potentiel dans le monde rural, ça c'est un atout : forêts, haies, biomasse, gestion nouvelle des déchets, enfin des déchets… c'est là que l'on change de langage, gestion des ressources : ce qui était considéré comme des déchets hier sont aujourd'hui des ressources. Mais ça, ça se mobilise, ça s'organise donc…

L'efficacité et la question énergétique, deuxième piste sur laquelle il faut réfléchir. Et en même temps là encore les systèmes numériques et les réseaux vont être très utiles, çà a été dit tout à l'heure pour les fenêtres, vous avez une fenêtre cassée : on vous le signale tout de suite, on la change et ça évite la déperdition de chaleur. Vous avez à penser l'efficacité énergétique des habitations, il vaut mieux le faire à l'échelle territoriale, le coordonner. Tous les calculs sur les pertes énergétiques doivent pouvoir être aussi des éléments de compétences nouvelles parce qu'on y a tous intérêt. Et ça sera beaucoup plus efficace comme ça qu'à continuer à être uniquement, et c'est toujours la même problématique, les uns à côtés des autres sans jamais créer de dynamique territoriale. Donc voilà, moi sur le fond de la question, je partage tout à fait l'idée. Il y a un changement culturel d'approche à avoir et il faut que l'on joue l'approche du développement, l'ascendant.

C'est pour ça qu'en termes, alors pour le coup, d'outils, moi, j'ai toujours plaidé pour la défense de LEADER, qui a été un moment contesté, parce que j'ai toujours considéré que c'était le meilleur moyen de faire naître justement des projets, d'avoir des moyens pour les financer, mais d'abord de les faire émerger, d'obliger des acteurs différents à se mettre autour d'une table plutôt que d'avoir un seul acteur qui va chercher à un guichet une somme pour financer quoi ? Une infrastructure ! Ah oui on en revient à la même question. Donc là dans cette programmation de cinq ans avec LEADER qui a vu ses moyens augmenter, et René Souchon évoquait ceux de la région Auvergne. Vous avez vu c'est dans des périodes de disette budgétaire, c'est le seul fond qui a augmenté à ce niveau-là et sur LEADER on passe à 63 millions. De 30 millions on passe à 63 millions. Il y a là un enjeu majeur par rapport à toute la problématique de l'approche nouvelle. Il faut s'y mettre.

Et moi je demande en tant que Ministre de l'agriculture à votre association de réfléchir en plus aux liens que l'on doit faire avec l'objectif de l'agroécologie, des groupements d'intérêt économique et environnementaux parce que sur les groupements d'action locale, on doit intégrer ces démarches agricoles. Moi ça m'intéresse au plus haut point et avec les moyens qui sont disponibles on doit construire, on doit faire ce lien, je le disais, entre l'énergie la question de la production agricole, la transformation, les circuits courts, leur organisation. Et à propos des circuits court je voudrais juste vous indiquer que bien sûr, Agrilocal comme la plateforme de la Fédération nationale de l'agriculture biologique et la plateforme des chambres d'agriculture ont été validées et labellisées par le ministère de l'agriculture.

Et pour aller plus loin , donc ça sera une première, cet après-midi je vous présente le guide que je vais présenter à la presse mardi. Ce guide a été fait sur la base d'un guide qui a été préparé par la DRAAF de Rhône-Alpes, revue totalement pour donner toutes les lignes de méthodes, les articles et la manière de faire pour acheter local dans le cadre des marchés publics. Parce que avec ce qui existe maintenant sur les plateformes numériques, il faut qu'on donne à tous les élus la capacité d'avoir les informations et on ne peut plus rencontrer des gens qui vous disent « moi j'aimerais bien acheter local mais on ne peut pas il y a les marchés publics ». Non, alors ce guide est très fourni, extrêmement structuré, j'enverrai une lettre numérique aux 36 000 Maires mardi, aux Présidents de région, aux Présidents de département, aux préfectures, aux chambres d'agricultures pour que chacun ait un accès simple à ce guide qui vous détaille la méthode, la manière, les articles sur lesquels il faut s'appuyer pour pouvoir promouvoir l'achat au niveau local. Je tenais à le dire parce que ça sera l'objet de la conférence de presse de mardi . Je suis très satisfait du travail qui a été fait et qui sera d'ailleurs complété par la loi d'avenir par les plans alimentations territoriaux, c'est-à-dire qu'en même temps qu'on aura les possibilités de jouer sur le local et bien on cherchera à s'organiser à l'échelle d'un territoire. Voilà aussi comment on va créer au travers de la question alimentaire de nouvelles dynamiques, j'en suis sûr, au niveau local.

