Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication à France-Inter le 5 mars 2015, sur les objectifs et la stratégie de France Télévisions et l'offre audiovisuelle sur la télévision publique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication à France-Inter le 5 mars 2015, sur les objectifs et la stratégie de France Télévisions et l'offre audiovisuelle sur la télévision publique.

Personnalité, fonction : PELLERIN Fleur, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication;

ti :


PATRICK COHEN
Bonjour Fleur PELLERIN.

FLEUR PELLERIN
Bonjour.

PATRICK COHEN
On va d'abord parler télévision, puisque vous venez de produire une feuille de route pour les prochains dirigeants de France Télévisions à partir d'un rapport commandé à un ancien directeur financier du groupe, le rapport SCHWARTZ. Alors expliquez-nous comment il est possible de promouvoir la culture, de créer de nouveaux programmes, de développer des séries qui s'exportent, de rajeunir le public, tout en faisant remonter les audiences, avec moins d'argent ? Vous avez des solutions pour faire beaucoup mieux avec moins ?

FLEUR PELLERIN
Ça sera un peu l'équation que devra résoudre le prochain… enfin, que devront résoudre les candidats à la présidence de France Télévisions, et on attend justement que ceux qui seront candidats présentent des orientations pour atteindre ces objectifs, on sait qu'ils ne sont pas évidents, c'est une ambition qui est très forte pour le service public, rajeunir l'audience effectivement, faire rayonner davantage la culture, parachever la révolution numérique du service public audiovisuel, de grandes ambitions, mais il appartiendra aux candidats de nous faire des propositions pour atteindre ces objectifs.

PATRICK COHEN
Donc vous fixez tous ces objectifs à la fois, mais vous n'avez pas le mode d'emploi ?

FLEUR PELLERIN
Il y a beaucoup moins d'objectifs qu'auparavant, parce que, aussi, la grande nouveauté, que nous souhaitons introduire dans la manière dont nous gérons les relations entre l'Etat et le service public audiovisuel, c'est que nous allons clarifier et simplifier les missions ; lorsque nous avons fait le tableau de l'ensemble des indicateurs, des objectifs, des priorités qui sont assignés à France Télévisions, nous en avons dénombré 70, donc 70 indicateurs, autant vous dire que c'est comme s'il n'y en avait aucun en réalité, donc nous allons – et c'est ce qu'ont indiqué hier Emmanuel MACRON d'ailleurs et Michel SAPIN – nous allons considérablement simplifier ces indicateurs, il n'y en aura plus qu'une dizaine, donc pas de priorités qui seront contradictoires entre elles, plus d'injonctions contradictoires, et ça, c'est quelque chose qui sera de nature aussi à simplifier le pilotage de l'entreprise, et qui clarifiera les relations entre l'Etat tutelle, et France Télévisions. Pour le reste, c'est vrai que nous affichons une ambition très forte pour le service public, et nous mettons le doigt aussi sur un certain nombre de limites qui sont actuellement rencontrées par l'entreprise, à savoir que l'audience a – c'est vrai – vieilli, et que, aujourd'hui, ce média traditionnel, mais pourtant très populaire, qui est la télévision, peine à s'adresser à un public plus jeune, ceux qui ont parmi nous des enfants savent bien que les enfants, aujourd'hui, consomment beaucoup d'informations, de culture sur les réseaux sociaux, sur Internet, il faut que l'offre publique de culture et d'information sur l'audiovisuel public s'adapte à ces nouveaux usages et à ces nouveaux comportements.

PATRICK COHEN
Simplifier, avez-vous dit, Fleur PELLERIN, le rapport SCHWARTZ suggère aussi de simplifier l'organisation du secteur public audiovisuel, ça a été assez peu souligné, mais il dit : dans tous les pays, étudier les sociétés audiovisuelles publiques, gros groupes radios, télévision, offre numérique, et puis un peu plus loin, l'organisation ne permet pas une utilisation optimale de l'argent public, il paraît nécessaire que l'Etat pèse davantage sur le dispositif des médias de service public, qu'est-ce que ça veut dire, le retour à l'ORTF ?

