Interview de Mme Sylvia Pinel, ministre du logement et de l'égalité des territoires, à Europe 1 le 31 décembre 2014, sur l'hébergement d'urgence des sans domicile fixe et les mises en chantier de logements en 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Sylvia Pinel, ministre du logement et de l'égalité des territoires, à Europe 1 le 31 décembre 2014, sur l'hébergement d'urgence des sans domicile fixe et les mises en chantier de logements en 2014.

Personnalité, fonction : PINEL Sylvia, KARA Alexandre.

FRANCE. Ministre du logement, de l'égalité des territoires et de la ruralité;

ti : Alexandre KARA
Merci d'être avec nous. Alors, plusieurs SDF sont morts ces derniers jours suite à la vague de froid, est-ce que vous avez le sentiment que le Gouvernement avait suffisamment anticipé cette vague de froid ?

Sylvia PINEL
D'abord je tiens à exprimer la solidarité et l'émotion du Gouvernement, puisque lorsque de tels drames proviennent, on ne peut jamais se sentir bien, puisque la solidarité nationale est évidemment touchée, impactée, et derrière ces drames c'est évidemment des moyens qui doivent être mis en oeuvre pour éviter qu'ils ne se reproduisent. Et c'est le sens…

Alexandre KARA
Ces drames étaient évitables ?

Sylvia PINEL
C'est le sens des mesures que nous avons mises en oeuvre et que nous avons voulu prendre, non pas depuis quelques jours, ou quelques semaines, mais depuis 2012, où nous avons voulu ouvrir des places d'hébergement pérennes, et faire en sorte que les sans-abri puissent être accompagnés pour aller vers un logement, un logement pérenne.

Alexandre KARA
Sylvia PINEL, si je vous entends bien, tout avait été fait pour éviter ces drames, donc vous me dites que finalement ces morts étaient presque inévitables.

Sylvia PINEL
Ce que je disais c'est que, évidemment, nous avons mis en oeuvre un certain nombre d'outils, à disposition des services de l'Etat, des préfets, qui sont extrêmement mobilisés sur le terrain, avec les associations, et je veux d'ailleurs leur rendre hommage parce qu'ils effectuent un travail remarquable, tous les jours, au profit des plus démunis de nos concitoyens. Evidemment on peut toujours améliorer le système, et ce n'est pas moi qui vais vous dire que tout est parfait. La preuve, quand on constate autant de décès on ne peut pas, comme je le disais, dire que tout va bien, mais, en même temps, des choses ont été faites, et des consignes précises ont été passées, notamment sur la nécessité d'ouvrir des places en fonction des besoins et non des températures, pour demander aux services déconcentrés d'être particulièrement vigilants, de renforcer les équipes de maraudes sur le terrain pour aller au contact des sans domicile fixe, pour leur proposer des solutions d'hébergement, pour essayer de mieux les accompagner et, aussi, de développer des solutions alternatives à l'hébergement d'urgence, et cela, évidemment, cela s'anticipe.

Alexandre KARA
Mais est-ce que l'Etat en fait assez ? Aujourd'hui, on le sait, on manque de places d'hébergement d'urgence.

Sylvia PINEL
Aujourd'hui le Gouvernement consacre plus d'1,3 milliards à l'hébergement d'urgence, ce sont des moyens importants, des moyens très significatifs qui sont dégagés en faveur des plus démunis. Evidemment il y a des zones, dans notre pays, des zones tendues, où il y a des difficultés particulières, je pense aux grandes métropoles en particulier, mais dans le reste du territoire les situations sont plus contrastées et les solutions d'hébergement d'urgence apparaissent suffisantes, dans certains territoires. En revanche, dans les zones plus tendues, les préfets ajustent au jour le jour, en fonction des besoins, et ouvrent des places en fonction des besoins.

Alexandre KARA
Oui, mais est-ce que les besoins (sic), aujourd'hui, ne sont pas suffisants, on le sait. Est-ce qu'il ne faut pas augmenter les budgets, ouvrir de nouvelles places ? Parce qu'on le voit, aujourd'hui, avec l'augmentation de la précarité, il y a effectivement de plus en plus de SDF dans la rue.

Sylvia PINEL
Il y a de plus en plus de besoins, et nous avons tout au long, depuis le 1er novembre, nous avons ouvert 6000 places supplémentaires, et si je fais une comparaison…

Alexandre KARA
Oui, mais si vous ouvrez 6000 places supplémentaires et qu'il y a 12.000 personnes supplémentaires dans la rue, ça ne suffit pas !

