Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFM TV/RMC le 26 février 2015, sur la situation économique, le dialogue social sur l'indemnisation du chômage et les retraites complémentaires, et les relations entre le gouvernement et le Parti socialiste. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFM TV/RMC le 26 février 2015, sur la situation économique, le dialogue social sur l'indemnisation du chômage et les retraites complémentaires, et les relations entre le gouvernement et le Parti socialiste.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, Malherbe Apolline (de).

FRANCE. Premier ministre;

ti : APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Manuel VALLS.

MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE MANUEL VALLS
Bonjour Apolline de MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous. Vous êtes Premier ministre. On va évidemment évoquer les chiffres du chômage mais d'abord un mot sur la grippe. Marisol TOURAINE annonce que le pic de grippe est passé. Officiellement, il y a eu 98 morts sauf que les urgentistes estiment que c'est très nettement sous-estimé, en deçà de la réalité qui serait d'une surmortalité de plusieurs milliers de morts. Est-ce qu'elle n'a pas crié victoire un peu trop tôt ?

MANUEL VALLS
Non. Marisol TOURAINE a mobilisé d'abord l'ensemble des services hospitaliers publics et privés pour faire face à cette épidémie de grippe. Ce n'est malheureusement pas la première fois que l'on connaît ce type de phénomène donc il faut une mobilisation de tous ceux qui doivent venir aider notamment les plus fragiles. Je pense aux personnes âgées ou aux nourrissons. Il faut donc être très attentif.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ce matin sur notre antenne, on avait Christophe PRUDHOMME, le porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France, qui dit que le système est sous tension en permanence. Il vous pose cette question, il dit : « Pourquoi est-ce qu'on serre la vis aux hôpitaux qui n'ont plus les moyens de répondre aux besoins de la population ? »

MANUEL VALLS
Il faut à la fois faire des économies et en même temps, il faut préserver ce grand service public de santé et c'est le sens de notre politique.

APOLLINE DE MALHERBE
Il sera préservé ?

MANUEL VALLS
Il est bien sûr préservé. Ça fait partie de nos priorités. Vous savez, nous avons un modèle social, un modèle de protection sociale, un modèle de santé auquel les Français sont particulièrement attachés. Mais il peut y avoir bien évidemment, et instruit par le passé, il peut y avoir bien évidemment des moments très difficiles et moi je veux saluer d'ailleurs la mobilisation des médecins, des infirmiers, des professionnels de santé qui, je le sais aujourd'hui, font un travail à la fois difficile mais exceptionnel, et les Français leur font confiance.

APOLLINE DE MALHERBE
Chômage : 19 100 chômeurs de moins en janvier. C'est une bonne surprise ?

MANUEL VALLS
C'est un encouragement et il ne faut surtout pas là aussi crier victoire. Nous connaissons un contexte économique qui s'améliore d'abord pour des raisons de conjoncture internationale avec un euro, et je l'avais demandé, beaucoup moins cher. Cela aide notamment nos entreprises à l'exportation. Je pense à AIRBUS, je pense à notre industrie du luxe, je pense à nos filières agroalimentaires. Nous sommes en plein salon de l'agriculture. Il y a une baisse des taux d'intérêt. Il y a aussi un niveau du prix du pétrole qui est particulièrement bas et qui est une bonne chose à la fois pour les entreprises mais aussi pour les ménages.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ces trois piliers-là, la baisse de l'euro, la baisse des taux d'intérêt, la baisse des prix du pétrole, en fait ça veut dire que vous n'y êtes pour rien.

MANUEL VALLS
Je ne dis pas le contraire sinon sur un point, c'est-à-dire sur une autre politique monétaire européenne et les choix qui ont été faits par la Banque centrale européenne depuis plusieurs mois.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui. Vous les avez encouragés.

MANUEL VALLS
J'avais moi-même, à l'occasion de mon discours de politique générale en avril dernier, souligné qu'il fallait une baisse de l'euro parce qu'il était trop cher. A cela se rajoute aussi bien sûr la mise en oeuvre du Pacte de responsabilité et de solidarité.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous croyez sincèrement que c'est grâce à ça que ça baisse ?

