Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Inter le 8 janvier 2015, sur la mobilisation des forces de police en vue d'arrêter les auteurs de l'attentat au siège de l'hebdomadaire "Charlie Hebdo" et la défense de la démocratie et de la liberté. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Inter le 8 janvier 2015, sur la mobilisation des forces de police en vue d'arrêter les auteurs de l'attentat au siège de l'hebdomadaire "Charlie Hebdo" et la défense de la démocratie et de la liberté.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, COHEN Patrick.

FRANCE. Premier ministre;

Circonstances : Attentat au siège du journal satirique "Charlie Hebdo" dans le XIe arrondissement de Paris le 7 janvier 2015

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour.

PATRICK COHEN
Avant de parler de l'enquête, face à des Français touchés, dans cette France meurtrie, quel est votre message ce matin ?

MANUEL VALLS
C'est vrai que la France est touchée en son coeur, comme nous l'avons dit hier avec le Président de la République, et moi je suis frappé par l'émotion, mais en même temps la réaction, la formidable réaction de nos compatriotes, et je souhaite que cette réaction, elle soit durable, parce que nous avons besoin de dire, face à ceux qui ont voulu abattre la tolérance, la démocratie, la liberté de penser, l'insolence qui était celle de CHARLIE HEBDO, nous avons besoin de nous rassembler et de dire : non, Etat de droit, la démocratie, la liberté, sont plus forts que le terrorisme. Quel est le but du terrorisme ? C'est de nous enfermer, c'est de créer des conflits, des césures, des fractures encore plus profondes, dans notre société. Donc, le seul message, c'est celui bien sûr de l'émotion, du deuil, mais d'une très grande détermination à défendre nos valeurs et la liberté, c'est-à-dire ce qu'il y a au fond de plus sacré. J'ai le sentiment presque, et il est partagé, je n'en doute pas, par une immense majorité de Français, qu'hier on s'est rendu compte que la liberté était quelque chose, symbolisée par la presse, bien sûr, mais à travers ces hommes, ces femmes, qui ont été… cette femme, qui ont été tués, ces journalistes, ces personnes, ces policiers, qui eux aussi défendent notre démocratie et notre liberté, que cette liberté et cette démocratie, cette tolérance, étaient des biens si précieux, qu'on s'en rend compte aujourd'hui. Donc il faut que cette mobilisation, dans le calme, dans la sérénité, dans l'unité, dans le respect et dans la tolérance, se poursuive et s'amplifie.

PATRICK COHEN
Les tueurs sont arrêtés, Manuel VALLS, la police est près de toucher au but ?

MANUEL VALLS
Je ne peux pas le dire, il faut être prudent, d'ailleurs, dans toutes les informations qui sont diffusées aujourd'hui sur les ondes ou sur Internet, la seule chose que je puisse vous dire, c'est que les services de police et de justice sont pleinement mobilisés. A l'heure où nous parlons, non, les tueurs ne sont pas arrêtés. Il y a eu des interpellations, il y a des gardes à vue, sept, parce qu'il y a un travail, bien sûr, dans l'entourage de ces individus, ces personnes présumées. Il y a évidemment deux personnes qui sont recherchées, c'est deux terroristes probables, mais là encore, laissons la police, laissons les enquêteurs faire leur travail. Toute information…

PATRICK COHEN
Les suspects ont séjourné en Syrie ?

MANUEL VALLS
Toute information qui est divulguée aujourd'hui, peut d'ailleurs nuire au travail des enquêtes. Je comprends toutes les questions qui sont posées, elles sont légitimes, et je comprends bien sûr le travail de la presse, mais…

PATRICK COHEN
Non mais, l'identité de deux hommes a été révélée cette nuit, il y a un appel à témoins qui a été lancé…

MANUEL VALLS
Bien sûr.

PATRICK COHEN
Ils ont séjourné en Syrie ? C'est là-bas qu'ils ont appris à se battre ?

MANUEL VALLS
Nous ne le savons pas et nous ne pouvons pas le dire aujourd'hui, précisément. Ce que l'on peut comprendre, c'est qu'il s'agissait de deux individus, très déterminés et qui incontestablement, comment dire les choses, se sont comportés, pardon de le dire ainsi, en des soldats, dans des tueurs. Leur mode opératoire est celui de gens entrainés à tuer, nous l'avons vu et nous le voyons malheureusement sur ces images effrayantes, quand ils ont abattu ce policier après avoir tué ceux qui étaient dans les bureaux de CHARLIE HEBDO.

PATRICK COHEN
D'autres attentats ont été déjoués cette semaine, a dit hier le président de la République.