Sylvia PINEL
Et tout au long, au fil des jours, nous continuons à réajuster, à augmenter en fonction des besoins et des signalements qui sont formulés, notamment auprès du 115. Mais si je fais une comparaison, par rapport au nombre de places cette année, c'est 6000 places de plus que l'année dernière à la même époque. Donc, vous le voyez bien, nous avons mis des moyens supplémentaires, et entendu les besoins exprimés, notamment par les associations, puisque cette comparaison, 6000 places de plus, ce n'est pas rien.

Alexandre KARA
J'entends bien, mais les associations, justement, critiquent l'utilisation de ces moyens supplémentaires, notamment ce qu'ils appellent « la gabegie hôtelière. » Visiblement aujourd'hui on dépense près d'1 million d'euros par jour pour loger des familles dans des capacités hôtelières, et aujourd'hui les associations, hier Jean-Baptiste EYRAUD, le porte-parole du DAL, sur cette antenne, vous interpellait pour dire « mais utilisez cet argent pour louer des logements classiques. »

Sylvia PINEL
Les nuitées hôtelières que vous évoquez, effectivement n'offrent pas une solution satisfaisante d'hébergement, parce que, j'ai rencontré un certain nombre de personnes qui avaient été hébergées à l'hôtel, pour les enfants notamment, cela pose des problèmes de sommeil, de malnutrition, de temps de travail scolaire également, et c'est évidemment une préoccupation, et depuis mon arrivée à la tête de ce ministère j'ai souhaité que l'on travaille pour mettre en oeuvre un plan de résorption des nuitées hôtelières parce que, effectivement, personne ne peut se satisfaire de la manière dont les personnes sont hébergées à l'hôtel. Mais pour autant…

Alexandre KARA
Ça sera réformé ?

Sylvia PINEL
Pour autant, pour autant, face à l'urgence, face aux situations exceptionnelles que parfois nous connaissons, on ne peut pas fermer la porte à la nécessité de mettre à l'abri et de protéger un certain nombre de personnes, je pense notamment aux femmes, seules, avec des enfants, il est préférable qu'elles soient hébergées dans un hôtel temporairement, plutôt que de rester à la rue. Donc il faut, là aussi, regarder les choses en face, dans des situations qui, je le répète, sont toujours humainement difficiles. Ce qui est dommageable dans l'hôtel - quand c'est une solution temporaire, cela peut être acceptable - c'est le temps que restent parfois certaines personnes hébergées à l'hôtel, et c'est ce système-là que je veux effectivement réformer, et nous y travaillons activement avec l'ensemble des associations et avec l'ensemble des préfets, qui sont particulièrement concernés. Je rappelle qu'en Ile-de-France la situation est plus préoccupante que dans d'autres territoires.

Alexandre KARA
Sylvia PINEL, plus généralement, c'est la situation du logement en France qui est dramatique, selon les chiffres publiés par votre ministère hier matin, pour la première fois depuis 16 ans les mises en chantier sur les 12 derniers mois sont passées sous la barre symbolique des 300.000 logements. C'est un chiffre catastrophique.

Sylvia PINEL
Cela, justement, fait écho à ce que, avec le Premier ministre, nous avons voulu enrayer, c'est-à-dire la chute des délivrances de permis de construire et la chute des mises en chantier, et c'est le sens des deux plans de relance que nous avons présentés pour…

Alexandre KARA
Mais comment on en est arrivé là, parce que ça fait 2 ans et demi que vous êtes au pouvoir ? La promesse numéro 22 de François HOLLANDE c'était 500.000 nouveaux logements par an, on en est, mais, très, très, très loin.

Sylvia PINEL
Je rappelle que le chiffre que vous évoquez est à peu près sensiblement le même que celui connu en 2009, donc on ne peut pas dire que la chute de la construction a débuté en 2012, c'est un phénomène qui avait commencé dès 2009.

Alexandre KARA
Oui, sauf que la différence, c'est que vous aviez promis que vous alliez augmenter le nombre de logements…

Sylvia PINEL
Et cela avait été accentué par des incitations fiscales faites par la droite qui n'avait pas justement de ciblage, ni d'aspect, de caractéristique sociale, et ce que nous avons fait, et justement depuis 2012, c'est d'adapter la politique du logement aux territoires, c'est-à-dire de construire là où il a des besoins particulièrement dans les zones tendues, et de donner des dispositifs qui permettent de s'adapter à la situation et aux données économiques et sociales des territoires…

Alexandre KARA
Sylvia PINEL, est-ce que ce n'est pas la loi DUFLOT qui est responsable aujourd'hui du manque de confiance des investisseurs et des acquéreurs ? Parce qu'on le sait, en règle générale, tout ça, ça se lance douze, dix-huit mois auparavant, on sait que c'est le résultat du chiffre d'aujourd'hui vient du manque de confiance d'il y a un an et demi ; alors, est-ce que la loi DUFLOT n'est pas responsable de ce chiffre catastrophique ?

