Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur la lutte contre le terrorisme, l'"esprit du 11 janvier" et le développement des échanges commerciaux entre la France et la Chine, à Pékin le 29 janvier 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur la lutte contre le terrorisme, l'"esprit du 11 janvier" et le développement des échanges commerciaux entre la France et la Chine, à Pékin le 29 janvier 2015.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Visite en République populaire de Chine du 29 au 31 janvier 2015, allocution devant la communauté française de Pékin le 29

ti : Monsieur l'ambassadeur,
Mesdames, messieurs les conseillers consulaires,
Mesdames, messieurs,
Mes chers compatriotes,


C'est pour moi un immense plaisir de vous rencontrer, ce soir, dans notre très belle et moderne ambassade, « baignée par les rayons de soleil d'hiver ». Ce sont, m'a-t-on dit, les mots de son créateur, Alain SARFATI.

Je vous remercie, monsieur l'ambassadeur, pour cette réception qui marque ma première soirée en Chine.

Je tenais, bien sûr, à vous rencontrer dès ma première journée sur le sol chinois. D'abord, pour vous parler de la France et des événements qu'elle a vécus ces trois dernières semaines et que vous avez suivis, je le sais, avec une profonde tristesse.

Les 7, 8 et 9 janvier, la France a été une nouvelle fois frappée par le terrorisme. 17 personnes ont été tuées : des journalistes, des salariés, des policiers, des Français juifs, parce qu'ils étaient juifs. On s'en est donc pris à ce qui fait l'identité de la France.

Et les Français ont réagi avec courage et dignité. Ils ont réagi de la plus belle des manières. Ce peuple que l'on disait résigné, pessimiste, s'est levé, le 11 janvier, pour dire avec force son attachement à la liberté, à la tolérance, à la laïcité.

Je sais qu'à l'étranger, nos compatriotes, aussi, se sont mobilisés. Même s'ils étaient loin, ils ont ressenti avec intensité ce lien qui unit notre communauté nationale. C'est vrai dans les moments de joie. C'est vrai aussi dans les moments de peine, face à l'épreuve. Vous-même, ici, en Chine, vous avez marqué, à votre façon, la solidarité qui vous unit à vos familles et à vos amis qui se sont mobilisés en France.

La France fait face à l'épreuve. Notre devoir, celui du Président de la République, le mien, celui de tout le gouvernement, c'est d'être à la hauteur de nos responsabilités.

D'abord, en prenant des mesures exceptionnelles répondant à la gravité des menaces terroristes qui pèsent sur notre pays. C'est le sens des décisions que j'ai annoncées il y a une semaine. Elles visent à renforcer les moyens de nos forces de sécurité, de nos services de lutte antiterroriste, de l'ensemble des services publics mobilisés pour lutter contre le djihadisme, la radicalisation, l'embrigadement d'individus prêts à passer à l'acte sur notre sol.

Notre responsabilité, c'est aussi de promouvoir nos valeurs, de faire vivre la République. Bien sûr, il ne s'agit pas d'expliquer, de justifier, mais soyons lucides : ce qui s'est passé à Paris, à Montrouge et Porte de Vincennes a montré, dans les conditions les plus dramatiques, la profondeur des fractures de la société française.

Il nous faut donc agir. Redonner toute sa force à la citoyenneté, à la laïcité. Cela passe évidemment par l'école, mais aussi par des politiques publiques qui réinvestissent les quartiers, les zones péri-urbaines, les villes moyennes, partout où la République – disons-le – a reculé ces dernières années. Nous devons aussi lutter de manière implacable contre l'antisémitisme, le racisme, la haine de l'autre. Voilà l'exigence formulée par les Français le 11 janvier. Cet esprit du 11 janvier, ce sursaut, il faut le maintenir, le faire vivre !

Si je suis parmi vous, ce soir, c'est aussi pour vous parler de ma visite en Chine, ma première visite officielle comme Premier ministre.

Il était important pour moi de venir, ici, pour rappeler les liens forts et continus qui marquent les relations franco-chinoises. Lors de ce voyage qui s'achèvera à Shanghai, après une étape à Tianjin, j'irai à la rencontre de nos compatriotes, des acteurs économiques et de tous ceux qui contribuent à faire vivre le savoir-faire français, à faire rayonner l'excellence française, par-delà nos frontières.

Cette première visite officielle est également marquée par un grand moment : la clôture des commémorations du 50ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays. Les activités multiples dans tous les domaines qui ont ponctué ces derniers mois nous ont permis de nous rassembler.

Ces manifestations ont célébré la culture, l'histoire, la créativité, l'innovation. Parmi ces événements marquants, je retiens la venue de dix chefs d'œuvres de nos grands musées nationaux, mais également les rencontres de haut niveau à Nanning et à Shanghai autour de la croissance verte et de la science, en présence de nos prix Nobel.

Il y a cinquante ans, la France fut la première puissance occidentale à reconnaître la jeune République Populaire.

Et depuis, nos relations diplomatiques ont pris un formidable essor. J'ai proposé cet après-midi, lors de mes entretiens, que nous allions plus loin encore, notamment en matière de coopération anti-terroriste.