MANUEL VALLS
D'autres attentats ont été déjoués depuis plusieurs années et encore ces derniers mois et ces dernières semaines, oui, mais quand j'étais ministre de l'Intérieur ou j'ai eu aussi l'occasion de le dire comme Premier ministre, Bernard CAZENEUVE l'a souligné à de nombreuses reprises, nous faisons face à une menace terroriste extérieure et intérieure, qui se mêle, qui s'entremêle, sans précédent, et nous le savons, et c'est la raison pour laquelle nous avons renforcé notre arsenal législatif, juridique, les moyens que nous avons donnés aux services de renseignements, toutes les grandes sociétés démocratiques, tous les grands Etats sont soumis à cette menace, ont subi, les Etats, aux Etats-Unis, en Australie, en Belgique encore il y a quelques semaines, sans parler de ce qui s'est passé en Espagne ou en Grande Bretagne il y a quelques années, nous-mêmes nous avons déjà connu ces attentats. Là, celui-ci, il est évidemment d'une ampleur inégalée. Il est terrible.

PATRICK COHEN
La France est en guerre ?

MANUEL VALLS
La France, elle est en guerre contre le terrorisme, mais pourquoi la France est aujourd'hui attaquée ? Pas parce qu'elle intervient à l'extérieur pour défendre nos valeurs, au Sahel, au Mali, ou aujourd'hui en Irak, mais parce que c'est la France, parce qu'elle représente précisément la liberté, la tolérance, la démocratie, c'est pour cela qu'elle est attaquée, donc nous devons mettre tous les moyens pour lutter contre cette menace. Mais quand il y a une menace de ce niveau, avec des centaines d'individus qui peuvent accomplir ce type d'acte, vous comprenez la difficulté des services de la police, comme de la gendarmerie, de la justice, de l'Etat, pour faire face à cela, nous nous mobilisons, les filières sont démantelées, les individus ont été interpelés.

PATRICK COHEN
La menace intérieure n'a pas été sous-estimée ces dernières années, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Mais c'est tout le contraire. Je comprends ces questions, je comprends ces questions quand elles viennent de la société, des journalistes et encore plus des victimes, des blessés et de leurs proches. Ces questions elles sont tout à fait légitimes, elles viennent de la presse, et les enquêteurs, la justice, le Parlement, devront évidemment chercher des réponses. Mais c'est tout le contraire. Deux lois ont été votées, moi-même parfois on m'a reproché de trop évoquer cette menace, cette menace extérieure et intérieure, face à des individus, très déterminés, soit parce qu'ils agissent seuls, soit par groupe, soit parce qu'ils sont sous l'autorité de gens qui leur commandent des attentats. Donc, à ce stade, si ces questions sont légitimes, j'en appelle à la prudence. Il y aura une réponse à toutes ces questions. Aujourd'hui, la mobilisation autour de nos valeurs, la mobilisation pour interpeler ces individus, pour pouvoir les traduire devant la justice et les punir de manière impitoyable.

PATRICK COHEN
Y aura-t-il enfin une réponse sur ce qui passe, ce qui se passe, sur ce qui continue de se passer sur les réseaux sociaux ? Il y a toujours des appels à la haine, vous le savez, depuis hier, sur les réseaux sociaux.

MANUEL VALLS
Vous avez raison d'ailleurs de le souligner. Bien sûr je suis venu ici, sur votre antenne, pour répondre à vos questions, pour rendre hommage aux victimes, pour avoir une pensée pour Bernard MARIS, que je connaissais et qui était ce journaliste, cet économiste talentueux, que nous écoutions toujours avec grand plaisir, et je pense à lui et à ses proches, et nous sommes tous bouleversés, je vois dans son studio, dans ce studio, même dans les couloirs de RADIO FRANCE, l'émotion qui vous gagne, tous. Et en même temps, tout en voyant et en saluant cette formidable mobilisation, hier soir, et elle va se poursuivre dans les jours qui viennent, je vois aussi ce qui se passe sur les réseaux sociaux. La haine qui n'est pas nouvelle, vous avez raison de la souligner, il faut la combattre. Tirons au moins une leçon de ce qui s'est passé, c'est que la haine, d'où qu'elle vienne, elle est intolérable, nous ne pouvons pas l'accepter. Je pense que nous avons laissé, au cours de ces dernières années, s'installer des discours, des amalgames, qui ont fracturé une partie de la société française. La seule réponse possible, c'est la République, c'est la démocratie, bien sûr, mais c'est le rassemblement autour de ce qui nous est plus cher, et ce message de tolérance, que nous avons vu hier sur de nombreuses places, de nos grandes villes, partout en France, ça doit être la réponse à ces messages de haine, et il faut que la loi, il faut que la loi passe, rappelez-vous des combats que j'ai pu mener et que d'autres ont mené contre les messages de haine, ils sont intolérables. La liberté de penser, d'opinion ou de confrontation, elles sont indispensables. La haine, le racisme, l'antisémitisme, les attaques contre les musulmans, ça, ce sont des délits, ce n'est pas les opinions, de sont des délits, donc la France, c'est la France, elle n'est pas soumise, elle ne peut pas accepter l'intolérance et la haine, donc elle doit, d'une certaine manière se rebeller, se souvenir d'où est-ce qu'elle vient et dire non à cela, parce que c'est ça aussi qui tue.

PATRICK COHEN
Merci Manuel VALLS, merci Monsieur le Premier ministre d'être venu ce matin au micro de FRANCE INTER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 janvier 2015

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