Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 16 février 2015, sur l'enquête concernant la profanation de centaines de tombes juives en Alsace, les attentats de Copenhague, la lutte contre le terrorisme et le débat parlementaire autour du projet de loi Macron. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 16 février 2015, sur l'enquête concernant la profanation de centaines de tombes juives en Alsace, les attentats de Copenhague, la lutte contre le terrorisme et le débat parlementaire autour du projet de loi Macron.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, CORBE Philippe.

FRANCE. Premier ministre;

ti : PHILIPPE CORBE
Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour.

PHILIPPE CORBE
On va évoquer dans un instant les attentats terroristes de Copenhague, mais d'abord, cette profanation de centaines de tombes juives en Alsace ; est-ce que vous avez des informations ce matin, des informations nouvelles sur l'enquête, et peut-être un début de piste ?

MANUEL VALLS
Non, pas à ce stade, mais j'espère que l'enquête va pouvoir avancer vite, parce que, comme beaucoup de Français, j'éprouve un profond dégoût quand on casse des tombes, quand on remue la terre d'un cimetière, ce sont les fondations mêmes de notre République, de notre société, de notre civilisation qu'on déstabilise. Et ceux qui ont fait ça doivent être poursuivis…

PHILIPPE CORBE
Vous dites « ceux », c'est-à-dire qu'on peut imaginer que ça ne sera probablement pas un seul individu qui casse autant de tombes ?

MANUEL VALLS
Sans aucun doute, l'enquête va le montrer, mais en quelques heures, on a violé des centaines de sépultures, ceux qui ont fait cela vont savoir qu'on ne trouble pas impunément le sommeil des morts, c'est un acte antisémite. Il n'y a aucune excuse, et donc il faut la répression la plus forte qui soit, après les événements que nous avons connus, après que dans les rues de Paris, on ait crié, il y a quelques mois : mort aux juifs, après qu'on ait tué des Français juifs, parce qu'ils étaient juifs, après ce qui s'est passé à Copenhague, la République, une nouvelle fois, doit être impitoyable à l'égard de ceux, quel que soit leur âge, vis-à-vis de ceux qui se sont livrés à de tels actes.

PHILIPPE CORBE
Vous n'hésitez pas à parler d'actes antisémites et de faire le lien avec les attentats terroristes récents, je voudrais vous soumettre une déclaration du président du Conseil représentatif des institutions juives, il dit : j'en ai marre, j'en ai marre de ces attaques ; vous comprenez que beaucoup de juifs, en France, en Europe, en aient marre au point de se demander s'ils ne vont pas partir s'installer et migrer en Israël, ce que leur suggère d'ailleurs, une nouvelle fois, le Premier ministre NETANYAHU, après les attentats de Copenhague ?

MANUEL VALLS
Mon message aux Français juifs est le suivant : la France est blessée, comme vous, et la France ne veut pas votre départ. La France vous dit une nouvelle fois son amour, son soutien, sa solidarité, cet amour est bien plus fort que les actes de haine, fussent-ils répétés, et la maison des Français juifs, c'est la France. Je regrette d'ailleurs les propos du Premier ministre NETANYAHU, quand on est en campagne électorale, ça ne veut pas dire s'autoriser à n'importe quelle déclaration, la place des Français juifs, c'est la France, la preuve la plus terrible qui soit, symbolique, c'est que leurs cimetières sont en France. Donc nous devons tout faire, et nous le faisons, et ils le savent, pour les protéger. Mais notre force, c'est de rester unis. Notre force, c'est de résister face à ce message de haine, et ce qui s'est passé dans ce cimetière, c'est bien sûr un message de haine. Et un juif qui part de France, c'est un morceau de France qui s'en va. Donc c'est ce rassemblement autour de ceux qui sont aujourd'hui victimes de cette haine, autour des juifs victimes de l'antisémitisme, c'est ce rassemblement qui est plus que jamais nécessaire. Je trouvais, il y a quelques jours, au fond, que l'esprit du 11 janvier, parce que c'est ainsi le débat politique, l'actualité…

PHILIPPE CORBE
Il s'était effacé ?

