Déclaration de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication, sur la littérature et livre pour la jeunesse, Paris le 26 mai 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication, sur la littérature et livre pour la jeunesse, Paris le 26 mai 2015.

Personnalité, fonction : PELLERIN Fleur.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

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Je tiens à vous remercier d'être venus aussi nombreux pour la présentation de cette grande fête du livre pour la jeunesse, qui me tient tant à cœur.

Cette grande manifestation, dont la première édition se tiendra cet été, s'intitule : « Lire en short ». Cette fête, qui se veut une invitation enjouée adressée à tous nos enfants, est pour moi la fête de tous les livres et de tous les jeunes. Chaque livre qu'elle placera entre de jeunes mains marquera sa réussite. « Lire en short », n'a qu'une ambition, mais quelle ambition : apporter le bonheur de la lecture aux plus jeunes. Permettre à tous les enfants de lire loin des adultes et des contraintes, dans une cabane, dans sa cachette avec une lampe de poche, découvrir le monde qui s'ouvre dans un livre ouvert, même lorsque les hasards de l'existence les ont fait naître dans une famille où la présence de livres ne relevait pas de l'évidence.

Une maxime talmudique voudrait que « le monde tien[ne] grâce au souffle d'un enfant qui lit un livre ». Je suis une ministre de la République, une ministre laïque, pour autant cette maxime me frappe par sa justesse. D'ailleurs, le livre est un viatique vers l'universel, il n'est « ni juif ni grec », il est simplement le reflet de l'humain, sa trace. N'est-ce pas un proverbe africain qui présente la mort d'un vieillard comme la disparition d'une bibliothèque ? Alors offrons à chaque enfant la possibilité de meubler les étagères de son imaginaire. C'est le verbe qui fait de nous des humains, et ce verbe, il faut donner à chaque jeune la chance de le rencontrer dans un livre, dès son plus jeune âge.

Chers amis, lire permet de devenir soi. La lecture décuple les imaginaires - peut-être même la lecture est-elle l'imaginaire. Mais lire permet aussi de se confronter à des autres plus grands que soi, à des autres référents. Lire permet de devenir soi.

Nous tous, mes amis, nous avons probablement eu cette chance… Souvenez-vous, ces pages cornées, ces vieux livres trouvés à droite ou à gauche, les livres du grand frère ou de la cousine. Sophie et ses malheurs, Matilda, le nez dans les livres, la tête dans les étoiles, les intrépides membres du Club des Cinq, Jo March, Blaise le poussin masqué, Alceste, Rufus, Clotaire et toute la bande du Petit Nicolas, ou encore, pour les plus jeunes d'entre nous, Tara Duncan, l'héritière de l'Empire d'Omois, Loulou et Tom, les héros de Grégoire Solotareff ou Tobie, contraint à quitter le Peuple de l'Arbre... Et tant d'autres. Tant de livres pour enfants, ou bien parfois de livres pas vraiment destinés aux enfants.

Au fond, je pense que pour l'enfant qui découvre les livres, la lecture importe plus que ce qu'il lit. Qu'il prenne les livres qu'il veut ; un jour, il finira bien par rencontrer une strophe, sa strophe, et alors il dira à sa bien aimée : « la courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur. » Ce sont les mots d'Eluard - ou bien encore ceux d'Hugo ou de Yourcenar, qui lui permettront de peupler son monde intérieur, d'écrire sur le grand livre de sa vie, toutes ces phrases lues pour mieux l'aider à vivre.

Aucun jeune de France ne doit être tenu éloigné des livres. Dans toutes les villes, dans la plupart des villages, des bibliothèques ou des points lectures rendent les livres accessibles au plus grand nombre. Les bibliothécaires, les documentalistes sont autant de merveilleux passeurs. Chaque enfant, dans notre pays, a plus de livres à sa portée que l'Emile de Rousseau ne pouvait rêver d'en avoir.

Et si la lecture est essentielle, c'est aussi parce qu'elle représente bien souvent le premier contact avec la culture et une porte d'accès vers la pratique ou les arts : c'est en lisant du théâtre que l'on a envie de jouer, c'est en se plongeant dans un roman sur les intrigues de la cour à Versailles ou sur les corsaires de Saint-Malo que l'on va avoir envie de découvrir les trésors de notre patrimoine, c'est en lisant les livres de Marie Sellier sur l'amour entre Rodin et Claudel ou le sourire de Vinci que l'on va avoir envie de découvrir ces artistes. La lecture, c'est probablement aujourd'hui la plus démocratique des pratiques culturelles, celle sur laquelle beaucoup d'effort ont été déployés, notamment à l'école.

Ce n'est évidemment pas un hasard, la lecture est en quelque sorte la condition de possibilité de toutes les autres pratiques culturelles.

Il arrive toutefois que des jeunes s'éloignent de la lecture à l'entrée de l'adolescence. C'est parce que ne peux accepter cela, parce que je pense qu'il leur faut juste une invitation, que j'ai voulu que pour eux la lecture soit aussi une fête et que je l'ai associée à la saison que les jeunes préfèrent, c'est-à-dire à l'été.

