Interview de Mme Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion à RMC le 31 décembre 2014, sur l'accueil des sans abris et l'exclusion sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion à RMC le 31 décembre 2014, sur l'accueil des sans abris et l'exclusion sociale.

Personnalité, fonction : NEUVILLE Ségolène, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion;

ti :

Matthieu BELLIARD
Jean-Jacques, votre invitée, Ségolène NEUVILLE, secrétaire d'Etat chargée de la Lutte contre l'exclusion et des Personnes handicapées.

Jean-Jacques BOURDIN
Bonjour.

Ségolène NEUVILLE
Bonjour.

Jean-Jacques BOURDIN
Merci d'être avec nous. Six sans-abri sont morts de froid ces derniers jours en France, un chiffre est donné, sur l'année 2014, 425 SDF sont morts en France. Vous confirmez ce chiffre ?

Ségolène NEUVILLE
Ecoutez, moi…

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce qu'on sait, est-ce qu'on peut mesurer le nombre de décès parmi les sans-abri en France sur une année ?

Ségolène NEUVILLE
Je crois que c'est très exactement ce que je disais hier, c'est-à-dire que les sans-abri, malheureusement, ne décèdent pas seulement l'hiver, c'est la précarité qui tue, ce n'est pas seulement le froid, c'est la précarité, c'est le manque d'accès aux soins, c'est la mauvaise alimentation, c'est la rue tout bêtement, c'est la rue, et donc c'est un ensemble de mesures qu'il faut prendre, ce n'est pas seulement ouvrir des places d'hébergement d'urgence.

Jean-Jacques BOURDIN
Mais quand je donne ce chiffre, 425 morts sur toute l'année, il est crédible ?

Ségolène NEUVILLE
Il est tout à fait crédible. Vous savez, il y a des gens qui meurent tous les jours…

Jean-Jacques BOURDIN
Vous arrivez à recenser, vous savez combien de… ?

Ségolène NEUVILLE
Il y a des gens qui meurent tous les jours dans les hôpitaux, et ils ne sont pas forcément référencés comme étant sans domicile ou avec domicile, donc c'est des chiffres qu'on ne peut pas avoir. Aux urgences vous avez tous les jours, aux urgences des hôpitaux, des sans domicile, qui viennent parce qu'ils ont eu des malaises, ils ont eu…

Jean-Jacques BOURDIN
C'est-à-dire qu'on s'émeut en hiver, tout à coup, parce qu'il fait froid, que nous-mêmes nous avons froid, et là, tout à coup, on s'aperçoit qu'il y a des sans-abri…

Ségolène NEUVILLE
On s'émeut à juste titre. On s'émeut à juste titre, parce que c'est la précarité qui tue et qu'il est de notre devoir à tous, c'est l'ensemble de la société qui doit lutter contre la précarité. Quand on augmente le RSA, par exemple, ça a fait polémique, quand on augmente le RSA, on n'est pas là pour créer de l'assistanat, on est là pour lutter contre la précarité.

Jean-Jacques BOURDIN
Attendez, hier j'avais un sans-abri justement, qui témoignait, qui nous parlait du RSA, ça fait des semaines et des semaines que sa demande a été faite et il attend, il attend, il attend, il n'a pas les moyens.

Ségolène NEUVILLE
Vous avez raison, il y a besoin de simplifier ces systèmes-là.

Jean-Jacques BOURDIN
Eh bien oui !

Ségolène NEUVILLE
Et est-ce que vous savez le chiffre du non recours du RSA ? C'est 70 %. En France, le réel problème, c'est le non recours aux droits, les gens se découragent, les gens sont stigmatisés, et ils ne vont plus demander leur droit à la Sécurité sociale, ils ne vont plus demander le droit au RSA. Hier je rencontrais des femmes qui étaient hébergées, qui n'avaient tout simplement pas demandé leur droit à la retraite. Et donc, il faut simplifier l'accès aux droits, c'est ce que nous sommes en train de faire, avec le plan pauvreté, simplifier les formulaires, simplifier les procédures, simplifier l'accès à la CAF, simplifier tous ces rendez-vous-là, qui deviennent difficiles pour les gens.