MANUEL VALLS
C'est un élément important pour notre économie, pour la croissance et donc pour la compétitivité des entreprises. Zéro charge pour les salaires autour du SMIC, c'est une réalité depuis le 1er janvier. La montée en charge du CICE pour les entreprises, cela représente aussi une amélioration de leurs marges et une baisse du coût du travail. Donc la baisse du chômage ce mois-ci est un encouragement mais il faut poursuivre à la fois pour soutenir la croissance, la compétitivité des entreprises parce que sans croissance il n'y aura pas de baisse du chômage. Les prévisions cette année sont meilleures que celles de l'année dernière autour d'un pourcent. J'espère que nous ferons plus dès l'année 2015.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous espérez ? Vous pensez ? Est-ce que vous pouvez tabler sur plus ?

MANUEL VALLS
Soyons prudents. Grâce à cette conjoncture internationale, grâce aux choix de la politique économique que nous avons faits et au retour – parce que ça, c'est un élément essentiel – de la confiance pour les entreprises et notamment pour les PME, les TPE, les ETI, bref là où travaille l'immense majorité des salariés et là où il faut créer de l'emploi parce qu'il y a des gisements d'emplois, alors oui je pense que nous pourrons faire mieux.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'utilisez plus l'expression d'inversion de la courbe. On ne l'entend plus ni dans votre bouche, ni dans celle du ministre du travail, ni même dans celle du président.

MANUEL VALLS
Non, mais parce que là aussi il faut être prudent. Mais s'il y a une amélioration de la croissance, alors à ce moment-là nous pourrons de nouveau créer de manière significative de l'emploi. Tout simplement, les chiffres de ce mois-ci c'est un encouragement et aussi une manière de conforter la confiance parce que sans confiance, il n'y a pas de croissance. Sans croissance, il n'y a pas de confiance donc oui, c'est un déclic mais cela m'encourage surtout à poursuivre sur la voie des réformes dont le pays a besoin.

APOLLINE DE MALHERBE
Arnaud MONTEBOURG qui fut jusqu'à cet été votre ministre de l'Economie vous a lancé un appel cette semaine depuis les Etats-Unis. Je le cite : « Je lance un appel solennel aux dirigeants politiques européens, au président de la République, au Premier ministre, de cesser ces erreurs de politique économique. Nous risquons de finir le quinquennat de François HOLLANDE avec 800 000 chômeurs de plus, donc c'est le Front national au bout du chemin. Voilà ce qui se prépare ». Qu'est-ce que vous lui répondez ?

MANUEL VALLS
Moi je ne commente pas les propos qui viennent d'Outre-Atlantique et qui sont excessifs. Ce n'est pas la première fois concernant Arnaud MONTEBOURG, qui a été mon ministre de l'Economie pendant quelques mois.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais cette page est tournée visiblement.

MANUEL VALLS
Elle est tournée et il fait les commentaires qu'il souhaite, mais je n'ai même pas au fond à les commenter. Ce qui est important, oui c'est un changement de la politique européenne. Nous venons de parler de l'euro. Mais quand, beaucoup à l'initiative de la France, le président de la Commission européenne Jean-Claude JUNCKER annonce cet été un plan de 315 milliards d'euros d'investissement pour les années qui viennent, notre responsabilité n'est pas de faire des commentaires. C'est de nourrir ce plan. Quand nous venons de signer avec le gouvernement italien le projet Lyon-Turin, cette liaison ferroviaire à travers les Alpes, quand j'ai annoncé le grand canal Seine-Nord, quand j'ai signé la semaine dernière, quand j'ai inauguré avec le président du conseil espagnol la ligne de haute tension électrique entre l'Espagne et la France, ce sont des projets utiles pour l'Europe, utiles pour les pays et donc pour la France, mais qui aussi représentent des investissements d'avenir et donc de l'emploi. Il faut résolument se tourner vers l'avenir, il faut que l'Europe privilégie là aussi la croissance, l'investissement, dans le numérique, dans l'éducation, dans les entreprises et dans l'usine du futur. Bref, qu'on prépare l'avenir parce que la zone euro est en retard. La zone euro est en retard par rapport au niveau de croissance que d'autres pays, que d'autres continents connaissent.