MANUEL VALLS
Il était en train de s'effacer, on voulait vite nous faire tourner la page, non, la menace, elle est là. La haine, elle est toujours là. Et donc pour la combattre, il faut rester éveillé, il faut que les consciences restent éveillées, il faut que notre détermination à combattre et le terrorisme et la haine et tout ce qui divise notre société, que cette détermination, pas celle du gouvernement, elle l'est totale, elle l'est absolue, celle du président de la République, celle du gouvernement, celle de la reprsentation parlementaire…

PHILIPPE CORBE
Je parlais d'union nationale, il faudrait que l'union nationale revienne…

MANUEL VALLS
Ça va au-delà, tous les Français, et moi, j'en appelle à chacun d'entre eux, doivent non seulement être vigilants, mais déterminés à lutter contre ces messages de haine.

PHILIPPE CORBE
Deux jours après les attentats de Copenhague, est-ce que les autorités danoises ont transmis à la France des éléments qui laisseraient penser qu'en plus du caricaturiste, l'ambassadeur de France, qui était présent dans la salle, était lui aussi visé ?

MANUEL VALLS
Laissons les Danois travailler sereinement et avancer dans cette enquête. L'ambassadeur lui-même ne pense pas avoir été visé, mais ce qui était visé par un mimétisme absolu, c'est la liberté d'expression, il y avait, là, un débat, non pas sur l'islam, mais sur la liberté d'expression, auquel participaient Lars VILKS, l'un des caricaturistes danois, une Femen, notre ambassadeur, des hommes de culture, l'un d'entre eux, un réalisateur est mort tué par les balles de ce terroriste, donc on visait la liberté d'expression, comme on a visé aussi des policiers, comme on a visé les juifs, puisqu'on s'est attaqué à une synagogue qui recevait une cérémonie religieuse et que le vigile, celui qui surveillait cette synagogue, a été également tué, c'est-à-dire, les mêmes symboles qu'on a voulu abattre, atteindre en France, il y a quelques semaines.

PHILIPPE CORBE
Vous parlez de mimétisme, on est tous frappés par ce mimétisme avec le profil des KOUACHI et de COULIBALY, ça montre aussi que la menace terroriste reste très élevée partout en Europe, et donc chez nous en France, menace contre la liberté d'expression, contre la communauté juive. Est-ce que vous allez donc prolonger la mobilisation exceptionnelle des forces de l'ordre, qui avait été décidée après les attentats début janvier, devant des centaines de lieux en France ?

MANUEL VALLS
Cela fait plusieurs mois, sinon plusieurs années, que je dis, que nous disons, avec le président de la République, avec Bernard CAZENEUVE, depuis quelques mois, depuis qu'il est ministre de l'Intérieur, que la menace est particulièrement élevée, en Europe et donc en France. Et elle le reste particulièrement élevée dans notre pays. Je crois que chacun l'a compris. C'est pour cela, oui, qu'il faut faire face en mobilisant, ce que nous faisons à travers le plan Vigipirate…

PHILIPPE CORBE
Vous allez prolonger ?

MANUEL VALLS
Mais je l'ai déjà dit, nous prolongerons ces moyens autant que nécessaire tant que la menace reste élevée. Et il faut dire la vérité aux Français, je l'ai déjà dit d'ailleurs, notamment au Parlement ou sur vos antennes, cette menace, elle reste particulièrement élevée, et il faut – je n'aime pas dire ce mot, mais au fond, cela traduit bien mon esprit – il faut s'habituer, si on peut s'habituer à cela, à vivre avec cette menace et avec cette menace terroriste, qui est le fruit d'organisations internationales, particulièrement barbares, comme Daech ou Al Qaïda, mais aussi d'individus radicalisés qui sont sur notre sol, qui sont des Français et qui peuvent retourner leurs armes, leurs couteaux, leurs armes de feu contre nous, contre des militaires, contre des citoyens.

PHILIPPE CORBE
On entend bien votre détermination, Manuel VALLS. Ça pose tout de même un problème de moyens, les syndicats policiers, les spécialistes des questions militaires disent : après un mois de mobilisation exceptionnelle, notamment de 10.000 soldats, on ne sait pas comment on va pouvoir régler tout bêtement un problème de planning, comment est-ce que vous allez régler cette question des moyens ?

MANUEL VALLS
Tous les moyens sont mobilisés, et le seront, gendarmes, policiers, militaires, et je salue évidemment leur engagement dans cette mission…

PHILIPPE CORBE
Il y en aura davantage pour assurer toutes ces fonctions ?