Jean-Jacques BOURDIN
Cela dit, Ségolène NEUVILLE, ce n'est pas avec le RSA, parfois, qu'on peut se loger ! Parce que le vrai problème aussi, du sans-abri, le premier problème, 30 % travaillent, c'est le manque de logements, c'est l'incapacité à se loger. Je ne parle pas que de Paris…

Ségolène NEUVILLE
Vous avez raison.

Jean-Jacques BOURDIN
On cite toujours l'exemple de Paris, mais c'est vrai dans de nombreuses régions de France.

Ségolène NEUVILLE
C'est pour ça que la ministre du Logement, Sylvia PINEL, est extrêmement mobilisée sur ces questions, et qu'elle vient de convenir, avec le mouvement HLM, la construction de, ce qu'on appelle les logements hyper sociaux, c'est-à-dire des logements PLAI et des logements accompagnés, c'est-à-dire des logements sociaux, mais avec des loyers particulièrement bas. Et puis il faut créer d'autres structures aussi, que l'on crée, tous les jours…

Jean-Jacques BOURDIN
On ne construit pas assez en France Ségolène NEUVILLE.

Ségolène NEUVILLE
On construit, mais construire ça ne suffit pas, il faut aussi accompagner les gens, parce que mettre les gens dans des structures d'hébergement d'urgence, si à côté de ça vous n'avez pas des travailleurs sociaux pour accompagner, pour monter les dossiers, pour remettre les gens dans la vie courante, en fait, parce que c'est ça. Vous savez, quand vous vivez dans la rue, quand ça fait 10 ans que vous êtes dans la rue, eh bien vous n'avez plus, finalement, les réflexes habituels.

Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais l'assistanat, c'est bien.

Ségolène NEUVILLE
Ce n'est pas de l'assistanat.

Jean-Jacques BOURDIN
Ah ! Alors justement, parce que là, débat hier matin sur l'antenne de RMC…

Ségolène NEUVILLE
C'est la solidarité.

Jean-Jacques BOURDIN
Alors, il y a assistanat et solidarité.

Ségolène NEUVILLE
Et c'est le devoir de la République.

Jean-Jacques BOURDIN
C'est quoi l'assistanat ? L'assistanat c'est quoi ?

Ségolène NEUVILLE
Moi je ne vais pas vous parler d'assistanat, mon rôle c'est la lutte contre l'exclusion, et ce que nous faisons c'est de la solidarité et c'est le devoir de la République. Quand il y a des gens qui meurent dans la rue…

Jean-Jacques BOURDIN
C'est le devoir de la République, c'est à la République…

Ségolène NEUVILLE
A l'ensemble de la société, la société se doit d'être…

Jean-Jacques BOURDIN
De se mobiliser pour financer l'hébergement…

Ségolène NEUVILLE
Exactement, c'est ce qu'elle fait.

Jean-Jacques BOURDIN
Offert à ces personnes qui sont en grande difficulté.

Ségolène NEUVILLE
Vous connaissez le budget global de l'hébergement d'urgence en France ?

Jean-Jacques BOURDIN
Non, allez-y.

