Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à LCP Assemblée nationale le 6 mai 2015, sur le vote par l'Assemblée nationale du projet de loi sur le renseignement, le quinquennat de François Hollande, l'usage de statistiques ethniques, le changement de nom de l'UMP pour "Les Républicains" et le projet de réforme du collège. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à LCP Assemblée nationale le 6 mai 2015, sur le vote par l'Assemblée nationale du projet de loi sur le renseignement, le quinquennat de François Hollande, l'usage de statistiques ethniques, le changement de nom de l'UMP pour "Les Républicains" et le projet de réforme du collège.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement

ti : PATRICK CHENE
Jean-Marie LE GUEN, bonjour. Soyez le bienvenu. Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes chargé des relations avec le Parlement et le vote pour la loi sur le renseignement a eu lieu hier. Cette loi est passé, j'allais dire, tranquillement, même si on note que onze députés Europe Ecologie-Les Verts, dix députés PS ont voté contre dont Aurélie FILIPPETTI, ancienne ministre, et dix-sept abstentions au PS. Est-ce que le ministre chargé des relations avec le Parlement est satisfait quand il a un score comme ça ou est-ce qu'il dit « peut faire un petit mieux » ?

JEAN-MARIE LE GUEN
D'abord c'est un beau score, ce qui montre que ce projet de loi correspond à un sentiment très majoritaire des parlementaires de la nécessité d'avoir un dispositif qui d'abord, qu'est-ce qu'il fait ce dispositif ? Il essaye de mettre du droit là où il n'y en avait pas. Nous avions des zones grises, nous avions évidemment une tradition dans ce pays, c'est de parler de renseignement d'une façon un peu romantique, un peu secrète, et cætera, et là nous avons mis du droit, du contrôle, sur des pratiques qui existaient déjà, et nous l'avons fait évidemment en nous adaptant aux menaces nouvelles, notamment avec – la dernière loi, c'était en 91 que l'on avait – et là, il fallait évidemment se renouveler par rapport à tout, la croissance d'internet, les téléphones mobiles, et cætera, et on l'a fait en respect complet des principes de l'Etat de droit. Après ça, il y a toujours – et c'est normal d'ailleurs – des questions qui se posent, il faut interpeller, ça fait partie du débat, et puis s'agissant de certains parlementaires de gauche, vous l'avez remarqué, ce n'est pas la première fois que vous me posez cette question sur ce sujet ou sur d'autres, il y a maintenant un certain nombre de parlementaires qui ont pris l'habitude de ne pas voter j'allais dire de façon un peu systématique contre la majorité.

PATRICK CHENE
Ce qui reste un peu troublant.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce qui est indiscutablement troublant si on n'en avait pas pris l'habitude. C'est presque un non-événement que de voir qu'une partie malheureusement très minoritaire d'ailleurs du groupe socialiste tout simplement ne respecte pas l'unité et la discipline mais, en plus, se mettent systématiquement en contre de l'action de cette majorité et de la gauche qui est au pouvoir et qui assume ses responsabilités. Enfin, il est vrai aussi qu'il y a des gens de droite qui ont voté contre.

PATRICK CHENE
Bien sûr.

JEAN-MARIE LE GUEN
De voir un certain nombre de gens qui se sont souvent mis sur les positions les plus sécuritaires voter contre, c'est à la fois une preuve de sectarisme mais c'est aussi – je pense que dans cette droite qui s'est abstenue, il y a quelque chose d'autre. Il y a une volonté de ne pas donner à la France véritablement les moyens de sa souveraineté. Ils ont plutôt trouvé du côté des Etats-Unis la réassurance de sécurité.

PATRICK CHENE
On notera qu'il y en a peu quand même.

JEAN-MARIE LE GUEN
… quand même pour arriver à quatre-vingt-six. Parmi ceux qui ont voté contre, il y avait une majorité de droite quand même.

