Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à l'émission "Les 4 vérités" sur France 2 le 6 mai 2015, sur l'adoption par l'Assemblée nationale du projet de loi sur renseignement, le niveau de la menace terroriste, la réforme du droit d'asile et la politique du Gouvernement conduite depuis trois ans. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à l'émission "Les 4 vérités" sur France 2 le 6 mai 2015, sur l'adoption par l'Assemblée nationale du projet de loi sur renseignement, le niveau de la menace terroriste, la réforme du droit d'asile et la politique du Gouvernement conduite depuis trois ans.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : William LEYMERGIE
C'est l'heure des « 4 vérités ». C'est le ministre de l'Intérieur, donc, Bernard CAZENEUVE, qui est l'invité de Roland SICARD.

Roland SICARD
Bonjour à tous, bonjour Bernard CAZENEUVE.

Bernard CAZENEUVE
Bonjour.

Roland SICARD
La loi sur le renseignement a donc été adoptée hier, les socialistes frondeurs se sont abstenus, Aurélie FILIPPETTI a même voté contre, les écologistes aussi, alors que l'UMP, elle, a majoritairement voté pour. Est-ce que ce type de vote, ça vous dérange ?

Bernard CAZENEUVE
Mais il y a une majorité de gauche, sur ce texte. Si ce texte est passé, c'est parce qu'il y a une majorité de gauche qui s'est dégagée, avec bien entendu des parlementaires de l'opposition qui ont également voté pour ce texte. Et je m'en réjouis, parce que, de quoi s'agissait-il ? Il s'agit, face à un risque élevé, terroriste, qui nous a déjà frappés, au mois de janvier, en s'en prenant à nos libertés, à des journalistes qui incarnent la liberté d'expression et de la presse dans notre pays, on l'a vu encore récemment avec des attaques informatiques puissantes contre une grande chaine de télévision qui représente nos valeurs, en émettant au plan mondial, je veux parler de TV5. Il y a donc, sur Internet, des terroristes qui utilisent les technologies les plus modernes, la cryptologie, pour préparer la commission d'actes terroristes ou s'en prendre à ce à quoi nous tenons le plus, c'est-à-dire aux valeurs de liberté et de démocratie…

Roland SICARD
Mais alors, justement…

Bernard CAZENEUVE
… qui sont celles que notre pays a portées de façon universelle, depuis des siècles, à travers le monde. Donc, les dispositifs que nous mobilisons, nous les mobilisons pour protéger nos libertés, nous les mobilisons pour éviter la commission d'actes terroristes, et nous les mobilisons avec un haut niveau de contrôle, contrôle de la commission indépendante, dont les pouvoirs seront renforcés, contrôle juridictionnel exercé par le juge des libertés et le conseil d'Etat, contrôle parlementaire, à travers le contrôle qu'exercera la délégation parlementaire aux renseignements.

Roland SICARD
Et justement, les opposants au projet disent : atteinte aux libertés.

Bernard CAZENEUVE
Mais les opposants au projet doivent lire le texte, et encore une fois, j'ai entendu sur ce texte, beaucoup de choses qui n'étaient pas exactes. Et parce que je suis démocrate, parce que je suis viscéralement républicain, j'ai considéré que le débat était…

Roland SICARD
Il n'y a pas de surveillance des ordinateurs ?

Bernard CAZENEUVE
J'ai considéré que le débat était, de toutes les façons, légitime, et qu'il fallait y répondre. Et par conséquent, pendant des semaines, je me suis employé, point par point, en allant puiser dans la jurisprudence, dans le droit et non pas dans les fantasmes, à répondre à chacune des interrogations, qui parfois relevaient du fantasme et non pas du contenu du texte. Ce texte est un texte qui met en place des dispositifs contrôlés, pour défendre nos libertés, et qui le fait, lorsqu'il s'agit des dispositifs technologiques qui ont fait débat, exclusivement pour la lutte antiterroriste.

Roland SICARD
Le Conseil constitutionnel sera saisi, François HOLLANDE l'a annoncé. Vous êtes tranquille, ça va passer ?

