Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes à France 2 le 31 mars 2015, sur la loi de réforme de la santé et notamment la généralisation du tiers payant. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes à France 2 le 31 mars 2015, sur la loi de réforme de la santé et notamment la généralisation du tiers payant.

Personnalité, fonction : TOURAINE Marisol, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes;

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ROLAND SICARD
Bonjour à tous, bonjour Marisol TOURAINE.

MARISOL TOURAINE
Bonjour Roland SICARD.

ROLAND SICARD
C'est aujourd'hui que commence la discussion de la loi qui porte votre nom, sur la santé, loi contre laquelle les médecins sont vent debout, ils protestent notamment contre le tiers payant, ils organisent une journée « Santé morte », aujourd'hui. Sur ce tiers payant, vous ne reviendrez pas dessus ?

MARISOL TOURAINE
Cette loi sur la santé, sur la modernisation de notre système de santé, c'est quoi ? C'est une loi qui veut faciliter l'accès aux soins, l'accès à la santé. Et c'est donc dans ce cadre-là que, avec la volonté de la justice, de l'égalité dans l'accès aux soins, j'ai proposé l'extension progressive du tiers payant. Le tiers payant, c'est quoi ? C'est ce que vivent tous les Français lorsqu'ils vont à la pharmacie, c'est-à-dire que vous n'avancez pas les frais de la consultation, chez le médecin, comme vous n'avancez pas le prix des médicaments lorsque vous allez à la pharmacie. C'est un système de justice, de progrès, parce que dans notre pays, aujourd'hui, Roland SICARD, il y a des hommes, des femmes, qui ne vont pas chez le médecin, renoncent à se faire soigner, parce qu'ils n'ont pas suffisamment d'argent, à un moment donné, pour payer le prix de la consultation.

ROLAND SICARD
Mais les médecins, ils n'en veulent pas.

MARISOL TOURAINE
Et je ne parle pas des gens les plus modestes, je parle de gens qui par exemple peuvent avoir deux, trois enfants, et ont besoin de faire plusieurs consultations, en même temps. Alors, j'entends l'inquiétude des médecins, vous savez, et d'ailleurs il y a eu…

ROLAND SICARD
Est-ce qu'il y a une négociation encore possible, ou pas ?

MARISOL TOURAINE
Il y a eu beaucoup de concertations. J'ai entendu leurs préoccupations, notamment d'avoir un système simple. Ce que disent les médecins…

ROLAND SICARD
Voilà, eux, disent qu'il y aura beaucoup de paperasse…

MARISOL TOURAINE
… ça va être compliqué, ça va être de la paperasse, et ils disent qu'aujourd'hui ils le font déjà pour certains malades, ce qui est vrai, et qu'il arrive qu'il y ait des bugs, eh bien ce n'est pas normal qu'il y ait des bugs. Et donc je veux dire deux choses très précises. D'abord, dans la loi, il sera prévu des garanties de simplicité et d'efficacité, et concrètement le médecin sera payé en moins de sept jours, et si ce délai n'est pas respecté, il y aura des pénalités de retard qui lui seront versées. Franchement, c'est une nouveauté, et c'est une garantie. Et puis, la deuxième chose, c'est que le système qui va se mettre en place, ça n'est pas simplement le même qui existe déjà aujourd'hui et qu'on va généraliser, on va mettre en place un système nouveau, techniquement fiable, et qui sera de cette façon-là une garantie de simplicité. Donc moi je veux rassurer autant que possible les médecins, leur dire que j'ai entendu leurs préoccupations de simplicité, mais j'entends aussi la demande des Français et ça n'est pas un hasard si les Français sont très favorables, au tiers payant, parce que, au fond, aller chez son médecin, ce doit être quelque chose de simple, lorsque l'on est malade, de la même manière que l'on n'hésite pas à acheter des médicaments quand on va à la pharmacie.

ROLAND SICARD
Ce que disent les médecins, c'est que ça va déresponsabiliser les malades, et donc creuser le trou de la Sécu.

MARISOL TOURAINE
Ecoutez, franchement, je ne crois pas que les médecins disent beaucoup cela, en tout cas pas la majorité d'entre eux, j'ai entendu ça dans les rangs de l'UMP, effectivement, et je trouve que c'est méprisant à l'égard des Français. Parce que, ça veut dire quoi, concrètement ? La Sécurité sociale, aujourd'hui elle vous rembourse, donc qu'elle paie le médecin ou qu'elle vous rembourse, vous, c'est pour elle, exactement la même chose. Ce que disent les gens de l'UMP, les parlementaires ou d'autres, ou le chef de l'UMP…

ROLAND SICARD
Il y a des médecins qui le disent aussi.

MARISOL TOURAINE
Ils disent : au fond, le malade, il ira chez le médecin, comme ça, quand il a envie et pas quand il est malade. Est-ce qu'on peut croire une seconde qu'on va chez le médecin pour le plaisir ? Et moi je n'admets pas que l'on prenne les Français, au fond, pour des gens qui traitent leur santé comme un bien de consommation. J'ajoute, Roland SICARD, que lorsqu'on ne peut pas avancer l'argent pour aller chez son médecin, qu'est-ce qu'on fait ? On va à l'hôpital, et l'hôpital, ça coûte plus cher à la Sécurité sociale, qu'une consultation chez le médecin, et donc ceux qui se préoccupent de l'équilibre de nos comptes, devraient encourager le tiers payant, et d'ailleurs, moi, je me préoccupe de l'équilibre de nos comptes, puisque depuis que je suis aux responsabilités, le déficit de la Sécurité sociale il a été plus que divisé par deux, et donc je crois que je n'ai pas de leçons, de ce côté-là, à recevoir de la part de l'UMP et de l'opposition.

