Interview de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, à RMC/BFM le 5 mars 2015, sur la campagne des élections départementales, l'ouverture de concertations sur l'avenir de la fonction publique et le débat sur le port du voile à l'université. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, à RMC/BFM le 5 mars 2015, sur la campagne des élections départementales, l'ouverture de concertations sur l'avenir de la fonction publique et le débat sur le port du voile à l'université.

Personnalité, fonction : LEBRANCHU Marylise, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la décentralisation et de la fonction publique;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Marylise LEBRANCHU, Ministre de la Décentralisation et de la fonction publique, la ministre des fonctionnaires est avec nous ce matin. Bonjour.

MARYLISE LEBRANCHU
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelques mots de politique, les départementales ont lieu dans moins de trois semaines. Depuis lundi matin, de quoi parle-t-on ? J'ai entendu la formule FNPS de Nicolas SARKOZY ; j'ai entendu François HOLLANDE dire : « Il faut arracher les électeurs au Front national ». J'entends parler du Front national en permanence. Mais dites-moi, je me mets à la place des électeurs, de ceux qui vont aller voter. D'abord, ils ne savent pas pour quoi ils vont voter avec cette réforme d'une part, et ensuite cette campagne électorale n'est-elle pas affligeante ? Franchement ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je pense qu'il faut qu'on sorte effectivement du commentaire des propositions du Front national, d'autant que –j'y reviendrai peut-être si on a le temps- elles sont quand même assez dangereuses pour nos populations. Concernant les départementales d'abord, ces élections c'est quoi ? Vous savez qu'on a refait la carte des régions, les régions sont plus grandes. Le président de la République, le Premier ministre et moi en charge de la loi avec mon secrétaire d'Etat, avons décidé que puisqu'on avait des grandes régions, il fallait garder des départements. Pourquoi ? En France aujourd'hui, on le sent bien, il y a ce qu'on appelle un sentiment d'abandon aussi bien dans les quartiers que dans nos zones rurales. Il faut garder un échelon de proximité. Cet échelon de proximité, il va avoir quoi comme compétences ? La solidarité d'abord, solidarité envers les individus, nos personnes âgées les moins autonomes, les personnes en difficulté. Une personne âgée qui a besoin d'aide, elle a ce qu'on appelle l'APA –tout le monde connaît ça maintenant sous son nom. On a d'ailleurs augmenté la façon d'y accéder. C'est les départements qui gèrent cette grande solidarité-là. Il faut qu'on rappelle, et peut-être qu'on ne le rappelle pas assez souvent, une différence entre la droite et la gauche. La gauche dit : « C'est la solidarité nationale qui doit porter cette solidarité envers les personnes les plus fragiles ». On pourrait avoir une autre thèse que je combats et qui est de dire : « On n'a qu'à prendre des assurances puis on fera un petit minimum pour nos personnes âgées, puis les assurances s'occuperont de prendre le reste ». Nous, on a choisi la solidarité nationale et on a d'ailleurs augmenté les dotations des départements pour qu'ils puissent d'un milliard et demi –c'est beaucoup- pour qu'ils puissent faire face à l'augmentation du nombre de personnes âgées qui ont besoin d'APA et à l'augmentation de ceux qui sont en difficulté. Il y a solidarité et puis les collèges, les routes, l'aide aux collectivités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais on nous a tant dit qu'on allait supprimer les départements.

MARYLISE LEBRANCHU
C'est ce que je vous disais en début de propos et y compris un rapport sénatorial Raffarin-Krattinger a bien expliqué ça. Ou bien on garde les petites régions et effectivement on n'a pas besoin de départements ; c'est la thèse Raffarin-Krattinger et c'est la thèse que tout le monde a en tête. Ou bien on fait de plus grandes régions pour qu'elles se battent sur la politique industrielle pour qu'elles créent de l'emploi -et on est train de le faire, la carte est votée- et on a besoin de cet échelon de proximité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On a besoin des départements.