APOLLINE DE MALHERBE
La France a jusqu'en 2017 pour repasser sous la barre des 3 %. Bruxelles vous lâche la bride mais veut des gages, et là encore c'est un ancien ministre de l'Economie, Pierre MOSCOVICI, passé commissaire européen, qui vous lance : « Nous attendons de la France un programme de réforme ambitieux d'ici avril ». Il dit notamment attendre des réformes du marché du travail. Est-ce que vous pourriez repenser la durée et le montant de l'indemnisation chômage ?

MANUEL VALLS
Les réformes, nous les faisons pour nous-mêmes. Je n'attends pas des demandes ou des attentes de la Commission pour considérer qu'il faut réformer le pays, qu'il faut le réformer parce qu'il faut là aussi lever un certain nombre de blocages, donner davantage de force, de vitalité à notre tissu économique à nos entreprises. Le pays a besoin de réformes. Je le dis déjà évidemment depuis plusieurs mois et beaucoup de ces réformes d'ailleurs – soyons honnêtes – sont engagées depuis l'élection de François HOLLANDE.

APOLLINE DE MALHERBE
Et sur ce point de l'indemnisation chômage ?

MANUEL VALLS
Mais ça concerne d'abord les partenaires sociaux. Je les ai réunis hier pour parler notamment de la représentativité du dialogue social. J'ai abordé aussi la question de l'Unedic, de l'assurance-chômage. Ils ont décidé eux-mêmes de commencer à en discuter plus rapidement que prévu.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez accéléré le calendrier sur cette question de la réforme de l'indemnisation chômage ?

MANUEL VALLS
C'est à eux de le faire puisque c'est de leur responsabilité. Je les encourage parce que le niveau de déficit de l'Unedic, de l'assurance-chômage, est beaucoup trop important, 4 milliards. C'est dû évidemment à notre nouveau de chômage mais c'est à eux de prendre leurs responsabilités. Je les invite, je les encourage à aller évidemment encore plus vite.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'il faudra aller vers une dégressivité des droits des chômeurs ?

MANUEL VALLS
Ça n'est pas aujourd'hui mon sujet. C'est leur sujet.

APOLLINE DE MALHERBE

Mais ça fait partie des sujets qui sont mis sur la table.
MANUEL VALLS
C'est leur problème, c'est leur sujet, c'est leur défi mais il faudra bien trouver des solutions. En tout état de cause, je les invite à prendre pleinement leurs responsabilités. C'est vrai aussi pour les retraites complémentaires puisque c'est de leur seule responsabilité et ils doivent aboutir avant l'été. Nous sommes dans un pays, je veux le rappeler à vos auditeurs, aux téléspectateurs, nous sommes dans un pays où le dialogue, où la responsabilité des partenaires sociaux, sont clairement établis par la loi.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui. Sauf que quand ils échouent, vous prenez le relai et c'est le cas notamment sur le projet de loi sur le dialogue social. Vous avez annoncé qu'il serait présenté fin mars-début avril. Qu'est-ce qu'il y aura dans cette loi ?

MANUEL VALLS
Il y aura d'abord une simplification parce que tout simplement, on a là aussi besoin de débloquer les freins à l'emploi. Donc il y aura une simplification des modes de dialogue, des formes de dialogue et des formes et des modes de représentativité des salariés dans nos entreprises, et en même temps il y aura des avancées sociales puisque pour la première fois dans notre pays, tous les salariés, y compris ceux dans les TPE, dans les petites entreprises, seront représentés à travers des commissions régionales qui seront constituées au niveau des grandes régions, qui ne vont pas intervenir directement dans la vie des entreprises, mais qui seront au fond une instance de conseil, de soutien aux salariés.

APOLLINE DE MALHERBE
Hier, vous avez donc reçu les partenaires sociaux. Ils n'avaient pas réussi à se mettre d'accord sur ce chantier mais on se demande un peu à quoi ça sert de les écouter alors que vous savez déjà grosso modo ce qu'il y aura dans la loi. Est-ce que c'est un dialogue pour du beurre ?