FLEUR PELLERIN
Non, ça ne veut pas dire retour à l'ORTF, mais ça veut dire que probablement, il y a davantage de partenariats ou de synergies ou de coopérations…

PATRICK COHEN
C'est-à-dire, pour être clair, entre Radio France, l'Ina, France Télévisions…

FLEUR PELLERIN
Entre Radio France, entre l'Ina, entre France Médias Monde, France Télévisions, et probablement par exemple sur la stratégie numérique ou la stratégie d'investissement, il y a sans doute en tout cas des échanges à avoir avant de s'engager dans des réformes ou une politique d'investissement, sur le numérique par exemple, il y a probablement sur l'offre publique d'information, sur l'information en ligne proposée par le service public, un dialogue à créer entre les diverses entités du service public audiovisuel, et d'ailleurs, nous allons créer une enceinte de travail commun pour l'ensemble qui pourra préfigurer d'ailleurs des synergies plus fortes pour l'avenir, mais qui vise à faire dialoguer davantage ces entreprises de service public, qui ont des missions convergentes.

PATRICK COHEN
Si on veut aller un peu plus loin dans les préconisations, et dans ce que vous reprenez des propositions du rapport SCHWARTZ, est-ce que vous trouvez qu'il y a trop de chaînes publiques ? Est-ce que, pour être plus précis encore, si France 4 et France Ô disparaissent, est-ce que ça vous chagrinerait ?

FLEUR PELLERIN
Alors, moi, j'avais, d'emblée, indiqué que le travail que nous allions faire, et les recommandations qui allaient être émises à la suite de la remise du rapport de Marc SCHWARTZ ne visaient pas à s'ingérer dans la grille de programme ou dans la définition du périmètre de France Télévisions. Donc moi, je considère que ce n'est pas à moi, ministre de la Culture, de dire : vous devez supprimer telle chaîne ou vous devez aire telle chaîne uniquement sur Internet, ça, c'est la mission du prochain président ou des candidats qui pourront faire des propositions. Nous, ce que nous avons souhaité dire, enfin, l'Etat, le gouvernement, c'est que nous n'étions fermés à aucune proposition, et que les candidats pouvaient s'estimer très libres de proposer un certain nombre de réformes un peu radicales, y compris en prenant en compte les usages, les usages nouveaux, le fait que les jeunes par exemple consomment davantage d'informations sur Internet peut conduire à des transformations assez radicales des émissions ou des chaînes qui s'adressent à un public de jeunes adultes par exemple.

PATRICK COHEN
Mais tout cela, on le rappelle, dans un cadre contraint, le budget sera ou en stagnation ou en baisse pour France Télévisions, vous nous le confirmez, sans ressources nouvelles ? Sans possibilité de ressources nouvelles ?

FLEUR PELLERIN
Nous sommes effectivement dans un cadre contraint, parce que l'ensemble des organisations publiques sont dans un cadre contraint, je rappelle aussi que nous avons fait une comparaison internationale, que la BBC par exemple, qui est plutôt renommée pour sa capacité justement aussi à produire des séries de bonne qualité, à avoir une bonne offre d'informations, la BBC va faire 700 millions de livres d'économies entre 2014 et 2017. Donc tous les audiovisuels publics de la plupart des pays européens sont aujourd'hui – c'est vrai – soumis à une forte contrainte financière. Donc France Télévisions doit rentrer aussi dans cette démarche du gouvernement pour avoir une gestion responsable des finances publiques, mais c'est vrai que, aujourd'hui, les ressources sont stabilisées pour les trois prochaines années, c'est ça qui est prévu, mais c'est vrai qu'il faudra avoir une utilisation un peu différente des ressources publiques.

PATRICK COHEN
Mais vous avez aussi fait le choix de ne pas fâcher les chaînes privées qui veulent garder leur gâteau publicitaire.