MARYLISE LEBRANCHU
Les gens vont voter pour tout un mandat pendant lequel on va regarder tous ensemble avec les citoyens si la solidarité envers nos personnes les plus fragiles fonctionne, si on a des collèges, si on a des routes, si on peut aider les communes rurales qui ont moins d'ingénierie. Elles en ont besoin pour leurs projets. Et puis, en 2020-21, on se dira : « Est-ce que ça fonctionne ? »

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ça veut dire qu'on oublie la suppression des départements ?
MARYLISE LEBRANCHU
On oublie la suppression des départements. Il y a une question qui reste posée, soyons très honnêtes : c'est sur les métropoles. Est-ce que certaines métropoles qui ont, elles, des moyens –ce n'est pas les communautés de communes rurales, ce sont les métropoles qui, elles, ont des moyens- est-ce qu'elles ne peuvent pas prendre en charge aussi la solidarité et essayer de lutter ? Ce que je veux dans cette loi, c'est qu'on lutte contre l'hyper-richesse qui côtoie l'hyper-pauvreté en France. Au XXIème siècle, ce n'est pas normal. On a un projet cohérent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si j'ai bien compris, de très grandes régions, des départements qui sont maintenus. On maintient les départements, on est d'accord ?

MARYLISE LEBRANCHU
Proximité et solidarité d'abord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On maintient les départements, on est d'accord. Des départements qui sont maintenus et des grandes métropoles. Paris, Lyon déjà, d'ailleurs on ne votera pas à Lyon, on ne votera pas à Paris. Paris, Lyon, peut-être d'autres grandes métropoles qui sont plus riches et qui vont aider les départements qui sont plus pauvres. Là, on s'éloigne du Front national. Mais alors pourquoi les grands leaders et le président de la République lui-même ne nous parlent pas de ça ? Qu'est-ce que c'est ? on fait quoi ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je vais vous dire. Vous, vous me parlez de ça mais généralement, les questions qu'on nous pose ne sont pas des questions sur qu'est-ce qui reste, qu'est-ce qu'on va faire et pour quoi faire. Effectivement, vous avez raison, il faut qu'on arrête ce match parce que le Front national quand il dit : « On va supprimer les départements. Il n'y aura plus de solidarité. On ne va plus s'occuper des personnes âgées », c'est faux. Mais vous voyez, c'est toujours difficile de lutter contre des phrases en boucle qui sont fausses puisque sur les départements, on a même mis un milliard et demi pour que nos personnes âgées et nos personnes en difficulté soient mieux aidées, et vous avez un Front national qui continue à dire ça. Peut-être que nous, on doit faire oeuvre de pédagogie et j'essaye avec vous ce matin. Voyez, j'essaye.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons de la fonction publique. Vous êtes ministre des fonctionnaires. Cinq millions quatre cent mille agents toute fonction publique confondue. Est-ce que vous pensez qu'il faut maîtriser maintenant la masse salariale ?

MARYLISE LEBRANCHU
Non seulement je pense qu'il faut maîtriser la masse salariale mais nous maîtrisons la masse salariale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il faut la baisser ?

MARYLISE LEBRANCHU
Pas immédiatement. On est à zéro augmentation du nombre de fonctionnaires. Nous avons pris des mesures, Premier ministre, ministre de l'Intérieur, à la demande du président de la République après les événements de janvier. Police, lutte contre le terrorisme, défense –la défense devait baisser mais c'est stabilisé pour l'instant compte tenu du fait qu'on a une guerre à mener contre le terrorisme et je pense que tout le monde le veut- et puis on a continué à augmenter les postes d'enseignants. Souvent on nous dit : « Et pourquoi vous augmentez les postes d'enseignants ? » « C'est une mauvaise nouvelle pour la dépense » disait Najat VALLAUD-BELKACEM, c'est une très bonne nouvelle pour la France parce que nous avons plus d'enfants dans les écoles. Mais quand on a plus d'enfants dans les écoles, il faut mettre plus d'enseignants. On a besoin d'enfants formés, on a besoin de personnes formées, on a besoin de connaissances, on a vraiment besoin pour notre économie de tirer le maximum de nos enfants, donc on a besoin d'enseignants. Quand on nous dit « supprimer, supprimer », on ne veut pas supprimer les infirmières, on ne veut pas supprimer les policiers, on ne veut pas supprimer les enseignants ni la police, ni la gendarmerie, ni la défense. Ce sont nos gros blocs de dépenses, nos gros blocs de dépenses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord. Cinq millions quatre cent mille agents de la fonction publique aujourd'hui, est-ce qu'il y en aura moins en 2017, à la fin du quinquennat ?