MANUEL VALLS
Mais est-ce que nous avons un autre choix ? Evidemment qu'il n'y a pas de risque zéro ! Mais comme l'a dit Bernard CAZENEUVE, 100% des moyens, pour faire face au terrorisme, doivent être mobilisés. Le plan Vigipirate reste toujours à un niveau très élevé, en Ile-de-France, dans les Alpes-Maritimes, mais partout, il est à un niveau très mobilisé, les préfets sont tous mobilisés pour être très attentifs pour que, on ne baisse pas la garde. Les décrets d'application de la loi antiterroriste, votée au mois de décembre, ont été pris avec beaucoup de rapidité, je pense notamment à l'interdiction de voyager vers les terres du djihad et à la possibilité de bloquer les sites Internet, et nous sommes en train de préparer – elle est dans sa phase maintenant ultime – la loi sur le renseignement, qui avait déjà été prévue avant les événements, mais qui donnera plus de moyens à nos services de renseignements. Nous nous retrouvons, pour les derniers arbitrages, autour du président de la République, mercredi prochain, celui-ci d'ailleurs, avec le Premier ministre et avec les ministres concernés, recevra l'ensemble des groupes parlementaires, et ce texte a dû être déjà envoyé au Conseil d'Etat pour qu'il puisse être examiné en Conseil des ministres dans quelques semaines, et débattu, je présenterai moi-même cette loi, ce printemps à l'Assemblée nationale. Il faut aller vite pour donner encore plus de moyens à nos services de renseignements.

PHILIPPE CORBE
Manuel VALLS, est-ce que vous diriez qu'il y a un problème de l'islam de France ou de l'islam en France ?

MANUEL VALLS
Pour combattre cet islamo-fascisme, parce que c'est ainsi qu'il faut le nommer, l'unité doit être notre force, je le rappelais, il ne faut ni céder ni à la peur ni à la division, mais il faut en même temps poser tous les problèmes, combattre, bien sûr, le terrorisme, mobiliser la société autour de la laïcité, combattre l'antisémitisme, et c'est tout l'engagement de la ministre de l'Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM, au sein de l'école, parce qu'il n'est pas supportable que des gamins considèrent que leur ennemi, c'est le juif, et répandent ce message antisémite, et en même temps, il faut que chacun prenne ses responsabilités, prendre ses responsabilité, c'est faire en sorte qu'il y ait un débat au sein de l'islam, ce n'est pas qu'un débat en France…

PHILIPPE CORBE
Aujourd'hui, les autorités musulmanes ne prennent pas ces responsabilités ?

MANUEL VALLS
Je n'ai pas dit ça, regardez le débat qu'il y a dans l'islam dans le monde, c'est un débat qui a lieu au sein même de l'islam, pour combattre ceux qui agissent au nom de cet islam dévoyé. Donc il faut, oui, former autrement les imams, refuser ces imams qui nous viennent de l'étranger, refuser les financements de l'étranger…

PHILIPPE CORBE
Les former dans des universités françaises par exemple ?

MANUEL VALLS
Les former dans des universités françaises, bien les former, c'est eux qui ensuite devront être dans les mosquées pour diffuser un message de paix…

PHILIPPE CORBE
Mais comment on fait ça avec la loi de 1905 ? C'est interdit avec la loi de 1905 ?

MANUEL VALLS
Non, je pense qu'on peut trouver des moyens sans toucher à la loi de 1905, sans toucher au principe même de la laïcité. Donnez-nous encore quelques jours, Bernard CAZENEUVE et Najat VALLAUD-BELKACEM sont en train d'y travailler…

PHILIPPE CORBE
Les former par exemple en Alsace où s'applique le Concordat ?

MANUEL VALLS
C'est une des possibilités, mais je pense qu'il faut désormais une rupture, il faut que l'islam de France assume, prenne totalement ses responsabilités, c'est ce que demande d'ailleurs l'immense majorité de nos compatriotes musulmans, qui n'en peuvent plus, eux aussi, d'être non seulement la cible d'attaques qui sont elles-mêmes insupportables, mais d'être confondus avec cette terreur.