Sylvia PINEL
2009, il me semble que Cécile DUFLOT n'était pas aux responsabilités et François HOLLANDE non plus.

Alexandre KARA
Oui, sauf qu'il y a eu cette grande loi effectivement DUFLOT, et que, entretemps, le chiffre est retombé…

Sylvia PINEL
Cette loi n'était pas appliquée jusqu'à il y a quelques décrets qui ont été pris, mais…

Alexandre KARA
Oui, mais vous le savez, la confiance, c'est important…

Sylvia PINEL
Et puis, il est assez caricatural de résumer la loi DUFLOT à quelques mesures. Ceci étant, nous avons voulu avec le Premier ministre agir avec efficacité et pragmatisme…

Alexandre KARA
Donc vous n'avez pas d'explication – juste pour terminer – vous n'avez pas d'explication sur le chiffre et sur la baisse de ces mises en chantier ? Vous dites, c'est juste la faute de la conjoncture, la faute de la crise.

Sylvia PINEL
D'abord, l'aspect économique est particulièrement important, lorsque nous sommes dans une période difficile pour les Français, vous le savez bien, ils peuvent hésiter à s'engager sur du long terme, acheter un logement, ce n'est pas acheter quelque chose qui se résume à un an d'investissement, c'est plusieurs années. Donc cela est important dans un contexte économique difficile. Ensuite, il fallait, oui, que la confiance revienne auprès des investisseurs privés et institutionnels, c'est le sens des mesures…

Alexandre KARA
… Elle a disparu…

Sylvia PINEL
Mais c'est aussi lié au contexte économique, à certaines mesures qui ont pu effectivement les inquiéter, mais on ne peut pas résumer les choses de manière aussi caricaturale – pardonnez-moi – que vous venez de le faire. Donc des investissements, pour l'investissement locatif, nous avons ciblé les choses, nous avons permis aux ascendants, descendants de louer, le dispositif de permettre à un enfant ou à un parent d'occuper le logement, nous avons réformé le prêt à taux zéro pour qu'il permette davantage aux classes moyennes d'accéder à la propriété dans les zones moins tendues, nous avons aussi agi sur la fiscalité, donc bref, toutes ces mesures, certaines qui sont applicables depuis le 1er octobre, d'autres qui le seront au 1er janvier, vont petit à petit produire leurs effets, parce que je rappelle que le temps de la construction est un temps long, il faut entre huit et neuf mois entre la délivrance du permis de construire et la mise en chantier…

Alexandre KARA
Vous êtes ministre du Logement, aujourd'hui, c'est près de quarante-deux milliards d'euros qui sont injectés chaque année dans la politique du logement, et on voit le résultat avec ces chiffres catastrophiques, est-ce que, aujourd'hui, il ne faut pas être ambitieux et faire une grande réforme effectivement de la politique du logement, et de ses allocations, de ses choix financiers ?

Sylvia PINEL
Regardez les choses en face, quand on met en oeuvre ces mesures, qui, certaines, je le répète, ont été mises en oeuvre au 1er octobre, d'autres qui le seront au 1er janvier, donc elles ne sont même pas encore applicables, et déjà…

Alexandre KARA
Mais on voit bien que ce n'est pas suffisant…

Sylvia PINEL
Mais comment voulez-vous que des mesures qui ne sont pas applicables portent leurs fruits, il faut attendre quelques mois avant de dire…

Alexandre KARA
Oui, mais on sait que les prêts à taux zéro, c'est ce qu'on a vu, ces incitations financières, on les a vues dans le passé, et on voit aujourd'hui qu'il y a un vrai problème…

Sylvia PINEL
Vous ne m'avez pas écoutée, parce que ce n'était pas les mêmes, elles ne sont pas ciblées…

Alexandre KARA
Non, ce ne sont pas les mêmes, mais c'était des mesures comparables…

Sylvia PINEL
Non, elles ne sont pas ciblées de la même manière, et il est très important justement dans la politique du logement d'avoir des ciblages des dispositifs pour qu'ils correspondent justement aux réalités du marché, et c'est ce que nous avons fait avec le Premier ministre.

Alexandre KARA
C'est ce que nous verrons donc en 2015. Merci Sylvia PINEL d'avoir été notre invitée ce matin.

Maxime SWITEK
Merci Madame la Ministre. Merci Alexandre KARA.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 décembre 2014

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