Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à TF1 le 22 avril 2015, sur l'arrestation de Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d'avoir tué une femme et fomenté un attentat contre des églises de la banlieue parisienne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à TF1 le 22 avril 2015, sur l'arrestation de Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d'avoir tué une femme et fomenté un attentat contre des églises de la banlieue parisienne.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : Julien Arnaud
Et le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, est donc avec nous. Bonsoir Monsieur le ministre.

Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur
Bonsoir.

Julien Arnaud
Une précision d'abord. Est-ce qu'on sait si cet attentat devait se produire dimanche dernier ?

Bernard Cazeneuve
L'enquête le révèlera. Ce que l'on sait, à partir des éléments qui ont été récupérés notamment dans le véhicule de GHLAM, c'est qu'il y avait des sites qui avaient été identifiés, il y avait des distances qui avaient été évaluées entre le commissariat et ces églises. Et par conséquent, on a estimé qu'il était possiblement sur le chemin de la commission de ces actes au moment où il a procédé au crime d'Aurélie Châtelain. Mais il y a une enquête…

Julien Arnaud
Donc, vraisemblablement pendant un office, pendant une messe dimanche matin….

Bernard Cazeneuve
Vraisemblablement. Il y a une enquête qui est en cours et cette enquête établir les conditions dans lesquelles ces crimes auraient pu être commis.

Julien Arnaud
Vous nous dites : vraisemblablement, il voulait arriver au milieu d'une messe et massacrer tout le monde avec une arme de guerre. En gros, c'est ça.

Bernard Cazeneuve
Il y a une enquête et il y a des documents qui ont été retrouvés. Ce documents matérialisaient une intention mais il y a aujourd'hui de la police scientifique et technique, il y a des éléments de téléphonie qui sont récupérés, il y a des gardes à vue en cours et je crois que sur ces sujets, il faut être d'une extrême vigilance et d'une grande prudence en laissant la justice faire son travail en ne faisant aucune déclaration hasardeuse qui compliquerait le déroulement de l'enquête.

Julien Arnaud
Est-ce qu'on a une vague idée de la façon dont il a croisé Aurélie Châtelain ?

Bernard Cazeneuve
Le procureur a tout dit sur ce sujet-là ! On pense qu'il l'a croisée au moment où il voulait s'emparer d'un véhicule pour essayer de dissimuler son crime en empruntant un autre véhicule que le sien et qu'il a commis ce crime pour s'emparer de ce véhicule. Mais là aussi, l'enquête établira précisément les choses.

Julien Arnaud
Alors on l'a dit, il avait été signalé, Sid Ahmed Ghlam, avec une fiche S – menace pour la sûreté de l'État en gros. Il était donc censé être surveillé. Pourtant, il a pu rassembler des armes sans que personne ne s'en rende compte. Est-ce qu'il y a eu une faille des services de sécurité ? Même si on a vu que la procédure judiciaire était importante.

Bernard Cazeneuve
Non, mais il faut dire des choses, là, extrêmement précises et il faut arrêter, à chaque fois qu'il y a un phénomène de ce type, de commencer à théoriser sur des failles. Il faut regarder quelles sont les procédures, quel est le droit en France et quel est le travail des services de renseignement. Il y a eu un signalement de GHLAM à la Direction générale de la sécurité intérieure au printemps 2014. Qu'est-ce qu'a fait la Direction générale de la sécurité intérieure ? Elle l'a convoqué contrairement à ce que j'ai entendu d'ailleurs dans le reportage tout à l'heure. Il a été entendu et il y a eu des données de connexion concernant sa téléphonie qui ont été récupérées. Donc la DGSI a fait ce qu'elle doit faire dans ces circonstances…

Julien Arnaud
Il a été placé sur écoutes, quoi…

Bernard Cazeneuve
Et ces données de connexion ont été récupérées, elles n'ont rien révélé. Et lorsqu'au début de l'année 2015, nous avons eu d'autres informations selon lesquelles il aurait pu se déplacer en Turquie pour un voyage qu'il a justifié pour des raisons touristiques, le même processus a été mis en place qui n'a rien révélé. Lorsque nous agissons…

Julien Arnaud
On sait s'il… ? Est-ce qu'on sait s'il a fait un détour par la Syrie à ce moment-là ? …

Bernard Cazeneuve
Pardonnez-moi. Pardonnez-moi, je termine sur ce point, c'est très important…