MARYLISE LEBRANCHU
Cinq millions qui ont leur salaire gelé depuis 2010, il faut quand même le dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, valorisation dans les bas salaires.

MARYLISE LEBRANCHU
Valorisation dans les bas salaires. La personne qui garde nos personnes âgées la nuit dans les EPAD toute seule, c'est normal. Il faut pouvoir donner un petit coup de pouce.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le gel d'accord, mais pas pour tout le monde. Puis, attendez, pardon : baisse des cotisations sociales aussi dans le cadre du Pacte de responsabilité non ?

MARYLISE LEBRANCHU
Baisse des cotisations sociales pour le privé, augmentation des cotisations des fonctionnaires. Cette année, ils payent 0,4 % de plus par solidarité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc leur pouvoir d'achat baisse ?

MARYLISE LEBRANCHU
Certains en bas de leur feuille de paye vont avoir quelques euros en moins. Il faut le rappeler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire que le pouvoir d'achat des fonctionnaires baisse.

MARYLISE LEBRANCHU
Le pouvoir d'achat des fonctionnaires baisse puisqu'il est bloqué.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous rendez compte ? Vous, un gouvernement de gauche, vous faites baisser le pouvoir d'achat des fonctionnaires.

MARYLISE LEBRANCHU
C'est pour ça que ces clichés qui tournent sur les fonctionnaires, il faudrait quand même qu'on regarde ce dont on parle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous allez faire pour eux ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je ne pense pas que les enseignants soient bien payés, je ne pense pas que les policiers soient bien payés, je ne pense pas que les infirmiers soient bien payés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ils sont mal payés. Pas suffisamment.

MARYLISE LEBRANCHU
Vous voyez, j'ai fait une carte de voeux et une cérémonie de voeux sur cliché contre cliché, parce qu'on dit : « Ils sont privilégiés ». Ils ne sont pas privilégiés. Un petit salaire pour être aux urgences à l'hôpital aujourd'hui ou dans une EPAD ou sur la route le matin pour éviter qu'il y ait un accident, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai deux questions pour résumer notre conversation. Pour l'instant, on ne bouge pas la masse salariale. On la maîtrise.

MARYLISE LEBRANCHU
Elle est à zéro.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est à zéro mais on ne la baisse pas. On est bien d'accord ?

MARYLISE LEBRANCHU
On ne la baisse pas compte tenu des dépenses supplémentaires après les événements du mois de janvier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne baisse pas la masse salariale, on ne baisse pas le nombre de fonctionnaires. Est-ce qu'on les paye mieux ? Est-ce qu'on va mieux les payer d'ici 2017 ?

MARYLISE LEBRANCHU
J'ouvre des négociations là maintenant pour avoir des meilleures carrières sur un temps plus long, mais des meilleures carrières. Pourquoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça veut dire être mieux payé ça, des meilleures carrières ? Le point d'indice ne bouge pas ?

MARYLISE LEBRANCHU
Non. Parce qu'arrivé à quarante ans, souvent vous êtes au maximum de votre carrière. Moi, je vais refaire formation professionnelle, amélioration du parcours, possibilité de passer dans une autre administration, de passer d'une commune à l'Etat, de l'Etat à une autre collectivité ou à une région. Il faut qu'on s'occupe d'eux aussi, pourquoi ? Parce qu'à un moment donné, des carrières seront peu attirantes et on ne trouvera plus de fonctionnaires dont on a quand même besoin. Puis je voudrais dire quelque chose. C'est quand même eux qui sont au guichet, c'est eux qui sont en face de nos populations, c'est eux qui vont amener un peu de sérénité dans des dossiers un peu difficiles pour soutenir ceux qui sont le plus en difficulté. Je suis allée au Raincy, je suis allée à Drancy, je suis allée à Lyon et dans d'autres endroits, voir tous ces gens qui sont devant les usagers, usagers qui ont des gros soucis, c'est extrêmement difficile. Je salue d'ailleurs nos fonctionnaires qui essayent de s'organiser pour rester sereins et apaisés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne s'agit pas de dénoncer le comportement des fonctionnaires ni le fait, on est bien d'accord. Mais il faut faire des économies sur la dépense publique et vous voyez les collectivités territoriales qui les ont augmenté, j'ai regardé les chiffres. Je vois la ville de Béziers où on a offert une demi-journée de congé supplémentaire par semaine aux fonctionnaires territoriaux municipaux ; à Toulouse, sept à dix jours de congé supplémentaires par an et dans d'autres villes de France, partout.

