Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur la coopération policière entre la France et la Tunisie et les initiatives européennes dans la lutte contre le terrorisme, à Tunis le 20 mars 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur la coopération policière entre la France et la Tunisie et les initiatives européennes dans la lutte contre le terrorisme, à Tunis le 20 mars 2015.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Voyage entrepris à la suite de l'attaque terroriste au musée du Bardo le 18 mars 2015 ; discours devant la communauté française, à Tunis le 20

ti : Monsieur l'Ambassadeur,
Mesdames, Messieurs,


Je voudrais tout d'abord, Monsieur l'ambassadeur, chère Madame, vous remercier pour m'offrir l'hospitalité de ce jardin à la faveur de cette rencontre avec les représentants de la communauté française, ici à Tunis.

J'ai tenu à venir aujourd'hui à la demande du président de la République pour exprimer d'abord la solidarité du gouvernement français à l'égard du peuple et du gouvernement tunisiens qui sont confrontés à une terrible épreuve. Cette épreuve, nous en percevons les dimensions barbares abjectes, ignobles. C'est ainsi qu'il faut caractériser les actes de ceux qui ont cherché à atteindre la démocratie tunisienne au cœur, comme nous avons été nous-mêmes touchés au mois de janvier par de même actes barbares, abjects, ignobles, qui s'en prenaient aux valeurs et aux symboles de la République.

Il y a une relation ancienne entre la France et la Tunisie qui est une relation d'amitié, de confiance, de coopération. Il est donc normal et logique que nous soyons là aujourd'hui pour dire nos condoléances, notre compassion, notre tristesse, notre douleur, notre amitié et pour dire aussi, c'est le sens de cette visite, la disponibilité de la France et du gouvernement français pour accompagner la Tunisie dans cette épreuve. Cela veut dire que nous sommes disponibles et que nous sommes disposés à aider nos amis tunisiens dans la lutte qu'ils mènent contre le terrorisme et pour la démocratie.

La Tunisie est une démocratie qui a apporté la démonstration au cours des derniers mois de sa capacité à respecter les échéances et à faire vivre les libertés. Elle l'a fait avec beaucoup de force et beaucoup de détermination. Nous sommes aux côtés de la Tunisie, démocratie ferme et déterminée dans la lutte contre le terrorisme, parce que nous sommes nous aussi confrontés à ce péril.

Je voudrais, non pas pour vous rassurer, mais simplement par souci de vous dire la vérité, que le niveau de menace reste élevé, partout en Europe et dans le monde, dans les démocraties ou les terroristes veulent s'en prendre à nos valeurs. Les événements qui se sont produits à Paris, ceux qui se sont produits à Copenhague et ceux qui se produisent à Tunis aujourd'hui en témoignent. Nous avons aussi la présence de groupes terroristes sur la bande sahélo-saharienne qui frappent et qui parfois organisent aussi des trafics des êtres humains pour financer leurs funestes objectifs criminels et meurtriers.

Mais en même temps que ce risque est élevé partout, vous devez savoir que nous sommes déterminés à le juguler, à le surmonter, à le combattre. Nos services de renseignement, nos services de police travaillent ensemble, à l'échelle européenne et au-delà, pour démanteler les filières, pour neutraliser les réseaux, pour mettre hors d'état de nuire des terroristes. Encore récemment à Tunis, des filières ont été démantelées avec succès et chaque semaine, en France, la Direction générale de la sécurité intérieure procède à l'interpellation de terroristes et au démantèlement de filières organisées notamment de recrutement.

Si la menace est élevée, il faut avoir la lucidité de la regarder en face. Nous sommes déterminés à agir ensemble pour la vaincre et c'est la raison pour laquelle, où que nous soyons, quelles que soient les responsabilités que nous exerçons, quelles que soient les activités dans lesquelles nous sommes engagés, nous devons rester debout, déterminés, forts de nous-mêmes, forts de nos valeurs, de manière à ne pas laisser les terroristes atteindre le but qui est le leur, c'est-dire celui de semer l'effroi. C'est en étant forts, partout où nous sommes, et déterminés, partout où nous sommes, que nous parviendrons à vaincre les terroristes.

