Interview de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, à RTL le 27 mai 2015, sur le gel du point d'indice, les règles déontologiques pour les hauts fonctionnaires postulant à un emploi dans le secteur privé et le dossier des frais de taxis de l'ancienne présidente de l'Institut national de l'audiovisuel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, à RTL le 27 mai 2015, sur le gel du point d'indice, les règles déontologiques pour les hauts fonctionnaires postulant à un emploi dans le secteur privé et le dossier des frais de taxis de l'ancienne présidente de l'Institut national de l'audiovisuel.

Personnalité, fonction : LEBRANCHU Marylise, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de la décentralisation et de la fonction publique;

ti : JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Marylise LEBRANCHU.

MARYLISE LEBRANCHU
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Cinq syndicats ont écrit hier au président de la République, ils en ont marre de voir leur salaire bloqué, ils dénoncent une situation, je les cite, dégradée, préoccupante. Le gel du point d'indice depuis 2010 écrivent-ils a des effets de paupérisation pour nombre d'agents qui s'ajoute à un sentiment de déclassement. La croissance est de retour Marylise LEBRANCHU. Est-ce que le salaire des fonctionnaires va être dégelé bientôt ?

MARYLISE LEBRANCHU
La croissance est de retour oui, le retour sur recette on ne l'a pas encore et les fonctionnaires comprennent d'une manière globale qu'avec 44 milliards et quelques de remboursement de la dette on ne peut pas tout fait tout de suite. On a décidé de baisser la dépense publique parce qu'on veut baisser la dette mais les fonctionnaires ont raison de s'exprimer parce que c'est vrai que le point d'indice est bloqué depuis 2010.

JEAN-MICHEL APHATIE
2010 oui.

MARYLISE LEBRANCHU
Ça veut dire que les salaires ne bougent pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils baissent ?

MARYLISE LEBRANCHU
En dehors bien sûr des échelons et des grades.

JEAN-MICHEL APHATIE
Des primes, bien sûr mais…

MARYLISE LEBRANCHU
Mais moi j'ai fait un choix qui était un choix difficile par rapport aux syndicats d'augmenter les plus bas salaires, 40 euros par mois en moyenne pour ce qu'on appelle les catégories C, les plus bas salaires de la fonction publique parce que là il y avait effectivement une injustice qui s'aggravait puisqu'on était quasiment en dessous du SMIC, donc je les entends, je les comprends…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais le dégèle du point d'indice ce n'est pas à l'ordre du jour ?

MARYLISE LEBRANCHU
Non parce que, nous en rediscuterons bien évidemment jusqu'à la fin du mandat chacun va regarder les recettes de l'Etat autant que la demande de la dépense qui est bien sûr très lourde, mais je comprends parce que c'est vrai qu'ils entendent tellement du mal d'eux, ils entendent tellement qu'il y en a trop alors que vous savez que quand on crée 60.000 postes dans l'Education nationale il faut enlever 60.000 postes ailleurs. Quand on prend 1.000 postes de plus pour la police, pour la justice et plus de 15.000 postes de plus pour les militaires, il faut trouver…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils sont mal aimés, vous pensez qu'ils sont mal aimés ?

MARYLISE LEBRANCHU
Non, non ils sont, ce n'est pas qu'ils sont mal aimés, moi je lutte cliché contre cliché parce que j'entends des choses inacceptables. Il y a quelques cas ou bien sûr on peut faire un reproche mais dans toutes les catégories socioprofessionnelles c'est comme ça, mais les fonctionnaires portent la cohésion de la société : la santé, l'école, l'ordre, la justice, donc il ne faut pas oublier ça. Et je pense que souvent plus encore que le point d'indice il y a un besoin de reconnaissance. C'est pourquoi je ferai la loi déontologie pour redire droits et devoirs des fonctionnaires qui nous importent dans cette société.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous les défendez ces fonctionnaires, Marylise LEBRANCHU, mais vous leur dites en même hélas pour le salaire on ne pourra pas faire tout de suite grand chose ?

MARYLISE LEBRANCHU
On a sous la table une négociation de parcours professionnels qui naturellement porte jusqu'en 2020 et c'est cela qui les effrayent mais on a peut-être quand même tous ensemble, syndicats et l'ensemble du gouvernement, apporté cette amélioration des carrières et les passerelles entre la fonction publique. C'est difficile à expliquer en une minute mais je pense qu'amélioration des carrières c'est ça peut-être qu'il faut regarde le plus.

JEAN-MICHEL APHATIE
On a été étonné de lire Marylise LEBRANCHU ces derniers jours que des polytechniciens, leur passage à polytechnique est payé par l'Etat, un tiers des polytechniciens ne faisaient pas les dix ans de service qu'ils doivent à l'Etat puisque les études sont gratuites dans ce cas là. Les études coûtent 45.000 euros par élève, on appelle ça la pantoufle, et on pensait que ces jeunes gens, ces jeunes filles qui ne servaient pas l'Etat en retour remboursaient leurs études et on a appris que ça n'était pas le cas et que donc maintenant vous allez y mettre bon ordre, c'est ça ?

MARYLISE LEBRANCHU
Oui et y compris hier dans le texte dont je parlais sur les droits et les devoirs, la déontologie, la laïcité très important, on va rappeler les règles et les coulées dans le marbre de la loi de façon plus claire. Moi je trouve anormal que quelqu'un ne rembourse pas ses études s'il choisit…

JEAN-MICHEL APHATIE
D'aller dans le privé.

MARYLISE LEBRANCHU
D'aller dans le privé, je pense qu'il y a des règles et ça s'applique souvent d'ailleurs…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et la règle c'est vous devez dix ans de service à l'Etat sinon vous remboursez vos études.