MARYLISE LEBRANCHU
Deux choses. On baisse les dotations aux collectivités territoriales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. D'ailleurs elles s'en plaignent.

MARYLISE LEBRANCHU
Elles ont des budgets, c'est cent quatre-vingt-onze milliards d'euros. Je rappelle que les budgets de l'ensemble des ministères, c'est deux cent soixante-dix, donc ce n'est pas rien. Je rappelle que les budgets de l'ensemble des ministères, c'est deux cent soixante-dix, ce n'est donc pas rien. Cent quatre-vingt-onze milliards d'euros. J'ai enlevé, parce qu'il faut que ce soit fait dès cette année, 2,67 milliards d'euros. Ils vont être enlevés l'année prochaine. On en a enlevés 3,44 cette année. C'est peu, c'est moins de deux pourcent, moins de deux pourcent des recettes. On a fait quelque chose d'important, c'est que dans les collectivités qui ont de grandes difficultés, que ce soient les collectivités rurales –parce qu'on parle beaucoup du rural et on a raison- ou bien ces quartiers si difficiles, ces endroits où il y a des poches de pauvreté, on a compensé. Par exemple à Villiers-le-Bel, on ne baisse pas parce qu'il y a trop de problèmes. Ce qui veut dire que 1°) on baisse les dotations, 2°) on fait de la solidarité et les collectivités vont être obligées de mutualiser leurs services.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire diminuer les effectifs.

MARYLISE LEBRANCHU
Ça veut dire diminuer les effectifs, de rationaliser les effectifs. Pourquoi ? Vous savez, on crée les intercommunalités. Nos citoyens ne la connaissent pas bien. Quand on passe une compétence –les ordures ménagères ou autre chose- d'une commune à une intercommunalité, on demande –ou l'urbanisme ou d'autres- on demande de ne pas garder deux fois les mêmes services et donc de progresser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment. Ça paraît logique, non ?

MARYLISE LEBRANCHU
La baisse des dotations va nous aider à être rationnels.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez fixé des objectifs aux collectivités territoriales pour la baisse des effectifs ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je leur fixe des objectifs de budget parce que vous parlez bien de dépenses publiques. Il y a une autonomie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quand même, je regardais : quarante huit jours de congé par an en moyenne dans la fonction publique d'Etat, trente six dans le secteur privé par exemple. Est-ce qu'on doit demander aux fonctionnaires de travailler plus ?

MARYLISE LEBRANCHU
Les fonctionnaires travaillent mille six cent sept heures et je regarderai vos chiffres après parce que je n'ai pas les mêmes. Ce que je vais faire, c'est parce que j'en ai aussi assez d'entendre : « Les fonctionnaires ne travaillent pas, ils travaillent moins, et caetera ». Ce que je vais faire, c'est qu'on va aller voir exactement ce qui se passe et publier après les choses. Parce que quelquefois il y a un cas, il y a un maire qui a donné une demi-journée et on pense qu'il y a des millions de personnes qui ont eu une demi-journée de plus. Ce n'est pas le cas. Il y a beaucoup de fonctionnaires qui font des heures supplémentaires, beaucoup de fonctionnaires font des heures supplémentaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On travaille autant dans la fonction publique que dans le privé ?

MARYLISE LEBRANCHU
On travaille autant et, en plus, rappelez-vous les enseignants. On leur a demandé de faire beaucoup d'heures supplémentaires parce qu'on avait besoin de postes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ne sont pas payées parfois ou avec du retard.