Sur le plan économique, les résultats de notre partenariat sont impressionnants même si l'on peut toujours faire mieux. J'ai visité, ce matin, à Tianjin l'usine d'assemblage d'Airbus. Elle illustre bien ce que nous voulons construire avec la Chine : un partenariat industriel, des coopérations dans les secteurs de haute technologie, l'aéronautique, le nucléaire, les véhicules de demain, la transition énergétique. L'importante délégation d'affaires qui m'accompagne – et dont je salue les membres – atteste, à elle seule, de l'étendue de ce partenariat économique. Mais il nous faut aller encore plus loin, identifier les secteurs pour lesquels nous pouvons progresser. Je pense notamment aux services financiers, à l'agriculture et à l'agroalimentaire. Il nous faut aussi plus de présence chinoise en France pour rééquilibrer nos échanges.

C'est le message que je n'aurai de cesse de passer pendant ces trois jours de visite : la France est ouverte à la Chine. Il faut plus d'investissements chinois, plus de touristes chinois, plus d'étudiants chinois. À nous tous de nous mobiliser pour y parvenir.

Ces relations entre la France et la Chine, ce sont vous toutes et tous qui les entretenez jour après jour, ici à Pékin, mais également dans de nombreuses autres villes de Chine.

Dynamique et entreprenante, la communauté française en Chine a connu au cours des quatre dernières années une augmentation spectaculaire de … 360% ! Nous ne pouvons que nous en réjouir.

Vous toutes et vous tous êtes – pardon monsieur l'ambassadeur de cette audace – autant d'ambassadeurs précieux de la France, que ce soit pour promouvoir le tourisme et la mobilité entre nos deux pays ou l'attractivité de notre territoire national.

Je suis venu en Chine pour cette première visite avec plusieurs membres de mon gouvernement. M. Laurent FABIUS, ministre des Affaires Etrangères et du Développement International, qui connait bien la Chine, est déjà à sa 9ème visite depuis qu'il occupe ses fonctions ! Jamais un chef de la diplomatie française ne s'était autant rendu dans ce pays. C'est un choix de passion je le sais, mais c'est surtout un choix de raison pour une grande nation qui est aujourd'hui devenue la première puissance commerciale.

Une nation qui commence à prendre ses responsabilités en matière environnementale. Bien sûr, il ne s'agit pas d'ignorer les constats alarmants de ces dernières années. Je connais et j'entends vos craintes en matière de santé, devant cette pollution tenace qui obscurcit souvent le ciel pékinois. Elle vous inquiète légitimement, en particulier, pour la santé de vos enfants.

Mais la Chine a fait un premier pas en novembre dernier en faveur de la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Et je ne doute pas que cet engagement sera reconduit à l'occasion du rendez-vous crucial que constituera la COP21 à Paris à la fin de l'année. Cette question figurera d'ailleurs parmi les dossiers prioritaires de nos discussions avec nos partenaires chinois.


Mesdames, messieurs,

Choisir la Chine comme terre d'expatriation révèle plusieurs choses.

Tout d'abord, je n'en doute pas, une vraie curiosité pour une culture riche et millénaire. Mais également, je le sais, un désir de vivre au cœur d'une société en perpétuelle mutation.

Le quotidien n'est pas toujours facile. Je n'ignore par vos difficultés : difficultés aux douanes, durées d'obtention des visas pour affaires, assujettissement aux cotisations sociales, conflits administratifs. Je sais combien l'administration et les services de l'ambassade travaillent à apporter des solutions, à l'image de la convention fiscale signée en novembre dernier qui permettra d'éviter les doubles impositions.

Mais dans ce marché concurrentiel, vous avez un avantage certain. Des produits à haute valeur ajoutée, le savoir-faire, la qualité et la culture française qui sont recherchés et appréciés par les citoyens et les entreprises de Chine.

Certes, nos échanges commerciaux avec nos partenaires chinois demeurent déséquilibrés. Nous enregistrons encore aujourd'hui, un important déficit commercial. Mais nous avons la ferme intention de le réduire. Nous en avons les moyens, nous en avons la volonté et l'importante délégation d'hommes et de femmes d'affaires qui m'accompagne en témoigne.


Mes chers compatriotes,

Vous êtes plus de 30 000 Français installés en Chine. C'est une communauté importante qui fait vivre en son sein un esprit de solidarité, de cohésion, de fraternité. La France est loin, certes, mais son idéal, vit ici.

Les Français de l'étranger portent bien souvent un regard différent, critique sur leur pays. Mais je veux redire que les Français de l'étranger sont pour la France un formidable atout économique, culturel et diplomatique. Et je veux vous rassurer : la France mène les réformes dont notre pays a impérativement besoin, pour la compétitivité de ses entreprises, pour la croissance, pour l'emploi, pour lutter contre les inégalités, et pour préparer l'avenir.

Dans un monde qui va si vite, un monde globalisé, la France, si elle veut maintenir son rang – je ne vous apprendrai rien – doit savoir s'adapter. Et elle a tant d'atouts pour cela.

Nous sommes encore au moment des vœux. Et sur la carte que j'ai adressée cette année, j'ai voulu insister sur ce beau mot de fierté. La fierté de la France. La fierté qui n'est pas une supériorité ou une arrogance, mais simplement la conscience de ce que nous sommes, de ce qu'est la France, de ses valeurs, de son histoire, de sa culture, de son patrimoine, de sa langue. Mais aussi de ses capacité de création, d'innovation.

Cette grandeur, la France la doit à chacune et à chacun d'entre vous, à votre action quotidienne pour le rayonnement de notre pays. Et je voulais vous dire aujourd'hui le soutien et l'attention qu'en retour de votre action, la France vous porte.


Je vous en remercie.


Source http://www.ambafrance-cn.org, le 9 février 2015

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