PHILIPPE CORBE
Manuel VALLS, les auditeurs pourront continuer à vous interroger si vous le souhaitez, s'ils le souhaitent, sur ces questions tout à l'heure, au 32.10, sur l'économie et la politique, déclaration importante de Benoît HAMON au « Grand Jury » d'hier soir, sur RTL, il était votre ministre il y a encore six mois, il annonce qu'il votera contre la loi Macron, il ne va pas s'abstenir, il va voter contre, c'est rare, et c'est une sorte de provocation au fond que des députés socialistes votent contre un texte du gouvernement socialiste ?

MANUEL VALLS
A ce stade, je ne peux pas l'imaginer, quatre semaines de débats à l'Assemblée nationale, en commission ou dans l'hémicycle, qui ont permis d'améliorer, de renforcer un texte qui est là pour soutenir l'activité, l'emploi, l'investissement et la croissance. Un texte qui est positif pour les salariés, puisqu'il renforce le contrôle du travail illégal dans le bâtiment, puisqu'il met fin aux dérives des retraites chapeaux des mandataires sociaux, puisqu'il confère de nouveaux droits aux salariés travaillant le dimanche dans le commerce de détail, puisqu'il protège les locataires ayant une personne âgée à charge, puisqu'il rend accessible l'épargne salariale aux salariés des PME, vous voulez que je continue ? C'est un texte qui soutient l'activité et qui, en même temps, protège, et quand on est parlementaire de la majorité, député socialiste, on s'abstiendrait, on voterait contre ce texte ? Non. Moi, j'en appelle à la responsabilité de chacun. C'est un texte important, pas pour la majorité, c'est un texte important pour notre économie, c'est un texte important pour les Français. Et donc…

PHILIPPE CORBE
Qu'est-ce qui va se passer si demain il votre contre ? Qu'est-ce qu'il se passe demain ?

MANUEL VALLS
Dans ces moments-là, particulièrement graves, chacun doit être à la hauteur des responsabilités, nous le sommes, ceux qui gouvernent, la majorité et l'opposition l'ont été, il y a un mois. Donc quand on est en plus un député de la majorité, quand on est un ancien ministre, on assume ses responsabilités. Moi, je ne suis pas là pour menacer, je suis pour rappeler que les Français nous regardent…

PHILIPPE CORBE
Vous espérez le faire changer d'avis demain ?

MANUEL VALLS
Que l'exigence des Français, cette exigence, c'est que nous nous comportions autrement, pas comme avant, avec nos petites divisions, nos petites querelles, nos préparations de congrès, tout ça est balayé, tout ça est balayé par les événements que nous connaissons. Le débat, il continue, l'unité, ça n'est pas la fin de la discussion, de la confrontation, puisque, précisément, c'est la démocratie qu'on a voulu viser, mais quand on a été ministre, quand on est parlementaire, quand on a la chance, l'honneur de gouverner ce pays, on assume ses responsabilités, et après le débat, on respecte et le débat du Parlement, et la majorité des députés socialistes qui ont fait un travail extraordinaire autour d'Emmanuel MACRON avec le président de la Commission, François BROTTES, avec le rapporteur Richard FERRAND, avec tous les rapporteurs qui venaient d'ailleurs de la diversité du Parti socialiste, qui ont défendu – oui – la possibilité de travailler le dimanche douze fois par an, c'est ça qui fonde une différence ? C'est ça qui fonde la différence entre les socialistes ? Personne ne peut le croire ! Alors, les postures, c'est fini, maintenant, on assume ses responsabilités, et on vote un texte qui va dans l'intérêt général des Français.

PHILIPPE CORBE
Les postures, c'est fini, donc je pense que Benoît HAMON aura entendu ces déclarations. Si vous souhaitez interroger le Premier ministre à propos du travail du dimanche et des dispositions aussi sur les licenciements, vous pouvez nous appeler tout de suite au 32.10, il y répondra juste après le journal de 08h. On vous retrouve dans quelques minutes, Manuel VALLS.

JOURNALISTE
Posez toutes vos questions à Manuel VALLS, Premier ministre, au 32 10. Prenez la parole sur RTL.

PHILIPPE CORBE
Guillaume nous a appelés au 32 10. Bonjour Guillaume.

GUILLAUME, AUDITEUR
Bonjour Philippe et bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour monsieur.

PHILIPPE CORBE
Vous avez une question à Manuel VALLS.

