Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur la conférence de Paris sur le climat et sur la géothermie, à Paris le 17 avril 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur la conférence de Paris sur le climat et sur la géothermie, à Paris le 17 avril 2015.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Forum franco-islandais sur les questions de géothermie, à Paris le 17 avril 2015

ti : C'est un plaisir pour moi de prendre la parole ici, devant ce forum franco-islandais consacré à la question de la géothermie. Je vais vous faire une révélation, je ne suis pas un spécialiste de la géothermie, à la différence du président et de mes amis islandais, mais, connaissant l'importance de la géothermie et l'importance des relations que nous devons développer avec nos amis islandais, je veux remercier les organisateurs de cette conférence pour leur initiative. C'est une initiative utile, à la fois pour notre relation bilatérale et, j'en dirai un mot, plus largement pour le succès de la COP21.

La géothermie est en effet un secteur économique majeur pour l'Islande et c'est, plus largement, un secteur promis à un bel avenir dans un monde dont nous souhaitons et nous voulons qu'il évolue vers des économies qui utilisent moins d'énergie carbone. Je veux également adresser mes remerciements chaleureux au président d'Islande pour sa présence ici, à Paris. Vous rencontrerez demain le président de la République.

Plus généralement, je veux vous remercier pour votre engagement en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique.
I rather speak about climate «disruption» rather than climate «change», because I understand for instance that in the Northern part of France if you explain to people that the temperature will raise by 2 or 3 degrees they might think that their region will turn to be the Côte d'Azur and they would be happy about it. But from a scientific point of view, it is not true. In some part of the world it will be more, in others it will be less that is why the right description of the phenomenon is climate «disruption».
Je parle donc de dérèglement climatique.

La France va accueillir dans huit mois, à la fin du mois de novembre et la première quinzaine de décembre, la 21e conférence des Nations unies sur le climat - la COP21 - et je vais la présider.

I tell you an anecdote. It was in Warsaw, two years ago, after France has been chosen to host the COP21 - we were the only candidate -, the different delegates came to me and I didn't really understand the two words they were telling me «Mr Fabius, good luck!» Now I understand what it means.

Ce sera une échéance extrêmement importante parce que, tout simplement et comme le dit très bien notre ami le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, «there is no plan B, because there is no planet B.» Lorsque l'on dit cela, on a tout résumé.

On me demande souvent : «à quoi reconnaîtra-t-on un succès de la COP21 ?». En fait, ce que nous allons essayer de faire, c'est une sorte d'alliance pour Paris, avec quatre piliers principaux. Je dis cela en détail parce que je compte beaucoup sur vous, Monsieur le Président, qui voyagez à travers le monde, qui rencontrez beaucoup de leaders, pour nous aider - je sais que vous êtes un ambassadeur extraordinaire - à convaincre toute une série de pays, qu'il faut aller en ce sens.

Tout d'abord - et c'est le point essentiel -, nous devons essayer d'obtenir - parce que c'est cela le but de la COP - un accord universel qui ait une force juridique réelle et qui soit différencié, c'est-à-dire qu'il prenne en compte les différences de situations entre les différents pays. En effet, la situation d'un pays pauvre d'Afrique subsaharienne n'est pas la même que la situation de l'Islande ou du Japon. Il faudra donc que nous tentions - parce que c'est l'objet de la conférence - d'obtenir cet accord universel qui nous permette de limiter le réchauffement climatique à deux degrés, par rapport à ce que l'on appelle l'ère préindustrielle.

Cet accord, c'est le juge de paix et c'est pour cela que la conférence est réunie. Pour y parvenir, il reste des questions très sensibles et très difficiles à résoudre. Je serai après-demain - c'est la raison pour laquelle d'ailleurs je ne peux pas assister demain à l'entretien que vous aurez avec le président - à Washington puisque nous avons une réunion que l'on appelle le MEF «forum des économies majeures», où nous allons essayer d'avancer.