Il y a j'imagine des instituteurs ou des professeurs dans la salle, et je veux saluer leur œuvre patiente et infatigable, pour donner les clés de la lecture à tous nos enfants. Ce sont eux qui leur permettent d'exercer cette liberté fabuleuse qu'est la lecture. La liberté de se construire son propre monde intérieur, distinct et parfois même opposé de celui de ses parents. Amos Oz raconte d'ailleurs que la première leçon que son père lui a donnée, en matière de livres, c'est de ne pas les ranger par taille, car les livres, expliquait son père - les livres ne sont pas des soldats.

Mais je veux que la lecture soit aussi associée aux vacances, à ce moment de partage entre adultes et enfants, qui n'est plus marqué par la nécessaire discipline scolaire, mais liée à ce temps libre qui est en réalité un temps plein. Car le temps des vacances, le temps des copains, est aussi celui des livres. C'est par exemple celui des souvenirs de la Comtesse de Ségur, qui se souvenait du rôle tenu par les livres, l'été, dans son enfance, entre moisson et vendange, avec la crainte inspirée par septembre... « Les vacances tiraient à leur fin. Les enfants s'aimaient de plus en plus. » Une phrase superbe qui révèle à elle seule la valeur des vacances et de la littérature pour un enfant.

Avec « Lire en short » je souhaite donner envie aux plus jeunes de lire.

Je veux sortir les livres des lieux de lecture pour les amener aux enfants dans les centres de loisirs, sur les plages et dans les villages.

Je veux que grâce aux livres, l'été des plus jeunes soit encore plus beau, qu'ils puissent s'évader, et comme Matilda de Roald Dahl, « naviguer sur d'antiques voiliers avec Joseph Conrad, explorer l'Afrique avec Ernest Hemingway et l'Inde avec Rudyard Kipling». C'est vrai pour les enfants qui peuvent partir en vacances aussi bien que pour ceux qui n'ont pas cette chance, et qui seront au cœur de « Lire en short ». Ce sont eux qui ont plus besoin des livres, pour ouvrir sur un ailleurs, une rupture avec le quotidien que doit incarner la pause estivale.

Je ne crois pas dans les prophètes du déclin, je ne crois pas en leurs prévisions en général, en particulier lorsqu'il s'agit du livre. Regardez, Le Livre des étoiles, Harry Potter, Vango : ce sont des pavés, en lire un ne suffit pas, il faut lire toute la série, et pourtant des centaines de milliers de jeunes Français se les arrachent et attendent avec impatience la publication du tome suivant ; je veux qu'il y en ait plus encore, et je sais que c'est possible, qu'il suffit d'engagement. En matière de littérature, la jeunesse est prescriptrice : le succès de Hunger Games, ce sont eux !

Cette fête, c'est aussi un hommage vibrant à la littérature jeunesse, une littérature de qualité qui sait avec succès attirer le public « non pas vers ce qu'il aime mais ce qu'il pourrait aimer », et à tous les auteurs et illustrateurs qui permettent aux jeunes d'aller vers les livres. Car cette littérature, je le précise pour ceux qui l'ignoreraient encore, est un monde en soi. On y trouve de la poésie et de l'humour, de l'imagination, une vitalité, un enthousiasme à explorer tous les genres, de la science-fiction au polar, qui donneraient presque des regrets aux grands : et bien souvent on poursuit la lecture à haute voix en faisant mine d'ignorer le sommeil profond de ceux à qui elle est destinée, et on se surprend à lire par dessus de l'épaule de son jeune voisin de bus…

Avec cette Grande fête du livre pour la jeunesse, nous voulons offrir le meilleur à la jeunesse. Le meilleur, c'est-à-dire la lecture qui, comme nous le dit Proust, « est l'initiatrice dont les clefs magiques nous ouvrent au fond de nous-mêmes la porte des demeures où nous n'aurions pas pu pénétrer [Proust, Sur la lecture] ». Puisse chaque jeune découvrir le pouvoir des clés, de ses propres clés.

Je veux d'ores et déjà rendre hommage à tous ceux qui se mobilisent pour faire de cette fête un succès partout en France. Créer un événement national est un défi audacieux. L'engouement rencontré depuis plusieurs mois auprès des professionnels du secteur, de tous ceux qui sont au contact des jeunes l'été montre que « Lire en short » répond à une attente. Des centaines d'événements auront lieu à travers la France entière dès cet été, avec 4 grandes scènes nationales, 45 événements labellisés, 400 événements déjà référencés et bien plus très bientôt je l'espère.

Je tiens à remercier tous ceux qui n'ont pas attendu pour s'engager pour la réussite de « Lire en short » : France Culture, France Bleu, Orange, Canal +, TF1, mais aussi la Grande récré, Système U, Média Participations, La Ligue de l'enseignement, Le labo des histoires, et je ne les cite pas tous car ils sont très nombreux et vous allez les connaître dans un instant.

Je laisse Vincent Monadé et Sylvie Vassallo, dont je salue tout le travail pour l'organisation de cette fête à mes côtés, vous présenter en détail cette grande fête de la littérature pour la jeunesse.


Merci à tous.


Source http://www.culturecommunication.gouv.fr, le 1er juin 2015

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