GUILLAUME
Absolument. Monsieur le Premier ministre, c'est un plaisir de vous avoir au téléphone ce matin. Tout le monde a reconnu votre gestion exemplaire des terribles événements historiques dont la France a été la triste victime. Nous entendons bien ce matin votre grande détermination mais vu de loin, nous ne voyons pas d'actions musclées contre le communautarisme, pas de message réellement audible du gouvernement sur la radicalisation islamiste qui s'étend sur le territoire. Allez-vous laisser le champ libre au Front national qui chaque jour grappille des voix au point d'être sûr d'être élu en 2017 ? Ou alors, allez-vous vraiment taper du poing sur la table au point que le bruit et la résonnance soient assourdissants pour les islamistes qui attaquent notre sécurité individuelle et notre République ?

MANUEL VALLS
Guillaume, nous avons déployé des moyens très importants, sans précédent, depuis évidemment les événements que nous avons connus. Je ne vais pas les rappeler mais enfin, plus de dix mille militaires, des policiers, des gendarmes présents. Nous sommes en train de renforcer - cela avait déjà commencé avant quand j'étais ministre de l'Intérieur et Bernard CAZENEUVE a poursuivi ce travail - nous avions déjà renforcé nos services de renseignement, réformé en profondeur la Direction générale de la Sécurité intérieure, c'est-à-dire nos services de renseignement, et nous allons ainsi continuer. Nous donnons plus de moyens à ces services de renseignement et puis nous mettons en place des dispositifs de contre-radicalisation. Mais au-delà de tous ces moyens de prévention, ces moyens répressifs, le fait que nous sommes évidemment extrêmement déterminés à lutter contre ces filières djihadistes – je rappelle qu'il y a mille quatre cents Français ou résidant en France qui sont concernés par des départs en Syrie ou en Irak. Le parquet antiterroriste agit là aussi avec beaucoup de sérénité. Là où vous avez raison, c'est que ça va au-delà de ces dispositifs. C'est toute la société qui doit se mobiliser pour imposer ce qu'est la France tout simplement. La République, l'amour de la nation et de la patrie, la fierté d'être Français, la laïcité, le fait qu'on refuse le communautarisme, c'est-à-dire qu'on refuse qu'une religion impose sa vision aux autres. Nous avons trop laissé au cours de ces dernières années ces thèmes à la droite extrême ou à l'extrême droite, donc il faut que tous les républicains, et pour ce qui me concerne bien évidemment la gauche mais je ne suis pas sectaire, tous les républicains portent haut et fort les couleurs de la France et ne laissent plus rien passer : quand on s'attaque à la République, quand on veut imposer son communautarisme, ou évidemment quand on tient des propos antisémites.

PHILIPPE CORBE
Il y avait quand même dans la question de Guillaume une dimension importante. Guillaume dit que la victoire du Front national est possible en 2017. Est-ce que vous pensez que c'est aussi possible ?

MANUEL VALLS
Il y a danger. Quand le Front national fait 25 % aux élections européennes, que dans les enquêtes d'opinion il est donné autour de 30 %, bien sûr qu'il y a une dynamique. Mais ce qui a changé me semble-t-il, c'est que face à cette force du Front national, il y a une autre force qui s'est levée : c'est la République, mais là aussi soyons sincères. Je le dis souvent, nous sommes sur le fil du rasoir. Soit il y a une réponse et c'est une réponse autoritaire, contraire aux valeurs de la République, qui divise, qui augmente les fractures que notre pays connaît, qui repliera la France sur elle-même, qui la détachera de son histoire, de son lien avec l'Europe, ça c'est le Front national.

PHILIPPE CORBE
Ce n'est pas la République ?

MANUEL VALLS
C'est la réponse du Front national. Le Front national est une formation politique qui agit dans le cadre national.

PHILIPPE CORBE
Républicaine ?

MANUEL VALLS
Je crois qu'elle est contraire aux valeurs de la République, cette force. Je crois que le Front national n'aime pas la France. Je crois que ses propositions détruiraient ce que nous sommes et la couperait encore une fois de son projet historique et de sa place en Europe et dans le monde. Soit il y a une réponse qui fait de l'autorité une valeur, qui combat le terrorisme et les communautarismes avec beaucoup de détermination, qui porte haut les valeurs de laïcité. Une République donc très ferme et en même temps généreuse et bienveillante, parce que notre pays a aussi besoin de fraternité avec lucidité, sans excuse mais on a aussi besoin d'égalité, de solidarité, de justice sociale. Ce pays a besoin de travail, d'emploi, de redonner un espoir à la jeunesse et c'est cette réponse que nous voulons, avec le président de la République, incarner.

