Interview de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, à "RTL" le 28 janvier 2015, sur les mauvais chiffres du chômage, la question de la dette de la Grèce et sur les péages autoroutiers. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, à "RTL" le 28 janvier 2015, sur les mauvais chiffres du chômage, la question de la dette de la Grèce et sur les péages autoroutiers.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre des finances et des comptes publics;

ti : YVES CALVI
7 h 48 ! Jean-Michel APHATIE, vous recevez ce matin le ministre des Finances et des Comptes publics Michel SAPIN.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Michel SAPIN.

MICHEL SAPIN
Oui ! Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le chômage a encore augmenté au mois de décembre : « il ne faut pas s'attendre à des miracles cette année » a dit le Premier ministre, c'est une fatalité l'augmentation du chômage ?

MICHEL SAPIN
Non ! Ce n'est pas une fatalité mais c'est une réalité. Donc, d'abord regarder cette réalité en face, en 2013 on s'est battus au fond pour stopper la hausse, c'est à peu près ce que à quoi nous sommes arrivés, mais ça ne suffit pas, si après ça reprend – et ça a repris en 2014 – c'est évidemment une réalité qui n'est pas acceptable et c'est une réalité qu'il faut continuer à combattre. Après, on n'est pas dans le domaine du miracle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais on a l'impression que vous n'avez pas les armes pour le combattre?

MICHEL SAPIN
Après on n'est dans le domaine du miracle, il faut continuer ce qu'on appelle les politiques de l'emploi. Il y a un élément - que beaucoup soulignent – c'est que s'agissant des jeunes le chômage n'a pas augmenté et qu'il a aussi diminué. Pourquoi ? Parce qu'on a mis en place des mécanismes qui permettent à des jeunes de trouver des emplois, même si ce sont des mécanismes dits aidés…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et très cher ! Qui…

MICHEL SAPIN
Et qui permettent…

JEAN-MICHEL APHATIE
Beaucoup, qui pèsent beaucoup ?

MICHEL SAPIN
Qui coûtent moins que le même jeune au chômage avec toutes les dérives possibles de la part de ce jeune. Mais ça ne suffit pas c'est évident ! Et pour reprendre ce que disait monsieur LANG, là juste avant, il faut que dans l'économie elle-même, dans les entreprises, chez les artisans, chez les commerçants se créent de nouveaux emplois et c'est là évidemment que nous mettons en place tout un tas de dispositifs, nous c'est aussi bien au niveau européen – les décisions de la Banque centrale européenne – qu'au niveau strictement français – en diminuant les charges des entreprises. Est-ce que vous savez…

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas de réforme plus profonde, l'assouplissement du marché du travail, des choses comme ça, vous êtes incapables de les faire et vous ne les ferez pas ?

MICHEL SAPIN
C'est aussi cela ! Et c'est ce que moi j'ai fait avec une loi qui a porté ses fruits et qui fait qu'aujourd'hui les licenciements de plus de 10 ne présentent pas les mêmes complexités pour les entreprises et sans pour autant insécuriser les personnes concernées, les salariés eux-mêmes qui sont mieux accompagnés vers l'emploi. Donc on peut faire des réformes, on doit faire, on a déjà fait des réformes extrêmement profondes, il faut continuer à le faire, la loi dite loi Macron est aussi une loi de réforme, mais ce n'est pas le début et la fin de la réforme. La réforme ça doit être un mouvement, la réforme ça doit être continuel, dans un monde qui change tout le temps, la France doit s'adapter continuellement à ce mouvement-là pour permettre aux entreprises de créer les emplois nécessaires.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quand le Premier ministre dit : « il ne faut pas attendre des miracles cette année, cette année 2015 », il a… enfin il est trop pessimiste ?

MICHEL SAPIN
Non ! Il ne faut jamais rien attendre d'un miracle puisque…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non ! Il est trop pessimiste ?

MICHEL SAPIN
Dans un monde où nous croyons aux miracles. Non ! Il n'est pas pessimiste, il regarde la réalité en face et la première manière de faire bouger une réalité c'est de la regarder en face, si vous regardez à côté vous ne faites pas bouger cette réalité. Deuxième chose, aujourd'hui l'Euro a considérablement baissé par rapport à il y a six mois ou neuf mois, c'est une bonne nouvelle pour nos entreprises qui exportent mieux et donc vont pouvoir créer des emplois ; aujourd'hui les taux d'intérêt grâce à la Banque centrale européenne sont très faibles, c'est une bonne nouvelle pour les entreprises qui veulent investir et qui vont trouver de l'argent moins cher ; aujourd'hui le prix du pétrole, ça c'est personne qui ne l'a décidé, c'est comme ça que ça s'est fait, ça s'est trouvé, le prix du pétrole est extrêmement faible, c'est une bonne nouvelle pour les entreprises – ça coûte moins cher – et c'est une bonne nouvelle pour les ménages parce que ça leur rapporte un pouvoir d'achat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a plein de bonnes nouvelles et on nous dit : « n'attendez pas d'amélioration sur le front du chômage », c'est paradoxal, Michel SAPIN ?