PATRICK CHENE
Evidemment. Sergio CORONADO d'Europe Ecologie-Les Verts dit au Premier ministre, il dit : « Evidemment Manuel VALLS, je ne vous fais aucun procès d'intention. Cette loi sera appliquée et tout », mais il disait craindre si jamais cette loi était entre d'autres mains. Est-ce qu'il faut, avec le Conseil constitutionnel, avec justement il y a un rendez-vous qui est pris en 2018, je crois, pour une clause de revoyure, est-ce que vous pensez que la vigilance est assez pointue ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui. Moi je trouve que l'idée d'avoir une vigilance citoyenne est juste. Simplement, les garanties qui ont été données par le président de la République et par le Premier ministre sont très fortes à la fois dans l'écriture de la loi – elle est passée devant le Conseil d'Etat – ce ne sont pas des gens qui portent atteinte de façon systématique aux libertés individuelles, c'est le moins qu'on puisse dire. Il y aura un contrôle du Conseil constitutionnel puisque le président de la République l'a annoncé, et il y aura enfin une clause de revoyure et d'une façon d'ailleurs, ce qui se passe c'est que maintenant, d'une façon beaucoup plus large, il y a un contrôle parlementaire, un contrôle parlementaire pluraliste. C'est-à-dire qu'il y aura, quelle que soit la majorité et l'opposition, il y aura des parlementaires de l'opposition et de la majorité…

PATRICK CHENE
Il y aura un avis consultatif.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais enfin consultatif quand ce sont des parlementaires. C'est pour des raisons de procédure que l'avis est dit consultatif parce qu'il peut y avoir des procédures d'urgence où il faut pouvoir agir sans qu'on ait le temps de réunir la Commission mais a posteriori, il y a un contrôle et ce contrôle est évidemment très important. Et il y a un droit de recours des citoyens devant le Conseil d'Etat, et il y a une Commission indépendamment de la Commission ou du Parlement qui contrôle l'ensemble du système. Il y a aussi une Commission indépendante qui prend les décisions opérationnelles. Si vous voulez, je pense qu'il y a trois niveaux de protection qui sont donnés qui sont suffisants, étant entendu qu'il faut évidemment avoir aussi les moyens d'opérer un certain nombre d'opérations de renseignement, ce qui est à la fois la tradition de tous les pays, j'allais dire y compris démocratiques. La France était le seul d'ailleurs où il n'y avait pas de codification du droit, là il y a une codification du droit.

PATRICK CHENE
Je ne sais pas si vous allez fêter ça avec le gouvernement, mais il y a trois ans aujourd'hui, François HOLLANDE était élu – ça ne vous a pas échappé – à l'Elysée. C'est l'occasion de parler de ce qui se passera dans deux ans. Avant de parler d'un bilan, François HOLLANDE a dit que s'il gagnait la bataille du chômage, il se représenterait ; ce ne serait peut-être pas le cas si le chômage ne s'inversait pas. Vous êtes d'accord pour envisager, si la bataille de l'emploi n'était pas gagnée, des primaires au sein du Parti socialiste ?

JEAN-MARIE LE GUEN
D'abord, je pense que la bataille de l'emploi va être gagnée. Je vois que la politique économique du gouvernement donne des signes qui sont positifs, qui ne se traduisent pas encore aujourd'hui parce que cette croissance est annoncée. Elle frémit, elle est en train d'arriver. Elle sera très forte pas dans deux ans, elle sera très forte, je le pense, à la fin de l'année et il y aura à ce moment-là des résultats sur l'emploi, donc voilà. Pour le reste, moi je pense que le candidat naturel du Parti socialiste c'est évidemment François HOLLANDE.

PATRICK CHENE
Même si l'emploi ne s'inversait pas ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, je viens de vous dire que moi, je ne suis pas là pour faire des spéculations à la baisse comme on dit chez certains esprits. Il y a des mauvais esprits qui peuvent exister ici ou là, y compris parfois au Parti socialiste, qui toujours sont en train de spéculer sur l'échec.

PATRICK CHENE
Benoît HAMON notamment.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, je n'ai pas dit Benoît HAMON.

PATRICK CHENE
Il a dit qu'il envisageait…

JEAN-MARIE LE GUEN
En tout cas, moi je ne spécule pas sur l'échec, voilà. Si c'est ça, je ne fais pas de la politique comme ça, ni par engagement puisque je suis là pour faire gagner mon pays et en l'occurrence aussi la gauche, et puis parce que c'est une question un petit peu éthique. J'appartiens à une équipe, je joue sur le fait qu'elle gagne et pas sur le fait qu'elle perde.

PATRICK CHENE
Nicolas SARKOZY vient de proposer de rebaptiser l'UMP « les Républicains ». Quand on lui pose la question en lui disant : « Mais les autres ne sont pas républicains ? », il répond : « Si, si. Le PS est républicain, je ne peux pas le nier, mais il met le socialisme avant la république ».

