Interview de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, à "Itélé" le 26 mars 2015, sur l'écrasement d'un avion de la compagnie Germanwings, dans les Alpes, sur les chiffres du déficit pour 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, à "Itélé" le 26 mars 2015, sur l'écrasement d'un avion de la compagnie Germanwings, dans les Alpes, sur les chiffres du déficit pour 2014.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Ministre des finances et des comptes publics;

ti : BRUCE TOUSSAINT
Michel SAPIN est notre invité ce matin, bonjour.

MICHEL SAPIN
Bonjour.

BRUCE TOUSSAINT
Merci d'être avec nous. Il y a quelques heures, dans la nuit, on a appris de nouveaux éléments importants sur le crash de cet A320 de la GERMANWINGS dans les Alpes. Selon la boîte noire qui a parlé, et selon l'AFP et le New York Times qui ont relayé ces informations, l'un des pilotes n'était pas dans le cockpit et n'a pas pu rentrer ensuite à l'intérieur de ce cockpit. Est-ce que vous pouvez me confirmer cela ?

MICHEL SAPIN
C'est normal que vous me posiez des questions sur ce sujet, tout le monde est dans l'émotion, et je pense que le principal respect que je dois, en tant que responsable politique, vis-à-vis des victimes, vis-à-vis des parents, des amis des victimes, qui sont en train de se rendre sur place, c'est de ne pas commenter ce que je ne connais pas. Donc je ne connais pas les informations, je ne connais pas les faits, je ne commente pas ce que je ne connais pas.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que vous pouvez simplement nous dire si le gouvernement est au travail sur ce sujet, s'il va nous informer dans les prochaines heures ?

MICHEL SAPIN
La seule chose qu'un responsable politique, digne de ce nom, peut faire, c'est de commenter les enquêtes et le résultat des enquêtes. Il y a une enquête technique, dont les résultats, lorsqu'ils seront analysés, seront donnés, et publiés, par ce qu'on appelle le Bureau Enquêtes Accidents, et il y a une enquête judiciaire, un procureur de la République, qui va s'exprimer aujourd'hui, pour dire quel est, de son point de vue, les faits, quels sont les faits, et quelles sont, à ce stade-là de l'enquête, les conséquences qu'il peut en tirer, mais ce n'est pas à moi de le faire.

BRUCE TOUSSAINT
Etes-vous, au moins en tant que citoyen, surpris, et même stupéfait, par ces révélations ?

MICHEL SAPIN
Pardon de devoir redire la même chose.

BRUCE TOUSSAINT
Vous ne souhaitez pas en dire davantage ?

MICHEL SAPIN
Voilà. Si je m'exprime moi, ce n'est pas tout à fait comme quand vous, vous vous exprimez.

BRUCE TOUSSAINT
Enfin, ça relance quand même l'hypothèse d'un acte terroriste, qui n'a jamais été écarté, d'ailleurs, par le gouvernement.

MICHEL SAPIN
Je pense que le mieux c'est de n'écarter aucune hypothèse.

BRUCE TOUSSAINT
Michel SAPIN, les chiffres de l'INSEE sont tombés il y a quelques instants, et le déficit 2014 est moins élevé que prévu. C'est une bonne nouvelle ?

MICHEL SAPIN
Oui, c'est une bonne nouvelle, d'abord parce que…

BRUCE TOUSSAINT
4 %.

MICHEL SAPIN
Ça veut dire qu'il est plus faible que l'année précédente, que 2013. C'est-à-dire que…

BRUCE TOUSSAINT
Pardon de vous couper, 4,1 en 2013, 4 en 2014.