Bernard CAZENEUVE
Mais c'est très bien que le président de la République, et dès lors qu'il y avait ces interrogations, ait pris la décision de soumettre ce texte au Conseil constitutionnel, parce que le juge de la constitutionalité, c'est-à-dire des principes généraux du droit, les libertés publiques auxquelles nous sommes attachés, pourra dire, si ceux qui prétendent que ce texte n'est pas conforme à la constitution, aux principes auxquels notre pays est attaché, disent la vérité, ou pas.

Roland SICARD
Mais vous êtes confiant ? Ça va passer ou pas ?

Bernard CAZENEUVE
Mais je suis bien entendu confiant, parce que je n'aurais jamais défendu un texte qui ne soit pas très conforme à tout ce qu'est notre tradition juridique française. Je n'aurais pas défendu un texte s'il n'avait pas été là pour défendre nos libertés, et je n'aurais pas défendu un texte qui ne soit pas conforme aux principes constitutionnels. Et nous allons profiter de la poursuite des débats parlementaires, pour sécuriser davantage encore, juridiquement, ce texte, dans un dialogue apaisé, sérieux, approfondi, avec les sénateurs et les députés.

Roland SICARD
La menace terroriste, elle reste très présente ?

Bernard CAZENEUVE
La menace terroriste est à un niveau très élevé. Je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, devant les Français, nous sommes confrontés à un haut niveau de menaces. Je ne le dis pas pour faire peur, je le dis simplement parce que nous n'avons aucune chance de surmonter cette menace, si nous ne la regardons pas en face, et en même temps, nous ne pouvons pas, face à cette menace, être dans l'effroi. Nous ne pouvons pas avoir la main qui tremble, nous ne pouvons pas combattre le terrorisme en remettant en cause ce que sont les libertés auxquelles nous tenons. La lutte contre le terrorisme, ça appelle de la rigueur intellectuelle, ça appelle du sang froid et ça appelle une capacité d'adaptation face à des acteurs, qui en permanence s'adaptent pour nous frapper.

Roland SICARD
Est-ce qu'il y a encore des attentats qui ont été déjoués ces derniers temps ?

Bernard CAZENEUVE
Mais il y a tout ce dont on ne parle pas, j'ai vu qu'il y avait eu une polémique, il y a de cela quelques jours, lorsque les évènements de Villejuif se sont passés, pour dire : le gouvernement communique trop sur ce sujet. Mais moi je vois tout ce sur quoi je ne communique pas, c'est-à-dire tout le travail quotidien fait par les services, qui arrêtent des personnes qui peuvent porter atteinte à la sécurité du pays, qui déjouent des actes susceptibles de se produire, qui ont été préparés…

Roland SICARD
Mais ça, il y en a tous les jours ?

Bernard CAZENEUVE
Mais…

Roland SICARD
Toutes les semaines ?

Bernard CAZENEUVE
Tous les jours nous agissons, toutes les semaines nous procédons à des arrestations, nous travaillons dans une relation absolument excellente, avec le Parquet antiterroriste, qui fait un travail remarquable et en confiance avec le ministère de l'Intérieur, et parce que le niveau de menaces est élevé, nous combattrons le terrorisme, sans trêve, ni pause.

Roland SICARD
Mais est-ce qu'il y a des attentats ?

Bernard CAZENEUVE
Dans le respect des valeurs de la République et en mobilisant tous les moyens qui sont à notre disposition.

Roland SICARD
Est-ce qu'il y a des attentats potentiellement importants, qui ont été déjoués, ces derniers temps ?

Bernard CAZENEUVE
Mais j'ai déjà répondu à cette question, oui il y en a eu, et nous…

Roland SICARD
Je ne parle pas des cinq dont on a déjà parlé.

Bernard CAZENEUVE
Il y a eu des actions conduites, en permanence, par mes services, et qui ont permis à la mise hors d'état de nuire, d'individus qui représentaient un réel danger pour notre pays.

Roland SICARD
Alors, il y a un autre texte que vous préparez, c'est le texte sur le droit d'asile, la Cour des comptes a dit que ce droit d'asile il fallait le réformer, est-ce qu'il faut durcir les conditions d'asile ?