MANUEL VALLS
Non. D'abord depuis deux ans et demi, presque trois ans maintenant, c'est la marque aussi de ce quinquennat de privilégier le dialogue social et il y a eu beaucoup d'accord qui ont été signés depuis trois ans.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous parlez de dialogue et d'autorité. Parfois on se demande un tout petit peu où est la réalité de Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Mais le dialogue, il est nécessaire et nous allons le poursuivre, la concertation aussi et quand il y a échec – et il y a eu échec du dialogue social, nous l'avions dit avec le ministre du travail François REBSAMEN – nous prenons nos responsabilités. C'est pour cela que nous avons présenté un texte de loi qui ne transcrit pas un accord puisqu'il n'a pas eu lieu mais qui part quand même de ce texte et sur quoi notamment le patronat et la CFDT mais aussi les autres syndicats avaient travaillé. Si on n'écoute pas la société, on se trompe. Mais si en même temps on n'avance pas, on ne rend pas service à l'intérêt général. Puisque vous m'interrogez sur ma méthode, c'est bien celle-ci. Etre à l'écoute et en même temps assumer, prendre mes responsabilités pour faire avancer le pays au nom d'une seule idée : l'intérêt général pour la croissance, pour le soutien aux entreprises et pour l'emploi parce qu'au fond, c'est ce que les Français attendent d'abord.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est un peu comme un gimmick ce mot d'autorité. Est-ce que ça ne vire pas un peu à l'autoritarisme, au coté surveillant général ?

MANUEL VALLS
Non. L'autorité est une valeur. Je pense que le pays face aux fractures qu'il connaît, au doute, à la crise de la parole publique, au rejet parfois des politiques eux-mêmes, le pays a besoin d'un cadre, de sens, de repères, de savoir où il va. On a besoin d'autorité. Le gouvernement, le président de la République, ont je crois répondu comme il fallait - c'est tout simplement leur mission – quand nous avons subi cette attaque terroriste. Mais quand il s'agit, c'est un autre sujet, de réformer le pays, les Français attendent de savoir de ceux qui gouvernent et donc du Premier ministre, de savoir où on les mène. Je crois que je suis suffisamment clair pour que les Français se rendent compte de l'objectif qui est le mien : redresser le pays. Je le fais encore une fois dans le dialogue avec les partenaires sociaux, avec le Parlement, mais je prends mes responsabilités.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais à un moment ou à un autre, vous avez besoin quand même que ces lois soient votées, qu'elles passent. Vous avez utilisé le 49-3 sur la loi Macron. Est-ce que vous pensez que vous pourrez faire passer cette loi sur le dialogue social sans y recourir à nouveau ?

MANUEL VALLS
Mais moi, je privilégie encore une fois le dialogue y compris avec la majorité, la conviction. La loi Macron, la loi croissance et activité portée par Emmanuel MACRON a donné lieu à un débat de plusieurs semaines en commission puis dans l'hémicycle à l'Assemblée nationale.

APOLLINE DE MALHERBE
Et ça n'a pas suffi. Ça n'a pas suffi.

MANUEL VALLS
Tous les amendements, plus de mille, tous les articles, près de deux cents, ont été adoptés par le Parlement.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ce qui compte, c'est le point d'arrivée, non ?

MANUEL VALLS
C'est bien dommage. Mais du coup, j'ai pris mes responsabilités et avec le président de la République et le gouvernement, nous avons considéré qu'il fallait utiliser cette arme de la constitution…

APOLLINE DE MALHERBE
Que vous utiliserez à nouveau sur le dialogue social s'il le faut.

MANUEL VALLS
Mais j'utiliserai de nouveau cette arme qui est prévue dans la constitution, qu'on ne peut pas utiliser sur tous les textes et n'importe comment mais qu'il faut pouvoir utiliser quand on considère qu'il en va de l'intérêt général. Moi tout simplement, je ne veux pas perdre de temps. Je pense que le pays a besoin de se réformer. Nous sommes dans un contexte économique qui s'améliore et tout ce qui permet au cours notamment de ces premiers mois de l'année 2015 de soutenir la croissance et de faire baisser le chômage, je saisirai chaque occasion parce que je le dois aux Français. Ce n'est pas un problème uniquement pour le gouvernement et encore moins pour la majorité. C'est nécessaire pour les Français.

APOLLINE DE MALHERBE
On a bien compris que vous parlez de l'intérêt général.