Des questions se posent et elles sont très compliquées. La première, c'est quelle va être la forme juridique de cet accord ? On nous dira que c'est un souci purement juridique. Non ! Par exemple, sans les États-Unis - qui sont maintenant ex aequo avec la Chine les premiers émetteurs de gaz à effet de serre -, l'accord n'existera pas. Mais vous savez qu'il y a des spécificités du congrès américain - on le voit en ce moment avec la discussion du nucléaire avec l'Iran. Il va donc falloir trouver une forme juridique qui soit à la fois efficace, mais qui permette aussi de passer l'obstacle juridique. Nous devons aussi trouver un point d'équilibre, il faut être ambitieux - les deux degrés - mais si nous le sommes trop, un certain nombre de pays nous diront que ce n'est pas possible. Si nous ne le sommes pas assez, nous ne respectons pas notre contrat.

Il faut donc trouver un accord juridique pour éviter que l'on aille au-dessus des deux degrés, alors que les scientifiques nous disent tous, sans contestation sur ce point, que si on laisse faire, ce sera 4, 5 voire 6 degrés, avec toute une série de catastrophes, pas seulement, comme on le dit souvent pour l'environnement, mais aussi pour la sécurité ; tout est lié. L'énergie est quand même l'une des causes principales de guerre, tout comme l'eau ou les migrations de populations. Ce n'est donc pas seulement une question environnementale, c'est une question beaucoup plus large.

Le deuxième objectif que nous poursuivons à Paris, c'est de faire le bilan de toutes les contributions qu'auront, d'ici là, publié les différents pays. Je ne sais pas quand l'Islande publiera sa contribution, vraisemblablement bientôt, mais il y a un accord passé à Lima, sous la précédence de la COP20. Tous les pays doivent donc publier leur contribution, ce que l'on appelle en anglais INDC, «Intended nationally determined contribution», indiquant les projets à 10, 20 ou 30 ans. Il faut d'abord que chaque pays le fasse et qu'il fixe des objectifs aussi ambitieux que possible.

Lorsque l'on aura fait la somme de toutes ces contributions, on risque de s'apercevoir que l'addition est au-dessus des fameux deux degrés. À ce moment-là, il va y avoir un problème. On va nous dire : «quelque chose ne va pas dans votre système, d'un côté vous nous dites que l'accord doit nous engager à rester en dessous de deux degrés mais quand on fait l'addition de tout ce que les pays nous disent, on va être au-dessus. Expliquez-nous donc ce mystère». Il va falloir que la conférence de Paris trouve des mécanismes pour permettre de passer de ces trois degrés, trois degrés et demi à deux degrés, en révisant petit à petit les ambitions pour que l'on aille au-delà de ce qui, spontanément, serait fait par les pays. Il s'agit là du deuxième élément : l'addition de toutes ces contributions.

Le troisième élément, qui ne sera pas nécessairement dans l'accord mais qui le conditionne, c'est la dimension financière et la dimension technologique.

Si vous parlez à tel ou tel pays pauvre de la question des émissions de gaz à effet de serre, les dirigeants du pays en question vous disent qu'ils sont d'accord mais «where is the money ? Where are the technologies» : voilà les deux questions que l'on nous pose. Il faut donc que d'ici le mois de décembre, nous convainquions suffisamment de pays pour que nous puissions, à terme, rassembler les financements nécessaires et mettre à disposition les technologies. C'est là, en particulier, où la question de la géothermie est très importante.

Enfin le quatrième pilier, c'est ce que nous appelons «Lima to Paris agenda» ou «agenda des solutions». C'est une initiative que nous avons prise au Pérou et qui va être manifestée dans la conférence de Paris. Ce ne sont pas simplement les gouvernements qui sont influents en matière énergétique, ce sont aussi les villes, les régions, les secteurs économiques, les entreprises. Nous demanderons donc au maximum d'entre eux de développer leur propre agenda pour que l'on puisse ajouter cela aux engagements des gouvernements. Il y aura à Paris - nous avons pris les dispositions pratiques pour cela - des démonstrations avec le maire de telle grande ville ou le président de telle région du monde, qui viendra expliquer que lui, par son système de transport, par son système d'élimination des déchets, par son système énergétique - la géothermie notamment comme c'est vrai pour une grande ville d'Islande -, il contribue positivement à aller dans le bon sens. Cette approche que nous avons proposée, mon prédécesseur péruvien et moi-même, est bien accueillie par les uns et les autres.

Lorsque l'on parle de la COP, on parle de ces quatre éléments : éléments juridiques, les contributions, la finance et la technologie et l'agenda des solutions.