MICHEL SAPIN
Alors que la croissance était extrêmement faible, malheureusement. La mauvaise nouvelle de 2014 c'est une croissance très très faible, qui complique beaucoup les choses du point de vue de la gestion de l'Etat, de la gestion du budget, et, évidemment, qui la complique du point de vue du chômage, puisque c'est à cause d'une croissance très faible que le chômage a augmenté en 2014. Donc, c'est une bonne nouvelle. Ça veut dire quoi ? ça veut dire que nous maîtrisons nos déficits, que nous maîtrisons nos dépenses, que nous sommes au volant, que nous conduisons la voiture France avec détermination et avec sérieux, en faisant en sorte que l'argent des Français soit le mieux possible géré, dans une période délicate et difficile.

BRUCE TOUSSAINT
Les collectivités locales ne vous disent pas merci, parce que vous les avez asséchées, 4,8 milliards d'euros en moins pour elles. C'est ce qui explique d'ailleurs ce chiffre.

MICHEL SAPIN
Pas seulement, puisqu'il y a 8 milliards de dépenses en moins par rapport à ce que nous avions prévu, donc tout le monde a fait les efforts nécessaires. Les collectivités locales, parce que c'est le cycle électoral, comme on dit, il y a eu, comme vous le savez, un chamboulement important dans les collectivités locales et donc, dans beaucoup d'endroits, les collectivités locales ont revu leur budget, parce que, voilà, c'était la majorité précédente, il y a une nouvelle majorité, on revoit les budgets. Ça a abouti à des baisses des dépenses par rapport à ce que nous avions prévu, du point de vue des collectivités locales. Mais c'est le même niveau que les deux années précédentes. L'Etat a fait des efforts, et la Sécurité sociale, en particulier l'Assurance Maladie, a fait des efforts. Donc, nous gérons, le mieux possible, l'argent que les Français nous confient.

BRUCE TOUSSAINT
Oui, la baisse du déficit public ça ne va pas finalement revenir, pour les contribuables, à une hausse spectaculaire des impôts locaux ? Les municipalités ont changé, vous venez de le rappeler, il y a moins d'argent.

MICHEL SAPIN
Ecoutez, elles ont toutes fait campagne sur le fait qu'elles ne voulaient pas augmenter les impôts, donc je leur fais confiance…

BRUCE TOUSSAINT
Ce n'est pas faux, il faudra tenir les engagements.

MICHEL SAPIN
Je l'espère, pour tenir ces engagements. Nous, nous avons dit que nous n'augmenterions plus les impôts. Et, si vous regardez attentivement les chiffres, vous verrez, parce que c'est la deuxième bonne nouvelle, qu'en 2014, comme disent les spécialistes, les prélèvements obligatoires n'ont pas augmenté, je devrais dire ont cessé d'augmenter, par rapport à ce qui s'était passé en 2010, en 2011, en 2012, en 2013. Prélèvements obligatoires, vous savez comment ça s'appelle ? Les impôts. Donc, les impôts sont restés stables, en 2014. Donc, tout l'effort, qui a été le nôtre, c'est un effort sur la dépense publique, parce que nous ne pouvons pas diminuer les déficits sans maîtriser la dépense publique, mais tout en finançant, aussi, nos priorités. Parce que, en même temps, avec un déficit qui a baissé, eh bien il y a des gendarmes en plus, il y a des policiers en plus, il y a une Assurance Maladie qui a fait des économies sans jamais aucun déremboursement, qui était la méthode précédente. Voilà. On peut financer ses priorités, en étant sérieux, et en diminuant les déficits.

BRUCE TOUSSAINT
Ce qui ne s'arrange pas, en revanche, c'est la dette, 95 %, c'est ce que l'INSEE annonce ce matin.

MICHEL SAPIN
Vous avez parfaitement raison de le dire. Tant qu'il y a un déficit, il y a une augmentation de la dette, ou alors je ne comprends pas grand chose aux mathématiques.

BRUCE TOUSSAINT
C'est mathématique, vous avez raison.