Ségolène NEUVILLE
1,3 milliard d'euros, et il est en augmentation chaque année. Mais ça n'est pas seulement ça, tout ce qui concerne la pauvreté, c'est aussi la garantie jeune, c'est aussi le RSA, c'est aussi les allocations pour les familles les plus précaires, c'est le minimum vieillesse qui a été revalorisé, tout ça, c'est les mesures du plan de lutte contre la pauvreté, qui a été mis en place il y a deux ans par le gouvernement. Et nous ferons le bilan de ce plan en janvier, et nous annoncerons de nouvelles mesures parce que, bien sûr, il faut aller plus loin, bien sûr, ça n'est pas suffisant.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, entre 2001 et 2012, le nombre de sans abri a augmenté de 44%, c'est l'INSEE qui donne ce chiffre, cette augmentation. Plus de 111.000 sans abri en 2012, plus aujourd'hui, dont 31.000 enfants d'ailleurs, dont 31.000 enfants…

Ségolène NEUVILLE
Je veux rappeler qu'il y a en France 105.000 places pérennes d'hébergement d'urgence, avec quelques milliers en plus en fonction des besoins…

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce qu'il y en a suffisamment aujourd'hui ?

Ségolène NEUVILLE
Ah, il y en a suffisamment, pas assez, ça dépend des régions en fait, parce que les gens bougent, et effectivement, c'est pour ça qu'il y a de l'ajustement à faire en fonction des saisons et des besoins, et c'est cet ajustement qui est compliqué, et c'est pour ça que les associations crient au secours, parce qu'à certains moments, elles vont être débordées, et puis, à d'autres, il y aura moins de demandes. Donc il faut créer…

Jean-Jacques BOURDIN
Mais les associations sont dures avec vous, elles disent : il n'y en a pas assez…

Ségolène NEUVILLE
Les associations travaillent avec nous, vous savez…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, oui, mais je le sais bien, mais elles sont dures…

Ségolène NEUVILLE
Elles travaillent en lien étroit avec nous…

Jean-Jacques BOURDIN
Elles sont dures. Tiens, tiens, vous savez ce que nous allons faire, nous allons écouter Yvan MOUTON, que vous connaissez bien…

Ségolène NEUVILLE
Allons-y !

Jean-Jacques BOURDIN
Le porte-parole de « Action Froid », qui était avec moi hier matin, à 08h10. Ecoutez ce qu'il dit.

Yvan MOUTON
Le plan grand froid, c'est un écran de fumée, vous avez différentes phases, vous avez une première phase très médiatisée, où on vous dit : ça y est, on a déclenché le plan grand froid, on l'a déclenché au moment où les températures sont à peu près égales à zéro. Qu'est-ce qu'on a fait, en fait ? On a simplement ouvert sur Paris un gymnase, quelques hébergements, comme ça, partiels, et également, on a renforcé quelques maraudes. Mais à zéro degré, nous disons que, en fonction des températures ressenties, entre cinq et zéro degré, on ne vit pas donc dans la rue, on survit dans la rue. 46% des appels pour un hébergement d'urgence au 115, 46%, ce sont des familles. Il faut savoir que, en 2012, vous aviez trois enfants morts dans la rue, en 2013, on en est à 15 ; les enfants sont particulièrement fragilisés, et ce sont des enfants qui meurent en moyenne à l'âge de 4 ans.

Jean-Jacques BOURDIN
Yvan MOUTON donc qui était avec nous hier matin, nous dit, et il n'est pas le seul, les associations nous disent souvent : écran de fumée, bon, c'est vrai que vous faites beaucoup, mais…

Ségolène NEUVILLE
Mais là où il a raison, c'est que, on survit dans la rue, on ne vit pas dans la rue, on survit, mais quelle que soit la température, ce n'est pas une question de zéro degré ou de quinze degrés…

Jean-Jacques BOURDIN
Mais est-ce que dans les centres d'hébergement, toutes les conditions de sécurité sont remplies ?

Ségolène NEUVILLE
Mais tout à fait.