MICHEL SAPIN
Non ! Non, ce n'est pas… on attend une amélioration sur l'autre front. Je disais qu'il faut continuer à se battre avec des politiques dites de l'emploi, même si vous les trouver coûteuses – je répète c'est moins coûteux qu'un jeune au chômage – mais il faut en même temps plus de croissance, nous prévoyons cette année 1 % de croissance, l'année dernière il y a eu 0,4 % de croissance, à 0,4 % de croissance vous n'arrivez à rien sur le front du chômage, à 1 % vous commencez à avoir quelques résultats et il faut viser ensuite 1,5 % ou vers 2 %, c'est ça l‘objectif de notre politique. Après, voilà, il y a trois éléments qui vont mieux, on ajoute les baisses de charges. Est-ce que vous savez, est- ce que tout le monde sait que là au mois de janvier, au niveau du SMIC, il y a plus de cotisations, il n'y a plus de charges au niveau du SMIC payées par les entreprises, c‘est un encourageant à faire en sorte que des emplois qui sont aujourd'hui pas pourvus – parce que les gens hésitent à le faire – puissent l'être et, à partir de là, offrent un… des emplois à des gens qui n'en ont pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
La Grèce est un autre de vos tracas, Michel SAPIN, allez-vous annuler une partie de la dette grecque ?

MICHEL SAPIN
Non ! L'annulation… personne ne demande l'annulation, on fait très attention à cela…

JEAN-MICHEL APHATIE
Les Grecs, les nouveaux dirigeants Grecs ?

MICHEL SAPIN
Non ! Mais non, justement il faut être très attentif aux mots parce que les mots ont un sens.

JEAN-MICHEL APHATIE
« La dette est odieuse » a dit votre nouveau collègue des Finances !

MICHEL SAPIN
Eh bien oui la dette est odieuse pour tout le monde, pour ceux qui ont à la rembourser comme pour ceux qui attendent qu'on la rembourse.

JEAN-MICHEL APHATIE
La troïka nous étouffe ?

MICHEL SAPIN
Bon ! Très bien. Est-ce qu'ils demandent l'annulation ? Non ! Pourquoi ? Qu'est-ce que ça voudrait dire l'annulation ? Est-ce qu'il s'agit d'annuler, est-ce qu'il s'agirait d'annuler une dette qui serait due aux banquiers, à la finance internationale ou aux marchés internationaux ? Non ! Tout ceci a déjà été annulé en Grèce. C'est quoi la dette que la Grèce a vis-à-vis de nous ? C'est une dette qu'elle a : vis-à-vis de la Banque centrale européenne, c'est-à-dire une institution publique ; vis-à-vis de l'Union européenne, c'est-à-dire vis-à-vis de nous, si ce n'est pas remboursé au niveau de l'Union européenne c'est chaque pays qui paie ; et parfois vis-à-vis de chacun des pays qui ont fait des efforts de solidarité. Donc, moi j'ai entendu mon collègue ministre des Finances depuis hier, il a dit : « il n'est pas question de transférer du contribuable Grec vers le contribuable Français, Allemand, Slovène, Espagnol », il a raison on ne va pas faire des contributions de cette nature - les Français n'en voudraient pas, le contribuable n'en voudrait pas – par contre, évidemment, il y a des choses à discuter avec le gouvernement grec…

JEAN-MICHEL APHATIE
Quoi alors, l'étalement de la dette ?

MICHEL SAPIN
Pour leur permettre d'avoir une dette plus soutenable, comme on dit, plus facile à rembourser, plus facile…

JEAN-MICHEL APHATIE
On va étaler la dette, c'est ça ?

MICHEL SAPIN
Ce sont des discussions qui ont lieu normalement avec des pays…

JEAN-MICHEL APHATIE
On peut dire le mot, vous ne voulez pas dire ?

MICHEL SAPIN
Qui sont dans des situations comme celle-ci, cette discussion aurait eu lieu avec le gouvernement précédent si celui-ci avait eu une nouvelle majorité, il y a maintenant une majorité - qui était dans l'opposition - c'est avec cette majorité-là que nous discuterons sereinement, tranquillement, avec une volonté d'aboutir à un résultat bon pour tout le monde, cette question du poids de la dette en Grèce.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc, on étale la dette ?

MICHEL SAPIN
Mais ça fait partie des sujets !

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ! Vous ne voulez pas le dire, d'accord ?

