Point presse de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, sur l'adoption par le Conseil Environnement de la contribution européenne au plan d'action pour le climat dans le cadre de la COP21, à Bruxelles le 6 mars 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point presse de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, sur l'adoption par le Conseil Environnement de la contribution européenne au plan d'action pour le climat dans le cadre de la COP21, à Bruxelles le 6 mars 2015.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie

Circonstances : Conseil des ministres de l'environnement, à Bruxelles le 6 mars 2015

ti : « L'accord de l'ensemble des pays européens pour déposer à l'ONU le plan d'action pour le climat vient d'être fait. Ce n'était pas du tout évident et je crois que nous avons pris conscience de nos responsabilité par rapport au regard que porte le reste du monde sur la façon dont les pays de l'Union européenne s'engagent pour réduire de 40% leurs émissions de gaz à effet de serre. Ce qui a été fait ce matin, c'est la liste de toutes les actions concrètes et de tous les secteurs économiques qui sont concernés par cet engagement.

Je dois dire que la loi française sur la transition énergétique pour la croissance verte a servi aussi d'élément mobilisateur et nous avons pu faire converger tous nos pays malgré des modèles énergétiques très différents comme vous le savez. Je crois que chacun a pris conscience de ses responsabilités, moi-même, j'ai appelé à la prise de responsabilité de l'Union européenne dans la perspective de la Conférence de Paris sur le climat. Il est bien évident, dès lors que dès aujourd'hui comme l'ont dit le Président en exercice de la Lettonie et le Commissaire européen, l'engagement, le plan d'action, la contribution européenne sera envoyée au secrétariat des Nations Unies, c'est-à-dire que l'Europe est le premier continent à déposer sa première contribution nationale telle qu'elle a été demandée par les Nations Unies et tel que les pays se sont engagés à la faire.

Je crois qu'un pas très important est franchi aujourd'hui, sur la réussite, sur la route de Paris Climat. Il reste bien évidemment beaucoup d'échéances à franchir mais je crois que l'Europe qui prend ses responsabilités, qui est consciente aussi d'avoir été à la source de beaucoup d'émanations de gaz à effet de serre depuis le début de la révolution industrielle, est consciente que c'est elle qui a les plus grandes responsabilités à prendre pour entraîner le reste du monde.

L'Europe, bien évidemment reste ouverte sur les autres continents, elle prend des engagements pour elle-même mais elle n'oublie pas aussi, notamment dans le dialogue avec l'Afrique, qu'elle sera aussi à l'avant-garde pour le transfert de technologie et pour que les décisions rapides sur le financement de l'accord climat soit rapidement mis en application ».

(Anne Eckstein, Europolitics) : est-ce que l'agriculture est incluse ?

Oui, le texte a été repris tel quel, l'agriculture bien évidement est comprise. Je voudrai rappeler à ce sujet-là que l'agriculture comme tous les secteurs économiques est à la source d'émanations de gaz et de réchauffement climatique et qu'en même temps, elle en est victime aussi.

Donc, l'agriculture a intérêt à faire partie du dispositif puisqu'elle est aussi victime du réchauffement climatique avec la sécheresse et c'est aussi par l'agriculture et par les territoires ruraux que se trouvent une partie des solutions, notamment, par la reforestation.

L'accord sur l'intégration de l'agriculture a été accompagné d'une précision, d'une déclaration de la Commission qui redit bien quelles sont les différentes échéances pour qu'à la fois l'agriculture puisse s'adapter et en même temps, puisse bénéficier, profiter des initiatives, des actions et des financements nécessaires à cette adaptation.

(Christian Spillman, AFP) : Est-ce que l'accord demande à nos grands partenaires, nos grands pollueurs de faire des efforts équivalents aux nôtres ? Vous ne nous avez pas précisé quel était l'effort de l'Union européenne dans l'accord.

Si, l'accord est très avant-gardiste au sens où il fait la liste de l'ensemble des secteurs techniques concernés de façon extrêmement détaillée. Bien évidemment les plus gros contributeurs aux émanations de gaz à effet de serre devront être également ceux qui devront faire l'effort le plus important pour que l'on puisse atteindre globalement un minimum de 40 % de diminution des gaz à effet de serre.

(Christian Spillman, AFP) : est ce que l'on attend des américains qu'ils fassent 40 % de réduction de leurs émissions ?

On attend des américains qui se sont déjà engagés verbalement, on attend d'eux qu'ils s'engagent par écrit, ce que l'Union européenne fait aujourd'hui. Puisque ce qui a été demandé à chaque pays c'est de faire une contribution écrite sur les engagements qui vont permettre de réduire à moins de 2 degrés le réchauffement climatique.

L'Union européenne est la première à mettre sur la table cet engagement opérationnel, concret, vérifiable, précis comme l'ont demandé les Nations unies. Nous attendons maintenant, et cela ne saurait tarder j'en suis sûre, que les autres pays en fassent de même et cela, avant la fin du mois de mars si possible. Ensuite, pourra s'enclencher et être finalisé avant l'été, le dispositif financier qui est très attendu notamment par les pays qui souffrent le plus du réchauffement climatique, les états insulaires.