MANUEL VALLS
Quand les Français soutiennent massivement la plupart des mesures présentées par Emmanuel MACRON, quand les Français nous demandent de…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est tout le paradoxe. C'est qu'effectivement vous avez les Français qui vous soutiennent là-dessus, qui sondage après sondage montrent qu'ils veulent cette loi Macron, et vous vous traînez les frondeurs on a l'impression comme des boulets qui vous empêchent de le faire. Est-ce que c'est ça ? Vous vous retrouvez finalement entre les Français et le parti.

MANUEL VALLS
Moi, je choisis toujours les Français. Je pense que l'immense majorité…

APOLLINE DE MALHERBE
Quitte à ce que ce soit contre le parti.

MANUEL VALLS
Mais l'immense majorité des parlementaires socialistes et des socialistes eux-mêmes nous soutiennent, raison de plus pour poursuivre avec autorité, beaucoup de sérénité, beaucoup de confiance parce que moi je m'honore de la confiance des Français pour réformer le pays.

APOLLINE DE MALHERBE
Un mot justement sur le Parti socialiste qui a tenu son bureau national avant-hier. Et rien. Rien finalement, rappel du règlement mais les frondeurs vont continuer à fronder.

MANUEL VALLS
Mais je suis Premier ministre. Je ne peux pas me mêler de la vie interne de ma formation politique. Je fais entière confiance à Jean-Christophe CAMBADELIS. Je fais très grande confiance, entière confiance à Jean-Christophe CAMBADELIS qui est le Premier secrétaire du Parti socialiste, qui soutient le gouvernement pour aussi rassembler. Il ne sert à rien de diviser, de sanctionner, de faire en sorte au fond que les débats du Parti socialiste prennent le dessus sur ce qui est essentiel. Le Parti socialiste doit se rassembler, doit soutenir bien évidemment le président de la République et le gouvernement.

APOLLINE DE MALHERBE
Quitte à ce que ce soit un peu artificiellement parce qu'on a quand même l'impression qu'il y a deux gauches. Quand vous avez Benoît HAMON, qui est un de vos anciens ministres encore une fois, qui a parlé hier du PS comme de la défunte SFIO, ça veut dire que vous pourrez toujours dire qu'il faut rassembler mais ce sera peut-être un peu bricoler quand même.

MANUEL VALLS
C'est une question de responsabilité pour chacun. Moi j'ai la responsabilité du gouvernement. Dans ce moment-là où il y a encore une fois cette crise économique, cette crise sociale, cette crise de confiance, cette crise d'identité que notre pays traverse depuis longtemps, et je pense que nous pouvons en sortir, face aux menaces, la menace terroriste, face aussi à la montée du Front national, quelle est la responsabilité des hommes et des femmes de gauche, et tout simplement de ceux qui exercent une responsabilité et qui gouvernent ? C'est de faire valoir les valeurs de la République. C'est de les porter haut et fort. Autorité, laïcité, vivre ensemble, et en même temps c'est de redresser l'économie de notre pays.

APOLLINE DE MALHERBE
On a l'impression que vous voulez réformer la France mais que vous n'arrivez pas à réformer le Parti socialiste.

MANUEL VALLS
Oui, mais ce n'est pas ma tâche, ce n'est pas ma mission, ce n'est pas mon rôle.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est plus difficile de réformer le Parti socialiste que de réformer la France.

MANUEL VALLS
Le plus important, c'est de réformer la France et en même temps, la gauche change forcément à l'épreuve du pouvoir. Je pense que j'y contribue bien sûr comme Premier ministre, mais ma tâche c'est d'abord de m'adresser aux Français, c'est de leur rendre confiance et qu'ils soient fiers aussi de ce pays. C'est au fond ça ce qu'ils ont voulu dire en manifestant le 11 janvier, cet esprit du 11 janvier dont on a beaucoup parlé.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'on n'en parle pas un peu trop d'ailleurs ?

MANUEL VALLS
Mais c'est une exigence. Ce n'est pas un esprit qui est je ne sais où.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais la formule est de vous, l'esprit du 11 janvier.