MICHEL SAPIN
Je veux dire il y a plein de choses, je ne vais pas rentrer dans les détails…

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord ! Est-ce que la…

MICHEL SAPIN
Il y a la question des taux d'intérêt, il y a la question de la durée du remboursement, il y a la question de la croissance, comment voulez-vous que la Grèce puisse rembourser une dette alors qu'elle a perdu 25 % de sa richesse en cinq ans ? C'est gigantesque ! C'est ça l'austérité d'ailleurs, c'est quand on perd 25 % de sa richesse, ça c'est l'austérité, nous on a gagné un peu de richesse depuis cinq ans.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que l'alliance du parti de gauche radical, qui a gagné les élections, Syrisa - avec la droite souverainiste en Grèce - vous pose un problème ou pas, Michel SAPIN ?

MICHEL SAPIN
Oh ! Ca leur pose un problème à eux, donc c'est un choix qu'ils ont fait. Notre interlocuteur, mes interlocuteurs ils sont issus de Syrisa, ils sont en responsabilité et je les prends comme tels, ce sont des responsables politiques qui sont redevables devant les électeurs comme moi je suis redevable devant les Français.

JEAN-MICHEL APHATIE
On a appris hier que le gouvernement avait décidé de ne pas augmenter le tarif autoroutier alors qu'un accord avait été passé avec les sociétés d'autoroutes et hier, chez Marc-Olivier FOGIEL, Pierre COPE - qui est le directeur général de VINCI – a dit : « eh bien c'est simple, on va saisir les tribunaux et le contrat est tellement solide qu'il y a de grandes chances qu'ils gagnent ».

MICHEL SAPIN
Eh bien ils feront ce qu'ils voudront !

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas un peu compliqué à comprendre que la stabilité juridique….

MICHEL SAPIN
Ils feront ce qu'ils voudront.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous signez un accord, n'est pas respectée ?

MICHEL SAPIN
Mais il y a une chose qui est assez simple à comprendre, c'est que tout le monde considère, toutes les autorités de la concurrence considèrent qu'il y a une situation anormale dans les autoroutes et que les prix sont aujourd'hui plus élevés qu'ils ne devraient l'être. Il y a un travail qui est fait, en particulier au Parlement, au même moment où il y a un travail qui est fait pour voir l'état des choses, voir les propositions, on allait augmenter ? Non ! Ca ne serait pas respectueux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous avez signé un contrat avec les sociétés d'autoroutes !

MICHEL SAPIN
Donc, c'est repousser dans le temps pour qu'on puisse faire la lumière exacte sur ce qui est normal en termes d'augmentation et ce qui est anormal en termes d'augmentation des péages.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc l'Etat peut prendre un engagement et puis changer d'avis, il a le droit ?

MICHEL SAPIN
Demandez à vos auditeurs ce qu'ils pensent du niveau des péages autoroutiers…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ! En effet ça…

MICHEL SAPIN
Et de leur évolution…

JEAN-MICHEL APHATIE
Je vous parle de l'Etat moi.

MICHEL SAPIN
Qui n'a rien à voir avec le niveau de l'inflation.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je vous parle de l'Etat.

MICHEL SAPIN
Donc, il y a une évolution des péages routiers aujourd'hui est anormale, il a été considéré comme telle par des autorités de caractère indépendant, il me parait légitime qu'on prenne ça en compte.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dernière question ! Un amendement à la loi Macron instaure un secret des affaires qui inquiète beaucoup les journalistes qui, disent-ils : « ne pourront plus - par exemple l'affaire du Médiator ne serait pas sortie – enquêter sur les sociétés sans risquer de grandes sanctions ?

MICHEL SAPIN
Non ! Je comprends l'inquiétude, mais ce n'est pas du tout l'objectif. Là l'objectif c'est de protéger un certain nombre de brevets, un certain nombre de mécanismes de fabrication, d'autres entreprises… vous savez - je ne peux citer aucun pays – mais il y a beaucoup de pays qui sont très attentifs à essayer de savoir ce qui se passe, parce que la France est très ingénieuse, la France est considérée comme telle, très créative, on préfère conserver pour nous-mêmes, pour la France, pour nos entreprises, pour nos salariés, pour les emplois le secret sur cette ingéniosité. Mais il ne s'agit pas…

JEAN-MICHEL APHATIE
Peut-être que l'amendement est mal rédigé, alors ?

MICHEL SAPIN
Bien sûr ! Il ne s'agit surtout pas de mettre en cause ce qu'on appelle des lanceurs d'alerte de natures différentes qui, heureusement, ont permis par le passé de faire sortir un certain nombre d'affaires qui étaient parfaitement anormales.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc, il faudra préciser l'amendement ?

MICHEL SAPIN
Bien sûr !

JEAN-MICHEL APHATIE
Et ça sera fait ?

MICHEL SAPIN
Ce sera fait ! C'est l'objectif d'un débat parlementaire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Michel SAPIN, bien sûr, était l'invité de RTL ce matin.

YVES CALVI
« Dans un monde qui change tout le temps la France doit s'adapter et ce ne sont pas les Français qui paieront la dette grecque » vient de nous dire le ministre des Finances, merci à tous les deux. Entretien à réécoute et à retrouver sur le site rtl.fr


source : Service d'information du Gouvernement, le 28 janvier 2015

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