FLEUR PELLERIN
Alors, il y a eu effectivement un certain nombre de propositions du rapport SCHWARTZ qui visaient à réintroduire partiellement de la publicité après 20h sur certaines émissions, par exemple les matchs sportifs, et pour l'instant, la décision qui a été prise, c'est de ne pas rouvrir le chantier de la publicité après 20h…

PATRICK COHEN
Parce que TF1 et M6 y sont vivement opposées !

FLEUR PELLERIN
Non, dont nous pensons qu'il a été très malmené par le gouvernement de droite, c'est-à-dire que…

PATRICK COHEN
Oui, mais vous n'y touchez pas !

FLEUR PELLERIN
La publicité a été supprimée alors que la compensation financière n'était pas suffisante, et qu'il n'y avait pas eu d'étude d'impact, mais aujourd'hui, le marché de la publicité est fragile, il est fragile, et nous ne souhaitons pas déstabiliser outre mesure…

PATRICK COHEN
Les chaînes privées…

FLEUR PELLERIN
L'ensemble du secteur audiovisuel.

PATRICK COHEN
Un point à éclaircir, Fleur PELLERIN, qui a la tutelle sur les chaînes publiques, le gouvernement ou le CSA ?

FLEUR PELLERIN
Alors, le gouvernement est actionnaire, enfin, l'Etat est actionnaire, donc les Français sont actionnaires de France Télévisions, mais ce que nous avons souhaité faire, c'est renforcer l'indépendance, puisque les valeurs du service public sont toujours les mêmes, et parmi elles, l'une qui est cardinale, c'est l'indépendance de l'information sur le service public audiovisuel. Donc qu'avons-nous fait en arrivant ? Nous avons immédiatement réintroduit la nomination du président de France Télévisions, non pas par le chef de l'exécutif, mais par le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Donc la nomination…

PATRICK COHEN
Oui, ce n'est pas vous qui choisissez les candidats, mais c'est vous qui écrivez leur programme ?

FLEUR PELLERIN
Il appartient au président du CSA de choisir celui qui sera le prochain président de France Télévisions, nous, ce que nous avons souhaité faire, c'est donner des orientations stratégiques, pas faire le programme, puisque je vous ai dit tout à l'heure, c'était aux candidats de faire… d'avoir une vraie stratégie d'entreprise, mais nous, nous avons souhaité, en tant qu'actionnaires, pouvoir dire : voilà ce que nous pensons de la place de l'information, de la culture, de la manière dont l'audience doit être traitée par France Télévisions, c'est une attitude tout à fait normale, et même nécessaire de la part d'un actionnaire.

PATRICK COHEN
Ça n'est pas une reprise en main du gouvernement sur l'audiovisuel public ?

FLEUR PELLERIN
C'est la réaffirmation d'une modernisation de la relation entre l'Etat et l'audiovisuel public.

PATRICK COHEN
Votre pouvoir de nomination en revanche est toujours intact dans le secteur de la culture, vous avez choisi de nommer Serge LASVIGNES à la tête du Centre Pompidou, secrétaire général du gouvernement, aucune expérience dans le domaine culturel, nomination critiquée, contestée, on en parlait hier ici même, pourquoi l'avoir nommé ?

FLEUR PELLERIN
Une des plus belles expériences administratives, c'est un des postes les plus importants de la République, donc il n'y a pas de mépris à avoir vis-à-vis…

PATRICK COHEN
Administratives, mais pas culturelles…

FLEUR PELLERIN
Oui, mais qu'est-ce que l'établissement du Centre Pompidou ? C'est un établissement public…