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, justement non. C'est une question qui mériterait presque d'avoir un débat parce que ceux qui mettent les intérêts partidaires avant la République, c'est justement l'UMP qui est dans le ni-ni. Quand on est devant des forces antirépublicaines, monsieur SARKOZY refuse de choisir. Quand on est devant des forces antirépublicaines, la gauche et le Parti socialiste a choisi. Il a choisi la République au contraire de ses intérêts éventuellement partidaires. Si nous avions une vision – celle de monsieur SARKOZY – un peu sectaire et un peu politicienne, nous aurions dit : « Nous, c'est un problème, on se maintient aux élections départementales et on laisse élire éventuellement un candidat du Front national ».

PATRICK CHENE
C'est vous qui devriez vous appeler les Républicains ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je pense que nous sommes effectivement authentiquement républicains et nous avons interpellé monsieur SARKOZY. D'ailleurs, je pense qu'une partie importante des cadres et des électeurs de l'UMP prennent conscience qu'il va bien falloir que l'UMP sorte de son déni du ni-ni. Il va bien falloir qu'elle se place elle-même – elle prétend s'appeler Républicains et nous nous sommes déjà exprimés sur le côté de l'appropriation et de la privatisation en quelque sorte d'un concept qui appartient à tous par certains, et ceci est très gênant mais je n'y reviens pas au moment où je vous parle. Je dis simplement qu'il faudra bien qu'ils clarifient leur attitude. On ne peut pas s'appeler les Républicains et être dans le ni-ni, il y a une contradiction.

PATRICK CHENE
Le déni du ni-ni.

JEAN-MARIE LE GUEN
On peut être socialiste et républicain et j'allais dire républicain et socialiste parce que nous, nous sommes effectivement, nous prenons nos responsabilités face à l'extrême droite.

PATRICK CHENE
Vous me permettrez de retenir cette expression « le dénie du ni-ni » que je vous attribuerais donc désormais quand je la prononcerais. A Béziers, Robert MENARD classe les élèves par religion, au vu des noms et des prénoms. Il dit sur un plateau de télé « ils sont 64,6 % de musulmans dans nos écoles ». C'est contraire à la loi, ça vous trouble ?
JEAN-MARIE LE GUEN

C'est contraire à la loi, mais ce n'est pas simplement contraire à la loi, c'est contraire à un certain nombre de principes. Et j'ai d'ailleurs des principes parmi les plus sacrés, il s'agit là d'enfants. Et ces enfants nous les voulons enfants de l'école publique ; nous les voulons enfants de la République ; nous ne sommes pas là pour les enfermer dans des carcans. Sous prétexte, d'ailleurs la méconnaissance culturelle de monsieur MENARD est sans fin, on peut avoir un prénom d'origine moyen orientale et être chrétien. Par exemple les chrétiens d'Orient ça existe. Il n'en a peut-être pas entendu parler. On peut avoir et on le voit j'allais dire malheureusement y compris dans la religion, par exemple dans les évènements on a vu qu'un certain nombre de terroristes liés à Daesh étaient en fait des convertis, c'est à dire qu'il y avait des noms tout ce qu'il y a de plus français et ils étaient musulmans et parfois évidemment radicalisés et dangereux. Donc cette comptabilité à la fois n'a pas de sens, elle vise à enfermer les gens derrière leurs origines, et je pense que monsieur MENARD met en pratique cette idéologie d'extrême droite que nous combattons non pas parce que nous serions des jolis coeurs, mais tout simplement parce que c'est une idéologie de ségrégation qui crée potentiellement de la tension et des affrontements à l'intérieur de la société.

PATRICK CHENE
Julien DRAY, qui n'est pas tenu à une solidarité gouvernementale, a critique ce matin le projet de loi, enfin les changements de programme scolaire préconisés par la ministre de l'Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM notamment à propos de l'histoire chronologique qui serait remise en cause, l'apprentissage de l'histoire chronologique notamment par rapport aux classes bilangues. Il pense que cette réforme n'est pas bonne.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, je n'ai pas connaissance exactement de ses déclarations. Si elles étaient appuyées sur les deux éléments que vous dites, la première qui est qu'il n'y aurait plus de chronologie j'allais dire c'est strictement l'inverse. C'est à dire qu'il y a une réintroduction de la chronologie dans l'histoire. La réforme des collèges elle est différente de la réforme des programmes. Il y a deux réformes différentes qui ont lieu dans le même temps parce que l'ampleur de la transformation de l'adaptation de notre école au défi du XXème siècle est considérable. Je rappelle que depuis dix ans les résultats du collège en France ont régressé d'une façon dans toutes les mesures internationales, dans tous les index internationaux, nous sommes en très en deçà. Et donc il est nécessaire de réformer. Donc nous réformons les programmes, et là si la question porte sur la chronologie…