Bernard CAZENEUVE
Mais, nous avons une politique sur l'asile extrêmement claire. Je vois qu'il y a des commentaires, notamment de la part de l'opposition, moi je souhaite que sur ce sujet là, on n'entretienne pas des clivages artificiels, qui permettent d'ailleurs de faire l'impasse sur le mauvais bilan qui nous a été laissé sur ce sujet. Sur la question de l'asile, il faut parvenir à faire en sorte que chacun descende à l'arrêt République. Nous avons besoin de pouvoir créer les conditions d'un traitement digne de tous ceux qui ont vocation à être protégés en Europe, en raison des persécutions qu'ils subissent dans leur pays. Réduire les délais de 24 à 9 mois, parce qu'on a laissé le nombre de demandeurs d'asile augmenter de 90 % entre 2007 et 2012, sans qu'à aucun moment il n'y ait eu la moindre mesure pour améliorer le traitement des dossiers des demandeurs d'asile, il faut pour ça des moyens l'OFPRA, je les ai donnés, des moyens à la Cour nationale du droit d'asile, je les ai donnés, des places en CADA, on a créé 10 000 place en Centres d'Accueil pour Demandeurs d'Asile, de manière à permettre un accueil digne, mais en même temps, ceux qui sont déboutés du droit d'asile, doivent être reconduits à la frontière. Il faut qu'il y ait de l'humanité et il faut qu'il y ait de la responsabilité. Il faut améliorer les conditions d'accueil et il faut qu'il y ait de la fermeté pour ceux qui ont été déboutés. C'est la raison pour laquelle il y a deux textes, un texte sur l'asile qui permet de réduire les délais, d'améliorer les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, et un texte sur le droit au séjour, qui permet de mettre en place des outils nouveaux dont nous avons besoin, pour créer les conditions du retour à la frontière, de ceux qui ne relèvent pas de l'asile en France. Par conséquent, quand j'entends l'opposition, et je le lui dis solennellement, et en même temps avec la volonté d'un compromis républicain, prendre prétexte du fait que les dispositions sur le retour ne sont pas dans la loi sur l'asile, pour créer de la polémique, des clivages, et faire monter la température, alors que ces mêmes parlementaires ou ces leaders politiques savent parfaitement que ces dispositions sont sur le texte immigration qui passera devant le Parlement dans un mois et demi, je considère qu'il y a une forme de malhonnêteté intellectuelle, et j'appelle chacun au compromis républicain, sur une question sur laquelle il faut de l'humanité et de la fermeté.

Roland SICARD
Ça fait trois ans aujourd'hui que François HOLLANDE est à l'Elysée, Nicolas SARKOZY parle de trois ans de tromperie. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

Bernard CAZENEUVE
Nous sortons depuis trois ans, de dix ans d'abaissement de la République par Nicolas SARKOZY. Des divisions partout, une dégradation de la situation de nos finances publiques, une dégradation de nos comptes commerciaux, avec des déficits abyssaux, de mauvais débats instillés dans la République…

Roland SICARD
Ça ne s'est pas vraiment arrangé.

Bernard CAZENEUVE
Mais nous avons des déficits qui diminuent. Alors, la droite considère que sous prétexte que les déficits ne diminuent pas aussi vite qu'ils ont augmenté en son temps, ces déficits augmentent. Non, ils diminuent. Nous avons aujourd'hui une situation économique qui s'améliore. Là où ils avaient mis l'éducation en miettes, nous recréons des postes pour faire en sorte que l'école retrouve sa place dans la République. Là où dans mon propre ministère ils avaient supprimé 17 000 emplois, de policiers et de gendarmes, je recrée des postes, à la fois dans les forces de l'ordre, dans les services du renseignement, pour faire face à la menace terroriste. Donc, la tromperie, elle est dans l'évaluation par Nicolas SARKOZY de son propre bilan, et nous, nous essayons de redresser une situation, que pendant dix ans, il a contribué à abaisser de façon considérable. Et la vérité en politique, ça existe, et les mois qui viennent permettront de remettre les choses à leur place.

Roland SICARD
François HOLLANDE sera candidat en 2017 ?

Bernard CAZENEUVE
Mais je le souhaite.

Roland SICARD
Merci. William, c'est à vous.

William LEYMERGIE
Merci messieurs.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 7 mai 2015

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