PHILIPPE CORBE
Vous parliez d'emploi, on a des questions nombreuses par SMS concernant le travail du dimanche, notamment une question de Grégory qui nous dit qu'il est contre le travail du dimanche : « C'est compliqué d'avoir une vie privée ». Il ne sait pas comment il pourrait faire garder son fils s'il est obligé de travailler le dimanche, lui et sa femme. Qu'est-ce que vous répondez à tous ces gens qui savent très bien qu'au fond, ils n'auront pas vraiment le choix de pouvoir s'opposer au travail du dimanche si leur patron le leur demande ?

MANUEL VALLS
Il y a déjà près d'un tiers de nos concitoyens qui travaillent dans le public ou dans le privé de manière régulière ou occasionnelle le dimanche. La loi qui va être votée demain, celle qu'a porté avec beaucoup de talent Emmanuel MACRON, c'est une loi qui remet précisément des règles et de la justice et de la compensation pour les salariés qui travailleront le dimanche. Cette loi permettra de générer aussi plus d'activité et plus d'emploi, de laisser plus d'initiative locale aux collectivités territoriales mais avec des contreparties obligatoires pour tous les salariés qui travaillent le dimanche et des garanties pour le volontariat, quel que soit l'endroit où ils travaillent, et une exigence de dialogue social parce que c'est par des accords dans les entreprises ou sur les territoires, au plus près du terrain que doivent se définir les contreparties. Je vous prends un exemple. Avec un paiement double pour un vendeur d'un grand magasin qui travaille huit heures le dimanche, cela fait plus de cinq cents euros sur le mois et, bien sûr, il a droit à un repos compensateur. Donc il y a des droits qui ont été donnés aux salariés qui n'existaient pas et en même temps, cette loi permet de libérer les énergies et c'est un coup de jeune pour notre pays.

PHILIPPE CORBE
On a une autre question qui vient sur notre site Internet Rtl.fr, question de Pascal : comment comptez-vous faire baisser le chômage parce que là, je cite, « c'est mal barré quand vous interdisez à des gens de bosser ». Pascal fait référence à l'histoire de ce boulanger qui va devoir fermer un jour par semaine, alors qu'il ouvrait sept jours par semaine, et il va donc devoir licencier selon lui.

MANUEL VALLS
Parfois nous sommes au pays d'Ubu, et l'exemple de ce boulanger en est une belle illustration. C'est pour ça que précisément, et je réponds à cet auditeur, c'est pour ça qu'il faut davantage évaluer la loi quand elle ne fonctionne pas bien, et de l'autre côté en même temps libérer les énergies. Le chômage, ou la lutte contre le chômage, et l'emploi sont nos priorités. Le seul moyen de faire baisser le chômage et de créer de l'emploi, c'est de soutenir les entreprises. Pas les chefs d'entreprise seulement, les entreprises qui sont composées de chefs d'entreprises, de cadres, de salariés, d'ouvriers, c'est le seul moyen. Je pense notamment aux PME, aux PMI, à ces entreprises intermédiaires mais aussi à nos start-ups qui sont nombreuses parce qu'il y a beaucoup de force dans notre innovation et dans notre recherche en France. Il faut soutenir la compétitivité de nos entreprises, faire baisser le coût du travail, c'est ce que nous avons fait avec le Pacte de responsabilité et de solidarité avec la montée en puissance du CICE. Tout cela est rentré dans les faits depuis le 1er janvier. Libérer davantage notre économie parce que, oui, la priorité c'est toujours l'emploi, l'emploi, l'emploi. Moi, j'espère que cette année 2015 sera l'année de la reprise, de la création d'emplois. Nous avons un contexte économique international avec la baisse de l'euro, avec la baisse des taux d'intérêt, avec le niveau du baril du pétrole qui nous permettent, je crois, d'avoir davantage d'optimisme. Mais le gouvernement est bien sûr très soucieux de tout faire pour soutenir les entreprises afin qu'elles embauchent. Il y a eu un Pacte maintenant, il y a eu des aides aux entreprises. Il faut embaucher, il faut redonner confiance au pays.