PATRICK CHENE
Il parle du latin également, pourquoi ne pas plus respecter l'enseignement du latin ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Le latin est respecté comme il l'est aujourd'hui, ça reste une matière optionnelle. Vraiment, c'est des campagnes…je ne dis pas celle de Julien DRAY, j'attends de voir encore une fois ses propos parce que je ne savais pas qu'il était un partisan aussi résolu du latin et du grec…

PATRICK CHENE
Et un spécialiste de l'Education nationale, il l'a rappelé.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ah mais ça oui, mais plutôt du côté des étudiants. C'est une bonne chose. Mais, je ne crois pas que le latin et le grec doivent être imposés à tout le monde. Et ça ne l'est pas aujourd'hui, ça ne le sera pas demain. C'est une option aujourd'hui ça sera une option demain. J'allais même dire que s'il a bien entendu les explications de Najat VALLAUD-BELKACEM il y a une ouverture qui est faite à tous sur justement la civilisation et la culture grecque et latine dès la 6ème pour tous les enfants. Donc il y a une introduction culturelle à cela. Maintenant est-ce qu'il n'y a pas un peu une polémique un petit peu académique, est-ce que nous pensons que les défis sont pour la grande masse de nos jeunes, il ne s'agit pas simplement de s'intéresser à quelques futurs agrégés de lettres classiques, que je respecte beaucoup et dont je reconnais l'importance dans notre culture. Mais il s'agit de former 80 % d'une classe d'âge et j'allais dire 100 % d'une jeunesse qui a besoin de trouver ses repères dans le monde et des compétences professionnelles. C'est ça l'enjeu, ce n'est pas de défendre les lettres classiques telles que. Vous savez au XVIème siècle c'était l'enseignement tout entier qui était en latin. Personne ne propose ça, même pas l'église, elle a abandonné depuis Vatican II les messes en latin.

PATRICK CHENE
On va terminer avec la crise familiale au Front national. Est-ce qu'elle vous en dit plus sur le Front national et surtout ce qui nous intéresse c'est le politique, sur son avenir, sur son nouveau positionnement, sur le fait qu'il pourra peut-être ratisser encore plus large, si j'ose dire.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui ça en dit beaucoup sur le Front national, si c'était nécessaire d'avoir une piqure de rappel. Ca dit quoi ? D'abord la violence, la violence des manifestations autour du 1er mai, la violence des rapports interpersonnels. Deuxièmement, une attitude, j'allais dire ce parti n'est pas un parti démocratique, c'est des gens qui se déchirent un héritage, une maison commune. On parle de la psychologie de madame Marion MARECHAL-LE PEN, de celle de Marine Le PEN, de monsieur Jean-Marie Le PEN. Où est le débat politique, j'allais dire dans tout ça ? Alors après si on est sur justement les éléments politiques, on voit bien qu'il y a une divergence mais moi j'attends qu'il y ait une clarification beaucoup plus nette. Il y a une divergence qui est la suivante : c'est que monsieur Le PEN dit tout haut ce que pensent beaucoup d gens du Front national mais qui pensent que ce n'est pas habile, que ce n'est pas de bonne pédagogie de le dire. Et donc il faut garder, cacher un certain nombre de choses. Voilà, le débat il a lieu entre ceux qui veulent affirmer haut et fort, parce qu'ils croient que c'est populaire, un certain nombre de thèmes racistes, pétainistes, xénophobes, antisémites, et puis ceux qui pensent qu'il faut limiter le discours xénophobe à l'islamophobie. Voilà, le débat il est là. Et il n'est pas rassurant pour les démocrates et les républicains.

PATRICK CHENE
Merci en tout cas Jean-Marie LE GUEN d'avoir entamé cette journée avec nous. Je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat en charge des Relations avec le Parlement. Est-ce qu'il y a une petite sauterie prévue pour les trois ans de François HOLLANDE à l'Elysée ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je crois qu'il y a un pot qui va être fait, voilà, puisque les Ministres et Secrétaire d'Etat sont rassemblés. Mais c'est un moment de solidarité d'une équipe.

PATRICK CHENE
Aujourd'hui ? A l'occasion du conseil des Ministres, François HOLLANDE est de retour du Golfe.

JEAN-MARIE LE GUEN
Si nous avons un conseil des Ministres c'est parce que nous sommes autour du président de la République, il est là présent.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 mai 2015

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