ROLAND SICARD
Il y a des médecins qui menacent de passer la consultation à 25 € au lieu de 23, et c'est le malade qui paierait la différence.

MARISOL TOURAINE
Oui, c'est le malade qui paierait la différence.

ROLAND SICARD
Qu'est-ce que vous leur répondez ?

MARISOL TOURAINE
Et donc qu'ils ne seraient pas remboursés, et donc, je veux dire que c'est quand même préoccupant d'entendre des médecins, assumer, assumer le fait…

ROLAND SICARD
Est-ce qu'ils seront sanctionnés ?

MARISOL TOURAINE
La Sécurité sociale gère cela, et elle prendra évidemment les mesures qui s'imposent. Mais je voudrais dire à vos téléspectateurs, qui au fond, quand ils vont chez le médecin, leur généraliste notamment, et qu'on leur demande 23 €, se disent, au fond, 23 € ça n'est peut-être pas beaucoup, et passer de 23 à 25 on peu comprendre. Je voudrais dire que, à côté des 23 €…

ROLAND SICARD
Vous êtes prête à étudier cette possibilité ?

MARISOL TOURAINE
Il y aura une négociation, comme il y a régulièrement eu négociations. Vous savez, la rémunération des médecins, elle est négociée, de façon régulière, dans le cadre de la Sécurité sociale. Mais les à côté des 23 €, il y a d'autres rémunérations qui sont versées, et qui elles ont augmenté de près de 10 % depuis quatre ans. Ce sont des rémunérations, par exemple, pour les médecins qui encouragent leurs patients à aller faire des dépistages de cancer, pour les patients qui suivent des malades du diabète, et qui leur dont faire des examens réguliers, pour des médecins qui suivent des personnes âgées et qui donc y passent plus de temps. Ces rémunérations, elles ont été l'année dernière, de près de 6 000 €, un peu moins de 6 000 € dans l'année, ça n'est pas négligeable, et ça a augmenté de près de 10 % en quatre ans. Donc il y a la rémunération à l'acte, mais à côté de la rémunération à l'acte, il y a bien d'autres rémunérations qui elles augmentent de façon très significative, depuis quelques temps.

ROLAND SICARD
Sur un sujet très différent, l'affaire de la GERMAN AIRWAYS (sic) l'affaire du copilote de la GERMAN AIRWAYS (sic), a reposé la question du secret médical. Est-ce qu'il faut l'adapter, est-ce que le médecin doit avoir le droit, la possibilité de prévenir un employeur, s'il constate qu'un malade peut mettre en danger la vie d'autres personnes ?

MARISOL TOURAINE
Le secret médical c'est évidemment un principe extrêmement important, parce que c'est la garantie, aussi, de la confiance entre le malade et son médecin. Alors, il y a, au fond, deux sujets. D'abord, pour savoir si un salarié est capable d'assumer ses fonctions, il y a la médecine du travail, qui doit suivre régulièrement les salariés, et dit si le salarié est apte ou pas. Indépendamment de ces visites, et il y en a chez AIR FRANCE, comme il y en a dans les entreprises. A côté de cela, évidemment, les salariés vont voir leur médecin, en ville. Alors, est-ce que ce médecin peut communiquer avec l'employeur ? Je ne le crois pas. Est-ce qu'il peut communiquer avec les médecins du travail, par exemple ? Je sais qu'une réflexion est engagée, par le Conseil de l'ordre, qui souhaite que les médecins, entre eux, puissent discuter – le Conseil de l'ordre des médecins, pardon – puissent discuter entre eux, et je crois que cette réflexion, évidemment, doit pouvoir se mener, se faire, dans le respect des responsabilités de chacun.

ROLAND SICARD
Vous êtes ministre, aussi, du Droit des femmes.

MARISOL TOURAINE
Oui.

ROLAND SICARD
Cette nuit, le Sénat a aboli la pénalisation des clients des prostituées. Est-ce que vous allez le rétablir quand ça reviendra à l'Assemblée ?

MARISOL TOURAINE
Oui, clairement. Je veux dire que ce qui s'est passé cette nuit, est absolument incroyable et méprisant à l'égard des femmes. Le droit des femmes c'est le droit à disposer de son corps, et le droit des femmes ça n'est pas le droit de se servir des femmes et d'utiliser les femmes comme on le souhaite. Et moi je trouve invraisemblable et régressif, que non seulement on ait renoncé à la pénalisation des clients, le débat peut s'engager, mais que l'on ait fait des femmes prostituées, ou des prostituées, n'ont pas des victimes mais des coupables, puisque l'on a rétabli le délit de recollage, c'est vraiment la double peine, et ça c'est la régression.

ROLAND SICARD
Merci. William, c'est à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er avril 2015

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