MARYLISE LEBRANCHU
Vous devez dix ans, ça dure depuis très longtemps, les anciens Normaliens, les instituteurs, institutrices, c'était la même chose. Vous devez dix ans sauf s'il y a un fait majeur. Je ne crois pas que pour un polytechnicien il puisse en avoir facilement, il peut un fait majeur mais c'est de la rareté. Et puis le fait majeur est devenu le fait habituel et cela ce n'est pas normal.

JEAN-MICHEL APHATIE
Depuis 2000 donc ça veut dire c'est sous le gouvernement JOSPIN qu'on avait arrêté de demander aux étudiants de polytechnique de rembourser.

MARYLISE LEBRANCHU
Ce n'est pas une décision gouvernementale, c'est…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un usage qui s'est instauré ?

MARYLISE LEBRANCHU
Une non application des règles, donc nous allons regarder ça de très près parce que même si moi j'admets facilement qu'un haut fonctionnaire parte dans le privé, je souhaite souvent qu'il revienne après son expérience, mais ça c'est autre chose. Et que des gens du privé puissent venir, ça arrive dans les contractuels. Mais en revanche je pense que rembourser c'est quelque chose de normal.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le cas d'Agnès SAAL, autre haut fonctionnaire, fait encore beaucoup parler, elle était PDG de l'Ina, elle a fait des notes de taxi, 40.000 euros en dix mois qui ont été jugées très abusives, donc elle a démissionné de sa présidence de l'Ina et il y a 8 jours elle a été réintégrée au ministère de la Culture. C'est sans doute l'application des textes mais cette réintégration passe très mal. Vous comme ministre de la Fonction publique vous la jugez comment ?

MARYLISE LEBRANCHU
Ça passe mal, ça passe mal parce que je parlais toujours, tout de suite et j'en parle toujours de la reconnaissance qu'on doit aux fonctionnaires et quelquefois des affaires de ce type font retomber tout le travail qu'on a pu faire par ailleurs. Ca passe mal, je comprends toutes les réactions. Mais les fonctionnaires ne peuvent pas être révoqués du jour au lendemain par un ministre pour des raisons politiques, il faut faire attention, il faut donc qu'il y ait une procédure comme dans tout acte délictueux quelle qu'en soit la nature. Il faut une procédure donc ça va durer six mois maximum, les sanctions peuvent être graves, ça peut aller jusqu'à l'exclusion et cela c'est le volet procédure administrative…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pensez qu'en la réintégrant au ministère de la Culture et Fleur PELLERIN a commis une erreur, il y avait une autre manière de gérer ce dossier ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je pense qu'elle n'avait pas le choix autrement que les vacances, de la mettre en vacances, mais je pense…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et c'était peut-être préférable ?

MARYLISE LEBRANCHU
Que ça aurait peut-être encore plus choqué qu'elle puisse être payé en faisant rien, donc voilà, elle est là…

JEAN-MICHEL APHATIE
On a vu dans L'Express hier que le président de la République avait été à la fois étonné de la réintégration au ministère de la Culture et fâché de la réintégration au ministère de la Culture. Vous en avez été informée de la colère du président ?

MARYLISE LEBRANCHU
De la colère du président, non moi je ne peux pas commenter quelque chose que je ne sais pas, mais ce que je veux dire…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est dans la presse !

MARYLISE LEBRANCHU
C'est qu'elle réintègre…Oui je sais ça depuis tout à l'heure, elle réintègre son ministère pour une procédure disciplinaire qui peut aller très, très loin en termes de sanction. Et si l'Ina veut porter plainte, l'Ina peut porter plainte, mais ça c'est un autre volet. C'est un volet pénal, donc il y a deux volets possibles, administratif c'est parti ; pénal je ne sais si l'Ina portera plainte puisqu'elle a remboursé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut changer ce type de règle quand un haut fonctionnaire commet des erreurs comme ça, il faut être plus rapide, sans doute couper le lien ?

MARYLISE LEBRANCHU
C'est la mise à pied qui peut être prononcée après la décision, il faut quand même garder une commission à minima où il n'y ait pas une seule personne qui décide, c'est-à-dire un ministre, sait-on jamais nous devons faire attention à notre avenir collectif, mais je pense que peut-être il faut qu'on regarde sur une suspension pendant éventuellement une procédure, mais vous me direz à ce moment-là elle a son salaire ou elle est en vacances alors qu'elle est payée par les citoyens, autant vaut qu'elle fasse quelque chose. Alors disons ensemble c'est presque un travail d'intérêt général qu'elle est en train de faire en attendant la fin de la procédure.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bon dit comme ça, vous êtes Bretonne Marylise LEBRANCHU ?

MARYLISE LEBRANCHU
Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Jean-Yves LE DRIAN va être candidat aux élections régionales en Bretagne ?

MARYLISE LEBRANCHU
Oui je pense oui, mais bon c'est à lui de le dire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah mais vous le pensez quand même !

MARYLISE LEBRANCHU
Ah moi je le pense oui, mais ça, on a le droit de penser vous savez monsieur APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui ça je sais, je pensais que vous vous défileriez surtout un peu de la question, mais non vous le pensez.

MARYLISE LEBRANCHU
Non quand…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il vous l'a dit ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je suis toujours…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il vous la dit ?

MARYLISE LEBRANCHU
Non il ne me l'a pas dit parce qu'il ne veut pas le dire, mais…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un cachotier.

MARYLISE LEBRANCHU
Mais il est toujours clair avec moi-même.

JEAN-MICHEL APHATIE
Marylise LEBRANCHU, ministre de la Fonction publique était l'invitée de RTL ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mai 2015

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