PATRICK COHEN
Deuxième plus grand musée du monde…

FLEUR PELLERIN
C'est un établissement public qui est composé d'un grand musée, d'un des plus grands musées du monde, le Musée national d'art moderne, qui est un département du Centre Pompidou, à côté duquel il y a un département du développement culturel, il y a des organismes associés, que sont la Bibliothèque publique d'information, et l'IRCAM, l'Institut de Recherche et de Coordination Acoustique Musique, il y a le Centre Pompidou Metz, donc le Centre Pompidou, c'est un centre pluridisciplinaire, c'est un établissement public, pluridisciplinaire, qui regroupe un certain nombre d'établissements, dont fait partie le Musée d'art moderne, qui a à sa tête Bernard BLISTENE, qui est un très grand conservateur, très reconnu, le Centre Pompidou n'a pas vocation à être dirigé par un conservateur, puisqu'il y en a déjà un à la tête du Musée national d'art moderne, qui a vocation à faire la politique de programmation, à programmer les expositions, à inviter des artistes, etc. Donc il n'y a aucune raison de doublonner ce profil. Moi, ce que je souhaitais pour le Centre Pompidou, que je connais très bien, parce que ça me rappelle des souvenirs professionnels de jeunesse, c'est le premier établissement que j'ai eu à contrôler lorsque je suis arrivée à la Cour des comptes, au début des années 2000, c'est un ensemble extrêmement complexe, et je crois qu'il a, depuis sa création, perdu un peu ce caractère pluridisciplinaire. Quelles sont les synergies aujourd'hui avec l'Institut de Recherche Acoustique Musique, avec la Bibliothèque publique d'information, qui pourtant est un lieu très important pour ma politique, et en tant que ministre de la Culture, ma politique de lecture publique. Donc moi, je trouve que ce caractère pluridisciplinaire, dans cet ensemble, a été un petit peu mésestimé ou sous-estimé au cours des dernières années, ou négligé, et moi, je souhaitais avoir une personnalité qui soit capable d'avoir une vision d'ensemble et une vision stratégique de moyen terme pour le Centre Pompidou, pas seulement avoir la vision scientifique ou artistique, puisque celle-là est déjà prise en charge par Bernard BLISTENE, le directeur du Musée d'art moderne et par la directrice du développement culturel. Donc je souhaitais vraiment quelqu'un qui soit capable d'appréhender cette complexité, de gérer aussi le dialogue social, parce que dans un ensemble aussi vaste, c'est important d'avoir quelqu'un qui sache gérer le dialogue social…

PATRICK COHEN
Bon, donc c'est vraiment la meilleure personne ?

FLEUR PELLERIN
Et donc, je pense…

PATRICK COHEN
Et c'est votre idée ?

FLEUR PELLERIN
Et donc je pense que c'est un bon profil, et qu'il n'y a pas de jugement a priori à porter sur quelqu'un qui n'a pas encore exprimé son point de vue sur la…

PATRICK COHEN
Non, mais qui permet de libérer une place, vous savez, on parle de jeu de chaises musicales…

FLEUR PELLERIN
Oui, vous pouvez toujours médire…

PATRICK COHEN
C'est le commentaire du Figaro ce matin : « la culture aux yeux du pouvoir semble devenue une valeur d'ajustement, un hochet qui sert à se séparer des uns pour placer des autres » ; c'est souvent ça les nominations ?

FLEUR PELLERIN
Non, je ne suis pas d'accord, mais enfin, vous n'empêcherez jamais personne de dire ça, et on aurait nommé une autre personnalité, ça aurait été le même type de commentaires, donc voilà, moi, j'assume totalement ce choix, je pense que c'est le bon choix, je l'ai proposé au président de la République, qui l'a accepté. Et j'en suis très contente.

PATRICK COHEN
Un mot encore, Fleur PELLERIN, avant « La revue de presse », Expofrance, pour que Paris accueille l'Exposition Universelle, présente son projet aujourd'hui, on peut faire les JO en 2024, et l'Expo Universelle en 2025 ? C'est raisonnable de mener les deux candidatures à la fois ?

FLEUR PELLERIN
Oui, je crois que ça donne un horizon en termes d'investissements, d'équipements aussi, qui paraît d'ailleurs cohérent, moi, je crois que c'est très bien pour l'attractivité de notre pays, c'est très bien pour montrer le dynamisme de nos entreprises, de la scène culturelle…

PATRICK COHEN
Donc les deux, vous ne choisissez pas, vous ?

FLEUR PELLERIN
Non, je crois qu'il est possible d'avoir deux candidatures en même temps sur un horizon assez proche, je pense que c'est… des investissements ou des équipements pourront d'ailleurs servir les deux objectifs.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 mars 2015

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