MARYLISE LEBRANCHU
Et pas très bien payées. Je pense qu'il y a tellement de clichés, tellement de choses qui sont dites et qui ne sont pas justes que je vais faire une mission d'observation, de recherche sur quelle est la réalité de l'application de la réduction du temps de travail, comment ça s'est passé, comment on pourrait améliorer les choses et comment on pourrait aussi améliorer le travail de nos équipes –Etat ou collectivités territoriales. Je pense qu'il y a des choses à faire parce que nous sommes dans un monde du tweet, de la petite phrase. C'est des petites phrases qui tournent et je veux casser ça, qu'on parle à partir d'une réalité partagée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu quand même monsieur Matteo RENZI en Italie, que Manuel VALLS prend souvent en exemple, qui nous dit qu'il veut mettre fin à l'emploi à vie des fonctionnaires à cause de l'absentéisme. Est-ce que vous voudriez mettre fin à l'emploi à vie des fonctionnaires ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je ne suis pas du tout sur cette orientation-là. Je pense que nos fonctionnaires, surtout en ce moment, ont apporté par exemple la laïcité, l'impartialité, la loyauté. Les élus passent, les fonctionnaires restent. Il faut qu'on ait vraiment des services publics qui soient attachés à des valeurs –impartialité, loyauté, laïcité par exemple- et qui puissent faire cette continuité dont on a besoin. On parlait du Front national. Qu'est-ce qui se passe dans nos communautés de communes rurales ? Qu'est-ce qui se passe dans un certain nombre de quartiers ? On nous dit : « Il n'y a plus de services publics » et on se précipite donc vers les extrêmes. Je ne veux plus qu'on me dise à la fois : « Il n'y a plus de services publics mais il faut les supprimer ». On est toujours sur quelque chose de totalement contradictoire. Moi je mets tout à plat, je dis tout et je travaille avec les organisations syndicales qui, elles aussi avec moi, ont envie de revaloriser l'image des fonctionnaires parce qu'ils en prennent tellement plein la figure que la réalité n'est plus lue. Du coup, on oublie l'infirmière, on oublie le policier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu les maires, ils sont en colère. Ils rencontrent Manuel VALLS aujourd'hui. Ils sont en colère sur les dotations de l'Etat, vous le savez bien. Ils demandent et sont prêts à accepter un rétablissement du jour de carence dans la fonction publique et dans la fonction territoriale.

MARYLISE LEBRANCHU
C'est toujours le petit truc qui vient, le petit cliché.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce n'est pas le petit cliché ! Ce sont eux qui vont demander ça. Ce sont les maires, c'est l'association des maires de France.

MARYLISE LEBRANCHU
L'étude est faite. Je suis désolée de ne pas l'avoir apportée ce matin, mais on n'aurait pas eu le temps de la lire ensemble. Nos services d'inspection montrent bien que quand on a remis ce jour de carence, on a augmenté les arrêts de maladie plus longs. Pourquoi ? Parce que vous êtes malade, vous prenez un cachet, vous retournez au boulot le lendemain. Si vous avez le jour de carence, vous allez voir le médecin et vous avez un arrêt de travail. On n'a pas gagné à ce jour de carence. D'ailleurs, la preuve est dans le privé. Pourquoi tant d'entreprises prennent des systèmes de prévention et de protection de leurs salariés pour qu'ils n'aient plus le jour de carence, pour qu'ils soient couverts par une assurance, une mutualisation à l'intérieur de l'entreprise ? Parce qu'ils savent que quand il y a un jour de carence, il y a visite au médecin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Supprimons les jours de carence dans le privé alors.

MARYLISE LEBRANCHU
Justement, ils le font grâce à la mutualisation et la prévention. Ils ne font pas ça pour faire plaisir à la société entière ; ils font ça parce qu'ils ont analysé avec leur DRH, leurs ressources humaines, les comportements. Non pas seulement les comportements mais le fait qu'on augmente le nombre d'arrêts de travail plus longs et on augmente aussi les accidents. Faisons bien attention. Je dis aussi pourquoi on a des arrêts de travail ? Très bas salaires, très mauvaises conditions de travail. Vous savez, on vient au boulot avec plaisir et quelquefois on s'arrache pour aller au travail quand on a un boulot intéressant. Attention aux conditions de travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bas salaires, mauvaises conditions de travail, alors allez-y ! Augmentez les salaires, améliorez les conditions de travail !