Julien Arnaud
Juste sur ce point précis…

Bernard Cazeneuve
Attendez ! Attendez ! Attendez ! Je termine parce que c'est important d'apporter toutes les précisions. Donc nous avons procédé à toutes les vérifications qui devaient être faites. Et à partir du moment où ces vérifications ne révèlent pas de connexion avec des milieux terroristes, nous sommes dans un État de droit et, dans un État de droit, nous luttons contre le terrorisme en respectant les principes de droit contrairement à ce que j'ai pu entendre ici ou là au cours des dernières semaines. Et ça, j'y tiens beaucoup parce que si nous luttons contre le terrorisme autrement que dans le respect rigoureux des principes du droit, ça veut dire que nous faisons une concession aux terroristes, au terrorisme au détriment des libertés publiques.

Julien Arnaud
Mais alors, est-ce qu'il ne faut pas… ? Est-ce qu'il faut changer le droit ? Parce qu'on a l'impression que ce genre d'affaires se répète un peu, quoi.

Bernard Cazeneuve
Mais nous avons changé le droit ! Nous avons changé le droit au mois de novembre dernier et nous sommes en train de mettre en place des dispositifs qui sont des dispositifs de ciblage de la lutte antiterroriste à travers la loi sur le renseignement qui sont destinés, dans le cadre de mesures de police administrative, à renforcer l'efficacité des services dans le cadre de la prévention de la commission éventuelle d'actes terroristes. Donc, précisément, le gouvernement n'a cessé d'armer l'État pour lui permettre, dans le respect rigoureux des libertés publiques, d'être plus efficace dans la prévention du risque terroriste. Et la loi sur le renseignement est là pour cela aussi.

Julien Arnaud
Alors vous vous êtes rendu à Villejuif en compagnie du Premier ministre cet après-midi. On écoute justement Manuel Valls.

Manuel Valls, Premier ministre
La France a un patrimoine chrétien exceptionnel : ses cathédrales, ses églises, ses chapelles attirent des touristes, des pèlerins, des fidèles du monde entier. Ce patrimoine doit être protégé mais il doit rester ouvert, accessible.

Julien Arnaud
Alors, justement, Bernard Cazeneuve, un nouveau dispositif est-il prévu ? Les églises vont-elles être surveillées à partir de maintenant davantage ?

Bernard Cazeneuve
Eh ben il y a un dispositif qui existe qui est le dispositif Vigipirate, qui doit nous permettre de protéger tous les Français qui sont susceptibles de faire l'objet d'une menace terroriste. Et ce dispositif, nous l'adaptons en permanence. Et ce qui compte, c'est que ceux qui sont susceptibles de commettre un acte sachent qu'à tout moment, ils sont en situation de trouver en face d'eux des forces de sécurité – qu'il s'agisse de militaires dépendants du ministère de la Défense ou de forces de sécurité dépendant de mon ministère – qui sont susceptibles d'arrêter ces actes. Et qu'il s'agisse…

Julien Arnaud
Mais peut-il y avoir un redéploiement en direction des églises ?

Bernard Cazeneuve
Mais il y a d'ores et déjà dans les territoires, par le travail que j'ai demandé à faire aux préfets, des relations avec les responsables de tous les cultes et ça, depuis des mois. Et bien entendu, nous mettons en place des gardes dynamiques partout de manière à faire en sorte que nous soyons en situation de bloquer ceux qui peuvent se livrer à la commission d'actes graves. Et il faut qu'ils sachent la détermination du gouvernement français à protéger tous les Français quelle que soit leur religion et quel que soit le territoire où ils vivent.

Julien Arnaud
Y aura-t-il des moyens supplémentaires ? Parce que tout ça coûte évidemment extrêmement cher. Y aura-t-il des moyens supplémentaires pour assurer cette protection peut-être plus longtemps que prévu ?

Bernard Cazeneuve
Mais nous avons déjà mis des moyens supplémentaires, je le rappelais !

Julien Arnaud
Et y en aura-t-il encore ?

Bernard Cazeneuve
Mais il y aura un déploiement efficace de ces moyens et nous avons considérablement renforcé les moyens à la disposition de la police, des services de renseignement pour faire en sorte que face au risque terroriste, y compris dans le cadre du plan Vigipirate, nous puissions offrir la meilleure protection.

Julien Arnaud
Merci beaucoup Bernard Cazeneuve. J'ajoute que François Hollande a appelé à l'unité tout à l'heure contre le terrorisme. Voilà ce qu'on pouvait dire ce soir sur cet attentat donc vraisemblablement évité dimanche à Villejuif.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 24 avril 2015

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