MICHEL SAPIN
C'est de la mathématique assez simple ; d'où la nécessité, absolue, de diminuer notre déficit. Au fond, la dette n'augmentera plus que le jour où on sera passé en dessous de 3 % de déficit. C'est pour ça que c'est très important. Les gens ne comprennent pas très bien pourquoi on dit 3 % de déficit, c'est à partir de ce moment-là que la dette, par rapport à notre richesse, n'augmente plus. C'est pour ça, on va l'atteindre… ce chiffre de 4 % en 2014, que j'ai accompagné d'un commentaire en disant que ça allait nous permettre de réviser à la baisse le déficit pour 2015…

BRUCE TOUSSAINT
Combien ?

MICHEL SAPIN
Aux alentours de 3,8. C'est trop tôt techniquement pour vous dire précisément, mais aux alentours de 3,8.

BRUCE TOUSSAINT
Quand est-ce qu'on sera aux 3 % ?

MICHEL SAPIN
Ce que nous avons décidé, et ce que l'Europe nous recommande, c'est en dessous de 3 % en 2017, nous y serons, et ces chiffres confirment la crédibilité de ce scénario.

BRUCE TOUSSAINT
Le chiffre symbolique des 100 %, pour la dette, il sera atteint ?

MICHEL SAPIN
Non, je pense qu'il ne le sera pas, parce que justement, avec ces chiffres-là…

BRUCE TOUSSAINT
Pardon, mais c'est mathématique, vous venez de le dire à l'instant.

MICHEL SAPIN
Oui, tout à fait.

BRUCE TOUSSAINT
On y va.

MICHEL SAPIN
On y allait encore plus vite à 4,4 % de déficit, on y va…

BRUCE TOUSSAINT
On y va, mais moins vite.

MICHEL SAPIN
Moins vite à 4 %, on y va encore moins vite à 3,8 %, et comme on continue comme ça, on n'ira pas, parce que justement, en faisant diminuer les déficits, on évite – c'est un chiffre symbolique, mais enfin les symboles ça compte dans la vie – c'est un chiffre symbolique…

BRUCE TOUSSAINT
Surtout en politique.

MICHEL SAPIN
Nous n'atteindrons pas ce chiffre-là parce que nous maîtrisons nos dépenses et nous maîtrisons notre dette.

BRUCE TOUSSAINT
Michel SAPIN, est-ce que ces chiffres, alors retenons le bon chiffre, le déficit, ça va changer quelque chose pour la croissance ? Ça va donner un petit coup de pouce pour cette croissance 2015 ?

MICHEL SAPIN
Oui, je vais vous dire pourquoi ça change les choses. D'abord parce que nous réduisons les déficits sans pour autant saccager les dépenses publiques. Certains nous diraient il faut faire non pas 50 milliards d'économies, ce que nous sommes en train de faire, mais 120, 130. Monsieur SARKOZY, il veut faire deux fois plus, trois fois plus, sans jamais dire où il veut le faire, sans jamais dire quels sont les policiers qu'il veut supprimer, ou les infirmières qu'il veut supprimer. Nous, nous disons, et nous faisons. Nous le faisons à un rythme qui permet de soutenir la croissance. Mais la deuxième raison, c'est la confiance. Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Il y a plein de signaux qui nous disent 2015 devrait être meilleur que 2014, je dis devrait être, je ne dis pas sera, devrait être meilleur. A une condition, c'est que les acteurs économiques, les ménages, vous, moi, lorsqu'on a une décision à prendre, acheter un appartement, construire une maison, ou les chefs d'entreprise, un investissement, une création d'emploi, ils aient confiance, et un des éléments de la confiance, c'est que nous soyons sérieux, que l'Etat soit sérieux, que la gestion des finances publiques soit sérieuse. Et là, c'est la preuve de notre sérieux.

BRUCE TOUSSAINT
Michel SAPIN, mouillez-vous un peu, là, sur le chiffre de la croissance. Donnez-moi un chiffre qui n'est pas celui officiel jusqu'ici. C'est quoi le nouveau chiffre que vous avez en tête ?