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que l'encadrement est suffisant…

Ségolène NEUVILLE
Alors, je vais vous dire…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, dites-moi Ségolène, allez, NEUVILLE…

Ségolène NEUVILLE
Alors, hier par exemple, je visitais un centre qui a ouvert le 22 décembre, c'est un immeuble qui était inoccupé, c'est une association, financée évidemment par l'Etat, Aurore, l'association, qui vient d'ouvrir un centre avec 100 appartements, il y a un peu plus de 100 personnes dedans, soit des familles, soit des personnes seules, et donc il y a des travailleurs sociaux qui sont là, c'est ouvert jusqu'au mois d'avril. Et d'ici le mois d'avril, eh bien, chaque dossier va être pris en main pour effectivement que les personnes aient leur accès aux droits qui soit ouvert. C'est des gens qui, jusqu'à présent, n'auront pas eu leur accès aux droits.

Jean-Jacques BOURDIN
Alors, quel est l'accompagnement aussi nécessaire et indispensable pour ne pas retrouver les mêmes personnes à la rue ?

Ségolène NEUVILLE
C'est très variable, suivant les personnes…

Jean-Jacques BOURDIN
C'est le vrai problème…

Ségolène NEUVILLE
Vous ne pouvez pas comparer une famille…

Jean-Jacques BOURDIN
N'est-ce pas là le vrai problème ?

Ségolène NEUVILLE
Oui, vous avez raison, mais vous ne pouvez pas comparer une famille qui est à la rue depuis trois mois…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, c'est certain…

Ségolène NEUVILLE
Et un homme seul qui est à la rue depuis plus de dix ans, là, on voit bien que l'accompagnement sera beaucoup plus important. Mais il y a d'autres mesures qui prennent en compte ce type de population, regardez, quand Marisol TOURAINE, ministre de la Santé, veut généraliser le tiers-payant, c'est-à-dire qu'on n'avance plus les soins, eh bien, évidemment que c'est fait pour les plus démunis, quand on augmente le nombre de bénéficiaires de la CMU, quand on augmente le nombre de bénéficiaires de l'aide à la complémentaire santé, c'est pour améliorer l'état de santé des plus démunis. Vous voyez bien que c'est dans tous les ministères et de tous les côtés qu'on agit pour les plus démunis. Ce n'est pas seulement l'hébergement d'urgence au moment où il fait froid.

Jean-Jacques BOURDIN
Donc on oublie toutes les promesses tenues par Lionel JOSPIN, par Nicolas SARKOZY, les zéro SDF dans la rue, vous vous souvenez de toutes ces promesses, on oublie tout ça, c'est impossible ?

Ségolène NEUVILLE
Ecoutez, je crois que ce qu'il faut, c'est travailler au quotidien, avec les associations, avec les travailleurs sociaux, avec les institutions, pour justement que tout le monde puisse avoir recours à ses droits, tout simplement à ses droits, en France, on a un système de protection sociale qui est…

Jean-Jacques BOURDIN
Donc vous me dites aujourd'hui : il y a suffisamment d'hébergements d'urgence en France…

Ségolène NEUVILLE
Ah non, je crois qu'il faut continuer à en ouvrir, bien sûr, mais c'est ce qu'on a fait, plus de 6.000 places par rapport à l'année dernière, plus 6.000 places !

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, vous allez en ouvrir encore ?

Ségolène NEUVILLE
Eh bien, on en ouvre… oui, là, il y a encore des possibilités d'ouvertures en fonction des besoins dans chaque région de France, les préfets ont des instructions par la ministre du Logement, d'ouvrir…

Jean-Jacques BOURDIN
Combien ? Combien ? Vous avez un chiffre ?

Ségolène NEUVILLE
Non, ça, c'est en fonction des besoins, chaque préfet évalue sur son territoire s'il doit ouvrir par exemple un centre de vacances inoccupé, il ouvre, un gymnase, il ouvre, etc., etc…

Jean-Jacques BOURDIN
En fonction du temps et en fonction des besoins, des demandes…

Ségolène NEUVILLE
Et en fonction des demandes, en fonction des demandes.

Jean-Jacques BOURDIN
Eh bien merci Ségolène NEUVILLE d'être venue nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 décembre 2014

Rechercher