MANUEL VALLS
Oui mais c'est parce que c'est une exigence. Les Français nous disent : « Soyez différents de ce que vous avez été avant. Soyez à la hauteur des responsabilités. Ne vous chamaillez pas sur ce qui est inutile. Consacrez-vous à l'essentiel : notre sécurité, le redressement économique et industriel du pays. Consacrez-vous au chômage. Consacrez-vous à faire vivre les valeurs de la laïcité. Consacrez-vous à faire en sorte que dans nos territoires urbains ou ruraux on vive mieux ensemble, qu'il y ait davantage de cohésion ». C'est ça ce que nous demandent les Français. Ce n'est pas que je commente la vie interne d'une formation politique qui est la mienne, que j'aime, mais ça n'est pas l'essentiel.

APOLLINE DE MALHERBE
Les territoires… Les départementales, vous serez en meeting ce soir et demain à Carcassonne et en Ille-et-Vilaine, c'est des élections qui se présentent quand même assez difficiles, très difficiles même pour le Parti socialiste, vous serez en première ligne, vous avez d'ailleurs demandé également à vos ministres d'être en première ligne. Est-ce qu'il s'y a un échec, vous en tirerez les conséquences, vous en prendrez vos responsabilités ?

MANUEL VALLS
Mais ce sont les élections départementales, elles sont importantes, puisque les conseils généraux, les départements ont des prérogatives très importantes, les départements ont en charge la cohésion sociale, les collèges, les routes, donc, il y a aussi des bilans, la gauche gouverne aujourd'hui deux tiers des départements, c'est pour ça qu'on annonce des élections difficiles. Mais moi, je…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, parce que vous avez beaucoup à perdre…

MANUEL VALLS
Mais je ne pars jamais battu, et c'est pour cela que les ministres, le gouvernement, les socialistes sont mobilisés. C'est une campagne très politique…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous n'en tirerez pas de conséquences nationales ?

MANUEL VALLS
Non, mais c'est une élection locale, mais qui en même temps est politique et où chacun fera évidemment une analyse nationale, mais…

APOLLINE DE MALHERBE
Le Front national…

MANUEL VALLS
Mais, d'abord, il faut que les Français aillent voter, c'est essentiel, et en plus, cette élection permet pour la première fois – il n'y n'avait que 13% de femmes dans les conseils généraux – d'avoir 50% de femmes, 50% d'hommes, puisque nous avons instauré, grâce à un binôme…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce scrutin mixte…

MANUEL VALLS
Ce scrutin mixte, la parité absolue, et puis, il faut savoir ce que nous voulons, est-ce que nous voulons que le Front national soit présent partout au second tour ? Est-ce que nous voulons que la gauche, parce qu'elle est trop souvent divisée, soit éliminée ? Non. Donc nous devons mener une campagne qui montre que nous souhaitons, nous, à la fois protéger les Français, mettre en mouvement le pays, au niveau local comme au niveau national, nous menons une campagne très claire, très nette contre le Front national, parce que ses solutions…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est lui votre adversaire…

MANUEL VALLS
Ses solutions sont contraires, non seulement aux valeurs du pays, mais aux intérêts même économiques du pays et donc aux intérêts des Français. Et je dirai encore ce soir à Carcassonne et demain à Rennes pourquoi ce sont les socialistes qui permettent l'unité et qui permettront de battre le Front national au second tour.

APOLLINE DE MALHERBE
Manuel VALLS, Bernard CAZENEUVE a lancé hier les pistes pour développer un islam – je cite – compatible avec la République. Est-ce que c'est à l'Etat de trier entre les bons musulmans et les mauvais musulmans ?

MANUEL VALLS
C'est à l'Etat d'assumer ses responsabilités, et le président de la République, à l'occasion de sa dernière conférence de presse, moi-même, dans mon discours du 13 janvier, à l'Assemblée nationale, nous l'avions dit, nous ne pouvons pas laisser les musulmans de France qui, dans leur immense majorité, vivent tranquillement, de manière apaisée leur culte, leur religion, dans la situation qu'ils connaissent. Donc c'est à l'Etat de prendre ses responsabilités…

APOLLINE DE MALHERBE
Y compris en faisant cette espèce de tri qui paraît… pas forcément des responsabilités laïques…