PHILIPPE CORBE
Manuel VALLS, on va prendre un autre auditeur au 32 10. Bonjour Chérif.

CHERIF, AUDITEUR
Bonjour. Bonjour monsieur VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour monsieur.

PHILIPPE CORBE
Vous voulez revenir sur ces questions de terrorisme, Chérif.

CHERIF
Oui. Ça concerne l'Etat Islamique et Daesh, monsieur VALLS. On a appris sur l'antenne de RTL il n'y a pas longtemps que Daesh a publié, si on peut s'exprimer ainsi, son premier bilan : deux milliards de chiffre d'affaires, quelques millions de bénéfices et on a attribué ça au pétrole. Je me demande comment ces gens-là arrivent à acheminer du pétrole, vendre du pétrole sur un marché international, encaisser de l'argent pour acheter des armes et financer leurs opérations. Comment nous n'arrivons pas à contrer cela ? Ça, c'est la première question. La deuxième question, c'est est-ce qu'il y a des raisons stratégiques ou géopolitiques qui font que Daesh est encore là après tout ce temps-là ? Nous savons, et ça ce n'est pas un secret, que notre allié américain avait un projet qui s'appelait le Big Middle East, défendu par Codonleezza RICE à l'époque, qui consiste à refaçonner le Moyen-Orient. Est-ce que cela en fait partie ?

MANUEL VALLS
Il faut combattre Daesh par différents moyens. Je vous rappelle que la France participe à une large coalition avec des pays du Proche et du Moyen-Orient, avec d'autres pays – les Etats-Unis, le Danemark par exemple – intervient avec ses Rafale et ses Mirage en Irak pour porter des coups décisifs à la demande des autorités irakiennes, à la demande des Kurdes puisqu'il faut faire reculer Daesh qui n'est pas qu'une organisation terroriste, qui s'est installé sur un territoire et notamment qui a pris possession d'un certain nombre de puits de pétrole. Il faut que tous les pays notamment de la région jouent le jeu et luttent contre Daesh.

PHILIPPE CORBE
Y compris le Qatar ?

MANUEL VALLS
Tous les pays. Tous les pays de cette région, le Qatar, la Turquie, tous.

PHILIPPE CORBE
Parce qu'on a toujours des doutes sur le rôle que joue le Qatar, qui d'un coté exprime à l'Occident qu'il se bat contre le terrorisme islamiste, et de l'autre est suspecté de financer en sous-main un certain nombre de réseaux islamistes.

MANUEL VALLS
Il ne peut pas y avoir de doutes en l'occurrence. S'il y a des doutes, ils doivent être évidemment levés. Mais il faut, et c'est ce que fait la France, lutter à la fois sur le terrain à travers nos avions, mais aussi assécher les financements de cette organisation dont nous connaissons bien sûr l'horreur, la terreur qu'elle répand. Regardez ce qui s'est passé encore ces dernières heures avec ces images insupportables, insoutenables, de chrétiens coptes, de chrétiens égyptiens qui ont été massacrées comme d'autres l'ont été. Des personnalités politiques, des personnalités intellectuelles, des journalistes, des artistes sont aussi menacés dans le monde et donc en France. Donc oui, c'est une guerre puisqu'ils nous font la guerre. C'est une guerre contre le djihadisme, le terrorisme, contre cet islamisme radical, contre cet islamo-fascisme que j'ai évoqué et cette guerre, nous devons la mener partout, à l'extérieur mais aussi à l'intérieur, en désignant cet ennemi, c'est-à-dire le djihadisme.

PHILIPPE CORBE
On va en parler d'ailleurs avec Arnaud au 32 10 qui a une question pour vous. Bonjour Arnaud.

ARNAUD, AUDITEUR
Bonjour Philippe et bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour monsieur.

ARNAUD
Je complèterai un peu la première question de Guillaume concernant la radicalisation des discours aujourd'hui en France à cause des attentats de Paris et de Copenhague. Est-ce que vous ne pensez pas que cette radicalisation ne peut pas être un petit peu jugulée par une meilleure éducation à l'école de l'Histoire ? Parce que je pense qu'aujourd'hui à l'école, l'Histoire n'est plus une matière importante et qu'on ne peut pas comprendre son présent si on ne connaît pas son passé, et que c'est peut-être une solution à moyen terme d'éduquer en tout cas de manière beaucoup plus efficace nos jeunes sur l'Histoire de France.