Je voudrais terminer sur cette idée de dynamique. D'abord votre association elle est très utile , il faut qu'elle le soit fondamentalement dans les deux ans qui viennent parce que c'est à partir de ces deux années-là que vont se projeter ensuite les grands enjeux de demain je l'ai dit.

Il y a un axe de progrès très important qu'il faudrait qu'on fasse ensemble, c'est l'agro-écologie, le développement territorial, la question du développement GAL, LEADER tout ce qui se fait, avec la grande question liée à l'agriculture, l'écologie, les groupements d'intérêt économique et environnementaux , ça il faut vraiment que l'on se coordonne là-dessus c'est très important. Le deuxième point qui me parait aussi très important, c'est la gestion du foncier, l'espace naturel, agricole, forestier et la pression, qu'il subit selon les endroits, plus ou moins forte, le besoin de terres agricoles , le fait que dans le domaine de l'urbanisme et des infrastructures là encore revenir à la logique de développement plutôt qu'à la logique d'infrastructure ça doit nous donner des occasions de réfléchir à la manière dont on économise l'espace naturel, agricole et forestier.

Et là, il y a des outils dans la loi d'avenir , il y a ce qu'on a fait avec les Safer et bien sûr les élus et les collectivités locales et les associations, on doit réfléchir avec ces outils nouveaux à la manière dont on va imbriquer demain ce territoire pour éviter que l'on gaspille du terrain, de la terre agricole, de la terre forestière, de la terre naturelle, vraiment et c'est un enjeu de réflexion très important dans la mesure où la France d'ici 2030 ça sera 70 millions d'habitants. Soixante-dix millions, c'est-à-dire que si pour 64 millions on a consommé tous les cinq ans 70 000 hectares de terres agricoles si on continue comme çà pour 70 millions on risque d'en consommer énormément.

Et donc là il y des réflexions à mener et il faut que sur la base des outils qui sont aujourd'hui disponibles, il faut que vous ayez un travail qui soit conduit sur ces questions parce que c'est très important de maîtriser et cela nécessiterait d'ailleurs que l'on ait des réflexions, je l'avais dit quand j'étais dans la Drôme, sur le « rurbanisme » c'est-à-dire la manière dont on doit repenser les bourgs , les bourgs-centre , la manière dont on devrait changer les représentations de l'accession à la propriété et éviter de n'avoir que comme seule solution la clé du lotissement qui est non seulement consommateur d'espace, nécessite beaucoup d'investissements publics ensuite pour les aménagements qui vont derrière et quelquefois est source de désocialisation. Un bourg comme il était conçu il y a 20-30 ans, c'était un lieu de rencontre. Il y a des conceptions urbanistiques qui sont des lieux de désagrégation, chacun rentre chez soi le soir et ne voit plus personne. Alors en plus si vous n'avez plus de bars et d'épiceries dans le bourg… Vrai sujet, mais le « rurbanisme », la manière dont on va repenser l'idée l'organisation et de l'urbanisation des bourgs ça me parait être aussi un sujet très intéressant et très important qui rentre dans le lien avec les consommations d'espace et d'économie de la consommation d'espace. Et puis bien sûr on a évoqué toute la question autour de l'alimentation, agriculture, alimentation, circuit court, … Là, il y a les plateformes. Il y aura maintenant le guide, là il y a un champ énorme à développer parce que je pense qu'il y a du potentiel à la fois économique autour des productions et puis surtout une qualité à développer, ça me parait être un vrai sujet.

Voilà ce que je voulais vous dire en vous disant tout le plaisir que j'ai eu à discuter, et ça faisait longtemps que je ne l'avais fait, de ruralité, de techniques de développement qui sont aujourd'hui en oeuvre dans notre pays et sur lequel, je le pense, le monde rural a beaucoup à compter, et la France, avec ce monde rural, doit aussi être capable de se projeter loin dans l'avenir, préparer l'avenir et se donner tous les atouts pour créer et de l'emploi et de l'activité et surtout du bien être pour tout le monde.


Merci en tout cas !


Source www.reseaurural.fr, le 29 décembre 2014

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