J'ai distribué ce matin l'appel de Manille qui avait été lancé par le Président de la République et par le Président des Philippines pour bien marquer que nous étions aussi très attendus par le reste du monde. Je crois que le signal que donne l'Union européenne aujourd'hui par rapport à un engagement qui n'a pas été facile pour tous les pays, c'est un effort considérable qui est demandé.

Mais l'Europe a voulu garder un temps d'avance. L'Europe a voulu prendre ses responsabilités. L'Europe a voulu accélérer la prise de conscience. L'Europe a voulu accélérer l'engagement des autres pays. Pourquoi ? Parce que c'est Paris qui reçoit la Conférence Climat mais Paris, c'est l'Europe et donc, c'est l'Union européenne d'une certaine façon qui reçoit la Conférence Climat et de ce point de vue, l'Europe doit être exemplaire. Je pense que les pays qui avaient des dissensions au début des discussions ont compris la nécessité de cette prise de responsabilité, ont fait cet effort sous la pression de l'engagement collectif et aujourd'hui, c'est vraiment une très belle victoire pour l'Union européenne. Ce n'était pas du tout acquis d'avance et je suis convaincue que c'est un cap, un seuil formidable qui est aujourd'hui enclenché, qui est engrangé puisqu'il y a des signatures opérationnelles, ce ne sont pas des déclarations verbales, c'est un document écrit paraphé par tous les ministres de l'environnement qui sont en charge de porter les efforts de leurs pays pour le climat et qui sera transmis aujourd'hui au Secrétariat des Nations Unies.

(Christian Spillman, AFP) : L'Union européenne ne pèse que 9% des émissions mondiales, les américains pèsent 12 %. Est-ce si à Paris les Américains ne mettent pas quelque chose qui soit équivalent, que ce soit décevant, est ce que l'on prend quand même pour faire un accord au rabais ou est-ce que l'on conteste et l'on dit non il faut que vous fassiez plus ?

L'accord ne doit pas être au rabais. L'accord doit être  la hauteur des défis climatiques et les Etats Unis ont déjà fait des déclarations sur leur ambition au regard de leur responsabilité sur le réchauffement climatique.

Ce que je souhaite, c'est qu'il n'y est pas de procès d'intention qui soit fait à tel ou tel pays. Attendons les contributions écrites. Ensuite, il y aura une évaluation de ces contributions écrites pour voir en effet si elles sont suffisamment précises, suffisamment crédibles pour atteindre les objectifs que se fixent les Etats et que la planète se fixe à elle-même.

Donc là, il y a des contributions écrites, la première, la seule pour l'instant, celle de l'Union européenne, donc la 1ère contribution dite nationale bien qu'elle intègre plusieurs nations, c'est précisément la portée et le plus de l'Union européenne qui sera je l'espère suivie de bien d'autres par ce que je suis convaincue que cela va servir d'émulation.

Si l'Union européenne avance, fait cet effort, c'est beaucoup plus difficile de se mettre d'accord quand on est plus nombreux comme dans l'Union européenne que de se mettre d'accord avec soi-même dans un autre pays, nous avons fait le plus difficile. Là où l'accord a été le plus difficile c'est dans l'Union européenne. Nous avons des modèles énergétiques très différents, il a fallu faire converger à la fois les exigences, les ambitions, les capacités d'action.

Je voudrai souligner le caractère remarquable de ce qui a été fait aujourd'hui et qui traduit la prise de conscience, la prise de responsabilité, le sentiment que nous avions symboliquement et concrètement une responsabilité majeure pour faire réussir la Conférence de Paris sur le Climat et qu'aujourd'hui une étape historique, décisive est franchie. Cela n'a jamais existé. C'est la 1ère dans l'histoire de l'Union européenne que nous faisons à la fois l'Union de l'Energie dont nous avons discuté hier et qui a également été adoptée, et l'Union de l'Energie fait partie, vous le voyez bien, fait parte très concrètement de l'agenda des solutions et de la mise en application de ce programme d'action puisque à la source du réchauffement climatique, il y a d'abord le modèle énergétique. C'est la 1ère fois dans l'histoire de l'Europe qu'il y a à la fois accord sur le climat aussi ambitieux qui engage tous les secteurs économiques de nos territoires et qui est en même temps convergent avec un texte clair et précis sur l'Union de l'Energie, ce qui est tout à fait remarquable vu la différence de nos modèles énergétiques. Je pense que cela mérite d'être souligné et en plus cela nous raccroche à notre histoire européenne qui je vous le rappelle a été conçue, forgée d'abord sur la question énergétique, avec la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier.

Que l'Europe franchisse une nouvelle étape au service de la planète à partir d'une Union de l'énergie et dans le cadre d'un accord et d'un plan d'action ambitieux sur le climat, est aussi pour l'Europe une formidable occasion de sortir de la crise. Parce qu'il y a l'aspect défi à relever mais il y a l'aspect chance à saisir. L'UE a saisi ses chances de mobiliser ses entreprises, ses industries pour investir dans les filières de la croissance verte. On a un levier de sortie de crise qui est à mon avis primordial et si l'Europe sait s'en saisir, elle pourra créer beaucoup d'activités et d'emplois dans ces secteurs »


source http://www.rpfrance.eu, le 17 mars 2015

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