C'est le sens, finalement, de ce que nous nous sommes dit avec le président de la République tunisienne à l'instant : détermination à agir, détermination à être ensemble, détermination à vaincre le terrorisme. Alors, bien entendu, nous prenons tous des précautions. La France prend des précautions. Le plan Vigipirate a été rehaussé. Nous protégeons des lieux de culte, des institutions, des écoles, à travers une mobilisation forte des forces de police, de gendarmerie, à travers une mobilisation forte des militaires que je voudrais remercier pour leur contribution à la sécurité des lieux les plus sensibles en France.

Le gouvernement tunisien lui-même, avec beaucoup d'efficacité et de sévérité, prend des dispositions, parce que la vie doit continuer. Elle doit reprendre ses droits immédiatement après que les terroristes ont frappé, parce que la vie doit être plus forte que la volonté qu'ils ont de nous atteindre.

C'est la raison pour laquelle nous nous tenons aux côtés du gouvernement tunisien, tout prêt de lui dans l'amitié, dans la confiance et dans la détermination à faire vivre la démocratie, les valeurs de tolérance, de respect, de fraternité, de vivre ensemble qui nous unissent à la Tunisie et à tous nos amis et qui doivent nous permettre de lutter efficacement contre le terrorisme.

Je vais également vous dire que ce combat est un combat que chaque nation doit mener mais pas seulement. Nous devons, je viens de l'indiquer, renforcer notre coopération. La France doit aussi multiplier les initiatives au plan européen. Nous le faisons lorsque nous engageons des actions avec le coordinateur en charge de la lutte antiterroriste Gilles de Kerchove pour la déradicalisation. Nous le faisons lorsque nous préconisons qu'on mette en place des contrôles coordonnés systématiques dans les aéroports, dans le cadre des instruments dont s'est doté Schengen, pour être plus efficaces dans la mise hors d'état de nuire des terroristes lorsqu'ils reviennent des théâtres d'opérations en Irak et en Syrie. Nous le faisons lorsque nous sommes en première ligne pour proposer la mise en place d'un PNR européen qui permettra de judiciariser en amont la situation des combattants qui reviennent des théâtres des opérations terroristes. Nous le faisons aussi lorsque, en lien avec Europol, nous multiplions les actions destinées à démanteler les trafics d'armes et les trafics d'êtres humains qui sont destinés à alimenter l'activité des groupes terroristes. Bien entendu, les trafics de stupéfiants aussi.

Nous le faisons en France. Nous avons fait adopter en novembre dernier une loi de lutte contre le terrorisme qui met en place une interdiction administrative de sortie du territoire pour nos ressortissants les plus vulnérables qui veulent s'engager dans des opérations terroristes en Irak et en Syrie. Nous le faisons lorsque nous préconisons le blocage administratif des sites internet et le mettons en œuvre dès lors que ceux-ci incitent au terrorisme ou appellent à la haine raciale, parce que ces propos sur internet ne relèvent pas de la liberté d'expression, mais constituent un délit. Nous le faisons lorsque nous mettons en place une nouvelle qualification pénale, l'entreprise individuelle terroriste, pour être en mesure de judiciariser la situation de ceux qui s'auto-radicalisent sur internet. Nous le faisons enfin, lorsque nous proposons de doter nos services de renseignement de nouveaux moyens en contrepartie de quoi nous mettons en place des dispositifs de contrôle renforcé par le Parlement, par des autorités administratives indépendantes et par des instances juridictionnelles, de manière à ce que plus d'efficacité de nos services de renseignement ne signifie pas moins de respect des libertés publiques et des libertés individuelles.

Voilà le combat dans lequel nous sommes engagés. Ce combat, j'ai souvent l'occasion de le dire, est un combat sans trêve ni pause. Il nous conduit à prendre 100% de précautions. Si zéro précaution, c'est 100% de risques, 100% de précautions, ce n'est jamais le risque zéro. Mais nous faisons tout cela pour protéger tous nos compatriotes.

Et la Tunisie est dans la même détermination à protéger tous ses compatriotes et tous ceux qui vivent sur le territoire tunisien. Elle peut compter sur nous pour l'accompagner dans cette volonté d'assurer la sécurité sur son sol et nous le ferons par la coopération qui existe déjà entre nos deux pays. C'est la raison pour laquelle je veux vous rassurer, vous dire notre présence, vous dire nos précautions, vous dire notre détermination et vous présenter des vœux pour les activités qui sont les vôtres dans les entreprises ou dans l'éducation nationale.


Merci à vous.


Source http://www.ambassadefrance-tn.org, le 31 mars 2015

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