MANUEL VALLS
Il y a incontestablement deux matières qui doivent être renforcées à l'école, vous avez tout à fait raison. L'Histoire bien sûr, puisqu'il faut comprendre notre propre Histoire, d'où nous venons, nos valeurs, notre identité. C'est indispensable. La France a été un immense pays précisément parce qu'elle a toujours su parler de sa propre Histoire. Je vous renverrai évidemment à MICHELET au XIXème siècle. Oui, il faut apprendre à aimer lucidement mais à aimer ce que nous sommes et d'où nous venons. L'autre matière qu'il faut renforcer – le chef de l'Etat et la ministre de l'Education l'ont rappel à maintes reprises – c'est le français. Parce que moi, je suis frappé par la pauvreté d'un certain nombre de personnes, pas seulement de jeunes, qui utilisent très peu de mots. Et quand on ne sait pas parler notre langue – je parle de Français en l'occurrence – quand on ne sait pas parler notre langue, quand on n'a pas les mots pour comprendre ce qu'est notre société, évidemment on recule, nos valeurs reculent. Il faut donc redonner toute sa place, vous avez raison, à ces matières. C'est l'école, pas seule parce qu'elle ne peut pas tout toute seule, mais c'est l'école qui doit évidemment être l'avant-garde de cette mobilisation pour les valeurs. C'est tout le sens d'ailleurs des Assises de cette mobilisation pour les valeurs, et c'est tout le sens d'ailleurs des Assises de cette mobilisation que la ministre Najat VALLAUD-BELKACEM a lancées et qui conclura au mois de mai, je crois, avec de nouvelles propositions fortes pour l'école, pour l'école de la République, pour faire vivre nos valeurs.

PHILIPPE CORBE
Merci Arnaud de nous avoir appelés au 32 10. Je vous soumets, Monsieur le Premier ministre, envoyée par Olivier par SMS qui regrette que vous ayez fait le choix d'un service civique universel mais pas obligatoire et qui, lui, aurait souhaité le rétablissement d'un service militaire, ou en tout cas d'un service civique obligatoire.

MANUEL VALLS
Oui, mais je pense qu'il faut avancer par étape. Le président de la République a fait le choix de ce service civique universel qui doit déjà monter en puissance, qui devra concerner des garçons et des filles. Puis comme vous le savez, il a demandé à Claude BARTOLONE et à Gérard LARCHER, les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, de travailler sur cette question-là, sur celle de l'engagement. C'est évidemment très important parce que c'est aussi une des réponses aux fractures, aux crises que nous connaissons.

PHILIPPE CORBE
Dans un deuxième temps, il pourrait donc y avoir une évolution vers un service civique obligatoire, ou en tout cas plus large ?

MANUEL VALLS
Je n'ai pas dit cela, mais en tout cas tous les moyens pour une mobilisation – il y a déjà des formes de service militaire qui existent dans notre pays grâce à l'engagement, au volontariat, dans les Outre-mer, il y a la réserve citoyenne, il y a le service civique - tout cela doit permettre quand on additionne, tout cela doit permettre de mobiliser des centaines de milliers de jeunes au service de l'intérêt général, au service de nos valeurs, au service de la société.

PHILIPPE CORBE
Merci Manuel VALLS, en tout cas, d'être venu ce matin sur RTL répondre aux questions des auditeurs au 32 10. Bonne journée à vous.

MANUEL VALLS
Merci à vous. Vous savez, il y a un très bel éditorial ce matin dans le journal Libération. Ils veulent – au fond, ces terroristes veulent qu'on ferme les portes et les fenêtres, veulent qu'on se replie sur nous-mêmes. C'est le contraire qu'il faut faire et c'est bien dit dans ce journal. Il faut ouvrir les portes et les fenêtres en grand. Il faut résister, il ne faut pas avoir peur. Il faut être lucide mais il faut résister et il faut se mobiliser.

PHILIPPE CORBE
Justement, on va parler de ces articles dans la presse dans la revue de presse dans quelques instants. Le titre de Libération, c'est « Nous sommes tous Danois ».

MANUEL VALLS
Nous sommes tous Danois aujourd'hui, oui.

PHILIPPE CORBE
Merci Manuel VALLS d'être venu ce matin sur RTL. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 février 2015

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