MANUEL VALLS
Mais que demandent les musulmans de France ? Ils demandent tout simplement qu'on forme des imams, qu'on forme des aumôniers, qui parlent français, qui soient français, qui ne viennent pas de l'étranger, qui demandent que les financements pour construire des mosquées soient transparents et qui ne viennent pas de l'étranger, c'est ça ce que demandent les Français de confession ou de culture musulmane, mais c'est ça au fond que demande l'ensemble de nos compatriotes, et nous allons en effet pour cela instaurer une instance de dialogue, où il y aura non seulement le culte français musulman, mais il y aura aussi des intellectuels, des chercheurs qui permettent, au fond, aux musulmans de France de faire leur propre examen de conscience, de les aider tout simplement en effet à faire eux-mêmes le tri par rapport à ceux qui prônent un islam radical, aux antipodes non seulement des valeurs de la République, mais de ce qu'est également profondément l'islam de France. C'est un défi considérable, et c'est vrai que hier, c'était un Conseil des ministres particulier, car il est rare que dans un Conseil des ministres de la République, on parle d'une religion, mais laisser les musulmans…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est compatible ?

MANUEL VALLS
Laisser les musulmans dans cette situation n'aurait pas été responsable.

APOLLINE DE MALHERBE
Quatre députés français hier ont été reçus au Palais présidentiel en Syrie, et trois se sont entretenus avec Bachar El ASSAD, alors que la France a rompu ses relations diplomatiques avec la Syrie. Est-ce que vous étiez au courant ? Ils disent qu'ils ont prévenu qui de droit ; c'est qui, qui de droit, c'est vous, c'est François HOLLANDE, c'est Laurent FABIUS ?

MANUEL VALLS
Ils ont sans doute prévenu le président de l'Assemblée, les autorités françaises, mais ça n'est pas le sujet. Les parlementaires peuvent se déplacer, c'est le droit de chaque parlementaire, mais moi…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il n'y aura pas de condamnation, on ne va pas les sanctionner comme le dit Jean-Christophe CAMBADELIS à propos de monsieur BAPT ?

MANUEL VALLS
Mais moi, je veux condamner avec la plus grande vigueur cette initiative, ils ne sont pas allés rencontrer n'importe qui, ils sont allés rencontrer Bachar El ASSAD, responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts ! Enfin, il ne s'agit pas uniquement d'un dialogue, il s'agit-là d'un geste qui ne les honore pas…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est une faute ?

MANUEL VALLS
C'est une faute, et à eux d'en tirer les conséquences, j'ai entendu que le premier secrétaire du Parti socialiste souhaitait, lui, traduire Gérard BAPT devant la Haute autorité morale du Parti socialiste, oui, c'est une faute…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous, moralement, en tout cas, vous le condamnez ?

MANUEL VALLS
Et c'est une faute morale, les parlementaires représentent la souveraineté nationale, représentent ce qu'est ce pays, et que des parlementaires aient ainsi, sans crier gare, rencontré un boucher, non, ça, je crois que c'est une faute morale.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous avez des nouvelles de la Française qui a été enlevée au Yémen ?

MANUEL VALLS
Nous faisons tout évidemment pour qu'elle puisse être libérée, à ce stade, je ne peux pas en dire plus, mais nous y travaillons avec le plus grand engagement.

APOLLINE DE MALHERBE
Manuel VALLS, est-ce que vous avez déjà prononcé cette expression « Français de souche » ?

MANUEL VALLS
Il m'est arrivé sans doute de la prononcer, mais je pense que vous voulez me parler des mots de François HOLLANDE.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui. Est-ce que vous estimez que dans la bouche d'un président de la République, on peut entendre cette expression « Français de souche » ?

MANUEL VALLS
Mais c'est un faux procès qu'on fait au président de la République. Il a tout simplement voulu dire, et je crois qu'il a bien fait de le dire, face, et après surtout les déclarations du président du CRIF, Roger CUKIERMAN, que, il n'y avait pas, comme ça avait été dit, que des jeunes de confession ou culture musulmane qui avaient commis des actes antisémites, il faisait référence bien sûr à la profanation de ce cimetière en Alsace. Donc il a prononcé les mots qui s'imposaient pour bien faire la distinction et pour ne pas qu'il y ait, là aussi, des amalgames.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Manuel VALLS d'avoir été notre invité.

MANUEL VALLS
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 février 2015

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