Dans cet effort mondial indispensable pour que notre planète puisse continuer à être vivable, la géothermie a un rôle important à jouer. Je vous l'ai dit, je ne suis pas un spécialiste mais j'ai malgré tout une connaissance suffisante du sujet pour dire des choses, qui, je pense, ne sont pas contestées, sachant que nos amis islandais sont de grands spécialistes de ces questions. Je pense que c'est l'une des énergies propres auxquelles nous devons avoir de plus en plus recours à l'avenir.

Cette énergie, il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître, est parfois peu connue, moins connue que d'autres énergies renouvelables. Pourtant, elle a des atouts extrêmement nombreux. Bien sûr, il y a une technologie qui est parfois complexe mais elle n'a pas le défaut d'intermittence de l'énergie éolienne ou de l'énergie solaire qui doivent être relayées par d'autres énergies. Elle est et j'imagine qu'elle deviendra de plus en plus raisonnablement bon marché puisque c'est l'évolution technologique.

C'est donc une solution adaptée, non seulement aux pays où elle est née, au premier rang l'Islande, bien évidemment, - on me dit que la vile de Reykjavik pour toute son électricité et son chauffage est fournie par des énergies renouvelables, en particulier la géothermie ce qui est remarquable -, mais je pense que c'est aussi une solution adaptée à beaucoup de pays émergents ou en développement. Je sais que l'Islande exerce une promotion active de cette solution en Europe centrale, en Asie et ailleurs.

La géothermie, c'est aussi un élément très important dans les relations entre l'Islande et la France. Au début 2013, le président islandais et le président français avaient décidé d'approfondir notre coopération dans ce domaine. L'an dernier, la ministre islandaise de l'industrie et du commerce, que je salue, a rencontré son homologue française, Mme Royal, que vous allez rencontrer je crois demain. Une feuille de route a été définie et j'ai eu le plaisir de recevoir mon propre homologue islandais, en décembre à Paris, avec qui nous avons également abordé ce sujet.

S'agissant de la France, la géothermie n'occupe évidemment pas la même place relative et il est vrai que l'Islande a su, de façon tout à fait remarquable, transformer sa nature volcanique en une ressource naturelle majeure. En France, la géothermie occupe une place plus modeste, même si nous avons une expérience réelle dans ce domaine. Je crois qu'environ 200 000 habitations de la région parisienne sont chauffées grâce à cette technique.

Nous avons des entreprises très actives et très performantes dans ce domaine. Nous avons donc une réussite, une expérience de réussite en partage et nous avons tout intérêt, si vous le souhaitez, et je pense que vous le souhaitez, à joindre nos forces pour associer l'expertise et le savoir-faire islandais dans ce domaine à l'implantation internationale et la technologie de grandes entreprises françaises. C'est ce qui fait que la géothermie est l'un des domaines les plus prometteurs pour notre coopération industrielle. Je sais que les sociétés islandaises sont déjà présentes en Alsace par exemple et dans certains de nos départements d'outre-mer mais nous avons surtout beaucoup de perspectives - nous en parlions juste avant d'entrer dans cette salle - dans les pays tiers où nos entreprises, chaque fois que c'est possible, doivent mettre leurs atouts en commun pour présenter des offres communes.

Je me réjouis que cette conférence donne l'occasion à de nouveaux rapprochements entre les entreprises françaises et islandaises : un accord entre le groupe français Clemessy et le groupe islandais Verkis, notamment pour l'Afrique de l'Est et en Indonésie. Je sais aussi qu'il existe un accord entre l'université de Reykjavik et l'INSA de Strasbourg pour développer une formation commune dans ce secteur porteur.

Voilà Monsieur le Président, Madame la Ministre et Mesdames et Messieurs ce que je voulais vous dire en quelques mots. Le message que je vous fais passer est tout à fait simple : la géothermie est un secteur prometteur à la fois pour la survie de notre planète et pour la coopération bilatérale entre l'Islande et la France.

Comme ministre français des affaires étrangères et, en même temps, comme futur président de la COP21, il était donc doublement naturel que je sois avec vous ce soir. Je forme le voeu que les contacts qui ont été permis par cette conférence renforcent nos partenariats dans ce domaine, à la fois pour servir la transition économique mondiale et la relation entre l'Islande et la France.

Je souhaite beaucoup de réussite et de développement à l'amitié entre l'l'Islande et la France.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 avril 2015

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