MICHEL SAPIN
Je ne suis pas là pour me mouiller, parce que quand on se mouille…

BRUCE TOUSSAINT
Vous voulez donner confiance, à l'instant vous venez de le dire.

MICHEL SAPIN
Alors, vous savez…

BRUCE TOUSSAINT
Ça peut être un moyen de donner confiance.

MICHEL SAPIN
Vous savez comment on fait pour donner confiance ? On constate ce qui va mieux, on ne l'annonce pas, comme ça, à l'avance, au risque d'être démenti. Le 1 % de croissance pour 2015 il est acquis. L'année dernière, non, à la fin de l'année dernière, au mois d'octobre, lorsque j'ai dit je prévois 1 % de croissance en 2015, certains m'ont dit « c'est totalement irréaliste, c'est un mensonge. » Tiens, l'adepte de la dénonciation des mensonges, Nicolas SARKOZY, c'est un mensonge, non, ça n'était pas un mensonge. C'était une réalité, une possibilité. Le 1 % de croissance pour 2015, il est acquis. Donc nous ferons mieux que 1 % de croissance en 2015.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, le problème, Michel SAPIN, c'est que ces signaux économiques, plutôt positifs, n'ont pas d'impact sur le chômage pour l'instant. Pourquoi ce début de reprise ne se fait pas sentir sur le front du chômage ?

MICHEL SAPIN
Mais c'est vrai, c'est vrai. Mais parce que, pour que les choses se fassent sentir vraiment, durablement, sur le front du chômage, il y a eu un mois de baisse, un mois de hausse, total, il y en a un peu moins, mais un mois de baisse… on est stable, on est à… ce n'est pas suffisant, ce n'est pas satisfaisant…

BRUCE TOUSSAINT
Plus 1 moins 1, ça fait zéro…

MICHEL SAPIN
Plus 1 moins 1, ça fait zéro, voilà. Donc ce n'est pas satisfaisant pour les gens, qu'est-ce qu'ils veulent ? Ils veulent voir reculer le chômage, mais pour que le chômage recule, je le disais avant, quand j'étais ministre du Travail, je le dis plus encore aujourd'hui, parce que j'ai la responsabilité de l'économie et des finances, il faut qu'il y ait plus de croissance. c'est pour ça que tout doit être au service de la croissance, si nous sommes à 1,2 % de croissance, on arrête l'augmentation, à 1,5 % de croissance, on diminue le nombre des chômeurs, parce que c'est les créations d'emplois sont supérieures à ceux qui arrivent sur le marché du travail, on a beaucoup de jeunes qui arrivent sur le marché du travail, c'est une chance…

BRUCE TOUSSAINT
On sera entre les deux ?

MICHEL SAPIN
Mais je ne sais pas où on sera, mais c'est là qu'il faut être, et c'est dans ce sens-là qu'il faut agir, et tout doit y être…

BRUCE TOUSSAINT
A 3, à 4 ?

MICHEL SAPIN
Et quand on fait un déficit inférieur à celui qui était prévu, ça donne confiance, ça doit donner confiance à ceux qui doivent prendre les décisions, c'est-à-dire les chefs d'entreprise, les ménages, c'est le moment…

BRUCE TOUSSAINT
D'un mot Michel SAPIN…

MICHEL SAPIN
Ayez confiance ! Investissez, allez-y !

BRUCE TOUSSAINT
D'un mot, Michel SAPIN, vraiment d'un mot, ça va être une déroute dimanche soir pour la majorité ?

MICHEL SAPIN
Non. Ça ne l'a pas été dimanche dernier, ça ne le sera pas dimanche prochain. Ce sera une défaite évidemment, nous perdrons des départements, mais ceux qui pensent qu'ils peuvent s'appuyer sur une déroute pour glorifier leur inconsistance se trompent.

BRUCE TOUSSAINT
Merci Michel SAPIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 mars 2015

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