MARYLISE LEBRANCHU
Vous refaites de la caricature.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais je le fais exprès. Je force le trait.
MARYLISE LEBRANCHU
Je viens de finir un accord qui n'a pas été signé par les syndicats, donc ce n'est pas encore un accord, un gros travail sur la qualité de vie au travail justement. J'espère que les syndicats finiront par le signer. Pourquoi ? Parce qu'effectivement, on a besoin de mieux manager les équipes, d'avoir plus de proximité entre la direction et ceux qui exécutent les tâches. On a des tas de choses à faire pour améliorer les conditions de vie au travail. On a eu aussi, nous, des problèmes de burn-out comme on dit maintenant. On en a eu beaucoup. Il est très important qu'on retravaille sur une meilleure carrière. Elle sera plus longue parce qu'effectivement on ne peut pas avoir –permettez-moi l'expression terrible- « le beurre et l'argent du beurre », des carrières plus longues mais beaucoup plus intéressantes, et puis travailler sur les conditions de travail. Quelqu'un qui aime son boulot n'est pas tenté par l'absentéisme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, c'est sûr. Les conditions de travail, c'est aussi la confrontation parfois à des usagers qui par exemple portent un voile. Je sais que vous allez former les fonctionnaires à la laïcité. L'interdiction du voile à l'université, vous en pensez quoi ? Vous êtes favorable à une interdiction ?

MARYLISE LEBRANCHU
C'est très difficile. Je ne veux pas rentrer dans ce débat, pourquoi ? Parce qu'à l'université, on a estimé que c'étaient des adultes et qu'ils étaient responsables d'eux-mêmes. C'est très différent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas d'interdiction ?

MARYLISE LEBRANCHU
C'est la position actuelle du gouvernement et je suis toujours solidaire de mon gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes contre toute interdiction. Dites-le si vous le pensez.

MARYLISE LEBRANCHU
Non, je dis : « N'ouvrons pas de front ». En revanche ce que je souhaite, c'est qu'on puisse expliquer à beaucoup de femmes qui sont voilées parfois qu'elles pourraient vivre différemment, mais ça c'est un autre sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on n'y touche pas. On n'interdit pas le voile.

MARYLISE LEBRANCHU
L'école avec des enfants mineurs, ce n'est pas l'université avec des étudiants majeurs et y compris quelquefois plus âgés parce qu'ils reviennent vers l'université. En revanche, je veux qu'on puisse voter cette loi sur la déontologie droits et devoirs des fonctionnaires. Pourquoi ? Parce qu'il y a effectivement la laïcité dans leurs statuts et que c'est extrêmement important. Je suis allée effectivement au Raincy en particulier, à Drancy, je suis allée à Lyon voir ces fonctionnaires et discutant avec les policiers par exemple des Vème et VIème arrondissements de Lyon, ils m'ont bien expliqué à quel point il faut apprendre à exercer sur respect de la laïcité qui est un grand principe en plus non seulement de tolérance mais de concorde. Pour aller par exemple vers une femme qui a un niqab, ils ont décidé d'avoir des équipes de policiers mixtes, un homme, une femme, pour pouvoir mieux parler, pour pouvoir dire : « Oui, vous êtes en contravention par rapport à ce qu'est l'espace public français et, c'est ça l'important, les valeurs républicaines de laïcité. Mais c'est vrai aussi qu'on va passer du temps avec vous pour expliquer, pour vous dire comment vous pourriez enlever votre niqab ». Moi, j'ai été impressionnée par quelque chose. C'est que ces policiers que j'ai rencontrés et ces responsables d'hôpitaux qui sont soumis à cette même question de la laïcité, du voile, d'un comportement même, comment ils luttent, eux maintenant, contre tout ce qui est le prosélytisme, c'est-à-dire ces gens qui sont dans l'espace public et qui essayent d'aller en chercher d'autres pour l'islamisme, le jihad, dans les prisons, dans les hôpitaux et ailleurs. Je pense que ma responsabilité aujourd'hui, c'est de monter en gamme sur l'information à ce qu'est la laïcité d'abord, pourquoi nous sommes très fiers d'avoir un des grands Etats laïcs du monde –il n'y en a pas beaucoup- et pourquoi c'est aux fonctionnaires de gérer ces questions. Croyez-moi, ils y mettent beaucoup d'eux-mêmes parce que c'est quelque chose de très difficile que d'éviter les conflits dans une salle de sous-préfecture, à un guichet ou dans un quartier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Marylise LEBRANCHU.

MARYLISE LEBRANCHU
C'est moi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 mars 2015

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